mercredi 15 juillet 2026

La Belle Scene Saint Denis : des trios protéiformes

 Seconde programmation à la Parenthèse avec le label désormais connu et reconnu du Théâtre Louis Aragon. 


"Paisiblement" de Mithkal Alzghair" entame la matinée : trois interprètes dont le chorégraphe se livrent comme une sculpture de Carpeaux,ou en fontaine Wallace.Belle vision très rythmée d'un trio animé de pas de danse inspirés du folklore syrien,échappée belle sur fond de percussions. Des pancartes vierges comme slogan de révolte ou d'impuissance.Puis les pieds martellent le sol dans le silence oppressant de cette évocation de la guerre,des corps meurtris ici tatoués de traces et signes de blessures,de cicatrices de torture.Les visages aux regards lointains sont figés et révèlent douleur et fatalité.De leurs bouches sourdent des paroles révélatrices du drame et du conflit syrien.Tous trois respirent cependant le courage,le soulèvement et l espoir par la danse qui se fait échappée belle,issue de secours en temps d' alerte et de motivation perpétuelle. Cette ode à liberté qui traverse l évocation de la servitude au danger est fasc inante,émouvante et très convaincante.Ln y tencontre des danseurs recueillis,éveillés à l'ordre pulsation ou sursaut de danse.Le trio animé par des interprètes aux pieds nus,vagabons,nomades d'un message libre et discret.Macules de cicatrices ils racontent sur la peau du monde autant t l 'isolement que la solidarité.


"Out/ Side" de Mwendwa Marchand 

Ici transition radicale avec une dancehall inspirée des courants politiques jamaïquains.Trois interprètes pétris de rythme, de volutes,de dehanchements,les mouvements de bassin en vagues ondulantes progressives.Evocation énergique,habitée des évolutions dansees en autant de parcours ingenieux sur le plateau,divagations febriles ou intranquilles passionnées. Un bel ensemble chorégraphique épouse une musique et des rythmes parfois survoltés,étayés de mouvements de bras et de hanches des plus audacieux et gracieux.


"Bal magnétique", tour de danse de Massimo Fusco

Un trio de jeunes femmes s'adonnent à la joie et complicité de danser une sorte de réhabilitation du slow selon Orlan.Cette danse de proximité des corps, ici en toute independance et légitimité de choix.Accompagnées par la musique live de Hot Bodies,les voilà inventant leur glossaire de pas,de rythmes,sourires aux lèvres,complices partageuses et généreuses.Massimo leur dédie un opus léger,vibratile,toujours en phase avec rythmes et contrepoints musicaux.C'est jouissif,entrainant,sobre ,ecrit pour ce trio qui s'adjoint la participation d 'une quatrième interprète glanée au vol dissimulee dans le public.Et par des clins d'oeil malins et mutins les danseuses invitent le public à partager le plateau dans une ambiance chaleureuse.Le bal peut continuer..

A la Parenthèse jusqu'au 17 juillet 10h



mardi 14 juillet 2026

La Belle Scene Saint Denis:Danse Danse


"Nature"

 C'est Delphine Mothes qui entame ce plateau dédié aux jeunes pousses émergeantes de la danse d'aujourd'hui. Un solo énigmatique ou seule dans un coin de la scène, elle bouge lentement,le visage masqué par sa cagoule et sa chevelure.La musique la porte de DJ Mayday et sa gestuelle tendue,discrète et sensible dévoile un corps engagé porteur d'énergie possible.Son attitude prostrée se transforme rapidement en de jouissantes évolutions ludiques,prometteuses de tonus, de vivantes pérégrinations.Jeune et enthousiaste,la danseuse se fond et se métamorphose laissant place à un être plein de verve. Plaquée au mur,elle semble attendre ou déjà déposer sa chrysalide,ôter sa parure pour mieux prendre l'espace, l'apprivoiser .Un solo qui augure d'une expression sobre autant qu'enragee, prometteuse et sensible.


"Leather Better" in situ de Andrea Givanovitch

Le cuir lui va si bien.

Un homme de dos tout de cuir noir vêtu se produit devant nous.Un son sourd sort de ses vêtements. C'est l'écho d'un micro dissimulé qui frôle la matière ici comme une seconde peau.Des franges de cuir s'animent alors qu'il bouge tel un hérisson de cuir qui frappait le sol. Des guêtres aux jambes, ceintrees par un porte jarretelle soute.ant ses jambières en fond une effigie de danseur issu d'un monde de cuir s'adonnent masochistes.Les cheveux plaqués,le regard charmeur il évolue avec sa carapace noire comme un animal traqué sur la défensive.Figute troublante que être créature qui encore à l'aide de micro fait crisser et mugir son costume  de cuir.Il s'en debarasse lentement dévoilant un corps aux formes idéales  Encore une mutation au programme de cette soirée expérimentale Très écrite,la danse est compulsive,magnétique,obsessionnelle. 

A la Parenthèse le 12 juillet Avignon le off

mercredi 8 juillet 2026

"Fae": l'odyssée de Efthimios Moschopoulos

 


On avait eu le privilège d 'assister à son travail à l œuvre lors d un chantier public à Pole Sud CDCN à Strasbourg en décembre 2025. Depuis tout à mûri,c'est construit de la danse à la scénographie.Tel les compagnons d 'Ulysse se réfugiant sous les brebis de Polypheme pour rester incognito, le chorégraphe s'inspire de sa condition fragile de queer dans un pays homophobe et transgresse ici le mythe pour nous faire pénétrer dans des paysages agraires, des architectures éphémères et transformables qui tentent l'impossible utopie d"un monde meilleur.Seul sur le plateau il esquisse une danse de survie,morcelée,tétanique qui oscille entre virtuosité mécanique et dynamique fébrile.

Le hantent, des images d 'un troupeau de brebis qui se jette sur la table d'un festin de végétaux.Elles consomment goulument les victuailles alors que le danseur joue sa vie en déséquilibre sur des bancs puis une table vide.Ce sera lui le sujet et l'objet de la devoration de nos regards.Victime sacrifiée martyr terrassé ou objet d'un sacrifice rituel,élu d"un sacree païen de corps magnifie.Des meules de foin lui délivrent une couche de repos,un berceau reposant ou une charge à manier sempiternellement. Sa danse est préoccupée,intranquille comme menacée par l'intolérance du passé ou peut-etre encore du présent.Sa performance rehaussée de sons et de bruits s'envenime et percute notre appréhension immédiate. Il se met à fracasser les légumes vivants sur l'autel de la faim,délivrant des fragrances nostalgiques de légumes et fruits frais.Vegetarien carnassier du geste de survie, le danseur subjugue,intrigue et questionne ses spectateurs ici réunis pour le banquet des sophistes. Ce "FAE", cette injonction à se nourrir coûte que coûte est telle un théâtre absurde,une peinture mouvante de scènes bucoliques chères à  Courbet.Et si l'origine de cet opus était une légende elle serait celle d'un festin archaïque malmené par des divinités païennes à inventer.Par bonheur Terpsichore veille au grain et la récolte au final sera peut-être celle de nouveaux ingrédients pour inventer le goût de la danse, les matériaux sensibles d'une chorégraphie pastorale et archaïque de toute beauté. 

Au  Hangar Théâtre le 30 juin dans le cadre du festival Montpellier Danse