vendredi 17 juillet 2026

"Vivarium": lumières aqueuses


 Imaginez une créature forcément aquatique vivant dans un espace cerné de néons phosphorescents. Ce n'est pas un aquarium mais la scène d'un théâtre empli de lumières et d'une flore maritime imaginaire.A l'intérieur une créature entre sirène et poisson se meut et ondule à foison.Un rêve est en train de naître pour celui qui regarde plongé dans une atmosphère aqueuse de toute douceur.Une femme s'y love secrète,image intime de plus en plus familière.Une vouivre? Créature fantastique mythologique moitié femme et moitié serpent la plupart du temps....


Les effets de lumières ambiantes opèrent pour une plongée en immersion sensorielle totale et ce bain de jouvence entre accalmie et flux tempétueux s'impose à nos sens en éveil. Les lumières se réverbèrent en éclaboussures et scintillements magiques, le corps comme écran et véhicule de particules, étincelles,futiles,fugaces.La Vouivre dessine une calligraphie chorégraphique de toute beauté comme un enchantement ou l'on se fond sans résister.Comme une expérience partagée du geste insomniaque,nyctalope,indéfinissable.Pour échapper à la réalité, à la gravité ou la pesanteur. En apnée,en apesanteur,en lévitation.Bérangère Fournier interprète et chorégraphe fait ce ce vivarium un biotope rarissime en compagnie de  Samuel Faccioli et de Adrien Mondot et Julien Lepreux pour l'immersion musicale.



"Vivarium" comme une cage vitrée où l'on garde de petits animaux vivants (insectes, amphibiens, reptiles) en reconstituant le milieu et l'habitat naturels particuliers à chacune des espèces...

 A la Scierie Avignon le off jusqu"au 19 juillet

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"Trois poids,trois mesures":Fabrice Ramalingom champion du poids léger

 


Leçon de physique ou de danse selon Laban? Loi de la gravité tout simplement incarnée par pieds et mains de maître à danser. Le poids est chose grave et conséquente dans la chorégraphie de Fabrice Ramalingom qui s’attèle ici à un sujet de choix.Trois interprètes haut en couleurs,tenue de travail style salopette pour nous faire voir et sentir le poids de nos existences.Déjà dans maintes expressions familières du langage courant: le poids plume, la femme légère et bien d'autres encore qui donnent lieu à des envolées,des échapées belles ou des chutes sensibles et impressionnantes.On tombe de haut en observant ce trio de charme qui joue et gagne en simplicité et authenticité. Rôles bien campés tout en verve et agilité. Loin d'être une simple démonstration pédagogique,ce "3 poids 3 mesures" instruit autant sur les lois physiques que sur l'ingéniosité de la composition chorégraphique,l'écriture,la signature d'un style.Des bonds,des déliés,des tours et toute une grammaire pour retomber sur ses pattes ou simplement déchirer l'air et l'espace que le danseur est sensé transporter en commun.Une bâche vient s'il le fallait prouver que les corps s'y deploient à l'envi dans une scénographie mouvante et lumineuse enrobante,enveloppante pour mieux les contenir ou les lancer hors de la gravité. Et voler bien sur à l'aide de harnais et de la force des coudes des compères devient possible.Oiseau propulsé dans les airs le temps de s'apercevoir que le sol résiste.

Du bel ouvrage séduisant,enjoué,accessible qui laisse une impression de futilité délicieuse,d'aisance,et de jouissances de l'instant dansé. Le poids du monde est franchissable et ce joyeux trio gagnant est bonne pioche au tiercé des tombées chorégraphiques.Et si Terpsichore était une femme légère ? 

A la Scierie festival Avignon le off jusqu'au 22 juillet

On en pince pour"Le complexe des homards"de Catherine Dreyfus

 


Saviez vous qu'il existe des gardiens de homards?Et bien voilà que dans l'imagination de la chorégraphe Catherine Dreyfus en voici un spécimen et fier de l'être. En costume de travail,salopette et bottes ce curieux personnage se met à conter la vie des homards,ces pachas de la mer selon le poète Desnos dans le"Chante Fables" de Jean Wiener..La curiosité de ces crustacés réside dans l'entre deux de leur mue ou ils sont nus sans leur exosquelette.Sujet en or pour un danseur qui œuvre de toute sa peau sans cesse et dans cette métaphore devient fragile et vulnérable comme un adolescent qui se transforme.Deux jeunes danseurs vont donc incarner ces bestioles marines sans gestes mimétiques mais avec la fragilité ou l'arrogance de leur statu.Dans une scénographie très soignée et sophistiquée ils alternent leurs déplacements,leur jeu ludique avec joie et enthousiasme.Leur gardien veille au grain et ne les dérange pas en s’effaçant dans une gestuelle bon-enfant bienveillante,attentionnée.Avec un accent provençal charmeur de homards.Ils sont ses enfants qu'il laisse jouer dans des praticables mobiles,cabines d'essayage ou de mode,vivier,bocaux ou aquarium passibles d'espaces de liberté. Le temps passe lentement en leur compagnie,un peu répétitive et sans trop de surprises.Le rythme plus resserré donnerait à cette légende psychanalytique un tonus et un intérêt plus soutenu.Gageons que ces Monseigneurs de la Pince nous séduisent à la nage ou au court bouillon pour une bonne bouillabaisse dansante méridionale savoureuse et gouleyante.Car nos deux crustacés ont bien de la chance d'être cuisinés en de si bonne main de cheffe maître de ballet.Catherine Dreyfus fort bien inspirée par ces petits monstres enfants terribles et joviaux de nos assiettes de danseurs dans leurs espaces à conquérir.

A la Scierie Avignon le off jusqu'au 24 juillet