samedi 24 janvier 2026

"Bloody Mairie": il est leurre...Ca va secouer, shaker en remue-méninges hydro-alcooliques...

 


Décidément, la Revue Scoute 2025, A star is burnes, aura été un indéniable succès. Plus de 37 000 spectateurs ont encore franchi le pas pour être confrontés à… l’innommable ! Découvrez le nouveau spectacle « Bloody Mairie ».Pour de vrai, le Bloody Mary est un cocktail réalisé avec 4 centilitres de vodka, 12 centilitres de jus de tomate, bio, si possible, un ½ centilitre de jus de citron. On rajoute un ½ centilitre de sauce Worcestershire, 2 gouttes de tabasco, sel de céleri et poivre.Le nom du cocktail vient de Marie Tudor, qui régna en Angleterre et qu’on appelait Marie la Sanguinaire.La Revue Scoute a reniflé le sang !Ce sublime jeu de mots est aussi là pour border l’analyse fine que nous fîmes de la situation politique actuelle à l’aune des élections municipales à venir, à savoir : ça va chier grave !

A Strasbourg, par exemple, les couteaux sont sortis depuis longtemps de leurs étuis et ça taillade de tous les côtés.L’Établissement Français du Sang est sur les dents.Ce titre a été choisi par la troupe à l’unanimité moins deux voix, deux acteurs dont je préfère taire le nom ici, et qui n’aiment pas la tomate !Cela dit, on peut les comprendre, la tomate est quand même un fruit qui se fait couramment passer pour un légume ! Un fruit politique donc, car le principe même du politique n’est-il pas de faire croire à ce qu’on n’est pas pour faire oublier ce qu’on est ?Pour ceux qui n’avaient pas encore saisi le subtil trait d’esprit inclus dans ce titre, vous voici désormais éclairés. Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas !

Allez, c'est Rameau qui entame le bal des buveurs sans soif, des picoleurs de bonne humeur des assoiffés d'humour et de distanciation...électorale! Municipales obligent, la revue scoute est incorrigible, inimitable et les faussaires seront dénoncés: c'est une marque protégée, imitée, jamais égalée: c'est La Ruse sans Suze que si l'on s'en sert (sancerre). Tambour battant les polis petits chiens y passent un sale quart d'heure et ça décoiffe comme jamais: les temps sont rudes, les batailles pas gagnées et ce petit peuple de comédiens, magiciens, musiciens s'ingénient à donner du panache, du pétillant à ce cocktail détonnant: remuer, secouer au shaker, le quotidien, la politique, l'actualité sont de bon ton Plus de 19 tableaux se succèdent sans faille, la troupe galvanisée par les musiciens, inoxydables et plein de verve. On retiendra ce qui nous à ému, frappé, intrigué, choqué et c'est pour le meilleur de la caricature engagée, finement passée au crible d'une écriture et d'un scénario original, collectif, participatif sous la houlette du maestro Chambet Ithier, soutien indéfectible de la revue. Alors la recette est bonne et le ton monte au fur et à mesure.L'homme de Matignon c'est bien Macron, homme de cro-macron, historiques figures de l'homme sauvage, à poils comme Le corps nu du premier ministre le corniaud et cocu de la bande. Voir et boire à sa santé, Sarkosy en clip vidéo lâchant ses bracelets, comme des colliers de la reine qu'il aurait aussi subtilisés du coup, c'est une minute de bonheur absolu. Résumé caustique et sanglant de l'actualité des faussaires et détracteurs de la démocratie. Dans cette agora, forum du déballage on rencontre bien sur Catherine Trautmann, libérée de ses oripeaux pour endosser du Shein à la mode des pauvres recyclés, personnage vintage, platine et tenue de circonstance: le tram comme outil et objet de musculation, body building nécessaire pour affronter l'ennemi! Quant à Jeanne Barseghian, c'est tout écolo sans culturisme, végétalisant sur son passage les plates bandes de Vetter qui va au boulot à vélo gilet pare-balles et autres accessoires inutiles. C'est du gâteau que portraiturer une cour aussi burlesque et drôlatique. Les comédiens s'ingénient à se métamorphoser sans cesse: un tableau sur "les riches" qui fuit le régime est croquant; on y voit les plus grosses richesses prendre la fuite et le bateau: Pinault, Bettencourt, Hermes et autres malfrats se partageant le magot avides de pouvoir et de bêtise.On y côtoie l'homme et la femme "augmenté", la séance de facture de liste électorale, morceau de bavure de bravoure de la revue: tout y passe et la mixité, la parité questionnent autant que le genre! Et le collier de l'arène n'est pas oublié, bavure et oeuvre d'art comptant pour rien.Chapeau d'évoquer ainsi les soucis quotidiens de nos élus de nos coeurs...La malbouffe au super marché, Rac Ecler font mouche et touchent dans le vif du sujet les affres du quotidien.Et la génération "boomers" d'être convoquée pour son inactivité débordante. C'est désopilant et criant de vérité, alors on rit à gorge déployée, même quand il s'agit du pétinisme passé au crible de l'idiotie. C'est irrévérencieux, décapant, déjanté et salutaire.On ne va tout vous dévoiler de la composition musicale de Michel Ott, des costumes de l'atelier de la colombe, de la chorégraphie signée Bruno Uytter bien tracée, précise en osmose avec une mise en scène servie par d'ingénieux décors et des images enregistrées, calées en fond de scène. C'est du cabaret servi par des artistes riches de talents multiples: Patricia Weller électron libre et tonique de la revue, attachante, agaçante juste ce qu'il faut pour incarner Danielle Dambach, mimant le contenu de ses mandats avec malice et bonhommie  Et plus encore pour Jean Philippe Meyer, homme à facettes retournant ses vestes, Alexandre Sigrist au mieux de ses belles formes généreuses et convaincantes, Raphael Scheer, Jules Pan, Fayssal Benbahmed, et les filles Nathalie Mercier, Marie Chauvière,Sophie Nehama, Murielle Rivemale qui chacune ose et se donne corps et âme à cette diatribe burlesque, fines gueules de la comédie et du show business hilarant. Alors ça brasse, ça mousse comme un bon a-maire bière local, ça triture, chatouille, taquine là où ça fait ou du bien ou du mal. A vous de choisir votre camp de scout et d'être toujours aux aguets d'une blague, d'une farce délicieuse à déguster sans modération!Déjeuner en paix dans ce poulailler volatile en panique, est un rêve éveillé, déhanché de toute fantaisie maitrisée. Ils ont voté pour la démocratie participative, alors aux urnes citoyens !

jusqu'au 8 Mars briqueterie schiltigheim  coproduction ville de schiltigheim depuis 39 ans!

mercredi 21 janvier 2026

Louise Vanneste Rising Horses "3 jours, 3 nuits" : géopolitique du corps dansant

 


Belgique Solo2024 

3 jours, 3 nuits déploie une activité chorégraphique qui tient à la fois du géologique et de l’humain. Seule en scène, Louise Vanneste entre en résonance avec les métamorphoses des roches, l’érosion, le feu, les montagnes en formation. Sa gestuelle traduit frottements, chocs, intensités, comme une matière traversée de forces physiques et telluriques. Elle interroge un temps étiré, presque inhumain, celui des roches en lente transformation, qu’elle fait dialoguer avec la fragilité, la chaleur et la résistance du corps. En partant d’un long travail d’observation passant notamment par le dessin, elle sculpte le mouvement, la voix, investit des textes littéraires, écrit le son, pour composer une forme sensible qui relie l’infiniment lent au présent vibrant. Cette traversée solo, à la fois sensorielle et incarnée, devient expérience partagée, un rituel à vivre ensemble, où l’épaisseur du monde se déploie à travers les strates du corps.

C'est de la tectonique des plaques, des roches métamorphiques que s'inspire par tous les pores de la peau, la danseuse face à nous, de gris anthracite, couleur chair vêtue comme la roche volcanique dont elle s'inspire.Roche qui hante ce solo très perméable, très pore comme de la lave, qui crisse comme le schiste qui sous la pression, le temps et la chaleur se transforme, mute comme son corps qui se dissout dans le mouvement. Sa chevelure longue, noire masque les traits de son visage et le corps exprime tout dans le moindre détail, la moindre faille de l'ardoise, de ces lauzes qui évoquent tout un paysage minéral. Sans interruption les mouvements s'enchainent comme une hypnose, une transe magnétique et elle ne cesse de se mouvoir, les bras volubiles, les mains doigtées à l'extrême dans des frissons magiques. Sa danse a quelque chose de caché, de dissimulé, de secret. Elle contient des matières en éruption, en coulée en cristallisation lente comme ces roches évoquées dans un très beau texte qui borde la musique et la pièce quasi tout du long. Une pulsation cardiaque mène la danse, sempiternelle, envoutante. Ce solo, "tout nu tout cru" est d'une grande force: il sera bordé d'une scénographie lumière outre-noir scintillant comme les toile de Soulage et leurs matériaux si palpables. Cette chorégraphie si "géologique" est le fruit d'observation, d'immersion très personnelle dans la nature pour cette femme qui évoque aussi la maternité dans ce berceau chaotique en fusion. La vie agitée des eaux dormantes, le paysage comme un corps .en transformation constante. Et le son d'évoquer la phonolite, cette roche qui émet du son dans le vent entre ses strates empilées. Feuilletage et bruissement du corps dans l'éther et sur terre dans une grâce naturelle qui augure d'un oiseau volatile éphémère de toute beauté. A suivre en compagnie de cette chorégraphe riche de passion comme les chercheurs scientifiques qui se donnent à fond et trouvent à force de creuser leur sujet: une archéologue du minéral , une danse futile et féconde, versatile et très construite au gré des avancées savantes de l'esprit qui la conduit.

A Pole Sud les 20 et 21 Janvier dans le cadre de l'année commence avec elles

Sandrine Lescourant Cie Kilaï "RAW": brutes de coffrage et efficace party de plaisir dansé partagé!

 


 France4 interprètes2020

Elles sont quatre femmes sur scène, quatre danseuses hip-hop réunies par la chorégraphe Sandrine Lescourant. Elles prennent la parole frontalement, sans détour ni honte, pour dire ce qui les anime : leur choix d’intégrer un monde réputé masculin et brutal — celui du hip-hop — mais où elles ont trouvé une communauté, une liberté, une manière d’exister pleinement. Elles racontent leur parcours, leurs doutes, leurs colères, leurs joies, cherchent les mots pour dire ce que le corps exprime quand il danse. Tour à tour interprètes, poétesses, chanteuses ou comédiennes, elles livrent des solos intimes et puissants, puis se rejoignent dans des danses de groupe qui résonnent comme des battles — là où elles ont grandi, appris, lutté. Le sol tremble, les gestes bruts frappent avant d’être stylisés, portés par la musique. Mais il y a aussi l’écoute, la douceur, les transmissions. RAW est un acte d’émancipation : une célébration de la puissance des femmes, de leurs récits et de leurs corps en mouvement.


mardi 20 janvier 2026

"Portrait de Rita" Laurene Marx: une place pour une femme ailleurs que sur des cimaises...

 


Après deux pièces présentées la saison dernière au TnS, Laurène Marx revient avec une parole toujours électrisante pour se saisir de l’histoire vraie d’un garçon de neuf ans ayant subi un plaquage ventral. Comme Georges Floyd. Elle nous invite ainsi à regarder en face la réalité suffocante d’une violence, aux multiples facettes, qu’elle traduit par ces mots : « Là, tu vois qu’un enfant noir de neuf ans, ce n’est pas un enfant, c’est un Noir. » L’autrice a rencontré Rita, la mère camerounaise de l’enfant, ainsi que Bwanga Pilipili, performeuse belge engagée contre le racisme. À partir du lien noué avec ces deux femmes, elle livre un texte en forme d’uppercut dans lequel trois regards tracent les contours d’une histoire de la brutalité policière. Ce « stand-up triste » est « entrecoupé de réflexions et de vannes », moins pour protéger les spectateur·rices que pour ouvrir une voie de lucidité et de guérison collective.

Elle semble frêle et vulnérable, longiligne silhouette vêtue d'une robe très seyante, ceinture marquant une taille fine et fragile. Mais derrière cette apparence trompeuse se cache un sacré caractère; celui de Rita ou de son double, un personnage bien vivant et porteur d'une condition jamais en demi teinte. Un franc parlé juste et jamais caricatural s'empare de ses lèvres, de son visage, de ses yeux écarquillés plein d'un regard vrai et authentique qui vise sa cible: le spectateur impacté par tant d'audace, de malice sans détour qui brise tabou et totem pour ne pas bercer dans un texte lénifiant, les néocolonialistes que nous serions encore, nous les blancs Cette femme, comédienne, à la parole et au débit véloce quasi ininterrompu est divine et emballe de tout son corps ceux qui l'écoutent et la regarde: une femme noire qui conte son sort et sa destinée à travers les situations de sororité, de solidarité digne d'un militantisme idéal: celui qui agit d'emblée sans conte ni histoire inventées pour séduire. Elle n'est pas seule et c'est à travers un compagnon absent, Christian qui serait Dieu ou Lacroix de sa bannière messagère. Un homme détestable qui use et abuse d'elle parce qu'elle est soit disant vulnérable, issue d'un monde différent, d'une culture fantasmée par les blancs. Bwanga Pilipili danse son texte d'un bout à l'autre, tout geste mesuré, calculé comme un maitre à danser, ponctué de tour, de déhanchements discret, de mouvements de sa robe à plis qui virevolte et prolonge l"énergie déployée par un jeu sobre, discret, tenu et retenu par une direction d'actrice, une chorégraphie naturelle remarquable. En taille douce, en impression bien trempée, la gravure du personnage se révèle de toute beauté, pleine de nuances et  de va et vient qui marquent les couleurs d'un tempérament de feu comme cette robe cachemire, bigarrée, colorée, vivante. Elle incarne ces chants et les musiques choisies pour éclairer cette puissante énergie et au final nous embarque dans un élan de joie inégalé La performance de la comédienne tient en haleine, jamais ne s"échappe d'un registre entre pudeur et dénonciation si bien que certain s'y voit dénoncé, agressé. Au grand jamais cette interprétation sur le fil ne bascule dans un manifeste militant . Cela touche et interroge autant que fait prendre conscience que beaucoup reste à faire pour effacer poncifs et autre icônes grotesques sur la condition noire. Le texte en dit long et conduit vers des ouvertures loin d'être des points de vue ou autre avis sur la question du racisme, du viol, du consentement. La vie de Rita est bien la sienne et personne ne se metra dans sa peau ou à sa place.Quelle place d'ailleurs ni sur socle ou piédestal mais une place publique, agore du savoir être ensemble tissé de tous les possibles. 

 

Texte] Laurène Marx
partir d’entretiens avec] Rita Nkat Bayang réalisés par Laurène Marx et Bwanga Pilipili 

[Avec] Bwanga Pilipili 
[Création lumière] Kelig Le Bars 
[Régie lumière] Emmy Barriere 
[Direction musicale] Laurène Marx 
[Création musicale] Maïa Blondeau avec la participation de Nils Rougé 
[Régie son] Nils Rougé 
[Collaboration artistique] Jessica Guilloud 
[Assistanat] Skandar Kazan 

Au TNS jusqu(au 30 Janvier 

 

Marie Barbottin "À l’aune de leurs peaux": l'âge mur murmure...et danse. Pas de peau de chagrin !

 Avec À l’aune de leurs peaux, Marie Barbottin donne la parole à cinq femmes de cinquante ans, qui furent, dans son regard de jeune interprète, des figures inspirantes et fondatrices. À rebours des injonctions à la jeunesse qui marquent encore fortement le monde de la danse, elle leur offre un espace de création et de visibilité. En complicité avec la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, elle construit avec elles une sororité sensible et politique, qui célèbre un désir artistique toujours vivant. Les corps y sont montrés dans leur pleine maturité, puissants, vibrants, libérés du regard normatif. Elle prolonge les questions soulevées dans La chambre d’eaux (2022), où elle explorait les rêves d’avenir des enfants. Ici, c’est au mitan de l’existence qu’une autre ambition s’affirme : celle de continuer, de persister, de se réinventer. Ici, c’est le temps qui agit comme révélateur. La nouvelle pièce devient alors un manifeste contre le jeunisme et pour la réinvention des représentations féminines.

Tout démarre avec une fausse entrée où une femme semble prendre la scène alors qu'elle n' y a pas droit et se fait redresser par une autre qui semble lui barrer le passage. Elle va jusqu'à se dévêtir comme un pied de nez à cette interdiction et revendique sa place. Son corps n'est-il plus "montrable"? Alors on y va et chacune des cinq interprètes y va de son credo: la vie est belle et le corps vivant de danseuses matures peut s'afficher et revendiquer toute sa légitimité. Le propos est inédit si l'on croit qu'ici tout est encore possible naturellement dans une quiétude angélique. Elles virevoltent de plaisir, de complicité, d'interaction pour laisser passer un message évident et naturel. Leurs corps sont façonnés par la danse et ce ne sont pas de beaux restes d'anciennes danseuses! Comme on voudrait bien encore le laisser croire. Place à la joie, la jubilation de se mouvoir franchement sans limites et avec une plénitude remarquable, une insouciance bienheureuse. La chorégraphie de Marie Barbotin est riche comme un palimpseste de mémoire corporelle pour chacune de ces femmes qui dansent devant nous la symphonique bucolique et pastorale d'un univers généreux. Partager aussi cette préoccupation de l'usure et du pseudo vieillissement du corps en magnifier toutes les capacités physiques et psychiques de la maturité.La danse se fait agent au service du temps déconstruisant les poncifs et autres pensées archaiques sur la performance et l'urgence de danser tant qu'on est belle et valide! Feu de tout bois et beauté incarnée par ce quintet dansant à tire d'elles comme un feu d'artifice joyeux et décapant. On se réjouit d'une telle création qui va au delà des discours ou manifestes sur la question de la "ménopause" et pourtant la métamorphose opère comme un passage amoureux à fleur de peau. Le cycle, amen comme disait Nougaro et l'on laisse au vestiaire les oripeaux du convenu pour glisser dans les fantaisies de l'âge mur du corps en suspension de bonheur.

A Pole Sud les 15 et 16 Janvier dans le cadre de "l'année commence avec elles"

"Agwuas" Marcela Santander Corvalán: Aqua bon!

 


Avec Agwuas, Marcela Santander Corvalán poursuit sa trilogie des éléments. Après la terre avec Bocas de Oro, c’est l’eau qui affleure : océans, glaciers, larmes, sueur… autant de flux naturels et corporels qui irriguent une danse organique, ancrée dans le souffle et la voix. Aux côtés de Gérald Kurdian – musicien·ne, performeur·euse et DJ – elle tisse un dialogue entre gestes et chants, traversé par les résonances d’instruments à eau conçus par Vica Pacheco, inspirés de formes précolombiennes. L’espace scénique, imaginé par Leticia Skrycky, s’ouvre au public : sans gradins, fluide, baigné de lumière, il accueille les déplacements, les écoutes, les immersions sensibles. Dans ce rituel partagé, les danses réinventent les gestes d’Amérique du Sud, les voix convoquent des mythes marins, et les corps cherchent dans les eaux passées les formes d’un soin collectif à venir. Un courant à traverser ensemble, entre écoute, vibration et transformation.

Elle est pleine de charme , de tonus et de verve et prend son public à bras le corps avec passion et détermination. Son corps robuste, gracile tangue vers une gestuelle abrupte, faite de rythmes incarnés, de douceur aussi, de mouvements qu'elle puise comme un puisatier du tréfonds des terres. La voici, animal, organique baignée d'éléments liquides salvateurs et protecteurs. Marcela Santander Corvalan plonge, se mouille et retrousse ses manches d'oiseaux ailé pour nous entrainer dans une mémoire autant que dans un passé humide, et gorgé d'eau comme notre corps fait de sueur, de sang et de tout ce qui est à même de soulager nos maux corporels. Avec son complice, elle joue de toutes les facettes de l'élément liquide avec volupté et sensualité. Elle incarne la fluidité avec ravissement et une magie quelque peu magnétique qui la transformerait volonté en porteuse d'eau, en puisatière en personnage de conte et légendes de son pays d'origine. Cette ode à l'eau est largement partagée dans un dispositif scénique où le public est impliqué par une proximité qui favorise notre empathie. L'eau coule et revient toujours comme en Arménie, ce pays des fontaines, des cours d'eau qui jalonnent les vies et les destins de chacun. Elément incontournable de survie et de plaisir aussi, de soins, l'eau à fleur de peau glisse et parvient à nous bercer dans son univers unique de petite cérémonie insufflée à coeur et à cri par deux interprètes engagés, sincères et authentiques acteurs d'un manifeste vivant, corporel et inédit sur ce qui fait le fondement de notre organiste. Cela coule de source, à flot et le pêcheur aux filets fluorescents de faire pêche miraculeuse de gestes amples et sonores évoquant un univers familier et indispensable à la vie: l'eau bienfaisante, transparente, toujours en mouvement, source et bain de jouvence pour un plongeon salvateur dans les eaux profondes de l'existence.

 A Pole Sud les 15 et 16 Janvier

dans le cadre de "l'année commence avec elles" 

jeudi 15 janvier 2026

"Les suivantes": attire d'ailes d'elles: il faut se méfier des femmes peintres...Gare aux guenons qui taquinent!

 


Comment se construire en tant que femmes et artistes quand peu de modèles nous sont transmis, quand un pan de l’histoire fait défaut ? Au sein de sa compagnie Quai n°7, Juliette Steiner mène cette réflexion, cherchant à révéler cet héritage manquant. Dans la lignée d’Une exposition, dernière malice d’une plasticienne invisibilisée, la metteuse en scène poursuit ici son exploration des trajectoires trop peu connues ou oubliées.

Mêlant arts plastiques en direct, théâtre et DJ set improvisé, quatre interprètes font apparaître et disparaître des femmes artistes dans un joyeux jeu d’écho et de résonance. Les éléments se déploient de manière ingénieuse, transformant la scène en une salle de concert ou en un atelier. Se côtoient Artemisia Gentileschi, Louise Bourgeois, la baronne Elsa von Freytag-Loringhoven, une peintre des cavernes, les Guerrilla Girls, et bien d’autres encore… jusqu’à des icônes pop contemporaines comme Britney Spears, réinscrite dans un réseau d’influences et de filiations.

Il ne s’agit pas d’enseigner une histoire de l’art, mais de dévoiler la richesse dont on se prive en ne racontant qu’un seul récit. Au rythme de la musique et des transformations scéniques, le spectacle se réapproprie leurs héritages, leurs paroles et leurs œuvres pour en composer un poème plastique et théâtral. En révélant ces présences occultées, l’équipe raconte le manque par la révélation, s’empare de ces figures pour faire, à son tour, œuvre et s’inscrire dans une lignée qui n’attend que les suivantes.



Metteuse en scène, comédienne et plasticienne, Juliette Steiner est membre du collectif d’artistes au TJP – Centre Dramatique National de Strasbourg depuis 2023. Élève à la Haute École des Arts du Rhin de Strasbourg de 2009 à 2014, elle construit son parcours, ces cinq années durant, au croisement du jeu théâtral, de l’installation plastique, de la danse et de la scénographie. Elle poursuit sa formation par deux ans de travail du jeu au Conservatoire de Colmar. En tant que comédienne, Juliette Steiner travaille depuis pour plusieurs metteur·euse·s en scène et réalise aussi de nombreux doublages pour Arte. Juliette Steiner fonde la compagnie Quai n°7 en 2016. S’y croisent recherches plastiques, questionnements féministes et sociétaux, traversées des grands mythes et leur réactualisation. La même année, elle crée
ANTIGONE #Ismène. S’en suivent : H.S. (2021), Services (2021), Une île flottante de Eddy Pallaro dans le cadre des Faits d’Hiver du Théâtre de Peuple (2021). Juliette Steiner a été artiste associée à la Comédie de Colmar de 2019 à 2022. Elle est soutenue par La Filature, scène nationale de Mulhouse, depuis 2022. Au TJP, elle met en scène la pièce Une Exposition (2024), et crée pour tout·es-petit·es à partir de 18 mois Moé Moé Boum Boum (2025) avec la chorégraphe Kaori Ito. En 2025, Juliette Steiner a accompagné la création du Collectif en scène aux côtés de l’autrice Marie NDiaye et de la créateurice son Ludmila Gander.


Mise en garde, tirailleuse de peinture fraiche au corps, fendue en tierce comme une escrimeuse ça démarre fort avec Niki de Saint Phalle comme évocation du soulèvement des femmes artistes, pas des femmes d'artistes confinées dans l'ombre de leur conjoint...Mais auparavant, la parole est donnée et disséminée dans la petite salle enveloppante du TJP Petite Scène aux femmes artistes dont les destins seront finement évoquées au cours du spectacle. La parole à Louise Bourgeois, drôlatique et burlesque Camille Falbriard, sur un ton bredouillant à propos des oranges traumatisantes des repas de famille où le corps de l'enfant-femme devient épluchure désuète bisexuée.De quoi y perdre son latin et avoir l'ambition de tuer le père, de tirer sur cette figure patriarcale omniprésente dans l'éducation des filles. Autant pour Niki qui piétine le patriarche et occit sa figure légendaire.C'est le jeu des actrices qui l'emporte alors, plein de verve, de vérité d'impudeur sans candeur. Pas de non dit ni d’échappatoire dans ce pamphlet très fouillé sur la vie des femmes artistes, leurs actes, leurs choix, leurs place dans la société autant que dans les musées...Et le jeu de Ruby Minard dans une très belle séquence vouée aux artistes femmes modèles Des talents qui ne font que poser et disparaissent la photo ou le tableau achevé. Très belle affiche mouvante d'une succession de reconstitution de tableaux vivants issus de l'histoire de l'art..Le travail documentaire et sensible de Juliette Steiner se confirme dans un amour et une réflexion souple sur des questions brulantes et complexes. Entrainant dans ses "Suivantes" ses complices, Ludmila Gander, musicien-ne dissimulé derrière un masque étrange et Nabila Mekkid leur présence "musicale et vocale" bien trempée. Elles peignent, tracent et signent des fresques, des tableaux cibles (pas piège!) ces femmes qui oeuvrent dans l'art. Marina Abramovic plane sur le spectacle comme figure de performeuse immergeant son corps dans le temps et l'espace de spectateur-acteur. Voici un opus original qui mérite une large circulation "citoyenne"pour éclairer les mémoires, fouiller sa propre histoire pour savoir où le bas blesse dans notre évolution de femme, dans l'accomplissement de désirs plutôt que de traditions culturelles. Et ce faciès de singe qui hante le spectacle sous forme de masque "autobiographique" pour la metteuse en scène, outil de révolte pour le groupe Guerrilla Girls, masque viril cependant évoquant la puissance et l'autorité. Gare aux guenons et mères bonobo qui ne font pas que sommeiller en chacune de ces artistes évoquées. On songe du coup à encore beaucoup d'autres (expo sur le surréalisme au féminin au musée de montmartre en 2023, exposition sur les modèles au musée Bourdelle...De quoi alimenter images, réflexions, échanges et partages fructueux comme sait le construire le navire TJP...Aux suivantes comme disait Brel....
 Ou selon Agnès Turnauer
Est- ce que on peut avoir une place sans avoir de statue ou sans avoir de statut...

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