dimanche 1 février 2026

"Bourdon" : drôles de drones! lovemusic en écoute profonde pour tympans sorciers

 


Le concert de lovemusic au Lieu d’Europe à Strasbourg le 1er février s’inspire de la drone music : des sons tenus, des accords prolongés et des vibrations continues qui invitent à une écoute profonde  Flutes, clarinettes, alto, guitares électriques, veille à roue, électronique  Des belles œuvres de Toraman_Zeynep Darcy Copeland Alex Groves_ Bara Gisladottir Lucier Alvin, une pièce du collectif et des propositions de meditations sonores de l’incroyable visionnaire Pauline Oliveros
Ambiance intimiste et une expérience immersive pour se ressourcer.
"Bourdon" : 1988, Port Townsend (USA) : Pauline Oliveros s’enfonce dans une citerne désaffectée pour enregistrer. De cette expérience naît le Deep Listening, l’un des concepts majeurs de l’écoute attentive.
photo robert becker

C’est dans cet esprit que Lovemusic propose une méditation sonore, inspirée de la drone music. Des sons tenus, des accords prolongés et des vibrations continues invitent à une écoute à la fois intérieure et partagée, entrecoupée d’exercices de Deep Listening venant recentrer l’attention.
Pour clore le concert, lovemusic présente une nouvelle pièce qui prend pour point de départ le bourdon des musiques traditionnelles où la vielle à roue et la flûte irlandaise ouvrent des passerelles entre héritage acoustique et création sonore
 Dispositif d’écoute : Transats et tapis au sol entourant les musiciens et musiciennes. Prévoir un coussin et un plaid pour profiter pleinement de l’expérience ! 
 
Collectif lovemusic : Emiliano Gavito - flûtes ; Adam Starkie - clarinettes, vielle à roue, guitare électrique Sophie Wahlmuller - alto Christian Lozano Sedano - guitare électrique Finbar Hosie - électronique et son
 
photo robert becker

Le dispositif scénique est très cosy: le public entoure les cinq musiciens. Au centre, tapis et plantes vertes, comme à la maison! Tout démarre avec une impressionnante prestation du violon, longues prolongations de sons bordés d'une bande son et intervention de la console acoustique: la musique vibre, les ondes se répercutent, les fréquences se font délicieuses. Suivent les harmonies de deux guitares électriques qui diffusent un son plein qui plane et s'enroule dans l'espace-temps imparti par l'écriture musicale, précise, ciselée. Une ambiance planante s'installe dans des lumières rougeoyantes succédant aux précédentes bleutées, plus froides. Puis c'est "Bourdon", une pièce écrite par le collectif toute récente qui donne le titre à ce concert inédit. Des sons vibrants comme le vol de l'insecte ou comme le son de drones tournoyant au dessus de nos têtes. Ou comme le son des ondes de phéromones issues de ses insectes cohabitant avec des abeilles travailleuses, stimulées par leurs fragrances.
 
photo robert becker

L'atmosphère est unique, les ondes se dispersent à l'envi et comme un tympan sorcier, la musique se fait résonance vibratile et perspicace. La diffusion des sonorités dans l'espace opère comme un élixir magique, euphorisant et bienfaiteur pour nos oreilles "qui n'ont pas de paupière" comme l'écrit Pascal Quignard dans "La haine de la musique". Au tour de l'oeuvre méditative de Pauline Oliveros de faire résonner les quatre musiciens de notes tenues, vibratoires cathartiques pour accéder à un état d'écoute et de corps proche de la méditation: écoute profonde inclusive ou à fleur de peau, intériorisée selon chacun des spectateurs, auditeurs de leurs propres sensations immédiates.. Le concert se clôt sur une oeuvre très élégante, sensible, distinguée. Douceur et caresses des sons émanant autant des instruments acoustiques que de la console électronique. Des sons de voix, très proches du saxophone prolongent l'écoute et sèment le trouble dans l'audition. Les compères musiciens semblent prendre grand plaisir à mêler les pistes, embrouiller les repères et semer le doute. 
 
photo robert becker

Un effet fort réussi qui propulse dans des univers variés, cosmiques à souhait, planant et qui seraient quasi thérapeutiques et bienfaisants."lovemusic" , généreuse formation musicale à la pointe de la recherche et de l'innovation offre ici des instants précieux d'écoute, d'expériences sensorielles et auditives  de toute beauté et de grande qualité. 
 
photo robert becker
 
Au Lieu d'Europe le 1 Février  

vendredi 30 janvier 2026

"das Wetter zuhause. ein Wohnzimmerballett" , Aleksandr Kapeliush fait sa météo domestique du côté de chez Swan.

 


Comment trouver sa place, entre le lieu de l’origine devenu lieu de la contrainte, entre les aspirations du passé et la réalité du présent ? Comme guidé par une voix intérieure, Aleksandr Kapeliush, qui a quitté la Russie au moment de l’invasion de l’Ukraine pour vivre à Tel Aviv puis en Allemagne, retrace son propre parcours. Au fil d’une introspection sincère émergent les souvenirs – danser dans le salon, cuisiner un gâteau –, mais aussi les doutes. Avec, en toile de fond, Le Lac des Cygnes, à la fois bande-son de l’enfance et passage obligé du nation branding russe. Dans un salon minimaliste, l’artiste égrène les questions : sur l’impossibilité de vivre son homosexualité dans une société sous surveillance, sur une identité au croisement des cultures, sur le théâtre. Et derrière la narration de soi se dessine en filigrane le tableau d’une Russie d’où disparaissent peu à peu les libertés. Ponctué par les images de l’histoire familiale, par les notes de Taylor Swift et de Tchaïkovski, se raconte le récit émouvant, laconiquement drôle et toujours lucide de l’exil.

Sur un plateau-estrade dans la salle conviviale de la HEAR, "la maison" évoquée par l'artiste se fait intime, berceau d'une narration sur les souvenirs de famille, sur ce "cocon" que Aleksandr Kapeliush a décidé de quitter pour des raisons de choix éthiques et politiques. Simple appareil scénographique, table, fauteuil et pour accessoire une valise, celle du voyageur autant que de l'exilé, du conquérant autant que de celui qui s'arrache à son passé, sa culture. Il évoque dans la douceur et la nostalgie, son enfance, sa mère, ses parents attentifs. Mais on le découvre vraiment filmé à l'époque avec sa soeur en tutu long romantique qui danse Le Lac des Cygnes. Images touchantes et désopilantes qui nous font rentrer dans son univers: celui des cinq actes du ballet romantique, russe, fer de lance et ambassadeur du répertoire du ballet en Russie. 'Il faut assécher Le Lac des Cygnes" disait Cocteau, agacé par ce sempiternel spectacle désuet et démodé, donné à l'attention des hommes politiques de passage en France. Ici l'intrigue est décortiquée comme le destin de ce jeune homme, confronté à la réalité hors du cercle familial pour rencontrer le vaste monde des émotions., de la vie, de sa complexité. Sur le plateau, une rangée de petits cygnes de carton blanc découpé en guirlande attire l'attention.Il parle en allemand, langue qu'il maitrise parfaitement, aisément, en russe, hébreu et anglais! Ce polyglotte est d'emblée séduisant par sa bonhommie, son accessibilité dans cette salle ou  la  proximité joue avec une certaine empathie.Il conte son respect et son amour pour sa mère comédienne, son père metteur en scène et photographe de plateau Avec modestie, pudeur et retenue, son jeu est franc, déterminé, convaincant. On est en communion avec ses questionnements légitimes qu'il dévoile au fur et à mesure de sa pièce, écrite, jouée et mise en scène par lui-même.Le "Lac" le poursuit comme une métaphore de la transformation, du déchirement, de la différence.Car comme Bertrand d'At qui en livrait en 2011 une version très personnelle :Chez d’At, Odile-Odette  est remplacée par Rothbart, qui cherche à séduire Siegfried et l’entraîne à danser avec lui. Cette danse finit par un baiser sensuel. Il est difficile de parler un langage plus clair dans un spectacle sans paroles. Ceux qui se laissent entraîner sur une fausse piste, sont aveugles. Au cours du dernier acte, d’At renvoie Siegfried au pays des songes. Encore une fois il a l’occasion de danser avec les cygnes au bord du lac. Et pour Aleksandr c'est le cas similaire: un jeune homme danseur,habillé en prince apparait au final, amant de ce dernier qui dans un baiser conclut cette ode à l'amour, à la filiation, à la famille.  Du côté de chez Swan, l'avenir est radieux et l'on quitte notre acteur avec optimisme dans sa "maison" où la météo est bonne et les avis de coup de vent de force X ne sont pas menaçants.

Au Maillon à la HEAR dans le cadre de Premières" jusqu'au 31 Janvier

 Et sur Le Lac" convoqué sur les chaines de TV en cas de crise politique en Russie lire l'adaptation de la chorégraphe roumaine Olga Dukhovnaya

https://genevieve-charras.blogspot.com/2023/05/swan-lake-solo-du-cote-de-chez.html 

"SEPPUKU EL FUNERAL DE MISHIMA o el placer de morir": le sacre de la danse des ordures d'Angelica Liddell

 



Seppuku El Funeral de Mishima o el placer de morir est un hommage au poète japonais en forme de quête personnelle, assumée par Angélica Liddell à travers une série de tableaux d’une puissance poétique brute et une sincérité crue.
L’artiste catalane nous convie à une expérience singulière qui relève autant de la spéléologie que de la métaphysique : à quel endroit la vie et la mort se rencontrent-elles ?
En explorant, avec les lueurs projetées du poète Yukio Mishima, cette zone mystérieuse en forme de plaie, Liddell fait jaillir, au point précis de la douleur, un élan vitaliste qui interroge son propre désir de mort - brouillant radicalement la frontière factice entre les vivant·es et les disparu·es.
L’espace poétique qu’elle déploie inclut ainsi les fantômes, les fous, les poètes samouraïs, les suicidé·es de la société et toutes les âmes errantes ; il repousse les mesquins et les esprits chagrins, les calculateurs et les gardiens du temple.
Cet engagement absolu en faveur d’une beauté violente et sans concessions est servi par une mise en scène dont la charge érotique puise évidemment dans les œuvres de Mishima mais aussi dans les chorégraphies millimétrées du théâtre nô, mêlant aux chants poétiques traditionnels, danses, histoires médiévales, pop japonaise, musique classique et bodybuilding.
Non sans humour, Liddell fait s’emballer la machine de la représentation pour la débarrasser de ses scories divertissantes et moralisantes. Renouant ainsi avec une expérience antique du théâtre comme rituel, son hommage à Yukio Mishima révèle la forme possible d’un engagement poétique absolu, mais aussi, son caractère inéluctable et furieusement vital, révélé aux premières lueurs de l’aube.

Sans doute le spectacle le plus "attendu" de la saison du TNS, voici venir Angelica Liddell.Trublion, décapante égérie de spectacles performants, alliant poésie et "attentat", virtuosité du jeu et organicité des "accessoires" de son théâtre étrange et beau.Deux personnages arrivent à petits pas sur le plateau: un tatami, un intérieur japonais traditionnel qui sera l'unité de lieu, de temps et d'action de l'opus dédié à Mishima.Ils se dénudent, ôtent leurs vêtements traditionnels pour entamer un duo de corps masculins extrêmement saisissant, beau et trivial dans le comportement érotique à fleur de peau de ces deux êtres vivants.L'amour "viril".Angelica veille, observatrice en fond de scène, son corps nué dissimulé sous un large kimono-peignoir japonais. La lecture d'un texte de Mishima va nous éclairer sur son positionnement face au suicide, à la mort à la façon des samouraïs dont l'art du hara-kiri méduse ceux qui renient l'acte de se donner la mort volontairement dans un esprit sacré. Ce "suicide" que l'artiste vénère, adule tant l'idée de vieillir et subir les assauts du temps, la dérange, la tarabuste au plus profond de son art. Mourir pour échapper à la trivialité, se donner la mort pour sauver les anges qui occupent également son propos.C'est dans une diatribe saisissante que l'actrice vocifère et arrache ses mots sur ce sujet brûlant, dérangeant. Dans un flux, un débit incroyable, très musical et ponctué quasi de parlé-chanté qu'elle harangue le public à son habitude, délivrant des évidences cruelles et glaciales, énumérant des cas de suicides alors qu'un servant lui apporte d'autres vêtements, les peaux de son monde changeant. Elle démarre seule ce prologue, développement et épilogue, vociférant, haranguant les spectateurs dans une logorrhée vertigineuse, épatante, essoufflante.
Virtuose du jeu de scène, démoniaque dans son théâtre de la cruauté à la Antonin Artaud!

Un culturiste sidérant fait son apparition, muscles bandés, beau comme un dieu de l'olympe, poses et bras tendus, image efficace et provocante de corps canonique, vivant, performant. Étrange apparition fugace alors que le couple de comédiens-danseurs japonais fait la part belle à l'érotisme. Les longs cheveux de l'un enrobant le corps de l(autre.Un solo de danse merveilleux, lisse, ondulant le corps du danseur dans des volutes et virevoltes fluides enchante ce monde trivial. La scène emblématique demeurant la prestation orgiaque d'Angelica Liddell: à l'aide d'un morceau de foie, abats ou tripes viscérales, enchainés à son corps, elle bat le sol, simule ou vit vraiment un orgasme démonique fait d'organicité, de chair à vif. On songe à Nijinsky dans "L"après midi d'un faune" glissant l'écharpe de la nymphe disparue, entre ses jambes proche de l'extase dans un décor fantasmé de parfums et de rêves....La haine, cette "blessure de naitre" parcourt le spectacle, la vengeance comme leitmotiv de la colère non contenue, irrigue, nourrit le propos de l'autrice, metteuse en scène. L'écouter, la suivre, la comprendre où l'écarter de son chemin , chacun choisira son point de vue, sa lecture de cette férocité affichée, jetée à la face du monde dans un champ de bataille constant.Orpailleuse des latrines, nettoyeuse et travailleuse, la voici avouant sa passion, sa ferveur quant à l'horreur d'un monde pourri, déféquant ses excréments avec ravissement. On prolonge volontiers ces images et évocations tirées de l'oeuvre de Mischima, au gré de ses propres fantasmes. Les vêtements, seconde peaux de chacun des acteurs, fascinent autant par les couleurs que part cette part d'interdit qu'ils dissimulent. La bauté est "toujours la saleté qu'on ne voit pas"... Dans l'excellent livret accompagnant le spectacle, un abécédaire fameux livre les propos, idées et dires d'Angelica Liddell: c'est édifiant et si proche de l'univers de Mishima que la fusion des deux mondes opère et devient intelligible. Encore deux solos de l'actrice pour étayer ce rapprochement évident entre l'écriture littéraire et l'univers de l'artiste bien en chair, nue et crue.La fin de la vie et non la fin de vie, la "représentation" du suicide la hante, désir profond, abyssal. Cathartique, cruel, érotique entre éros et thanatos comme il se doit chez elle, dans un "intérieur" authentique et magistral."Quand vais-je mourir"? Destruction, péché, cataclysme s'inventent pour une résurrection et non une rémission. L'ulcère qui l'a malmenée durant son enfance est comme une blessure à réparer par le truchement des éléments du vivant: ce morceau de foie qui l'a fait jouir en est un bel exemple...En bon Samourai, Angelica affronte et combat, ne dissimule rien. Sublimer la perversion, prôner la Sincérité autant de credo sur l'autel des sacrifices, la Sauvagerie en écho .

Références picturales omniprésentes, textes fulgurants maintiennent le suspens et l'adhésion du spectateur, scotché, tétanisé par tant de force et de singularité
La haine, l'amour tout concourt ici à faire du théâtre le lieu du vivant et de l'artificiel, de la beauté et du singulier
Une expérience sensible pour le corps de celui qui écoute, regarde, souffre aussi des mots et des maux de la condition humaine.
 

 [Texte, scénographie, costumes et mise en scène] Angélica Liddell
Adaptation de la pièce de théâtre NOH Hagoromo – Le Manteau de plumes (XIVe siècle).
Avec des extraits de Patriotisme et Le Marin rejeté par la mer, de Yukio Mishima.


[Avec]
Nonoka Kato en alternance avec Ichiro Sugae, Masanori Kikuzawa, Angélica Liddell, Alberto Alonso Martínez, Gumersindo Puche, Kazan Tachimoto

 

Au TNS jusqu'au 7 Février

mercredi 28 janvier 2026

Compagnie Leïla Ka - "Maldonne":"Maldonne" è mobile! Leila Ka : elle se dé-robe en robe des champs, des villes. L'étoffe des chrysalides pour seule parure.

 


Au plateau, des robes. D’intérieur, de soirées, de mariage, de tous les jours, longues ou courtes. Et cinq femmes rebelles qui se jouent et s’affranchissent de ces identités d’emprunt.
Tout commence par un souffle. Celui qu’expirent, face au public, les bouches des cinq danseuses serrées les unes contre les autres. Comme soudées par un fil invisible, elles portent des robes aux imprimés fleuris et démodées rappelant le temps où la féminité était - est encore ? - affaire d’apparence. Un préjugé que ce quintet explosif va faire voler en éclat, au cours d’un spectacle qui mixe allègrement les styles, chorégraphiques et musicaux.

Dans un geste collectif impeccablement exécuté, les cinq corps féminins se mettent d’abord à jouer des coudes puis à se désarticuler, à l’unisson et en décalé. Progressivement, leurs gestes traversent les mille et une tâches domestiques traditionnellement réservées aux épouses et mères, pour mieux s’en émanciper dans une énergie libératrice.

Leur conquête de ce girl power s’incarne dans leurs changements de tenue, tout au long de la pièce, à vue ou en coulisses. Une quarantaine de robes sont ainsi portées puis abandonnées, comme autant d’oripeaux dont il convient désormais de se défaire.

La bande son elle aussi s’affranchit joyeusement des normes, enchaînant le « Je suis malade » de Serge Lama revisité par Lara Fabian, avec Leonard Cohen et Vivaldi. Contrairement à son titre, Maldonne redistribue les cartes à l’endroit, en un élan iconoclaste et vivifiant.




Leïla Ka
France 5 interprètes création 2023

Maldonne

Véritable prodige de la scène chorégraphique d’aujourd’hui Leïla Ka impose son énergie sur scène. Précise, pressée, dramatique et paradoxalement relâchée sa danse nous propose des montagnes russes d’émotions. La chorégraphe tente dans Maldonne de créer une dramaturgie hypnotique portée par cinq femmes. Sur scène, des robes. De soirée, de mariée, de chambre, de tous les jours, de bal. Des robes qui volent, qui brillent, qui craquent, qui tournent … Toujours fidèle à son univers théâtral, elle fait évoluer les danseuses sur des musiques issues du classique, de l’électro et de la variété. De cette intimité au féminin la chorégraphe dévoile et habille, dans tous les sens du terme, les fragilités, les révoltes et les identités multiples portées par le groupe.

Un gang sororal : mâle-donne...
Cinq femmes sur le plateau nu, en longues robes vintage pieds nus dans le silence: une galerie de statues médiévales qui s'anime peu à peu de gestes spasmodiques dans un rythme en canon, en points de chainette, en maillon subtil de changement imperceptible. En savant tuilage. Ce quintet silencieux possède l'éloquence du mystère d'un spirituel rituel, l'étoffe du désir de bouger, de s'animer. Dans des spasmes, des halètements qui rythment leur souffle et leurs gestes au diapason. Autant de soubresauts qui hypnotisent, intriguent tiennent en haleine.Tableau vivant dans une galerie d'art, un musée de l'Oeuvre Notre Dame où les vierges sages et folles trépignent à l'idée de s'évader. Soudain surgit la musique et le charme est brisé: mouvements tétaniques ou circonvolutions élégantes et distinguées, alternent. A la De Keersmaeker ou Pina Bausch pour la grande musicalité gestuelle, le port de robes colorées ou pastel .Elles se vêtissent et se devêtissent sans se dérober, se parent de tissus, d'enveloppes, d'atours sans contour. La seconde peau des vêtements comme objet de défilé, de mouture charnelle. Anatomie d'une étoffe de chutes, de roulades au sol pour impacter la résistance à cette fluidité naturelle. Vivantes, troublantes les voici à la salle des pendus, les robes accrochées dans les airs, boutique fantasque de spectres ou ectoplasmes flottants dans l'éther. Dans une jovialité, un ton débonnaire. 
 

Complices et joyeuses commères , elles se soudent en sculpture mouvante pour des saluts prématurés qui se confondent en satisfecit et autre autosatisfaction: la beauté pour credo. Et les robes de devenir étoffe de leurs pérégrinations, de leurs ébats protéiformes. Clins d'oeil à la fugacité, à la superficie des désirs. Se revêtir d'atours séduisants et aguichants pour plaire, se plaire. Bien dans leur assiette, leur centre, la pondération des corps en poupe: l'assise et l'ancrage comme essor de leurs bonds, chutes ou simple présence sur scène Les voici en mégères apprivoisée, se crêpant le chignon dans des bagarres burlesque à la Mats Ek: mouvements spasmodiques, changements de direction à l'envi, énergie débordante.  "Je suis malade" comme chanson de geste, comique et pathétique à la fois.
 

Ou figures de "bourgeoises décalées" comme un Rodin mouvant en pose jubilatoire.Encore un brin de Léonard Cohen pour faire vibrer nos cordes sensibles. Les robes que l'on essore comme du beau linge, en famille,au lavoir, qui battent le sol comme des lambeaux, des serpillères de ménage qui se jettent à l'eau. Lavandières ou travailleuses d'antan. Fresque historique de la condition féminine brossée en moins d'une heure. La joie y est vive, les personnages attachants en phase avec le public attentif et concentré. Les "donna e mobiles" comme des plumes de paon dans un Rigoletto très féminin-pluriel de toute beauté. Leila Ka magnifie nos fantasmes de femmes, les expurge, les projette au dehors comme pour les exorciser en magicienne, prestidigitatrice de choc.
 

Création 2023 - Pièce pour 5 interprètes
Chorégraphie : Leïla Ka
Avec (en alternance) : Océane Crouzier, Jennifer Dubreuil Houthemann, Jane Fournier Dumet, Leïla Ka, Jade Logmo, Mathilde Roussin
Assistante chorégraphique : Jane Fournier Dumet
Création lumières : Laurent Fallot
Régie lumières en alternance : Laurent Fallot, Clara Coll Bigot
Régie son en alternance : Rodrig De Sa, Manon Garnier

 
le 28 Jet 29 ANVIER dans le cadre du festival "l’année commence avec elles"à Pole Sud
 

Solène Wachter & Bryana Fritz "Logbook": polyphonies dansées pour Donna è Mobile : carnet de bord et de croquis

France Duo 2025 

 


Logbook a été créé dans le cadre de Vive le sujet ! où le Festival d’Avignon (édition 2025) propose à deux artistes de se rencontrer sur un plateau. Pour le Festival 2025, l’univers de Solène Wachter, qu’on a pu voir chez Maud Le Pladec ou dans 10 000 gestes de Boris Charmatz, fusionne avec celui de Bryana Fritz, dont on a pu voir le travail à POLE-SUD il y a deux ans avec Submission Submission. Sa pratique se situe à la croisée de la poésie, de la performance et des technologies numériques, souvent en dialogue avec l’interface utilisateur d’OSX. Issues de leurs précédentes créations, images, chansons et fragments oubliés entrent en collision pour donner naissance à une danse du chaos et du discontinu. Ce « zapping corporel » brouille les repères et tente d’inventer de nouvelles règles du jeu, dans une surcharge cognitive assumée. Entre écriture fragmentaire et débordement sensible, Logbook explore l’impossibilité de contenir toute la richesse du vivant dans une seule performance.

Ce soir là, victime d'une foulure, Solène Wachter assure son rôle "au pied levé" avec courage et détermination! Un duo hors norme pour ces deux figures féminines, l'une torse nue, des mots alignés sur sa seconde peau,transparente l'autre , le phénomène inversé, t-shirt et fesses et jambes dénudées ourlée d'une même tunique manuscrite. Avec Briana Fritz, une danse s'amorce, soliste,tonique, spatiale, survoltée au son d'une musique déjà tonitruante. Mouvements de bras comme un envol d'oiseaux, sauts, sautillements joyeux dans l'espace à la Anne Teresa de Keersmaeker...Vives et jubilant de grâce, les cheveux épars, défaits comme des prolongations des mouvements de tête incongrus. Ca voltige et virevolte sur le plateau. Le chant sourd lentement plus tard en phase lenteur et repos, accalmie du souffle et de la virtuosité.Les corps se lovent au sol, s'y posent et déposent l'énergie d'une pause amoureuse, enlacés, complices et comparses.Les voix en canon ou en alternance offrent des mélodies polyphoniques savantes ou populaires, collectées pour un duo fascinant. Les voilà chantant de concert un "Donna, Donna" plein de charme et de pudeur., doublé d'un chant hard rock. Les visages se font grimaçants pour la suite qui reprend gout aux sautillement, tourniquets de bras et échappées belles.Les deux femmes , sensuelles et dociles sous le joug de la musique s'exposent et offrent un panorama sonore et charnel fort présent. Empli de présence, de tonicité, d'errances parfois ou d'expression de solitude. Une belle échappée dansée de toute beauté.Solène Wachter et Bryana Fritz font entrer en collision leurs univers artistiques. Chacune est venue avec ses images, chansons, mots et autres matériaux usés puis abandonnés lors de précédentes créations... De ce big bang chorégraphique naît une surcharge cognitive, une écriture du chaos et du discontinu, une tentative d’embrasser un champ plus vaste que ce qu’une performance peut contenir.Chapeau aux artistes pour cette performance, remaniée pour l'occasion et dansée avec tous les appuis possibles que permettait une blessure encore vivace.


Solène Wachter
est danseuse et chorégraphe formée à l’école P.A.R.T.S. En 2017, elle débute son parcours d’interprète dans 10 000 gestes de Boris Charmatz, avec qui elle continue de collaborer depuis. Elle travaille avec Némo Flouret, Maud Le Pladec, Ashley Chen et Anne Teresa De Keersmaeker. À travers des dispositifs scéniques engageants pour le public et pour elle-même, elle développe un travail sur les artifices et le divertissement avec FOR YOU / NOT FOR YOU créé en 2022. Cette année au Festival d’Avignon, on la retrouvait également comme chorégraphe auprès de Joris Lacoste sur Nexus de l’adoration. 

Pole Sud le 28 Janvier dans le cadre du festival "l'année commence avec elles"

mardi 27 janvier 2026

Hortense Belhôte "Performeuses": un bain de cimaises...les danses serpentines: un conte d'apothicaire pour caducée originel


Historienne de l’art, comédienne et performeuse, Hortense Belhôte dynamite la conférence traditionnelle avec Performeureuses. Elle y retrace l’histoire de la performance, de Loïe Fuller à Divine, en passant par Joséphine Baker, figures flamboyantes qui ont bousculé les normes de genre et de représentation. Pour organiser cette traversée joyeusement indisciplinée, elle convoque un guide improbable : Le Printemps de Botticelli, dont les figures deviennent les points d’entrée d’un récit foisonnant. Conférence dansée, démonstration décalée, récit d’art : la forme suit le fond, mouvante, vive, inattendue. Hortense Belhôte se glisse d’une époque à l’autre, passe du savant au trivial avec une liberté réjouissante, joue des anachronismes et des ruptures de ton sans jamais perdre le fil de la réflexion. Derrière sa folie douce, son humour queer et son sens du décalage, se déploie une vraie leçon d’histoire de l’art, érudite et réjouissante, où la pensée se mêle au jeu avec un plaisir communicatif.


France Solo 2022  

Elle est parmi les spectateurs et semble attendre avec impatiente et fébrilité, le moment venu de démarrer. En trombe dans un flux incessant, incroyable, sidérant. Hortense est en tenue sportive, marcel sur les épaules, mutine, malicieuse, résolument désordonnée, désorientée mais maintient un cap infernal; celui de rebondir sans cesse d'un sujet à un autre, de tisser des liens incongrus mais bien inter-ligérés "cueillir, rassembler, choisir" dans une vive intelligence, dans le vif du sujet ou du sujet à vif L'histoire de l'art comme cheval de course revisitée par la comédienne, férue de peinture classique devient passionnante lux incessant, incroyable, sidérant.et révèle des histoires, des intrigues succulentes. Voici "le printemps" de Botticelli mis à nu et décortiqué à merveille par le truchement d'une histoire déjantée de la performance, donc des origines de la danse contemporaine.Décrypté à souhait où les personnages revêtent  des atours burlesques et symboliques croustillants. Une voix, un  corps animés d'humour, vif argent de circonstance. Le "printemps"  comme origine du monde, comme nid d'une imagination débordante. La  langue véloce, le débit comme une cascade de mots, de références aux performeuses et performeurs d'hier et d'aujourd'hui se délie, les images se succèdent sur l'écran pour souligner le côté incongru de cette "lec-dem" d'un nouveau genre dont savent se délecter certains Denis Plassard ou David Drouard. Un tantinet à la façon de "Toute l'histoire de la peinture en moins de deux heures, de Hector Obalk fait un stand-up pédagogique et spectaculaire sur l'histoire de la peinture.Exercice de style fréquenté avec aisance, décontraction, habileté et esprit mutin, espiègle et bourré de talent d'interprétation, sobre, clins d'oeil à l'appui à l'histoire de la danse, aux héroïnes inconnues d'un nouveau langage corporel dénué de narration.C'est le serpent qui sert de fil conducteur à cette épopée pharamineuse et pharaonique, colossale :une "histoire de la danse à ma façon"où la danse rituelle côtoie celle de Loie Fuller et jette les ponts jusqu'au caducée des apothicaires.Rien n’échappe à la conteuse-performeuse qui se donne à font et offre son corps au regard du spectateur comme une toile peinte aux cimaises d'un musée extravagant. Retrouver les figures légendaires des pionnières de la danse, les personnages qui défilent en énumérations faites de digressions constantes est un challenge tonique, énergique et sans être jamais à bout de souffle, Hortense Belhôte enchante sur la piste des trouvailles dans une recherche savante, érudite, fouillée, vivante.L'histoire de la Danse échappe ainsi à toute forme figée dans des mouvements que la comédienne maitrise et fabrique de toute pièce.


On se régale de toutes ces figures de rhétoriques menées à mal, tordues et reconstruites: l'empathie avec l' interprète s'installe et opère un va et vient, un aller et retour décapant. Pas de coquille pour cette démonstration dansée-parlée, sprechgesang chorégraphique d'un nouveau genre à découvrir absolument. Marcela Santander Corvalan, modeste et partenaire effacée pour la création globale, discrète insertion dans ce manifeste féminin: Echo, la muse de la voix désincarnée sourit en douce dans les coulisses de l'exploit! 
 

Une performance comme un paysage déconstruit qu'elle dessine sauvagement, entre rituel évoqué et expériences personnelles dont elle conte discrètement l'évolution. Elle ne vient pas de nulle part cette complice des temps présents qui en ferait une pédagogue d'exception, une conférencière décalée, désarticulée comme ses propos enchanteurs sur Terpsichore au pays de la folie, de la psychanalyse. En décryptant savamment les héros du tableau de Botticelli, de Vénus à Cupidon, de Zéphir aux trois grâces, Hortense faite office de guide déglingué, simulant : une conférence spectaculaire, un cours "magistral" où chacun est témoin, acteur de sa propre mémoire ou histoire au regard de la Danse. Avec si peu d'accessoires, des images truculentes d'archives choisies, et au final un cercle fabriqué de toutes pièces avec fleurs et short et autres indices de ce rituel chamanique digne de Martha Graham, de Charles Weidman ou Erick Hawkins...Sortez du cadre et de vos réserves, muses de la Danse: voici venir Hortense toute nue et crue , plus vraie que nature, concurrente des modèles de la Danse de Carpeaux du Musée d'Orsay....Affaire à suivre, une nuit au musée.


lire "danser sa vie" centre pompidou

"feminine-futures" presse du réel de adrien sina

A la Pokop dans le cadre du festival l"année commence avec elles organisé par Pôle Sud

dimanche 25 janvier 2026

"Le Miracle d’Héliane" Erich Wolfgang Korngold : l'amour en lumières, le mystère de la chair

 


Dans la pénombre d’une geôle glaciale, des voix angéliques appartenant à un autre monde résonnent dans la tête d’un prisonnier condamné à mort : « Bienheureux ceux qui aiment. Ceux qui ont aimé ne mourront pas. Et ceux qui sont morts par amour ressusciteront. » Aux yeux du tyran, cet étranger a commis le pire des crimes insurrectionnels en allumant le feu du rire et de la joie dans le cœur d’un peuple maintenu dans l’ignorance du bonheur. Il est néanmoins prêt à le gracier, s’il lui révèle son secret, afin de se faire enfin aimer par la reine Héliane qui s’est toujours refusée à lui. Mais il découvre aux côtés de l’étranger sa femme dénudée, prête à risquer sa vie et à répondre de ce soudain amour qui a embrasé son cœur devant la justice terrestre et divine.

Le plateau semble vierge, nu: une voute céleste ondulée resplendit déjà, auréolant les volumes comme des vagues suspendues au plafond. Des courbes réfléchissent cette mécanique ondulatoire, les reflets amplifiant l'espace architectural de toute beauté. En fond de scène une silhouette inanimée hante les lieux, statique, énigmatique figure envoutante. Un homme est allongé sur un banc sommaire, le "prisonnier" de cette geôle défendu par un gardien bienveillant. L'intrigue demeure simple et lisible tout au long de ses plus de trois heures de déroulement. L'homme vêtu de couleurs chair, pastel chante délicieusement l'Amour qui sera le thème majeur de cet opus limpide, lumineux, entre joie, tiraillement, passion et dévotion. C'est La Reine qui viendra redonner vie à cet anti héros accusé d'accompagner tout un peuple dans la révolte. Femme séduisante à la voix incomparable, soprano légère et forte amplitude , flux sonore étonnant, tenues virtuoses dans une tessiture remarquable. Les vibrations, les fréquences au mieux d'un timbre enjoleur autant que terrifiant. C'est Camille Schnoor qui endosse ce rôle majeur auprès de Ric Furman, prisonnier de ses sentiments amoureux naissant lors de la rencontre avec cette reine sensible, directe et belle comme cette lumière inondant le plateau à l'envi. Leur histoire d'amour est bousculée par la convoitise et l'avidité du souverain, Josef Wagner, longue silhouette noire, épris d' Héliane à mauvais escient. Alors qu'un ange, vêtu de gris, tenue sobre et quasi sportive, capuchon et long pantalon large, évanescent sillonne le plateau en évolutions horizontales au sol, roulades fluides et détours en virevoltes, les bras ouverts, plexus solaire offert. Cette figure parcourt les trois actes, comme un double de la Reine ou une égérie de la beauté limpide. Danse à la Trisha Brown imprégnée de lyrisme qui accompagne les voix et déambule entre tous les personnages, spectre, fantôme ou ectoplasme fait de chair et de silences impressionnants. Tout ici enveloppe l'intrigue dans une scénographie sublime signée de Guido Petzold,faite de lumières sillonnant gracieusement les espaces, ramifications scintillantes, ondulations innervées de ramures végétales. Une mise en scène de Jacok Peters Messer, digne d'un univers oscillant entre ciel, terre et mer contient autant les solistes que les foules occupant le plateau. Le second acte est un chef d'oeuvre de fusion entre musique, voix et plasticité de l'environnement scénique. Ceci renforcé par ces silhouette noires du troisième acte, champ de bataille fumant encore de révolte et de barricades. Les choeurs bougent, se déplacent d'abord ourlés de couleurs chatoyantes, puis assombris par le drame que chacun vit ici à sa façon. Amoureusement, avidement ou cupidement. L'ange toujours présent, Nicole Van den Berg, soliste et chorégraphe de ses propres évolutions, denses, toniques ou fluides, épousant le contexte avec intelligence, acuité et respect de cet univers entre tendresse et passion, pouvoir et séduction. Les costumes signés Tania Libermann n'entravent en rien mouvements et déplacements, de couleurs chair, orangée, pastel pour les deux amants. La musique est reine et distille petites touches graciles de flute ou percussions autant que déploiement de tout un orchestre à l'écoute et au diapason de cette épopée de l'amour. Sous la direction de Robert Houssart, efficace baguette magique pour une oeuvre méconnue qui ressuscite ici comme une victoire de lyrisme, de voix omniprésentes sidérantes. Oui, le "miracle" d'Héliane a bien lieu pailleté d'argent scintillant en pendillons soulevé par un ballet de néons tenus à bras le corps par les figurants galvanisés par une présence musicale que l'on doit à l'écriture singulière de Eric Wolfgang Korngold....Qui méritait largement d'être découvert et ovationné par le public conquis entre autre par la prestation performante, sensible et musicale de Camille Schnoor.....



Direction musicale Robert Houssart Mise en scène Jakob Peters-Messer Décors, lumières, vidéo Guido Petzold Costumes Tanja Liebermann Chorégraphie Nicole van den Berg Chœur de l’Opéra national du Rhin, Orchestre philharmonique de Strasbourg

 



Opéra en trois actes.
Livret de Hans Müller-Einigen d’après un mystère de Hans Kaltneker.
Créé le 7 octobre 1927 au Stadttheater de Hambourg.


Création française.
Production du Nederlandse Reisopera

A l'Opera du Rhin jusqu'au 1 Février 

photos Klara Beck