dimanche 22 février 2026
'Let's go back to the river" d'Annabel Guérédrat: un bain de jouvence
La chorégraphe et performeuse martiniquaise Annabel Guérédrat explore le corps politique et la posture sociale des femmes noires et métisses dans les Caraïbes. Elle convie le public à une expérience immersive, inclusive et sensible. Un voyage à la fois sensoriel et spirituel qui célèbre le féminin, le sacré et le vivant dans un moment de communion partagée.
Accueil rituel où des acteurs complices vous parfument d'encens de fleurs et toute une cérémonie démarre pour chacun des participants,assis,allongés, invités à se relaxer au son d'une voix enchanteresse en deux langues dont la plus berceuse et opérationnelle serait celle des Caraïbes.. Le ton est donné, laissez vous aller à une notion du temps qui prend son temps et apaise les esprits et corps fébriles qui nous dévorent.Ici on sera animés, soignés,initiés à un rythme oublié de nos civilisations et cultures chamboulées. L'officiante est accompagnée par une seconde danseuse,souple,agile,reptilienne,animale à souhait.Les cheveux en longues extensions comme toute cette végétation présente qui va servir à préparer onguents et potions magiques.
Pour mieux nous soigner,bain de tête ou de mains pour les spectateurs audacieux consentants. Moment de partage,joyeux,curieux,inédit. Suivent des instants de danse ondulante,des propositions visuelles chorégraphiques,duos entre ces deux femmes qui se partagent le plateau avec délice et attention.Duos ou duels de combat,d'attraction terrestre,d'attirance ou de rejets entre ces maîtresses de cérémonie singulières et partageuses. Au dessus de nos têtes,des tentures,des objets peuplent ce vaste monde loin d'un exotisme vers un érotisme sacré, tendu ou calme à fleurs de peau.Des flagrantes venues d'ailleurs sourdent de flacons rares et précieux.On déambule ou l'on se concentre,on observe et découvre une civilisation retrouvée et pas perdue à travers des images vidéo, partenaires et complices du langage scénographique: celles du récit des rituels magiques de fertilité réactivée dans un bain de jouvence traditionnel.Et l'on termine la longue soirée de partage par une danse collective spontanée et une bonne soupe bien méritée après ce récit partagé d'une lointaine contrée que l'on souhaiterait plus proche au quotidien. Les deux protagonistes encore irriguées de pétales de fleurs dans leurs chevelures débridées. Annabel Guérédrat Madame Loyale d'un opus inédit dont la forme séduit par son originalité inhérente à son sujet hors des sentiers battus de l'exotisme vers une étude vécue de la sociologie très édifiante.
Puff d'Alice Ripoll : sublimer le corps dansant.
Puff d'Alice Ripoll
Imaginé par la chorégraphe Alice Ripoll pour Hiltinho Fantástico, impressionnant danseur brésilien, ce solo mêle passinho, danse contemporaine et jeux de transformation pour révéler une gestuelle fluide, indocile et profondément politique. Une mise en lumière des danses afro-diasporiques, héritières de cultures longtemps réduites au silence. Un solo bluffant de technicité et d'explosivité !
Il sera seul au milieu de l'arène pour une performance très attendue par un public très nombreux et impatient au cœur de la grande halle du fameux Carreau du Temple, désormais scène incontournable des indisciplines des arts vivants.Seul avec sa grâce,sa vélocité incroyable, vêtu d un short noir,la chevelure tissée de courtes boucles cendrées platine,torse nu.Son corps noir a la beauté canonique des clichés propres à notre imaginaire collectif à propos des hommes et femmes à la peau noire.Dans des incantations, rotations de gestes très ouverts,plexus solaire offert au ciel,à l' espace,à nos regards. Son corps hyper mobile,épaules et thorax lumineux,bras comme des envergures d'oiseaux se préparant au vol.Des bonds dans un silence fébrile,religieux augurent d'un désir d'envol,de libération,de prise d'espace singulière. Une première musique ethnique le pousse à des divagations toniques,d'une folle énergie.Son corps transpire,les gouttes d'eau affleurant sur la peau lisse et tendue de tout son être dansant. Sculpture vivante offerte aux regards dans la perte,l'effort et l'offrande sacrée de sa danse,épuisante mais toujours aérienne.Son rapport au sol dans l'ancrage de ses pieds nus,de ses jambes qui se croisent,bondissent,sautant comme un animal.
Retour au calme dans le silence d'une petite cérémonie jubilatoire, partagée pour ce performeur après une courte pause à terre,salvatrice,respiration lente et pausée. Piano solo contemporain pour esquisser des fugues et un curieux tableau très plastique et esthétisant.
De sa bouche sourd un liquide blanc argenté qui suinte sur son dos traçant le parcours géographique du fleuve de sa colonne vertébrale.De même pour son torse blanchi par les sillons de ce lit majeur fluvial que devient sa poitrine.Son engagement physique est sidérant,la grâce opérant pour des éclairs fascinants de beauté incarnée.La peau blanchie comme pour une parure de cérémonie initiatrice, une fête solitaire,une passation sacrée de lui à nous pour un rituel inhabituel,soliste perdu sur notre territoire païen,post colonialiste.Un geste,une écriture résolument politique pour un corps flambant,transpirant toute l'eau de ses pores,toute l'énergie d'un homme sublime,figure de proue jamais prisonnière de son environnement, un cirque enveloppant,bienveillant d'une communauté de spectateurs fascinés, silencieux,à ĺ' écoute du monde. Fantastique Hiltinho façonné par Agnès Ripoll comme une pâte, une matière corporelle et organique vivante et unique.
Au Carreau du Temple jusqu'au 22 février dans le cadre du festival Everybody
samedi 21 février 2026
Maria Munoz "Bach" • Re-création: les cinq doigts du pianiste
Une étonnante osmose lie depuis vingt ans María Muñoz au Clavier bien tempéré de Johann Sebastian Bach. La chorégraphe fait plus qu’interpréter la musique, elle EST musique, sublimant préludes et fugues, dans la vivacité et la profondeur de son geste calligraphique. Sa danse ciselée révèle au fil du temps l’évolution de son corps et la sensibilité de sa trajectoire artistique. Au moment où l’âge allait la contraindre d’abandonner ce solo devenu un compagnon de vie, le Théâtre de la Ville lui propose d’imaginer un BACH en famille, en compagnie de Pep Ramis, son conjoint, lui-même artiste et chorégraphe, et leurs trois enfants Martí, Paula et Sam, tous devenus artistes professionnels. Pour couronner un parcours impressionnant, une oeuvre qui se confond avec la vie. Thomas Hahn
Carré blanc sur fond noir.Le plateau nu offre sobriété et concentration.Les pièces d' un jeu vont sillonner cet espace plastique qui s'anime du son des touches du piano vécu par Glenn Gould.C'est la folle épopée de "Un clavier bien tempéré" pièce qui touche comme des notes sur la partition virtuose.Si chacun de ces cinq interprètes joue sa propre partition chorégraphique comme une composition pour soliste,le quintette fonctionne en choeur et symbiose rapidement.Un solo de Maria Munoz en prélude captive et intrigue,plonge dans son univers étrange de corps à la fois dans un flux tonique et une déstructuration des mouvements en segments fugaces.Fascination de ces instants magiques où la danse est présente comme jamais.Il en va de même pour chacun des quatre autres membres de cette main magnétique qui frapperait ou caresserait les touches d' un piano.Sam ce gentleman en frac noir qui oscille et bouge comme Chaplin,le geste vague ou précis, la fausse nonchalance,le regard perdu dans le vague.Un interprète inégalable par son jeu infime,discret,noble et sophistiqué. Pep,le papa de cette Sagrada Familia,extrêmement mobile agile dans des espaces corporels inouïs qu'il se taille sur mesure.Diabolique personnage.Nul n'a son pareil et il se glisse,s'immisce dans ce portrait de famille comme mentor et Monsieur Loyal,officiant au même titre que Maria.Sans parler de Paula stylée, présente et bien ancrée dans ses évolutions spatiales étirées,volatiles, éphémères. Marti,lui,excelle dans la fluidité, le maniérisme baroque suggéré, l'affectation d'une rare facilité de gestes.Un dévoreur d'espace,longue silhouette tourbillonnante à la Richard Longo...
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| richard longo |
Dé superbes films video bordent l'espace réalisés par Nuria Font,complice de la danse et de l'image depuis si longtemps.Revoir sa vidéo danse"Chambre 305"....Des pattes de chevaux au galop,au ralenti,en noir et blanc scintillant.Une fresque ombrée des gestes de Maria comme une illustration crayonnée, vibrante, mouvante aux contours illuminés. Le noir et blanc omniprésent dans cet opus entre costume,images,lumières.Un jeu de traque dans un rayon blanc poursuit l'un d'entre eux,piège de lumière à la Janine Charrat .Insecte épinglé aux cimaises de la portée musicale.Points et contrepoints comme Klee ou Kandinsky,les peintres de la musique et de la composition radicale ou fantaisiste.
Danser la musique de façon si aboutie est rare et sidérante.Cette famille en osmose,complice sur la scène,auteurs et acteurs d'une partition d'un spectacle unique,empathique et fascinant.Des instants de grâce, perles rares,baroques, distingués et recherchés au plus profond de l'univers sacré de Bach.En fugues,préludes et autres glissades et audaces propres à la danse non interchangeable de Maria Munoz..Un chef d'œuvre à inscrire au patrimoine de Terpsichore...
Au Théâtre des Abbesses jusqu'au 24 Février
vendredi 20 février 2026
"Introducing" Living Smile Vidya: femme chrysalide, femme papillon
Living Smile Vidya est une héroïne. Celle d’une vie qu’elle a réinventée.
Née garçon dans le sud de l’Inde, au sein de la caste marginalisée des dalits, la voici, quelques décennies plus tard, trans activiste sur les scènes européennes, au fil d’un parcours semé d’épreuves et de courage. Véritable personnage, figure de fiction bien vivante, dotée d’une présence à la fois généreuse, drôle et audacieuse, elle raconte son histoire intime et politique en s’adressant sans cesse au public. Elle chante, danse, interpelle, joue avec son corps, les costumes, l’image et l’espace dans une sorte de comédie musicale très libre. Par ce geste, elle donne aussi voix à celles et ceux qui, comme elle, franchissent les frontières pour chercher refuge ailleurs et mener une vie digne. Living Smile, au sens fort du terme, est le nom qu’elle porte en étendard.
Elle nous accueille au seuil de la petite salle intime du Carreau du Temple, en sari indien,comme une belle image d’Épinal touristique. Comme les indiens qui regardent et observent les étrangers,ce seront les questions typiques qui nous serons posées : d'où viens Tu? Etc...Sauf qu'il sera interdit d'y répondre. Avec malice,humour et pudeur Living Smile Vidya nous invite à suivre son parcours de vie de femme trans,au pays indien comme ailleurs.C'est à une lutte,un combat incessant qu'elle nous convie comme témoin et spectateur.Son corps brandi comme un étendard,un bouclier pour faire face à une réalité cruelle et sans concession. Avec audace et une grande humanité, elle communique et fait passer une superbe humanité. Ses danses,bribes d'interventions chorégraphiées,son corps se prêtent à des confessions sidérantes sur la place des trans en Inde entre autre territoire malveillant,chasseur et destructeur de différences. Belle et tendre,elle nous dévoile ses sensations comme des trésors revendiqués et en amoureuse de cette transposition, se livre à nous et délivre son destin. Avec joie,en artiste accomplie mais avec encore tant d'obstacles à franchir:ses talents sont à revendre et elle affiche un détachement remarquable face à la difficulté d'être ce que l' on souhaiterait être ...Un acte politique et poétique de toute franchise,de toute beauté. Femme chrysalide, femme papillon, telle Loie Fuller revisitée, toute dorée, elle transcende les idées reçues et nous offre un portrait authentique d'une artiste en voie d'accomplissement toujours à remettre sur le métier à métisser.
Au Carreau du Temple dans le cadre du Festival Everybody 2026 le 19 Février
"Sottobosco" Chiara Bersani / Festival Everybody 2026: partager,communier la Danse
Chiara Bersani tisse une forêt imaginaire où corps en situation de handicap, sons et lumière forment une communauté vibrante et poétique.
Danseuse, chorégraphe et performeuse italienne Chiara Bersani souffre d'une forme modérée d'ostéogenèse imparfaite, mesurant 98 cm, elle s'intéresse à la signification politique d'un corps en interaction avec la société. La recherche sur son identité et son corps loin des normes l'amène à créer plusieurs performances (dont Seeking Unicorns programmé au Festival Everybody en 2022).
Sottobosco est sa dernière création présentée pour la première fois à Paris. En écho à son enfance, la chorégraphe s'interroge sur notre capacité à faire face à l'adversité, à se mouvoir dans l'espace malgré un corps empêché. Ensemble, Chiara Bersani et la danseuse Elena Sgarbossa invitent le public dans le sous-bois d'une forêt imaginaire. Ces personnes se sont-elles égarées ou ont-elles été abandonnées par quelqu'un d'autre ? Ou est-ce qu'un jour la forêt a poussé tout autour d'elles ? Dans cet habitat mystérieux, elles évoluent enveloppées par la lumière et les sons. Chiara Bersani propose une allégorie de la vie et de la survie, en interrogeant la place des corps handicapés dans la société.
Dans un décor, plateau parsemé de petits cailloux blancs,qui s avèreront être des marshmallows, deux corps se lovent:l'un de toute petite taille se meut au sol dans une quiétude,une fragilité impressionnante.Sculpture vivante aux prises avec la gravité, l'adhérence à la terre autant qu'avec le désir de s'en échapper.L'autre est debout,ancrée, délicate figure d'une mobilité gracieuse,fluide. Et pourtant si tout pourrait les opposer, cela fonctionne comme un calque,une reproduction fidèle de mouvements naturels.Les différences s'y rencontrent mais s'effacent dans ce duo tendre et intime.Un fond sonore très présent,un flux et reflux d'ondes marines ou bruits de mécanique bien rodée inondent l'atmosphère sans la brutaliser pour autant.Bientôt rejointes par trois autres personnages bienveillants,une femme de rouge vêtue, une autre empêchée par une musculation déficiente,et un jeune homme beau et discret.Une compagnie fort heureuse et mouvante pour un appel à la sonorité, la fraternité d'une humanité sans faille.Accueillir,agir,respecter et considérer l'autre dans des sourires ou une gravité enjouée. La Danse une fois de plus convoquée pour son pouvoir de bonne compagnie:cum panis,partager le quotidien à hauteur de ses capacités,possibilités et espoir de grandir ensemble.
Premières dates parisiennes pour cette création programmée dans les plus grands festivals européens
Au Carreau du Temple les 18 et 19 Février dans le cadre du Festival Everybody 2026
"Synchronicité" et "a Folia": Maud Le Pladec et Marco da Silva Ferreira chorégraphes du combat Festival Everybody 2026
Synchronicité de Maud Le Pladec (2024)
La fresque chorégraphique de Maud Le Pladec, créée pour la cérémonie d'ouverture des JO de Paris 2024 sous la direction artistique de Thomas Jolly, se déploie dans la Halle du Carreau du Temple avec 24 danseur·ses du CCN - Ballet de Lorraine. Synchronicité expose les savoir-faire et l’excellence de l’artisanat français chorégraphié par Maud Le Pladec. La reprise de cette création historique sera l'occasion de revivre ce moment exceptionnel suivie de la pièce explosive de Marco da Silva Ferreira a Folia.
Du tonus,de l'énergie,les danseurs du Ballet de Lorraine n'en manquent pas.Calquée sur la performance des JO ce joyaux très court éclate de fougue,de vélocité, de verve et de fureur.Une horde débridée s'engouffre sur le plateau de la Halle du Carreau du Temple,meute musclée et pleine de fougue.Énergie d'une survie liée à l'urgence de danser,de se mouvoir à l unisson sans fausse note de rythmes ni de cadence.Un côté guerrier et martial,proche de la domestication de corps canoniques s'en détache furieusement.Le Corps de ballet au service d'un opus tectonique,politique, collectif et sans autre issue que de se fédérer et de se tenir les coudes pour avancer en rangs serrés .Corps de métier,de savoir faire et être ensemble pour faire de la danse un art de combat,de lutte et un lieu de partage démocratique.Une agora bien tempérée aux accents belliqueux bien revendiqués. Maud Le Pladec dans son registre favori en pleine explosion et exploration des liens entre danse et soulèvement.
a Folia de Marco da Silva Ferreira (2024)
Avec a Folia, Marco da Silva Ferreira explore la notion d’extase, la joie et la transe qui se dégagent d’un moment de danse partagée par un groupe. La folia, au Portugal, est une danse folklorique du XVe siècle. Les traces historiques qui la mentionnent parlent toutes d’une ambiance festive où chacun s’exprime, dégagé des conventions sociales liées au genre ou à la classe. C’est cette idée qui intéresse le chorégraphe portugais, qui cherche à la traduire en mettant en miroir la folia portugaise avec les danses de clubbing de notre époque.
"La Love Room" d' Arthur Perole / Festival Everybody 2026: ça va roucouler..
Dans un confessionnal intime, Arthur Perole et Alexandre Da Silva interrogent l’amour politique : résistance romantique, poésie et sensations partagées avec le public. Un tête-à-tête avec Arthur Perole et Alexandre Da Silva.C’est dans un espace intime, presque comme un confessionnal, que les artistes Arthur Perole et Alexandre Da Silva vous accueillent pour une discussion en tête-à-tête autour de l’amour.Comment l’amour peut-il être politique ? Existe-t-il une résistance romantique possible ? Dans quel état se trouve l’amour aujourd’hui dans notre société ?Autant de questions que le chorégraphe souhaite partager, non pour y répondre seul, mais pour recueillir les avis, les sensations et les interrogations de chacun·e, au fil d’un entretien mêlant intimité, poésie et rencontre.Ce projet s’inscrit dans les recherches autour la nouvelle création Les un·e·s contre les autres qui sera créée en 2027.
Les 19/ 20/21 Février au Carreau du Temple dans le cadre du festival Everybody 2026
samedi 14 février 2026
"Que de poissons!": un récital qui fait mouche! Ca mord et ça fait une touche!
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| "La sardin" desnos/wiener |
Des poissons et des hommes, des sirènes bercées par Honegger, des grenouilles qui coassent au fond du jardin avec Satie...Et la maman des poissons n'a pas froid aux ouïes selon Boby Lapointe!
Des vrais poissons , carpe de Poulenc, brochet, sardines variés de Jean Wiener et Robert Desnos.Des crustacés sur la plage abandonnée , homard, crabes et autre écrevisses. Pour une bonne bouillabaisse de Fernandel pêchée par deux martins pêcheurs, l'un de Ravel, l'autre de Wiener. Après tout ceci, c'est un petit oiseau, un petit poisson de Juliette Gréco qui aura la bonne pêche ainsi qu'un pélican, une baleine et un dauphin pour prendre le relais dans la passe à poissons..Un bestiaire aquatique fabuleux vous attend.A vos cannes à pêche et hameçon pour que ça morde énormément. Venez comme "le poisson sans soucis" de Kosma en toute modestie sans faire la queue de poisson d'Avril..Comme des poissons dans l'eau..
A vos écoutilles : on chantera sans filet ni appât, sans arrête pour cette pêche miraculeuse.
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| christiane Jaeg |
Chant Geneviève Charras Piano Christian Vidal
Salle St Laurent Munsterhof 9 rue des Juifs Strasbourg
Dimanche 19 Avril 11H Entrée libre chapeau réservation: 06 51 77 85 95
vendredi 13 février 2026
"Le Sommet" de Christoph Marthaler: passe- plat ou passe-muraille désopilant. Ascenceur pour Cervin ou Jungfrau...
Là-haut sur la montagne est juché le chalet de Christoph Marthaler, nouvel avatar de ses microcosmes incongrus et poétiques, lieu d’une rencontre au sommet où l’on parle allemand, français, anglais, italien. D’où sortent ses locataires ? Que font-ils là ? Pour quoi faire ? Et d’ailleurs où aller, une fois arrivés au sommet ?
C’est tout le paradoxe du théâtre du metteur en scène suisse, qui laisse une large place au mutisme : la langue en est souvent le point de départ. Le mot, dans sa polysémie, devient la métaphore de son univers – celui des situations de l’entre-deux, de l’indéfinissable, de la suspension si productive du sens. Une chose au moins est sûre : nous ne sommes pas à Davos. À moins que... les protagonistes ne semblent pas vraiment savoir ce qu’ils et elles font là, dans cet étrange refuge, et goûtent le temps présent. Par le truchement du costume, les voici alpinistes-chanteurs et chanteuses à l’attirail légèrement suranné, élégant·es convives d’une soirée mondaine, touristes profitant des délices du sauna. Si le sommet ne débouche finalement sur rien, six personnages en quête de hauteur, c’est déjà ça.
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| daniel firman |
Ou une photographie de Denis Darzacq où les corps sont plastiques et esthétiques, brûlent et abolissent la notion de pesanteur-apesanteur...
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| denis darzacq |
Chacun dissemblable, trois hommes, trois femmes, la parité est respectée pour ces élections de choix où les candidats semblent attendre ou patienter dans l'antichambre ou la salle d'attente d'un cabinet de curiosités. Absurdes situations burlesques et clownesques, pinces sans rire comme des crustacés confinés dans cet espace où l'on s'incruste à l'envi. Que font-ils sinon passer le temps à lire dans des classeurs d'antan, des bribes de partitions rythmiques savamment orchestrées en échos et ricochets. De jouer la vedette de music-hall, micro au point dans un show solitaire très drôle. Et surtout d'expérimenter tout un fatras de sons, percussions corporelles dignes d'un Willems -tient un musicologue pédagogue suisse-.....Car devenir musicien implique un processus d’apprentissage assez long, comparable à celui d’une langue maternelle. Pour que la perception des vibrations sonores (la matière première de l’art musical) puisse aboutir chez les élèves à la conscience organisée d’un langage musical, il est nécessaire de connaître ce que Willems appelait le "fonctionnement", comment s’articulent les facultés sollicitées pour l’apprentissage musical : l'audition ( l’oreille musicale) le sens du rythme le chant ( la justesse de la voix) le mouvement corporel (vivre la musique dans son corps). Alors tout dériverait de cette pratique corporelle, initiatrice de bien des tableaux, saynètes et autre sketches de ce Théâtre Musical qui rejoindrait Aperghis.. Les séquences toujours explorant les espaces de ce chalet, squelette à étagères, tables et chaises comme autant d'accessoires discrets portant la scénographie et le jeu malin de ces six personnages en quête de bonheur, de convivialité dans ce petit espace de confinement où se dénouent des intrigues à la Ionesco ou Beckett. Christoph Marthaler en musicien indisciplinaire sans portée ni fausses notes nous charme et nous conduit dans le labyrinthe d'histoires sans queue ni tête comme un oulipo, ouvroir de musique potentielle littéraire revisitée sous contrainte par le son, le rythme, la cadence. Sans timbre, tessiture ni dissonances ou fréquences barbares. Inspirées de musiques populaires suisses et autrichiennes et d'emprunts à Adriano Celentano, les Beatles, Mozart, Schubert à qui on tord le cou. Les textes, en aussi psalmodiés, lus ou récités, vécus comme leurs auteurs -Cadiot, Pasolini et Marthaler- entre autres. Du bel ouvrage dans des costumes chatoyants qui désignent leurs mannequins dans leurs personnages respectifs. Le sourire, le rire en cape se dessinent sur les visages des spectateurs devant tant de faits et gestes incongrus et drôlatiques, de sons et exercices de style bien ancrés dans l'écriture choré-graphique du metteur en scène frondeur et provocateur d'humour jamais noir mais plutôt dérisoire et captivant: à vos passe-murailles pour ce décapant opus réglé comme une montre suisse et taillée au cordeau pour l'audace dissimulée de ces faits et gestes invraisemblables.Au final, la montagne se couvre de couvertures de survie à la Beuys, feutre bienveillant . Ça donne envie de yodler! En juste au corps folklorique designé! Marthaler au sommet de son oeuvre!
mercredi 11 février 2026
Voix de Stras' Lab ! Ourlet pour "Haute couture et illusion exquises", broderies musicales et vocales sur mesure
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| photo robert becker |
C'est Poulenc qui inaugure le concert avec une version des "chemins de l'amour", fidèle au romantisme du sujet et plein de digressions sonores savantes et orchestrées en fonction des timbres et tessitures des voix des cinq chanteuses de cet ensemble 100 % féminin de toutes nationalités. Un joli début de "préliminaires" et suivent " Mon Youkali" d'après Kurt Weill et "Carmen" de Bizet qui se chevauchent, s'imbriquent savamment laissant place à des bribes de chacune, des reprises , Catherine Bolzinger en couturière habile, à l'écoute des dissonances. Bel ensemble chatoyant de deux habaneras qui tanguent, hésitent et se fondent en un opus hispanisant réjouissant. La Villanelle de Berlioz se fond ensuite avec "Les sabots d' Hélène" de Brassens et les fraises des bois rebondissent discrètement en fin de parcours pour réjouir nos sens et notre écoute de ces patchworks musicaux de haute volée. "Nos histoires d'amour en quatre épisodes" vont être ponctuées par l'intervention de Catherine Bolzinger qui va introduire chaque pièce d'une courte narration.
dimanche 8 février 2026
"Hamlet" de Bryan Arias : Ophélie figure de proue, dérive d'une relecture décapante de Shakespeare
Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. Après la mort
subite du souverain, son frère Claudius est monté sur le trône et a
épousé la reine Gertrude. Cette union précipitée écœure le prince
Hamlet. Une nuit, celui-ci reçoit la visite du spectre de son père qui
lui apprend que Claudius l’a empoisonné pour s’emparer du pouvoir. Cette
révélation fragilise Hamlet qui s’enferme dans de sombres pensées et
s’éloigne de sa fiancée Ophélie. Bien décidé à démasquer son oncle, il
fait présenter devant la cour une pièce rejouant l’empoisonnement du
roi, afin d’observer les réactions de l’usurpateur. La quête de
vengeance d’Hamlet emporte dans son sillage de nombreuses victimes,
parfois innocentes. Alors que la folie le guette, celui-ci s’interroge
sur le sens et la valeur même de l’existence – être ou ne pas être,
telle est la question.
La scène est sombre teintée d'obscurité qui dévoile peu à peu l'intérieur telle une geôle, d'un palais maléfique dont l'ordre est net et désigné par des personnages inquiétants: l'ambiance est tracée, le fond de l'intrigue sera noir et le sol peint de traces noires , grises et blanches augure du drame et de la future issue fatale du destin et d'Hamlet et d'Ophélie. La danse s'esquisse peu à peu à travers des duos sensibles, fluides aux portés lovés dans des boucles et volutes aériennes.Les personnages portent en eux une mouvance singulière rehaussée par un langage parfois haché, tétanique, découpé, scindé en de multiples segments. Une caractéristique du chorégraphe qui signe ici un opus audacieux et original. Comment sans les mots ni le texte de Shakespeare exprimer, traduire, communiquer les états d'âmes des protagonistes: en état de corps, chacun singulier qui identifie les personnages et leurs qualités gestuelles. Les danseurs du ballet s'y engouffrent à l'envi, maitrisant ce langage entre danse dite classique et le mimodrame, ici, discrète écriture des émotions.On y croise le roi, la reine et bien entendu Hamlet -Marin Delavaud,- et la lente évolution de ses sentiments qui iront jusqu'à la perversion et la vengeance. Le personnage n'est cependant pas le centre de ce pari audacieux; c'est Ophélie qui sera le nœud de la narration gestuelle et son rôle est majeur dans cette version unique pensée, sentie, voulue par le chorégraphe. Ophélie, délicieuse et radieuse Lara Wolter, gracieuse dans ses évolutions fébriles et pleine de douceur.En transmettant aux danseurs cette volonté de passer loin des clichés qui poursuivent cette oeuvre, Bryan Arias parvient à en donner une lecture directe, vivante et convaincante. Chacun des artiste y apportant son talent, sa technique irréprochable, son incarnation. Plusieurs scènes échappent cependant à la dramaturgie oppressante du tout: les trois comédiens, passeurs de fantaisie y font un numéro prestigieux et très démonstratifs de leur talent de virtuose:déboulés, diagonales de folie et tours sidérants! Le fou qui hante cet univers danse comme un lutin facétieux. Alors que les ensembles à l'unisson opèrent avec leur langage visuellement ancré dans la fluidité, les courbes, les portés très originaux , le tout épousant une variété de costumes oscillant entre le gris, le blanc, le noir et les contours très design. Cette production hors norme dans la lignée des chalenges de Bruno Bouché de confronter les genres et les époques, les disciplines, est bien dans la lignée de la découverte, de la rencontre entre artistes avec des univers à métamorphoser, à divertir de leur signification originelle. Pari gagné pour cette tentative fructueuse de déplacer les frontières.
Né à Porto Rico et élevé à New York, Bryan Arias a développé un style de danse contemporaine à la fois théâtral et onirique. Avec Hamlet, il signe pour le Ballet de l’OnR l’adaptation d’un grand classique de Shakespeare rarement investi par les chorégraphes.Tout en respectant l’intrigue de l’œuvre originale, il en renouvelle la portée en choisissant de la raconter du point de vue d’Ophélie, dans un univers élégant, mêlant des références de l’époque élisabéthaine au minimalisme contemporain. Pour mettre en musique ce sommet de la tragédie, Tanguy de Williencourt a construit un programme musical inédit, réunissant des œuvres évocatrices de Sibelius, Tchaïkovski et Chostakovitch, qu’il dirige à la tête de l’Orchestre national de Mulhouse.
Chorégraphie Bryan Arias Direction musicale Tanguy de Williencourt Assistante à la chorégraphie Alba Castillo Dramaturgie musicale Tanguy de Williencourt Dramaturgie Gregor Acuña-Pohl Costumes Bregje Van Balen Décors, lumières Lukas Marian Ballet de l'Opéra national du Rhin, Orchestre national de Mulhouse
Musiques de Jean Sibelius Piotr Ilitch Tchaïkovski Dmitri Chostakovitch Edvard Grieg
Ophélie:Lara Wolter
Prince Hamlet:Marin Delavaud
Reine Gertrude:Emmy Stoeri
Roi Claudius:Miguel Lopes
Roi Hamlet:Cauê Frias
Polonius:Pierre-Émile Lemieux-Venne
Horatio:Alice Pernão
Laërte:Afonso Nunes
A l'Opéra du Rhin jusqu'au 13 Février
samedi 7 février 2026
"It’s the end of the amusement phase" , Chara Kotsali : politique et poïétique de la danse
Quelle nouvelle phase après celle de l’amusement ? Pas une nouvelle ère, justement, mais un voyage déréglé dans le temps, une suite de sauts temporels, qui sont aussi ceux des danseuses, épuisants, et de langue, épurée. Chez Chara Kotsali, qui dit venir d’un lieu du Sud qui n’a jamais envoyé de fusée dans l’espace, le carburant est un savant mélange. Des corps tout d’abord, dans une chorégraphie coupée au cordeau qui cite macarena et parades militaires, manifestations de masse et aérobic (lorsque Kim Jong-il rencontre Jane Fonda), danses rituelles et pom-pom girl (mais n’est-ce pas finalement la même chose ?). Du son ensuite, soundtrack fait de tous les bruits du monde. Des mots enfin, ceux d’une poésie musicale qui scande les dates : celles des révoltes de la grande Histoire (1789, 1949), celles qui ponctuent l’histoire intime. Récit de soi autant que récit du monde, cette chronologie alternative est un travail de mémoire en forme de sample, qui nous rappelle que l’Histoire n’est pas linéaire, mais que c’est nous qui en écrivons la logique.
La poétique « œuvre, création, fabrication » a pour objet l'étude des possibilités inscrites dans une situation donnée débouchant sur une nouvelle création. Alors c'est bien ce dont il s'agit ici : de fabrication de mouvements , de déplacements, celui au départ d'un trio bien soudé à l'unisson exécutant des gestes d'ensemble codés, reconnaissables, identifiés après avoir tenté d'en simuler quelques bribes timides d'inventivité. Ce sont les ordres, les codes, les règles qui vont l'emporter pour ces trois femmes très "sportives", tenues décontractées, baskets aux pieds.Trio indéfectible sous la pression des éléments extérieurs: musique, textes et figures du pouvoir policier, policé. Les corps obéissent ici aux lois d'une écriture serrée, stricte sans faille ni glissement, sans dérapage possible. French cancan, majorettes, voici des indices d’obéissance, de modèles à exécuter sans faux pas. Les trois interprètes s'y adonnent avec l"énergie contagieuse du désespoir ou de l'autorité et l'on achève bien les chevaux dans des courses ou performances aérobiques puissantes. Du tonus, elles n'en manquent pas, de la conviction aussi. L'engagement est total, l'empathie opère rapidement à la vue de ces manifestations de soumission qui bientôt vont se transformer en forme de "soulèvements" à la Didi Huberman. Des bannières naissent en vol de révolte, la musique passe le relais à des rythmes binaires déflagrateurs alors que les femmes s'emparent de tambours à la résonance martiale et pompeuse. De l'ordre toujours contre le désordre qui se pointe et soulève le trio soudé pour le désarticuler, le démembrer. La chorégraphie est acte révolutionnaire, écriture obligée pour un répondant politique, un acte marqué de désaccord..Des accessoires prennent le relais pour illustrer cette mécanique, dynamo électrique galvanisante pour ces actrices inoxydables de la liberté recherchée. A perdre haleine, à bout de souffle, les voilà embarquées dans des actions qui dépassent le temps qui s'écoule à rebrousse poil dans un grand chaos détonnant. Alors le politique des corps en sauts et sursaut rejaillit sans cesse pour un manifeste intranquille et indiscipliné. Que la danse est belle et forte quand elle lève le poing sans le faire voir, quand elle est forum ou agora d'une science, géopolitique ferme et assumée. L'endroit est choisi pour une posture ferme et revendiquée, alors on songe aux sursauts du monde, à la déflagration physique des conflits, à la submersion des événements qui nous dépasseraient. Chara Kotsali comme ambassadrice de l'épuisement ou de la perte, sans l'usure ni la capitulation. En avant la danse, marches et démarches dehors et dedans à la Jean Luc Nancy féru de ce "dehors la danse" signifiant qu'on voudrait la chasser pour qu'elle revienne plus forte et plus présente que jamais, drapeau tendu, tapis rouge déroulé pour lui laisser le passage libre sans encombre.
Au Maillon jusqu'au 7 Février dans le cadre du festival "Premières"







































