vendredi 30 janvier 2026

"das Wetter zuhause. ein Wohnzimmerballett" , Aleksandr Kapeliush fait sa météo domestique du côté de chez Swan.

 


Comment trouver sa place, entre le lieu de l’origine devenu lieu de la contrainte, entre les aspirations du passé et la réalité du présent ? Comme guidé par une voix intérieure, Aleksandr Kapeliush, qui a quitté la Russie au moment de l’invasion de l’Ukraine pour vivre à Tel Aviv puis en Allemagne, retrace son propre parcours. Au fil d’une introspection sincère émergent les souvenirs – danser dans le salon, cuisiner un gâteau –, mais aussi les doutes. Avec, en toile de fond, Le Lac des Cygnes, à la fois bande-son de l’enfance et passage obligé du nation branding russe. Dans un salon minimaliste, l’artiste égrène les questions : sur l’impossibilité de vivre son homosexualité dans une société sous surveillance, sur une identité au croisement des cultures, sur le théâtre. Et derrière la narration de soi se dessine en filigrane le tableau d’une Russie d’où disparaissent peu à peu les libertés. Ponctué par les images de l’histoire familiale, par les notes de Taylor Swift et de Tchaïkovski, se raconte le récit émouvant, laconiquement drôle et toujours lucide de l’exil.

Sur un plateau-estrade dans la salle conviviale de la HEAR, "la maison" évoquée par l'artiste se fait intime, berceau d'une narration sur les souvenirs de famille, sur ce "cocon" que Aleksandr Kapeliush a décidé de quitter pour des raisons de choix éthiques et politiques. Simple appareil scénographique, table, fauteuil et pour accessoire une valise, celle du voyageur autant que de l'exilé, du conquérant autant que de celui qui s'arrache à son passé, sa culture. Il évoque dans la douceur et la nostalgie, son enfance, sa mère, ses parents attentifs. Mais on le découvre vraiment filmé à l'époque avec sa soeur en tutu long romantique qui danse Le Lac des Cygnes. Images touchantes et désopilantes qui nous font rentrer dans son univers: celui des cinq actes du ballet romantique, russe, fer de lance et ambassadeur du répertoire du ballet en Russie. 'Il faut assécher Le Lac des Cygnes" disait Cocteau, agacé par ce sempiternel spectacle désuet et démodé, donné à l'attention des hommes politiques de passage en France. Ici l'intrigue est décortiquée comme le destin de ce jeune homme, confronté à la réalité hors du cercle familial pour rencontrer le vaste monde des émotions., de la vie, de sa complexité. Sur le plateau, une rangée de petits cygnes de carton blanc découpé en guirlande attire l'attention.Il parle en allemand, langue qu'il maitrise parfaitement, aisément, en russe, hébreu et anglais! Ce polyglotte est d'emblée séduisant par sa bonhommie, son accessibilité dans cette salle ou  la  proximité joue avec une certaine empathie.Il conte son respect et son amour pour sa mère comédienne, son père metteur en scène et photographe de plateau Avec modestie, pudeur et retenue, son jeu est franc, déterminé, convaincant. On est en communion avec ses questionnements légitimes qu'il dévoile au fur et à mesure de sa pièce, écrite, jouée et mise en scène par lui-même.Le "Lac" le poursuit comme une métaphore de la transformation, du déchirement, de la différence.Car comme Bertrand d'At qui en livrait en 2011 une version très personnelle :Chez d’At, Odile-Odette  est remplacée par Rothbart, qui cherche à séduire Siegfried et l’entraîne à danser avec lui. Cette danse finit par un baiser sensuel. Il est difficile de parler un langage plus clair dans un spectacle sans paroles. Ceux qui se laissent entraîner sur une fausse piste, sont aveugles. Au cours du dernier acte, d’At renvoie Siegfried au pays des songes. Encore une fois il a l’occasion de danser avec les cygnes au bord du lac. Et pour Aleksandr c'est le cas similaire: un jeune homme danseur,habillé en prince apparait au final, amant de ce dernier qui dans un baiser conclut cette ode à l'amour, à la filiation, à la famille.  Du côté de chez Swan, l'avenir est radieux et l'on quitte notre acteur avec optimisme dans sa "maison" où la météo est bonne et les avis de coup de vent de force X ne sont pas menaçants.

Au Maillon à la HEAR dans le cadre de Premières" jusqu'au 31 Janvier

 Et sur Le Lac" convoqué sur les chaines de TV en cas de crise politique en Russie lire l'adaptation de la chorégraphe roumaine Olga Dukhovnaya

https://genevieve-charras.blogspot.com/2023/05/swan-lake-solo-du-cote-de-chez.html 

"SEPPUKU EL FUNERAL DE MISHIMA o el placer de morir": le sacre de la danse des ordures d'Angelica Liddell

 



Seppuku El Funeral de Mishima o el placer de morir est un hommage au poète japonais en forme de quête personnelle, assumée par Angélica Liddell à travers une série de tableaux d’une puissance poétique brute et une sincérité crue.
L’artiste catalane nous convie à une expérience singulière qui relève autant de la spéléologie que de la métaphysique : à quel endroit la vie et la mort se rencontrent-elles ?
En explorant, avec les lueurs projetées du poète Yukio Mishima, cette zone mystérieuse en forme de plaie, Liddell fait jaillir, au point précis de la douleur, un élan vitaliste qui interroge son propre désir de mort - brouillant radicalement la frontière factice entre les vivant·es et les disparu·es.
L’espace poétique qu’elle déploie inclut ainsi les fantômes, les fous, les poètes samouraïs, les suicidé·es de la société et toutes les âmes errantes ; il repousse les mesquins et les esprits chagrins, les calculateurs et les gardiens du temple.
Cet engagement absolu en faveur d’une beauté violente et sans concessions est servi par une mise en scène dont la charge érotique puise évidemment dans les œuvres de Mishima mais aussi dans les chorégraphies millimétrées du théâtre nô, mêlant aux chants poétiques traditionnels, danses, histoires médiévales, pop japonaise, musique classique et bodybuilding.
Non sans humour, Liddell fait s’emballer la machine de la représentation pour la débarrasser de ses scories divertissantes et moralisantes. Renouant ainsi avec une expérience antique du théâtre comme rituel, son hommage à Yukio Mishima révèle la forme possible d’un engagement poétique absolu, mais aussi, son caractère inéluctable et furieusement vital, révélé aux premières lueurs de l’aube.

Sans doute le spectacle le plus "attendu" de la saison du TNS, voici venir Angelica Liddell.Trublion, décapante égérie de spectacles performants, alliant poésie et "attentat", virtuosité du jeu et organicité des "accessoires" de son théâtre étrange et beau.Deux personnages arrivent à petits pas sur le plateau: un tatami, un intérieur japonais traditionnel qui sera l'unité de lieu, de temps et d'action de l'opus dédié à Mishima.Ils se dénudent, ôtent leurs vêtements traditionnels pour entamer un duo de corps masculins extrêmement saisissant, beau et trivial dans le comportement érotique à fleur de peau de ces deux êtres vivants.L'amour "viril".Angelica veille, observatrice en fond de scène, son corps nué dissimulé sous un large kimono-peignoir japonais. La lecture d'un texte de Mishima va nous éclairer sur son positionnement face au suicide, à la mort à la façon des samouraïs dont l'art du hara-kiri méduse ceux qui renient l'acte de se donner la mort volontairement dans un esprit sacré. Ce "suicide" que l'artiste vénère, adule tant l'idée de vieillir et subir les assauts du temps, la dérange, la tarabuste au plus profond de son art. Mourir pour échapper à la trivialité, se donner la mort pour sauver les anges qui occupent également son propos.C'est dans une diatribe saisissante que l'actrice vocifère et arrache ses mots sur ce sujet brûlant, dérangeant. Dans un flux, un débit incroyable, très musical et ponctué quasi de parlé-chanté qu'elle harangue le public à son habitude, délivrant des évidences cruelles et glaciales, énumérant des cas de suicides alors qu'un servant lui apporte d'autres vêtements, les peaux de son monde changeant. Elle démarre seule ce prologue, développement et épilogue, vociférant, haranguant les spectateurs dans une logorrhée vertigineuse, épatante, essoufflante.
Virtuose du jeu de scène, démoniaque dans son théâtre de la cruauté à la Antonin Artaud!

Un culturiste sidérant fait son apparition, muscles bandés, beau comme un dieu de l'olympe, poses et bras tendus, image efficace et provocante de corps canonique, vivant, performant. Étrange apparition fugace alors que le couple de comédiens-danseurs japonais fait la part belle à l'érotisme. Les longs cheveux de l'un enrobant le corps de l(autre.Un solo de danse merveilleux, lisse, ondulant le corps du danseur dans des volutes et virevoltes fluides enchante ce monde trivial. La scène emblématique demeurant la prestation orgiaque d'Angelica Liddell: à l'aide d'un morceau de foie, abats ou tripes viscérales, enchainés à son corps, elle bat le sol, simule ou vit vraiment un orgasme démonique fait d'organicité, de chair à vif. On songe à Nijinsky dans "L"après midi d'un faune" glissant l'écharpe de la nymphe disparue, entre ses jambes proche de l'extase dans un décor fantasmé de parfums et de rêves....La haine, cette "blessure de naitre" parcourt le spectacle, la vengeance comme leitmotiv de la colère non contenue, irrigue, nourrit le propos de l'autrice, metteuse en scène. L'écouter, la suivre, la comprendre où l'écarter de son chemin , chacun choisira son point de vue, sa lecture de cette férocité affichée, jetée à la face du monde dans un champ de bataille constant.Orpailleuse des latrines, nettoyeuse et travailleuse, la voici avouant sa passion, sa ferveur quant à l'horreur d'un monde pourri, déféquant ses excréments avec ravissement. On prolonge volontiers ces images et évocations tirées de l'oeuvre de Mischima, au gré de ses propres fantasmes. Les vêtements, seconde peaux de chacun des acteurs, fascinent autant par les couleurs que part cette part d'interdit qu'ils dissimulent. La bauté est "toujours la saleté qu'on ne voit pas"... Dans l'excellent livret accompagnant le spectacle, un abécédaire fameux livre les propos, idées et dires d'Angelica Liddell: c'est édifiant et si proche de l'univers de Mishima que la fusion des deux mondes opère et devient intelligible. Encore deux solos de l'actrice pour étayer ce rapprochement évident entre l'écriture littéraire et l'univers de l'artiste bien en chair, nue et crue.La fin de la vie et non la fin de vie, la "représentation" du suicide la hante, désir profond, abyssal. Cathartique, cruel, érotique entre éros et thanatos comme il se doit chez elle, dans un "intérieur" authentique et magistral."Quand vais-je mourir"? Destruction, péché, cataclysme s'inventent pour une résurrection et non une rémission. L'ulcère qui l'a malmenée durant son enfance est comme une blessure à réparer par le truchement des éléments du vivant: ce morceau de foie qui l'a fait jouir en est un bel exemple...En bon Samourai, Angelica affronte et combat, ne dissimule rien. Sublimer la perversion, prôner la Sincérité autant de credo sur l'autel des sacrifices, la Sauvagerie en écho .

Références picturales omniprésentes, textes fulgurants maintiennent le suspens et l'adhésion du spectateur, scotché, tétanisé par tant de force et de singularité
La haine, l'amour tout concourt ici à faire du théâtre le lieu du vivant et de l'artificiel, de la beauté et du singulier
Une expérience sensible pour le corps de celui qui écoute, regarde, souffre aussi des mots et des maux de la condition humaine.
 

 [Texte, scénographie, costumes et mise en scène] Angélica Liddell
Adaptation de la pièce de théâtre NOH Hagoromo – Le Manteau de plumes (XIVe siècle).
Avec des extraits de Patriotisme et Le Marin rejeté par la mer, de Yukio Mishima.


[Avec]
Nonoka Kato en alternance avec Ichiro Sugae, Masanori Kikuzawa, Angélica Liddell, Alberto Alonso Martínez, Gumersindo Puche, Kazan Tachimoto

 

Au TNS jusqu'au 7 Février

mercredi 28 janvier 2026

Compagnie Leïla Ka - "Maldonne":"Maldonne" è mobile! Leila Ka : elle se dé-robe en robe des champs, des villes. L'étoffe des chrysalides pour seule parure.

 


Au plateau, des robes. D’intérieur, de soirées, de mariage, de tous les jours, longues ou courtes. Et cinq femmes rebelles qui se jouent et s’affranchissent de ces identités d’emprunt.
Tout commence par un souffle. Celui qu’expirent, face au public, les bouches des cinq danseuses serrées les unes contre les autres. Comme soudées par un fil invisible, elles portent des robes aux imprimés fleuris et démodées rappelant le temps où la féminité était - est encore ? - affaire d’apparence. Un préjugé que ce quintet explosif va faire voler en éclat, au cours d’un spectacle qui mixe allègrement les styles, chorégraphiques et musicaux.

Dans un geste collectif impeccablement exécuté, les cinq corps féminins se mettent d’abord à jouer des coudes puis à se désarticuler, à l’unisson et en décalé. Progressivement, leurs gestes traversent les mille et une tâches domestiques traditionnellement réservées aux épouses et mères, pour mieux s’en émanciper dans une énergie libératrice.

Leur conquête de ce girl power s’incarne dans leurs changements de tenue, tout au long de la pièce, à vue ou en coulisses. Une quarantaine de robes sont ainsi portées puis abandonnées, comme autant d’oripeaux dont il convient désormais de se défaire.

La bande son elle aussi s’affranchit joyeusement des normes, enchaînant le « Je suis malade » de Serge Lama revisité par Lara Fabian, avec Leonard Cohen et Vivaldi. Contrairement à son titre, Maldonne redistribue les cartes à l’endroit, en un élan iconoclaste et vivifiant.




Leïla Ka
France 5 interprètes création 2023

Maldonne

Véritable prodige de la scène chorégraphique d’aujourd’hui Leïla Ka impose son énergie sur scène. Précise, pressée, dramatique et paradoxalement relâchée sa danse nous propose des montagnes russes d’émotions. La chorégraphe tente dans Maldonne de créer une dramaturgie hypnotique portée par cinq femmes. Sur scène, des robes. De soirée, de mariée, de chambre, de tous les jours, de bal. Des robes qui volent, qui brillent, qui craquent, qui tournent … Toujours fidèle à son univers théâtral, elle fait évoluer les danseuses sur des musiques issues du classique, de l’électro et de la variété. De cette intimité au féminin la chorégraphe dévoile et habille, dans tous les sens du terme, les fragilités, les révoltes et les identités multiples portées par le groupe.

Un gang sororal : mâle-donne...
Cinq femmes sur le plateau nu, en longues robes vintage pieds nus dans le silence: une galerie de statues médiévales qui s'anime peu à peu de gestes spasmodiques dans un rythme en canon, en points de chainette, en maillon subtil de changement imperceptible. En savant tuilage. Ce quintet silencieux possède l'éloquence du mystère d'un spirituel rituel, l'étoffe du désir de bouger, de s'animer. Dans des spasmes, des halètements qui rythment leur souffle et leurs gestes au diapason. Autant de soubresauts qui hypnotisent, intriguent tiennent en haleine.Tableau vivant dans une galerie d'art, un musée de l'Oeuvre Notre Dame où les vierges sages et folles trépignent à l'idée de s'évader. Soudain surgit la musique et le charme est brisé: mouvements tétaniques ou circonvolutions élégantes et distinguées, alternent. A la De Keersmaeker ou Pina Bausch pour la grande musicalité gestuelle, le port de robes colorées ou pastel .Elles se vêtissent et se devêtissent sans se dérober, se parent de tissus, d'enveloppes, d'atours sans contour. La seconde peau des vêtements comme objet de défilé, de mouture charnelle. Anatomie d'une étoffe de chutes, de roulades au sol pour impacter la résistance à cette fluidité naturelle. Vivantes, troublantes les voici à la salle des pendus, les robes accrochées dans les airs, boutique fantasque de spectres ou ectoplasmes flottants dans l'éther. Dans une jovialité, un ton débonnaire. 
 

Complices et joyeuses commères , elles se soudent en sculpture mouvante pour des saluts prématurés qui se confondent en satisfecit et autre autosatisfaction: la beauté pour credo. Et les robes de devenir étoffe de leurs pérégrinations, de leurs ébats protéiformes. Clins d'oeil à la fugacité, à la superficie des désirs. Se revêtir d'atours séduisants et aguichants pour plaire, se plaire. Bien dans leur assiette, leur centre, la pondération des corps en poupe: l'assise et l'ancrage comme essor de leurs bonds, chutes ou simple présence sur scène Les voici en mégères apprivoisée, se crêpant le chignon dans des bagarres burlesque à la Mats Ek: mouvements spasmodiques, changements de direction à l'envi, énergie débordante.  "Je suis malade" comme chanson de geste, comique et pathétique à la fois.
 

Ou figures de "bourgeoises décalées" comme un Rodin mouvant en pose jubilatoire.Encore un brin de Léonard Cohen pour faire vibrer nos cordes sensibles. Les robes que l'on essore comme du beau linge, en famille,au lavoir, qui battent le sol comme des lambeaux, des serpillères de ménage qui se jettent à l'eau. Lavandières ou travailleuses d'antan. Fresque historique de la condition féminine brossée en moins d'une heure. La joie y est vive, les personnages attachants en phase avec le public attentif et concentré. Les "donna e mobiles" comme des plumes de paon dans un Rigoletto très féminin-pluriel de toute beauté. Leila Ka magnifie nos fantasmes de femmes, les expurge, les projette au dehors comme pour les exorciser en magicienne, prestidigitatrice de choc.
 

Création 2023 - Pièce pour 5 interprètes
Chorégraphie : Leïla Ka
Avec (en alternance) : Océane Crouzier, Jennifer Dubreuil Houthemann, Jane Fournier Dumet, Leïla Ka, Jade Logmo, Mathilde Roussin
Assistante chorégraphique : Jane Fournier Dumet
Création lumières : Laurent Fallot
Régie lumières en alternance : Laurent Fallot, Clara Coll Bigot
Régie son en alternance : Rodrig De Sa, Manon Garnier

 
le 28 Jet 29 ANVIER dans le cadre du festival "l’année commence avec elles"à Pole Sud
 

Solène Wachter & Bryana Fritz "Logbook": polyphonies dansées pour Donna è Mobile : carnet de bord et de croquis

France Duo 2025 

 


Logbook a été créé dans le cadre de Vive le sujet ! où le Festival d’Avignon (édition 2025) propose à deux artistes de se rencontrer sur un plateau. Pour le Festival 2025, l’univers de Solène Wachter, qu’on a pu voir chez Maud Le Pladec ou dans 10 000 gestes de Boris Charmatz, fusionne avec celui de Bryana Fritz, dont on a pu voir le travail à POLE-SUD il y a deux ans avec Submission Submission. Sa pratique se situe à la croisée de la poésie, de la performance et des technologies numériques, souvent en dialogue avec l’interface utilisateur d’OSX. Issues de leurs précédentes créations, images, chansons et fragments oubliés entrent en collision pour donner naissance à une danse du chaos et du discontinu. Ce « zapping corporel » brouille les repères et tente d’inventer de nouvelles règles du jeu, dans une surcharge cognitive assumée. Entre écriture fragmentaire et débordement sensible, Logbook explore l’impossibilité de contenir toute la richesse du vivant dans une seule performance.

Ce soir là, victime d'une foulure, Solène Wachter assure son rôle "au pied levé" avec courage et détermination! Un duo hors norme pour ces deux figures féminines, l'une torse nue, des mots alignés sur sa seconde peau,transparente l'autre , le phénomène inversé, t-shirt et fesses et jambes dénudées ourlée d'une même tunique manuscrite. Avec Briana Fritz, une danse s'amorce, soliste,tonique, spatiale, survoltée au son d'une musique déjà tonitruante. Mouvements de bras comme un envol d'oiseaux, sauts, sautillements joyeux dans l'espace à la Anne Teresa de Keersmaeker...Vives et jubilant de grâce, les cheveux épars, défaits comme des prolongations des mouvements de tête incongrus. Ca voltige et virevolte sur le plateau. Le chant sourd lentement plus tard en phase lenteur et repos, accalmie du souffle et de la virtuosité.Les corps se lovent au sol, s'y posent et déposent l'énergie d'une pause amoureuse, enlacés, complices et comparses.Les voix en canon ou en alternance offrent des mélodies polyphoniques savantes ou populaires, collectées pour un duo fascinant. Les voilà chantant de concert un "Donna, Donna" plein de charme et de pudeur., doublé d'un chant hard rock. Les visages se font grimaçants pour la suite qui reprend gout aux sautillement, tourniquets de bras et échappées belles.Les deux femmes , sensuelles et dociles sous le joug de la musique s'exposent et offrent un panorama sonore et charnel fort présent. Empli de présence, de tonicité, d'errances parfois ou d'expression de solitude. Une belle échappée dansée de toute beauté.Solène Wachter et Bryana Fritz font entrer en collision leurs univers artistiques. Chacune est venue avec ses images, chansons, mots et autres matériaux usés puis abandonnés lors de précédentes créations... De ce big bang chorégraphique naît une surcharge cognitive, une écriture du chaos et du discontinu, une tentative d’embrasser un champ plus vaste que ce qu’une performance peut contenir.Chapeau aux artistes pour cette performance, remaniée pour l'occasion et dansée avec tous les appuis possibles que permettait une blessure encore vivace.


Solène Wachter
est danseuse et chorégraphe formée à l’école P.A.R.T.S. En 2017, elle débute son parcours d’interprète dans 10 000 gestes de Boris Charmatz, avec qui elle continue de collaborer depuis. Elle travaille avec Némo Flouret, Maud Le Pladec, Ashley Chen et Anne Teresa De Keersmaeker. À travers des dispositifs scéniques engageants pour le public et pour elle-même, elle développe un travail sur les artifices et le divertissement avec FOR YOU / NOT FOR YOU créé en 2022. Cette année au Festival d’Avignon, on la retrouvait également comme chorégraphe auprès de Joris Lacoste sur Nexus de l’adoration. 

Pole Sud le 28 Janvier dans le cadre du festival "l'année commence avec elles"

mardi 27 janvier 2026

Hortense Belhôte "Performeuses": un bain de cimaises...les danses serpentines: un conte d'apothicaire pour caducée originel


Historienne de l’art, comédienne et performeuse, Hortense Belhôte dynamite la conférence traditionnelle avec Performeureuses. Elle y retrace l’histoire de la performance, de Loïe Fuller à Divine, en passant par Joséphine Baker, figures flamboyantes qui ont bousculé les normes de genre et de représentation. Pour organiser cette traversée joyeusement indisciplinée, elle convoque un guide improbable : Le Printemps de Botticelli, dont les figures deviennent les points d’entrée d’un récit foisonnant. Conférence dansée, démonstration décalée, récit d’art : la forme suit le fond, mouvante, vive, inattendue. Hortense Belhôte se glisse d’une époque à l’autre, passe du savant au trivial avec une liberté réjouissante, joue des anachronismes et des ruptures de ton sans jamais perdre le fil de la réflexion. Derrière sa folie douce, son humour queer et son sens du décalage, se déploie une vraie leçon d’histoire de l’art, érudite et réjouissante, où la pensée se mêle au jeu avec un plaisir communicatif.


France Solo 2022  

Elle est parmi les spectateurs et semble attendre avec impatiente et fébrilité, le moment venu de démarrer. En trombe dans un flux incessant, incroyable, sidérant. Hortense est en tenue sportive, marcel sur les épaules, mutine, malicieuse, résolument désordonnée, désorientée mais maintient un cap infernal; celui de rebondir sans cesse d'un sujet à un autre, de tisser des liens incongrus mais bien inter-ligérés "cueillir, rassembler, choisir" dans une vive intelligence, dans le vif du sujet ou du sujet à vif L'histoire de l'art comme cheval de course revisitée par la comédienne, férue de peinture classique devient passionnante lux incessant, incroyable, sidérant.et révèle des histoires, des intrigues succulentes. Voici "le printemps" de Botticelli mis à nu et décortiqué à merveille par le truchement d'une histoire déjantée de la performance, donc des origines de la danse contemporaine.Décrypté à souhait où les personnages revêtent  des atours burlesques et symboliques croustillants. Une voix, un  corps animés d'humour, vif argent de circonstance. Le "printemps"  comme origine du monde, comme nid d'une imagination débordante. La  langue véloce, le débit comme une cascade de mots, de références aux performeuses et performeurs d'hier et d'aujourd'hui se délie, les images se succèdent sur l'écran pour souligner le côté incongru de cette "lec-dem" d'un nouveau genre dont savent se délecter certains Denis Plassard ou David Drouard. Un tantinet à la façon de "Toute l'histoire de la peinture en moins de deux heures, de Hector Obalk fait un stand-up pédagogique et spectaculaire sur l'histoire de la peinture.Exercice de style fréquenté avec aisance, décontraction, habileté et esprit mutin, espiègle et bourré de talent d'interprétation, sobre, clins d'oeil à l'appui à l'histoire de la danse, aux héroïnes inconnues d'un nouveau langage corporel dénué de narration.C'est le serpent qui sert de fil conducteur à cette épopée pharamineuse et pharaonique, colossale :une "histoire de la danse à ma façon"où la danse rituelle côtoie celle de Loie Fuller et jette les ponts jusqu'au caducée des apothicaires.Rien n’échappe à la conteuse-performeuse qui se donne à font et offre son corps au regard du spectateur comme une toile peinte aux cimaises d'un musée extravagant. Retrouver les figures légendaires des pionnières de la danse, les personnages qui défilent en énumérations faites de digressions constantes est un challenge tonique, énergique et sans être jamais à bout de souffle, Hortense Belhôte enchante sur la piste des trouvailles dans une recherche savante, érudite, fouillée, vivante.L'histoire de la Danse échappe ainsi à toute forme figée dans des mouvements que la comédienne maitrise et fabrique de toute pièce.


On se régale de toutes ces figures de rhétoriques menées à mal, tordues et reconstruites: l'empathie avec l' interprète s'installe et opère un va et vient, un aller et retour décapant. Pas de coquille pour cette démonstration dansée-parlée, sprechgesang chorégraphique d'un nouveau genre à découvrir absolument. Marcela Santander Corvalan, modeste et partenaire effacée pour la création globale, discrète insertion dans ce manifeste féminin: Echo, la muse de la voix désincarnée sourit en douce dans les coulisses de l'exploit! 
 

Une performance comme un paysage déconstruit qu'elle dessine sauvagement, entre rituel évoqué et expériences personnelles dont elle conte discrètement l'évolution. Elle ne vient pas de nulle part cette complice des temps présents qui en ferait une pédagogue d'exception, une conférencière décalée, désarticulée comme ses propos enchanteurs sur Terpsichore au pays de la folie, de la psychanalyse. En décryptant savamment les héros du tableau de Botticelli, de Vénus à Cupidon, de Zéphir aux trois grâces, Hortense faite office de guide déglingué, simulant : une conférence spectaculaire, un cours "magistral" où chacun est témoin, acteur de sa propre mémoire ou histoire au regard de la Danse. Avec si peu d'accessoires, des images truculentes d'archives choisies, et au final un cercle fabriqué de toutes pièces avec fleurs et short et autres indices de ce rituel chamanique digne de Martha Graham, de Charles Weidman ou Erick Hawkins...Sortez du cadre et de vos réserves, muses de la Danse: voici venir Hortense toute nue et crue , plus vraie que nature, concurrente des modèles de la Danse de Carpeaux du Musée d'Orsay....Affaire à suivre, une nuit au musée.


lire "danser sa vie" centre pompidou

"feminine-futures" presse du réel de adrien sina

A la Pokop dans le cadre du festival l"année commence avec elles organisé par Pôle Sud

dimanche 25 janvier 2026

"Le Miracle d’Héliane" Erich Wolfgang Korngold : l'amour en lumières, le mystère de la chair

 


Dans la pénombre d’une geôle glaciale, des voix angéliques appartenant à un autre monde résonnent dans la tête d’un prisonnier condamné à mort : « Bienheureux ceux qui aiment. Ceux qui ont aimé ne mourront pas. Et ceux qui sont morts par amour ressusciteront. » Aux yeux du tyran, cet étranger a commis le pire des crimes insurrectionnels en allumant le feu du rire et de la joie dans le cœur d’un peuple maintenu dans l’ignorance du bonheur. Il est néanmoins prêt à le gracier, s’il lui révèle son secret, afin de se faire enfin aimer par la reine Héliane qui s’est toujours refusée à lui. Mais il découvre aux côtés de l’étranger sa femme dénudée, prête à risquer sa vie et à répondre de ce soudain amour qui a embrasé son cœur devant la justice terrestre et divine.

Le plateau semble vierge, nu: une voute céleste ondulée resplendit déjà, auréolant les volumes comme des vagues suspendues au plafond. Des courbes réfléchissent cette mécanique ondulatoire, les reflets amplifiant l'espace architectural de toute beauté. En fond de scène une silhouette inanimée hante les lieux, statique, énigmatique figure envoutante. Un homme est allongé sur un banc sommaire, le "prisonnier" de cette geôle défendu par un gardien bienveillant. L'intrigue demeure simple et lisible tout au long de ses plus de trois heures de déroulement. L'homme vêtu de couleurs chair, pastel chante délicieusement l'Amour qui sera le thème majeur de cet opus limpide, lumineux, entre joie, tiraillement, passion et dévotion. C'est La Reine qui viendra redonner vie à cet anti héros accusé d'accompagner tout un peuple dans la révolte. Femme séduisante à la voix incomparable, soprano légère et forte amplitude , flux sonore étonnant, tenues virtuoses dans une tessiture remarquable. Les vibrations, les fréquences au mieux d'un timbre enjoleur autant que terrifiant. C'est Camille Schnoor qui endosse ce rôle majeur auprès de Ric Furman, prisonnier de ses sentiments amoureux naissant lors de la rencontre avec cette reine sensible, directe et belle comme cette lumière inondant le plateau à l'envi. Leur histoire d'amour est bousculée par la convoitise et l'avidité du souverain, Josef Wagner, longue silhouette noire, épris d' Héliane à mauvais escient. Alors qu'un ange, vêtu de gris, tenue sobre et quasi sportive, capuchon et long pantalon large, évanescent sillonne le plateau en évolutions horizontales au sol, roulades fluides et détours en virevoltes, les bras ouverts, plexus solaire offert. Cette figure parcourt les trois actes, comme un double de la Reine ou une égérie de la beauté limpide. Danse à la Trisha Brown imprégnée de lyrisme qui accompagne les voix et déambule entre tous les personnages, spectre, fantôme ou ectoplasme fait de chair et de silences impressionnants. Tout ici enveloppe l'intrigue dans une scénographie sublime signée de Guido Petzold,faite de lumières sillonnant gracieusement les espaces, ramifications scintillantes, ondulations innervées de ramures végétales. Une mise en scène de Jacok Peters Messer, digne d'un univers oscillant entre ciel, terre et mer contient autant les solistes que les foules occupant le plateau. Le second acte est un chef d'oeuvre de fusion entre musique, voix et plasticité de l'environnement scénique. Ceci renforcé par ces silhouette noires du troisième acte, champ de bataille fumant encore de révolte et de barricades. Les choeurs bougent, se déplacent d'abord ourlés de couleurs chatoyantes, puis assombris par le drame que chacun vit ici à sa façon. Amoureusement, avidement ou cupidement. L'ange toujours présent, Nicole Van den Berg, soliste et chorégraphe de ses propres évolutions, denses, toniques ou fluides, épousant le contexte avec intelligence, acuité et respect de cet univers entre tendresse et passion, pouvoir et séduction. Les costumes signés Tania Libermann n'entravent en rien mouvements et déplacements, de couleurs chair, orangée, pastel pour les deux amants. La musique est reine et distille petites touches graciles de flute ou percussions autant que déploiement de tout un orchestre à l'écoute et au diapason de cette épopée de l'amour. Sous la direction de Robert Houssart, efficace baguette magique pour une oeuvre méconnue qui ressuscite ici comme une victoire de lyrisme, de voix omniprésentes sidérantes. Oui, le "miracle" d'Héliane a bien lieu pailleté d'argent scintillant en pendillons soulevé par un ballet de néons tenus à bras le corps par les figurants galvanisés par une présence musicale que l'on doit à l'écriture singulière de Eric Wolfgang Korngold....Qui méritait largement d'être découvert et ovationné par le public conquis entre autre par la prestation performante, sensible et musicale de Camille Schnoor.....



Direction musicale Robert Houssart Mise en scène Jakob Peters-Messer Décors, lumières, vidéo Guido Petzold Costumes Tanja Liebermann Chorégraphie Nicole van den Berg Chœur de l’Opéra national du Rhin, Orchestre philharmonique de Strasbourg

 



Opéra en trois actes.
Livret de Hans Müller-Einigen d’après un mystère de Hans Kaltneker.
Créé le 7 octobre 1927 au Stadttheater de Hambourg.


Création française.
Production du Nederlandse Reisopera

A l'Opera du Rhin jusqu'au 1 Février 

photos Klara Beck


 

samedi 24 janvier 2026

"Bloody Mairie": il est leurre...Ca va secouer, shaker en remue-méninges hydro-alcooliques...

 


Décidément, la Revue Scoute 2025, A star is burnes, aura été un indéniable succès. Plus de 37 000 spectateurs ont encore franchi le pas pour être confrontés à… l’innommable ! Découvrez le nouveau spectacle « Bloody Mairie ».Pour de vrai, le Bloody Mary est un cocktail réalisé avec 4 centilitres de vodka, 12 centilitres de jus de tomate, bio, si possible, un ½ centilitre de jus de citron. On rajoute un ½ centilitre de sauce Worcestershire, 2 gouttes de tabasco, sel de céleri et poivre.Le nom du cocktail vient de Marie Tudor, qui régna en Angleterre et qu’on appelait Marie la Sanguinaire.La Revue Scoute a reniflé le sang !Ce sublime jeu de mots est aussi là pour border l’analyse fine que nous fîmes de la situation politique actuelle à l’aune des élections municipales à venir, à savoir : ça va chier grave !

A Strasbourg, par exemple, les couteaux sont sortis depuis longtemps de leurs étuis et ça taillade de tous les côtés.L’Établissement Français du Sang est sur les dents.Ce titre a été choisi par la troupe à l’unanimité moins deux voix, deux acteurs dont je préfère taire le nom ici, et qui n’aiment pas la tomate !Cela dit, on peut les comprendre, la tomate est quand même un fruit qui se fait couramment passer pour un légume ! Un fruit politique donc, car le principe même du politique n’est-il pas de faire croire à ce qu’on n’est pas pour faire oublier ce qu’on est ?Pour ceux qui n’avaient pas encore saisi le subtil trait d’esprit inclus dans ce titre, vous voici désormais éclairés. Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas !

Allez, c'est Rameau qui entame le bal des buveurs sans soif, des picoleurs de bonne humeur des assoiffés d'humour et de distanciation...électorale! Municipales obligent, la revue scoute est incorrigible, inimitable et les faussaires seront dénoncés: c'est une marque protégée, imitée, jamais égalée: c'est La Ruse sans Suze que si l'on s'en sert (sancerre). Tambour battant les polis petits chiens y passent un sale quart d'heure et ça décoiffe comme jamais: les temps sont rudes, les batailles pas gagnées et ce petit peuple de comédiens, magiciens, musiciens s'ingénient à donner du panache, du pétillant à ce cocktail détonnant: remuer, secouer au shaker, le quotidien, la politique, l'actualité sont de bon ton Plus de 19 tableaux se succèdent sans faille, la troupe galvanisée par les musiciens, inoxydables et plein de verve. On retiendra ce qui nous à ému, frappé, intrigué, choqué et c'est pour le meilleur de la caricature engagée, finement passée au crible d'une écriture et d'un scénario original, collectif, participatif sous la houlette du maestro Chambet Ithier, soutien indéfectible de la revue. Alors la recette est bonne et le ton monte au fur et à mesure.L'homme de Matignon c'est bien Macron, homme de cro-macron, historiques figures de l'homme sauvage, à poils comme Le corps nu du premier ministre le corniaud et cocu de la bande. Voir et boire à sa santé, Sarkosy en clip vidéo lâchant ses bracelets, comme des colliers de la reine qu'il aurait aussi subtilisés du coup, c'est une minute de bonheur absolu. Résumé caustique et sanglant de l'actualité des faussaires et détracteurs de la démocratie. Dans cette agora, forum du déballage on rencontre bien sur Catherine Trautmann, libérée de ses oripeaux pour endosser du Shein à la mode des pauvres recyclés, personnage vintage, platine et tenue de circonstance: le tram comme outil et objet de musculation, body building nécessaire pour affronter l'ennemi! Quant à Jeanne Barseghian, c'est tout écolo sans culturisme, végétalisant sur son passage les plates bandes de Vetter qui va au boulot à vélo gilet pare-balles et autres accessoires inutiles. C'est du gâteau que portraiturer une cour aussi burlesque et drôlatique. Les comédiens s'ingénient à se métamorphoser sans cesse: un tableau sur "les riches" qui fuit le régime est croquant; on y voit les plus grosses richesses prendre la fuite et le bateau: Pinault, Bettencourt, Hermes et autres malfrats se partageant le magot avides de pouvoir et de bêtise.On y côtoie l'homme et la femme "augmenté", la séance de facture de liste électorale, morceau de bavure de bravoure de la revue: tout y passe et la mixité, la parité questionnent autant que le genre! Et le collier de l'arène n'est pas oublié, bavure et oeuvre d'art comptant pour rien.Chapeau d'évoquer ainsi les soucis quotidiens de nos élus de nos coeurs...La malbouffe au super marché, Rac Ecler font mouche et touchent dans le vif du sujet les affres du quotidien.Et la génération "boomers" d'être convoquée pour son inactivité débordante. C'est désopilant et criant de vérité, alors on rit à gorge déployée, même quand il s'agit du pétinisme passé au crible de l'idiotie. C'est irrévérencieux, décapant, déjanté et salutaire.On ne va tout vous dévoiler de la composition musicale de Michel Ott, des costumes de l'atelier de la colombe, de la chorégraphie signée Bruno Uytter bien tracée, précise en osmose avec une mise en scène servie par d'ingénieux décors et des images enregistrées, calées en fond de scène. C'est du cabaret servi par des artistes riches de talents multiples: Patricia Weller électron libre et tonique de la revue, attachante, agaçante juste ce qu'il faut pour incarner Danielle Dambach, mimant le contenu de ses mandats avec malice et bonhommie  Et plus encore pour Jean Philippe Meyer, homme à facettes retournant ses vestes, Alexandre Sigrist au mieux de ses belles formes généreuses et convaincantes, Raphael Scheer, Jules Pan, Fayssal Benbahmed, et les filles Nathalie Mercier, Marie Chauvière,Sophie Nehama, Murielle Rivemale qui chacune ose et se donne corps et âme à cette diatribe burlesque, fines gueules de la comédie et du show business hilarant. Alors ça brasse, ça mousse comme un bon a-maire bière local, ça triture, chatouille, taquine là où ça fait ou du bien ou du mal. A vous de choisir votre camp de scout et d'être toujours aux aguets d'une blague, d'une farce délicieuse à déguster sans modération!Déjeuner en paix dans ce poulailler volatile en panique, est un rêve éveillé, déhanché de toute fantaisie maitrisée. Ils ont voté pour la démocratie participative, alors aux urnes citoyens !

jusqu'au 8 Mars briqueterie schiltigheim  coproduction ville de schiltigheim depuis 39 ans!

mercredi 21 janvier 2026

Louise Vanneste Rising Horses "3 jours, 3 nuits" : géopolitique du corps dansant

 


Belgique Solo2024 

3 jours, 3 nuits déploie une activité chorégraphique qui tient à la fois du géologique et de l’humain. Seule en scène, Louise Vanneste entre en résonance avec les métamorphoses des roches, l’érosion, le feu, les montagnes en formation. Sa gestuelle traduit frottements, chocs, intensités, comme une matière traversée de forces physiques et telluriques. Elle interroge un temps étiré, presque inhumain, celui des roches en lente transformation, qu’elle fait dialoguer avec la fragilité, la chaleur et la résistance du corps. En partant d’un long travail d’observation passant notamment par le dessin, elle sculpte le mouvement, la voix, investit des textes littéraires, écrit le son, pour composer une forme sensible qui relie l’infiniment lent au présent vibrant. Cette traversée solo, à la fois sensorielle et incarnée, devient expérience partagée, un rituel à vivre ensemble, où l’épaisseur du monde se déploie à travers les strates du corps.

C'est de la tectonique des plaques, des roches métamorphiques que s'inspire par tous les pores de la peau, la danseuse face à nous, de gris anthracite, couleur chair vêtue comme la roche volcanique dont elle s'inspire.Roche qui hante ce solo très perméable, très pore comme de la lave, qui crisse comme le schiste qui sous la pression, le temps et la chaleur se transforme, mute comme son corps qui se dissout dans le mouvement. Sa chevelure longue, noire masque les traits de son visage et le corps exprime tout dans le moindre détail, la moindre faille de l'ardoise, de ces lauzes qui évoquent tout un paysage minéral. Sans interruption les mouvements s'enchainent comme une hypnose, une transe magnétique et elle ne cesse de se mouvoir, les bras volubiles, les mains doigtées à l'extrême dans des frissons magiques. Sa danse a quelque chose de caché, de dissimulé, de secret. Elle contient des matières en éruption, en coulée en cristallisation lente comme ces roches évoquées dans un très beau texte qui borde la musique et la pièce quasi tout du long. Une pulsation cardiaque mène la danse, sempiternelle, envoutante. Ce solo, "tout nu tout cru" est d'une grande force: il sera bordé d'une scénographie lumière outre-noir scintillant comme les toile de Soulage et leurs matériaux si palpables. Cette chorégraphie si "géologique" est le fruit d'observation, d'immersion très personnelle dans la nature pour cette femme qui évoque aussi la maternité dans ce berceau chaotique en fusion. La vie agitée des eaux dormantes, le paysage comme un corps .en transformation constante. Et le son d'évoquer la phonolite, cette roche qui émet du son dans le vent entre ses strates empilées. Feuilletage et bruissement du corps dans l'éther et sur terre dans une grâce naturelle qui augure d'un oiseau volatile éphémère de toute beauté. A suivre en compagnie de cette chorégraphe riche de passion comme les chercheurs scientifiques qui se donnent à fond et trouvent à force de creuser leur sujet: une archéologue du minéral , une danse futile et féconde, versatile et très construite au gré des avancées savantes de l'esprit qui la conduit.

A Pole Sud les 20 et 21 Janvier dans le cadre de l'année commence avec elles

Sandrine Lescourant Cie Kilaï "RAW": brutes de coffrage et efficace party de plaisir dansé partagé!

 


 France4 interprètes2020

Elles sont quatre femmes sur scène, quatre danseuses hip-hop réunies par la chorégraphe Sandrine Lescourant. Elles prennent la parole frontalement, sans détour ni honte, pour dire ce qui les anime : leur choix d’intégrer un monde réputé masculin et brutal — celui du hip-hop — mais où elles ont trouvé une communauté, une liberté, une manière d’exister pleinement. Elles racontent leur parcours, leurs doutes, leurs colères, leurs joies, cherchent les mots pour dire ce que le corps exprime quand il danse. Tour à tour interprètes, poétesses, chanteuses ou comédiennes, elles livrent des solos intimes et puissants, puis se rejoignent dans des danses de groupe qui résonnent comme des battles — là où elles ont grandi, appris, lutté. Le sol tremble, les gestes bruts frappent avant d’être stylisés, portés par la musique. Mais il y a aussi l’écoute, la douceur, les transmissions. RAW est un acte d’émancipation : une célébration de la puissance des femmes, de leurs récits et de leurs corps en mouvement.


mardi 20 janvier 2026

"Portrait de Rita" Laurene Marx: une place pour une femme ailleurs que sur des cimaises...

 


Après deux pièces présentées la saison dernière au TnS, Laurène Marx revient avec une parole toujours électrisante pour se saisir de l’histoire vraie d’un garçon de neuf ans ayant subi un plaquage ventral. Comme Georges Floyd. Elle nous invite ainsi à regarder en face la réalité suffocante d’une violence, aux multiples facettes, qu’elle traduit par ces mots : « Là, tu vois qu’un enfant noir de neuf ans, ce n’est pas un enfant, c’est un Noir. » L’autrice a rencontré Rita, la mère camerounaise de l’enfant, ainsi que Bwanga Pilipili, performeuse belge engagée contre le racisme. À partir du lien noué avec ces deux femmes, elle livre un texte en forme d’uppercut dans lequel trois regards tracent les contours d’une histoire de la brutalité policière. Ce « stand-up triste » est « entrecoupé de réflexions et de vannes », moins pour protéger les spectateur·rices que pour ouvrir une voie de lucidité et de guérison collective.

Elle semble frêle et vulnérable, longiligne silhouette vêtue d'une robe très seyante, ceinture marquant une taille fine et fragile. Mais derrière cette apparence trompeuse se cache un sacré caractère; celui de Rita ou de son double, un personnage bien vivant et porteur d'une condition jamais en demi teinte. Un franc parlé juste et jamais caricatural s'empare de ses lèvres, de son visage, de ses yeux écarquillés plein d'un regard vrai et authentique qui vise sa cible: le spectateur impacté par tant d'audace, de malice sans détour qui brise tabou et totem pour ne pas bercer dans un texte lénifiant, les néocolonialistes que nous serions encore, nous les blancs Cette femme, comédienne, à la parole et au débit véloce quasi ininterrompu est divine et emballe de tout son corps ceux qui l'écoutent et la regarde: une femme noire qui conte son sort et sa destinée à travers les situations de sororité, de solidarité digne d'un militantisme idéal: celui qui agit d'emblée sans conte ni histoire inventées pour séduire. Elle n'est pas seule et c'est à travers un compagnon absent, Christian qui serait Dieu ou Lacroix de sa bannière messagère. Un homme détestable qui use et abuse d'elle parce qu'elle est soit disant vulnérable, issue d'un monde différent, d'une culture fantasmée par les blancs. Bwanga Pilipili danse son texte d'un bout à l'autre, tout geste mesuré, calculé comme un maitre à danser, ponctué de tour, de déhanchements discret, de mouvements de sa robe à plis qui virevolte et prolonge l"énergie déployée par un jeu sobre, discret, tenu et retenu par une direction d'actrice, une chorégraphie naturelle remarquable. En taille douce, en impression bien trempée, la gravure du personnage se révèle de toute beauté, pleine de nuances et  de va et vient qui marquent les couleurs d'un tempérament de feu comme cette robe cachemire, bigarrée, colorée, vivante. Elle incarne ces chants et les musiques choisies pour éclairer cette puissante énergie et au final nous embarque dans un élan de joie inégalé La performance de la comédienne tient en haleine, jamais ne s"échappe d'un registre entre pudeur et dénonciation si bien que certain s'y voit dénoncé, agressé. Au grand jamais cette interprétation sur le fil ne bascule dans un manifeste militant . Cela touche et interroge autant que fait prendre conscience que beaucoup reste à faire pour effacer poncifs et autre icônes grotesques sur la condition noire. Le texte en dit long et conduit vers des ouvertures loin d'être des points de vue ou autre avis sur la question du racisme, du viol, du consentement. La vie de Rita est bien la sienne et personne ne se metra dans sa peau ou à sa place.Quelle place d'ailleurs ni sur socle ou piédestal mais une place publique, agore du savoir être ensemble tissé de tous les possibles. 

 

Texte] Laurène Marx
partir d’entretiens avec] Rita Nkat Bayang réalisés par Laurène Marx et Bwanga Pilipili 

[Avec] Bwanga Pilipili 
[Création lumière] Kelig Le Bars 
[Régie lumière] Emmy Barriere 
[Direction musicale] Laurène Marx 
[Création musicale] Maïa Blondeau avec la participation de Nils Rougé 
[Régie son] Nils Rougé 
[Collaboration artistique] Jessica Guilloud 
[Assistanat] Skandar Kazan 

Au TNS jusqu(au 30 Janvier 

 

Marie Barbottin "À l’aune de leurs peaux": l'âge mur murmure...et danse. Pas de peau de chagrin !

 Avec À l’aune de leurs peaux, Marie Barbottin donne la parole à cinq femmes de cinquante ans, qui furent, dans son regard de jeune interprète, des figures inspirantes et fondatrices. À rebours des injonctions à la jeunesse qui marquent encore fortement le monde de la danse, elle leur offre un espace de création et de visibilité. En complicité avec la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, elle construit avec elles une sororité sensible et politique, qui célèbre un désir artistique toujours vivant. Les corps y sont montrés dans leur pleine maturité, puissants, vibrants, libérés du regard normatif. Elle prolonge les questions soulevées dans La chambre d’eaux (2022), où elle explorait les rêves d’avenir des enfants. Ici, c’est au mitan de l’existence qu’une autre ambition s’affirme : celle de continuer, de persister, de se réinventer. Ici, c’est le temps qui agit comme révélateur. La nouvelle pièce devient alors un manifeste contre le jeunisme et pour la réinvention des représentations féminines.

Tout démarre avec une fausse entrée où une femme semble prendre la scène alors qu'elle n' y a pas droit et se fait redresser par une autre qui semble lui barrer le passage. Elle va jusqu'à se dévêtir comme un pied de nez à cette interdiction et revendique sa place. Son corps n'est-il plus "montrable"? Alors on y va et chacune des cinq interprètes y va de son credo: la vie est belle et le corps vivant de danseuses matures peut s'afficher et revendiquer toute sa légitimité. Le propos est inédit si l'on croit qu'ici tout est encore possible naturellement dans une quiétude angélique. Elles virevoltent de plaisir, de complicité, d'interaction pour laisser passer un message évident et naturel. Leurs corps sont façonnés par la danse et ce ne sont pas de beaux restes d'anciennes danseuses! Comme on voudrait bien encore le laisser croire. Place à la joie, la jubilation de se mouvoir franchement sans limites et avec une plénitude remarquable, une insouciance bienheureuse. La chorégraphie de Marie Barbotin est riche comme un palimpseste de mémoire corporelle pour chacune de ces femmes qui dansent devant nous la symphonique bucolique et pastorale d'un univers généreux. Partager aussi cette préoccupation de l'usure et du pseudo vieillissement du corps en magnifier toutes les capacités physiques et psychiques de la maturité.La danse se fait agent au service du temps déconstruisant les poncifs et autres pensées archaiques sur la performance et l'urgence de danser tant qu'on est belle et valide! Feu de tout bois et beauté incarnée par ce quintet dansant à tire d'elles comme un feu d'artifice joyeux et décapant. On se réjouit d'une telle création qui va au delà des discours ou manifestes sur la question de la "ménopause" et pourtant la métamorphose opère comme un passage amoureux à fleur de peau. Le cycle, amen comme disait Nougaro et l'on laisse au vestiaire les oripeaux du convenu pour glisser dans les fantaisies de l'âge mur du corps en suspension de bonheur.

A Pole Sud les 15 et 16 Janvier dans le cadre de "l'année commence avec elles"

"Agwuas" Marcela Santander Corvalán: Aqua bon!

 


Avec Agwuas, Marcela Santander Corvalán poursuit sa trilogie des éléments. Après la terre avec Bocas de Oro, c’est l’eau qui affleure : océans, glaciers, larmes, sueur… autant de flux naturels et corporels qui irriguent une danse organique, ancrée dans le souffle et la voix. Aux côtés de Gérald Kurdian – musicien·ne, performeur·euse et DJ – elle tisse un dialogue entre gestes et chants, traversé par les résonances d’instruments à eau conçus par Vica Pacheco, inspirés de formes précolombiennes. L’espace scénique, imaginé par Leticia Skrycky, s’ouvre au public : sans gradins, fluide, baigné de lumière, il accueille les déplacements, les écoutes, les immersions sensibles. Dans ce rituel partagé, les danses réinventent les gestes d’Amérique du Sud, les voix convoquent des mythes marins, et les corps cherchent dans les eaux passées les formes d’un soin collectif à venir. Un courant à traverser ensemble, entre écoute, vibration et transformation.

Elle est pleine de charme , de tonus et de verve et prend son public à bras le corps avec passion et détermination. Son corps robuste, gracile tangue vers une gestuelle abrupte, faite de rythmes incarnés, de douceur aussi, de mouvements qu'elle puise comme un puisatier du tréfonds des terres. La voici, animal, organique baignée d'éléments liquides salvateurs et protecteurs. Marcela Santander Corvalan plonge, se mouille et retrousse ses manches d'oiseaux ailé pour nous entrainer dans une mémoire autant que dans un passé humide, et gorgé d'eau comme notre corps fait de sueur, de sang et de tout ce qui est à même de soulager nos maux corporels. Avec son complice, elle joue de toutes les facettes de l'élément liquide avec volupté et sensualité. Elle incarne la fluidité avec ravissement et une magie quelque peu magnétique qui la transformerait volonté en porteuse d'eau, en puisatière en personnage de conte et légendes de son pays d'origine. Cette ode à l'eau est largement partagée dans un dispositif scénique où le public est impliqué par une proximité qui favorise notre empathie. L'eau coule et revient toujours comme en Arménie, ce pays des fontaines, des cours d'eau qui jalonnent les vies et les destins de chacun. Elément incontournable de survie et de plaisir aussi, de soins, l'eau à fleur de peau glisse et parvient à nous bercer dans son univers unique de petite cérémonie insufflée à coeur et à cri par deux interprètes engagés, sincères et authentiques acteurs d'un manifeste vivant, corporel et inédit sur ce qui fait le fondement de notre organiste. Cela coule de source, à flot et le pêcheur aux filets fluorescents de faire pêche miraculeuse de gestes amples et sonores évoquant un univers familier et indispensable à la vie: l'eau bienfaisante, transparente, toujours en mouvement, source et bain de jouvence pour un plongeon salvateur dans les eaux profondes de l'existence.

 A Pole Sud les 15 et 16 Janvier

dans le cadre de "l'année commence avec elles" 

jeudi 15 janvier 2026

"Les suivantes": attire d'ailes d'elles: il faut se méfier des femmes peintres...Gare aux guenons qui taquinent!

 


Comment se construire en tant que femmes et artistes quand peu de modèles nous sont transmis, quand un pan de l’histoire fait défaut ? Au sein de sa compagnie Quai n°7, Juliette Steiner mène cette réflexion, cherchant à révéler cet héritage manquant. Dans la lignée d’Une exposition, dernière malice d’une plasticienne invisibilisée, la metteuse en scène poursuit ici son exploration des trajectoires trop peu connues ou oubliées.

Mêlant arts plastiques en direct, théâtre et DJ set improvisé, quatre interprètes font apparaître et disparaître des femmes artistes dans un joyeux jeu d’écho et de résonance. Les éléments se déploient de manière ingénieuse, transformant la scène en une salle de concert ou en un atelier. Se côtoient Artemisia Gentileschi, Louise Bourgeois, la baronne Elsa von Freytag-Loringhoven, une peintre des cavernes, les Guerrilla Girls, et bien d’autres encore… jusqu’à des icônes pop contemporaines comme Britney Spears, réinscrite dans un réseau d’influences et de filiations.

Il ne s’agit pas d’enseigner une histoire de l’art, mais de dévoiler la richesse dont on se prive en ne racontant qu’un seul récit. Au rythme de la musique et des transformations scéniques, le spectacle se réapproprie leurs héritages, leurs paroles et leurs œuvres pour en composer un poème plastique et théâtral. En révélant ces présences occultées, l’équipe raconte le manque par la révélation, s’empare de ces figures pour faire, à son tour, œuvre et s’inscrire dans une lignée qui n’attend que les suivantes.



Metteuse en scène, comédienne et plasticienne, Juliette Steiner est membre du collectif d’artistes au TJP – Centre Dramatique National de Strasbourg depuis 2023. Élève à la Haute École des Arts du Rhin de Strasbourg de 2009 à 2014, elle construit son parcours, ces cinq années durant, au croisement du jeu théâtral, de l’installation plastique, de la danse et de la scénographie. Elle poursuit sa formation par deux ans de travail du jeu au Conservatoire de Colmar. En tant que comédienne, Juliette Steiner travaille depuis pour plusieurs metteur·euse·s en scène et réalise aussi de nombreux doublages pour Arte. Juliette Steiner fonde la compagnie Quai n°7 en 2016. S’y croisent recherches plastiques, questionnements féministes et sociétaux, traversées des grands mythes et leur réactualisation. La même année, elle crée
ANTIGONE #Ismène. S’en suivent : H.S. (2021), Services (2021), Une île flottante de Eddy Pallaro dans le cadre des Faits d’Hiver du Théâtre de Peuple (2021). Juliette Steiner a été artiste associée à la Comédie de Colmar de 2019 à 2022. Elle est soutenue par La Filature, scène nationale de Mulhouse, depuis 2022. Au TJP, elle met en scène la pièce Une Exposition (2024), et crée pour tout·es-petit·es à partir de 18 mois Moé Moé Boum Boum (2025) avec la chorégraphe Kaori Ito. En 2025, Juliette Steiner a accompagné la création du Collectif en scène aux côtés de l’autrice Marie NDiaye et de la créateurice son Ludmila Gander.


Mise en garde, tirailleuse de peinture fraiche au corps, fendue en tierce comme une escrimeuse ça démarre fort avec Niki de Saint Phalle comme évocation du soulèvement des femmes artistes, pas des femmes d'artistes confinées dans l'ombre de leur conjoint...Mais auparavant, la parole est donnée et disséminée dans la petite salle enveloppante du TJP Petite Scène aux femmes artistes dont les destins seront finement évoquées au cours du spectacle. La parole à Louise Bourgeois, drôlatique et burlesque Camille Falbriard, sur un ton bredouillant à propos des oranges traumatisantes des repas de famille où le corps de l'enfant-femme devient épluchure désuète bisexuée.De quoi y perdre son latin et avoir l'ambition de tuer le père, de tirer sur cette figure patriarcale omniprésente dans l'éducation des filles. Autant pour Niki qui piétine le patriarche et occit sa figure légendaire.C'est le jeu des actrices qui l'emporte alors, plein de verve, de vérité d'impudeur sans candeur. Pas de non dit ni d’échappatoire dans ce pamphlet très fouillé sur la vie des femmes artistes, leurs actes, leurs choix, leurs place dans la société autant que dans les musées...Et le jeu de Ruby Minard dans une très belle séquence vouée aux artistes femmes modèles Des talents qui ne font que poser et disparaissent la photo ou le tableau achevé. Très belle affiche mouvante d'une succession de reconstitution de tableaux vivants issus de l'histoire de l'art..Le travail documentaire et sensible de Juliette Steiner se confirme dans un amour et une réflexion souple sur des questions brulantes et complexes. Entrainant dans ses "Suivantes" ses complices, Ludmila Gander, musicien-ne dissimulé derrière un masque étrange et Nabila Mekkid leur présence "musicale et vocale" bien trempée. Elles peignent, tracent et signent des fresques, des tableaux cibles (pas piège!) ces femmes qui oeuvrent dans l'art. Marina Abramovic plane sur le spectacle comme figure de performeuse immergeant son corps dans le temps et l'espace de spectateur-acteur. Voici un opus original qui mérite une large circulation "citoyenne"pour éclairer les mémoires, fouiller sa propre histoire pour savoir où le bas blesse dans notre évolution de femme, dans l'accomplissement de désirs plutôt que de traditions culturelles. Et ce faciès de singe qui hante le spectacle sous forme de masque "autobiographique" pour la metteuse en scène, outil de révolte pour le groupe Guerrilla Girls, masque viril cependant évoquant la puissance et l'autorité. Gare aux guenons et mères bonobo qui ne font pas que sommeiller en chacune de ces artistes évoquées. On songe du coup à encore beaucoup d'autres (expo sur le surréalisme au féminin au musée de montmartre en 2023, exposition sur les modèles au musée Bourdelle...De quoi alimenter images, réflexions, échanges et partages fructueux comme sait le construire le navire TJP...Aux suivantes comme disait Brel....
 Ou selon Agnès Turnauer
Est- ce que on peut avoir une place sans avoir de statue ou sans avoir de statut...

compagniequainumero7.com