mardi 17 mai 2011

Rachid Ouramdane: on se souvient de "Si loin"

Si « LOIN, » si proches…..Archives du corps
« Que peut la danse que les livres d’histoire ne peuvent pas ? » s’interroge Rachid Ouramdane, instigateur de spectacles chorégraphiques qui fouillent sans cesse le terreau de la mémoire et des héritages personnels : qu’ils soient culturels, politiques, géographiques, ethniques…
« En lisant des livres d’histoire, on peut trouver des documents, des faits, mais ce n’est pas ce que nous avons vécu. »Ainsi, Rachid voyage sur les traces des violences militaires : quel fossé entre vécu individuel et histoire officielle !Les questions ne sont pas anodines pour qui montre le collectif au moyen du singulier  . Ce sont celles qui innervent le corps chorégraphique de Rachid Ouramdane depuis 13 ans et une quinzaine de pièces. Celles qu’il couvait déjà au cœur de l’association « Fin Novembre », cofondée avec Julie Nioche en 1996, celles qu’il développe encore depuis la création de la compagnie L’A en 2007. Qu’elles concernent les récents bouleversements géographiques, les mouvements de population ou les mutations engendrées par les nouvelles technologies, ses recherches visent à soumettre les identités contemporaines à la focale de la chorégraphie. A chercher à convertir au format scénique des témoignages collectés pour la plupart hors de l’enclos du studio de danse. C’était en 2001, « De l’arbitre à Zébra » avec la communauté des catcheurs, lutteurs et boxeurs de la ville de Reims, ou « Surface de réparation » en 2007 avec douze jeunes sportifs de Gennevilliers. Soit des séries de portraits chorégraphiques axés sur les relations souterraines qui lient les personnes à leur pratique. Des projets qui ne visent pas tant à esthétiser la pratique en question, à la mettre en danse, qu’à en livrer un nouveau « montage ».L’expression est appropriée pour qui accueille sous le vocable danse, l’espace sonore, le bain lumineux et les outils vidéo. Travail de fiction entre les corps en scène et leur captation vidéo. Montrer un corps traversé par l’histoire des autres qui imprime les spasmes de l’Histoire et enregistre les secousses du monde alentour. Des corps qui tous négocient l’espace avec des écrans vidéo comme autant de fenêtres sur l’extérieur, de prolongement du corps ou d’échantillons d’absence. Le travail de Rachid Ouramdane, c’est ainsi l’histoire de corps-archives polyphoniques, souvent privés de visage, via casque de moto intégral, capuche, maquillage de clown ou tout avatar du masque qui entrave la stabilité de l’identité .La récurrence avec laquelle il s’empare de cette question identitaire, qu’elle soit sociale, géographique ou culturelle rappelle que le chorégraphe est issu de la seconde génération d’immigrés, né de parents algériens immigrés en France. Que cette troisième identité hante son projet au point de donner naissance à « Loin », solo aux teintes autobiographiques en 2008.
Il confie à propos de cette pièce singulière: « Le voyage est souvent l’occasion de se revisiter, le moment de faire le point sur son identité, ou plutôt, nos identités. Celles dont on hérite,que l’on porte dans le regard de l’autre et celles que l’on projette, qu’on tente d’émanciper ».Ici le voyage questionne les strates identitaires qui se reconfigurent lors de tous nos déplacements. Les différents visages de nous-mêmes ont alors souvent à négocier entre l’héritage d’un passé et une identité qui se construit au présent. C’est lors de ces mouvements qu’apparait le sentiment d’être « étranger » ! « Nos différences assumées et notre méconnaissance de l’ailleurs créent le lieu pour que notre regard puise se repenser. Ce carrefour de la pensée est l’endroit autour duquel j’articule ce projet chorégraphique »
Lors d’un récent voyage au Vietnam et au Cambodge, lui est apparue une autre façon de creuser ce sentiment d’être étranger. « Je me suis souvenu des pages du carnet militaire de mon père qui eu à fouler cet ex –Indochine : on me donnait là-bas, la place d’un ancien colon français, alors que ce qui liait mon père à cette Indochine était l’héritage d’une autre colonisation, la sienne en Algérie ! »
« Loin » est cette fresque narrative, faite de mots, de gestes et d’images qui triture les identités au risque de se perdre dans des effets de surface. Cérémonie secrète pour mutants en rupture de ban, ce spectacle est un puits noir sans fond, une illusion à laquelle le visage donne une lecture univoque. Pour cet homme pudique et réservé, fils d’Algériens réfugiés dans le mutisme, la parole confisquée des pères sur la guerre d’Algérie reste une blessure ouverte que la scène permet à sa façon de panser. L’intime est l’endroit à atteindre et de son aveu « mon activité est un passe-temps indispensable et nécessaire » .
Parce que Rachid Ouramdane partage avec le metteur en scène et écrivain, Pascal Rambert, l’envie d’imaginer d’autres modalités de rencontres, sa compagnie L’A est en résidence au Théâtre2 Gennevilliers jusqu’en 2010 : encore bien des projets sur d’autres identités à construire !!!!
Geneviève Charras
« Loin »  c'était à Pôle Sud en Mars 2009.

Dans le cadre de "Nouvelles" 2011 le 20 MAI à 20H 30 à Pôle Sud: "L'exposition universelle"

l'altérité?

samedi 14 mai 2011

Pina Bausch et Pierre Boileau : histoire de robe!

A l'occasion d'une performance de Pierre Boileau (l'un des paons danse à Strasbourg) à l'Universite de Strasbourg (art du spectacle-danse) en Avril 2010....

DE L’USAGE DU MONDE

Non, Pina ne leur avait pas demandé….Rien demandé

Ni de suspendre tous ces atours, ces robes mythiques, fantasmées en année 50…
Ces robes aimables, habitées par aucun corps, ni féminin, ni masculin
Ni de faire suite à Fibonacci dans une litanie envoutante, agaçante aussi.
Juste une descente d’escalier où se perdre sans défaillir
Juste un ascenseur transparent qui monte et qui descend des cieux
Juste une paire de chaussures à talon hauts, très hauts, trop hauts…pour s’entraver et chanceler sans jamais chuter, mais toujours recommencer sans avancer.
Juste un bonnet d’âne, pour que la peau du monde soit changer en habit de princesse décalée
Juste un manteau rose, plié, déplié en éventail, déployé sous le souffle des glissades prolongées d’un patinage affabulé sur pointes et roulettes.
Vision d’un rêve de manège pas si enchanté que cela.
Et puis du scotch pour clouer au sol le corps délicat d’une mariée abandonnée.
Et quelques plumes roses échevelées tombant des cintres, cueillies dans une douceur aux cheveux perruques toujours « pink »
La vie en rose ? Plainte d’un roi et d’une impératrice à peine murmurée

Et si Pina leur avait cependant demandé, demandé de voler aux cieux sa part des anges ????.



L'envolée belle: les ateliers ouverts d'Ewa Bathelier: les robes dansent

A l'occasion des ateliers ouverts les 14/15 et 21/22 MAI de 14H à 20H à Eschau

L’envolée belle: dérobade!

Les robes d’Ewa sont évanescentes, renaissantes
La peau du monde s’y inscrit, étirée, lambeau, envolée d’oiseaux
Elles planent dans l’éther, lys flottant parmi les étoiles
Anges inhabités, absents, dépouillés, dépossédés de leurs atours
Reliques suspendues aux lèvres du temps, immobiles, sans voix
Absentes, déshabillées par des doigts trop pressés
Elles dévoilent l’étoffe de l’éternité, se dérobent à la vue d’obscènes virginités
Blanches chrysalides, diaphanes, éthérée
Vierges souillées de rouge, dégoulinant de taches émerveillées
Dans l’apesanteur immergées, elles songent aux corps qui sauraient les habiter
S’y loger, s’y lover et rendre vie à la toile
Danseuses ou farfadets malins et singuliers, un jour les ont quittées
Et dévêtues ainsi de leur beauté
Hantent depuis les cimaises
Dérobade joyeuse, elles volent et enchantent l’univers d’une vacuité changeante
Les robes d’Ewa sont des spectres, des fantômes dilués, disparus de leur enveloppe
Laissant derrière elles un parfum léger aux saveurs d’antan
Un souvenir diffus dans les mémoires ténues de la brise crépusculaire
Etoiles filantes sans lendemain au firmament d’un tissu fragile
Les robes d’Ewa dansent sans le savoir, oubliant les envolées des anges qui les ont un jour inventées
muddy tutu ewa bathelier

Corps diablement vôtre !