jeudi 19 mai 2011

"DONNER CORPS" : malicieuse Cathy Dorn

DONNER CORPS

« Ceux qui dansent ensemble
Se rencontrent
Viennent l’un vers l’autre
Et en viennent à réaliser l’unité qu’ils constituent
Alors qu’ils sont partis de la singularité »

Quand deux femmes apparaissent, se façonnent deux espaces distincts, privés.
Quand deux danseuses se rencontrent, nait un territoire à partager, à faire exister.
Quelques objets, deux tabourets, une paire de chaussure, un coupe papier : des indices pour se fabriquer une histoire ! Du suspens pour dévoiler que « danser », c’est vivre « des moments qui tendent dans une espèce de sphère, à saisir, à pénétrer, à donner corps ».
Et  effeuiller les couches successives des strates du temps à travers des costumes qui dévoilent ces femmes peu à peu, traverser des époques sur des musiques baroques, traditionnelles ou yéyé, savoir que la peau du monde, c’est la danse qui surgit des corps. Ce qui donne corps, c’est un mystère. C’est la poésie et l’humour de Cathy Dorn qui se relie à la présence complice et singulière de Sophie Beziers-Labaune.
Duo, duel, attirance, rupture ? Tout se tisse dans le langage des états de corps qui traverse les espaces et nourrissent un propos libre et enjoué. « Donner corps, faire corps, prendre corps….. par corps ?
La nouvelle création 2010 de la compagnie de danse Itinéraire, c’est tout ceci, réuni grâce aux forces vives des artistes, du co-producteur-Le PréO à Oberhausbergen-, de tous ceux qui veillent en bonnes fées sur la destinée de la compagnie strasbourgeoise désormais bien implantée !

A Schiltigheim, salle des fêtes les 23 et 24 MAI
Compagnie Itinéraires : 03 88 22 41 51 nicolle.myriam@wanadoo.fr
www-preo.fr
,
DROLES DE DAMES
Leur faudrait-il danser avec des béquilles, ne seraient-elles pas assez d’aplomb, ancrées sur leurs deux pieds, bien dans le sol pour devoir s’exposer entre vertical et horizontal? Apparemment, oui ! Elles, deux femmes, presque jumelles dans les apparences: même corpulence, même mouvance, à petits pas précipités…. Jouer ! Se chamailler, se frôler, se rencontrer dans des chuchotements complices, semble ne pas leur déplaire.
Le chant des oiseaux les berce, la musique se distille comme un bon élixir et les fait se mouvoir en autant de styles, tango, valse et tourbillons de figures délicieuses.
Quand vient l’affrontement, comme une lettre dont le contenu va briser l’harmonie, engendrer colère, envie et jalousie, sobrement jouées. Que va-t-il advenir de ce joyeux couple, de cette paire de chaussures qu’elles hésitent à enfiler, de ce duo de femmes affolées, sages ou pas sages, désobéissantes et consentantes à la fois ? Marche, démarche au pied léger, femmes fétiches, chevilles ouvrières de la danse ….Qui sont-elles donnant corps à une gestuelle bien incarnée ?
Ce seront coupe-papier et petits tabourets roulant qui refaçonneront un univers ordonné, structuré où les appuis, le contrôle et le maintien reprendront leur marque.
Mais la garde-robe en suspension veille à la folie débridée et gare à la vanité, l’envie et la gourmandise du paraître. Etre ou sembler revêtir les atours de la beauté, par couches successives de peaux plus colorées, plus voluptueuses les unes que les autres… S’accoutrer, se fagoter comme une enfant déguisée en « grande dame » semble un jeu d’adulte enjouée. Dévêtir l’une pour habiller l’autre ! On échange les rôles et le tour est joué, mais pas «soufflé»! L’une est le miroir de l’autre, le sourire est contagieux, les voix susurrent le bonheur d’exister, de se lever chaque matin pour se tenir «debout». Et le soir, ferait-il bon s’allonger aussi, le corps au repos, apaisé se fondant, se répandant dans l’horizontalité ?
En corps, encore, on en redévorerait de cette mélodie de la vie ! On en reprend une tranche, on file en diagonale et transversale ?
Prochain épisode….. A méditer au regard de cette danse qui trouve en ces deux interprètes, chaussure à son pied. En grandes pompes, ou en ballerines de sylphides ?
Geneviève Charras
Le 11 Novembre 2010

PARAdistinguidas: à force de se distinguer....

Le dispositif scéniique évoque un "affût", cette cabane de chasse sur pilotis que l'on trouve à l'orée des bois pour chasser "peinard" la proie, à distance, à l'abri, à l'affût. Sauf que dans notre cas ceci évoquerait plutôt la tour de contrôle d'une usine: une machine à coudre y égrène sa ritournelle et les danseuses s'y succèdent à tour de rôle. Mains de petites fées dans un univers qui peu à peu se durcit. Construction, dé-construction à vue du dispositif de plaques de carton bleu manipulées par cinq danseurs et une petite foule constituée de "figurants", ces figures qui ne dansent pas, ne chantent pas, ne parlent pas. Mais alors que font-elles? Elles servent modestement les propos de la chorégraphe, sur scène, tantôt complice de toutes ces hésitations de "non professionnels, tantôt manipulatrice draconienne de cette horde en liesse. On songe à Pasolini dans "Salo" lors d'une séquence quelque peu sado-masochiste à la Félix Rückert...Les "vrais" danseuses dictent à quelques figurants les postures et attitudes à éxécuter de façon dictatoriale: harcèlement? Viol? En ces temps agités de débordements de moeurs (affaire DSK) ceci résonne curieusement à la vue et à l'esprrit...
Ludique aussi, cette pièce, objet chorégraphique non identifiable en diable. Par rebond et ricochet, chacun glisse vers une construction gestuelle en châteaux de cartes qui se font et se défont au son d'une musique très disco. Plaisir à voir évoluer ce petit monde volubile, généreux qui partage avec audace une "première" représentation face à un public averti, exigeant, et ...accueillant!
Coup de chapeau donc à ceux qui bougent, miment, obéissent sans concession à des caprices de star: une Maria La Ribot un peu essoufflée cependant qui ne renouvelle pas vraiment l'expérience singulière des "pièces distinguées" ou de la série "Espontanéos".
Les figurants

les figurantes

mercredi 18 mai 2011

"Nouvelles": ça démarre!!! et "c'est extra!" PARAdistinguidas"!!!

C'est ce soir à Strasbourg au théâtre de Hautepierre à 20H 30 avec la divine "La Ribot": un spectacle inédit, fruit de sa résidence à Pôle Sud depuis le début de l'année. Surprise! Cinq danseurs, vingt "figurants" comme au cinéma: des "extras" comme se plait à le dire Maria La Ribot: référence au cinéma, à la restauration où l'on engage en sus des semi-professionnels pour accompagner une démarche, renforcer les rangs! Innover, se surprendre et faire confiance aux talents et à la capacité d'écoute et d'adaptation de l'autre."PARAdistinguidas", c'est un concentré de la démarche artistique de notre diva, "dona mobile" de la danse européenne qui se dilue, se démultiplie à travers la présence des autres. Un acte qui se partage, se répand en autant de petites touches qui constituent une grande fresque!!!
Salutations très "distinguées" à l'artiste!

Keith Haring