samedi 29 septembre 2012

"Danza Preparata": clin d'oeil au hasard très "préparé"!

A Musica, de la danse, toujours pour cette édition, clin d'oeil à John Cage.
De la "danse préparée"!John Cage n'y aurait pas pensé!
Lui qui pourtant en complice et compagnon de Merce Cunningham, inventa tant de sons, de silences, d'espace pour le génial chorégraphe!
Chose faite donc grâce aux talents réunis de chorégraphe Rui Horta et de la danseuse Silvia Bertoncelli sur les "sonates et interludes pour piano préparé" de John Cage.
Les rencontres sont percutantes.
Sur un fond de scène carré blanc sur fond noir, le piano lui-même posé sur un triangle noir et blanc. Une géométrie pertinente avec scénographie lumière en adéquation avec cet univers pictural strict et directionnel.
La danse s'y dévoile tranchée, tétanique aux petits mouvements, petits bougés tectoniques, fragmentés. Le sourire aux lèvres, la danseuse est tantôt carlsonienne, tantôt inspirée par la gestuelle du grand Merce.Directions multiples, changements rapides, fluidité des traces de volutes au sol, tout concourt à la surprise par une danse saccadée, interonpue, brisée.
Elle virevolte, gracile,comme un électron libre, volatile, électrisée par la musique. Ils sont complices en grande connivence et la volubilité des deux interprète dans cette virtuosité frétillante est de toute beauté.Versatile, indécise ou bien décidée dans ses intentions de franchir l'espace, Silvia Bertoncelli est exquise, souriante: le rire de Cunningham ou de Cage aux lèvres? Peut-être, eux qui aimaient tant rire ensemble!
Un jeu de mikado vient renforcer les souvenirs de cette danse aléatoire: jamais pourtant "un coup de mikado n'abolira le hasard". C'est juste et précis, futile aussi, jubilatoire surtout!
Le rendu des images est fort, ce "chat " qui n'est pas là, juste pour nous rappeler que Magritte aussi aurait bien aimé: ceci n'est pas de la musique, cela n'est pas de la danse!
Ce n'est que bonheur et jouissance de la création!

"Thanks to my Eyes": opéra contemporain à Musica.On n'en croit pas ses oreilles!

Soirée opéra contemporain à la Filature à Mulhouse: un genre que chérit le festival et son directeur Jean-Dominique Marco.Oscar Bianchi pour la création musicale, Joel Pommerat pour la mise en scène: voici qui augure du plus détonnant avec l'Ensemble moderne pour l'interprétation musicale dirigé par Léo Warynski.Et curieusement, le chanteur Hagen Matzeit souffrant, au pied levé, c'est Guilhem Terrail qui reprend son chapitre de Haute contre, doublé par un comédien, donnant l'effet d'un jeu et chant en playback La scène penche, dangereusement et préfigure le drame. Le décor est planté, sobre, sombre comme des roches d'ardoise, délimitant l'univers en huis clos de cet opéra
L'histoire est simple: un fils d'acteur  comique se croit en charge de transmettre l'art de son père et sa mère, couturière cultive en lui un caractère nostalgique. Une femme dans sa vie l'attire et leurs rencontres nocturnes tissent une étrange relation.
Joel Pommerat en propose une mise en scène digne de sa carrière déjà prolixe, sobre, bien équilibrée, laissant libre cours aux chanteurs. De l'ampleur, de l'amplitude dans la gestuelle et le curieux couple, binôme chanteur-acteur pour cette occasion unique de remplacement, fait office de jeu double, étrange reflet-miroir, comme une marionnette téléguidée.L'opéra contemporain est chose rare et ici la musique et le chant avec des voix prenantes sur une partition virtuose, touchent, émeuvent bouleversent par instant. A ne pas en croire ses yeux, ses oreilles!

vendredi 28 septembre 2012

SVANKMAJER : magicien de l'icône animée : beaucoup de bruit pour un impertinent charivari

"Les champs magnétiques" de Jan Svankmajer
MUSICA fait la part belle au "ciné-concert" et fait un hommage au magicien, prestidigitateur de l'image animée, le tchèque Jan Svankmajer.
Le concert est concocté par François Sarhan, concepteur de musique, pour une sélection de films de référence.Déjà sonorisés ou muets, peu importe, ca qui compte c'est la créativité que suggèrent les images, les formes, les situations des personnages, des objets.
En live, musiciens et bruiteurs épousent narration et surréalisme, pour renforcer l'étrangeté de ce petit monde absurde en continuelle mutation: transformation des corps, des objets,  métamorphoses multiples des îcones pour un monde hybride qui défit les lois de la réalité.
On se plait à observer en direct la dextérité des interprètes, surtout ceux qui manipulent tout un petit bazar sonore qui , détourné de ses fonctions premières, concourt à crééer une atmosphère au plus près de l'univers insolite de Svankmager.
Une intelligence, une adéquation remarquable avec ce qui se passe donne naissance à une des plus belle lecture adaptée du génie de l'image animée et de la modélisation!
Quand des pionniers de l'image et du son se rencontrent, on est pas loin des sons de Cage et de son amour du monde au quotidien de l'imaginaire!
L'esthétique de Jan Švankmajer a pu être qualifiée autant de baroque ou de maniériste que de surréaliste[2]. Dans son film Possibilités de dialogues, il rend hommage à la figure emblématique du maniérisme, le peintre Guiseppe Arcimboldo connu pour ses œuvres comme Été, Automne, Hiver et Printemps où des éléments organiques sont assemblés pour composer un portrait. De même, l’œuvre de Jan Švankmajer est caractérisée par les collages, les assemblages, et donne de l'importance aux corps (dans Jeux de pierres notamment). De plus, l'une des particularités de Jan Švankmajer est d'associer prise de vue direct et cinéma d'animation qui se fondent dans une même image, pour créer un univers fictif unique. 
A propos du cinéma d'animation, Jan Švankmajer explique (dans une interview au Festival d'Annecy en 2002) : « Je suis arrivé vers le cinéma par le théâtre et les arts graphiques. C’est pourquoi les impulsions dans ma création viennent surtout de ces deux domaines. Au milieu des années soixante, quand j’ai commencé à m’occuper de films, la fameuse École tchèque d’animation était à son apogée. » Il arrive à l'animation par la marionnette, pratique traditionnelle en Tchécoslovaquie.
Son esthétique est caractérisée par le mélange d'animation et de prise de vue directe (dans Alice notamment), le stop motion (dans Jeux de pierres par exemple), un montage fractionné très rapide et beaucoup de mouvements de caméra.
L'animation est aussi caractéristique de l'absurdité surréaliste, avec des personnages qui agissent comme des machines et un environnement qui n'obéit pas aux règles du réel.