samedi 6 octobre 2012

"Baron Munchhausen": un voyage extraordinaire à MUSICA

Un "opéra comique" dans un festival des musiques d'aujourd'hui?
Chose faite avec cette oeuvre rocambolesque de Wolfgang Mitterer, sur un livret de Ferdinand Schwartz basé sur les "Aventures du Baron de Munchhausen", d'après un scénario fumeux et diabolique de Gerhard Diensbier!
Le personnage principal interprété par Andréas Jankowitsch est truculent et mène tambour battant sa petite tribu d'hurluberlus déjantés avec verve et dynamisme.
Dans un délire musical, vocal et sonore, magnifié par des images vidéo splendides qui déferlent sur deux écrans en fond et devant de scène, l'intrigue bat son plein, fourmille d'idées de mise en scène, de coups de théâtre, de magie.
Mélies veille au grain, Jules Verne dans un petit coin, Pierrick Sorin pas loin, pour un tour de perstitigitation virtuose.
Les icônes graphiques sont des enluminures du genre: un travail signé du génial Franc Aleu, façonné dans une sophistication de moyens et d'effets très convaincants. Une chevauchée de la Walkyrie, un ras de marée d'images qui défilent sur les écrans, révèlent dans la lumière les costumes scintillants de princes et princesses déchus signés par Chu Uroz.
Parfois un peu de calme s'installe et nous voilà transportés dans un autre siècle, tableau à la Watteau, calme, enjoué, serein...Montage et rythme serrés, tonitruance et extravagance au menu, cet opéra comique est bien un nouveau genre lyrique décoiffant, inventif, effrayant à l'image de ces petits personnages de cartes à jouer, de bouffons, d'Ubu roi et autre diablotins ravigotants.
Un ravissement auquel Mitterer nous avait déjà convoqués avec "Massacre" et "Nosfératu"
Ambiance garantie pour ce "concert déconcertant" où le public, surpris et conqui fit une belle ovation!
Décidément, cette année Musica s'éconduit sur des chemins de traverse bien séduisants!
Un opéra d'Avant -garde, un opéra en BD, en "comics" oùla chorégraphie des corps surdimentionés en vidéo rappelle la technique de Mac Laren: démultiplication à l'envi des formes pour mieux les fondre, les emmêler, les dissoudre dans l'espace et le temps.Chevauchée fantastique, péripéties et rebondissements garantissent ici une tectonique endiablée chaotique, apocalyptique digne d'un chapitre de la bible, style jugement dernier tourné au comique!
"Général, nous voilà": ce voyage extraordinaire sur une planète inconnue est bien celui d'une troupe égarée, avec un chef étoilé par la grâce autant que par le ridicule.Caricature du pouvoir et de la séduction, ce baron est tout sauf un chef crédible: il est le mentor de la dérision, la vision du fantasque, l'opus du mensonge et de la supercherie dans un déferlement d'ouragans et de tsunami d'images animées par la folie


vendredi 5 octobre 2012

"Music'Arte" pour l'ensemble Modern: poly-sons et zen attitude chez Hans Zender

L"ensemble Modern fait ici l'objet d'une soirée "culte": hommage à un ensemble polymorphe, poly-sons, dédié tout entier à la musique contemporaine. De Karlsruhe, siège du "collectif" indépendant et autonome, l'ensemble sillonne le monde pour y distiller la quintesse de leur art: interpréter la musique d'aujourd'hui, avec ses créateurs, Heiner Goebbels entre autre partenaire, compositeur avec et pour l'ensemble de ses œuvres majeures. Un film  "Quand la scène brûle" de Manfred Scheyko conte les péripéties et aventures musicales à hauts risque du groupe,soudé par un esprit de défit contre la routine et le convenu musical!
Hommage aussi ce soir là à l'oeuvre de Hans Zender, compositeur et chef remarquable qui compose pour l'ensemble "33 Veranderungen uber 33 Veranderungen": 61 minutes décoiffantes d'une interprétation sur les "Trente-trois Variations Diabelli de Beethoven!
De la musique connue et référencée, transformée, triturée pour le meilleur en un vaste paysage sonore. Entre la version originale et cette interprétation iconoclaste, l'équilibre est virtuose et fonctionne comme ce vertige du funambule sur la corde tendue entre deux pôles.
Et Zender de citer Nietzsche: " la relation entre l'ancien et le nouveau est toujours telle que le nouveau finira par détruire l'ancien".
Chose faite et pertinente, convaincante, avec tous ces moments éphémères de l'attention où tout devient "évident" où se révèle tout à coup, comme dans la philosophie zen. Cage n'est pas loin: ce moi de chaque instant à vivre en fébrilité vibrante, sur le champ.
Son œuvre "Issei no kyo"en est bien l'illustration tengible:de ce principe d'attitude de vie et de composition musicale, ancrée dans le vif de l'instant.

jeudi 4 octobre 2012

Tous en "cène" pour MUSICA: regardez la musique se faire!

La scène pour la musique contemporaine est essentielle: voir se dérouler un concert, écouter et deviner d'où sourd un son, une percution, une résonance, regarder les interprètes préparer leur piano, se brancher au secteur.... C'est le cas du groupe "Divertimento Ensemble" et de l'" Athelas Sinfonietta Copenhagen" écoutés ce mercredi 3 Octobre dans le cadre du festival MUSICA à Strasbourg
Pour ce dernier ensemble cité, dirigé par Pierre -André Valade, la scène est déjà une énigme en soi: une grande table monastère est dressée comme pour un banquet: nappe noire et bols tibétains, cloches de vaches, petit réchaud de cuisine électrique.
A quelle saveurs musicales allons-nous être dévorés? Le festin, la "cène" originelle de la musique?
Réponse immédite au début du "morceau" de bravoure, le "Nubi non scoppiano per il peso" de Mauro Lanza.Des gouttes d'eau contrôlées par ordinateur et électronique tombent sur les cloches et les fond tinter. De même lorsqu'elles parviennent à des rythmes différents dans les bols, et en douce vapeur d'eau lorsque la goutte atterrit sur la plaque chauffée .
Une véritable petite cuisine de chef, un ingénieur pour maître -queux, ou au "piano", alors qu'à la "batterie" de cuisine musicale,les musiciens s'affairent et font résonner toutes sortes de sons millimétrés.A table! Le menu est alléchant et le public, convive d'un repas sonore délicieux!
Du bel ouvrage surprenant pour illustrer cette fable biblique: "un autel commence là où finit la mesure".Musique visuelle et imaginative endiable!
"Être saint, c'est perdre le contrôle, renoncer au poids, et le poids, c'est organiser sa propre dimension".
Philippe Lerous, proposait avec "Extended Apocalypsis", une oeuvre pour 4 chanteurs-récitants, 16 instruments, mettant en scène un dispositif complexe qui nécessitait une installation technique conséquente. Voir à l'œuvre ceux qui installent l'instrumentation est aussi une partie du spectacle. Ecouter, voir la musique de notre temps, est essentiel et ceci dans une communion collective, receuillie et attentive
Partage d'instants musicaux rares, le festival abonde dans une ligne éditoriale fine et choisie, conviviale et surprenante