jeudi 15 mai 2014

"Les amants électriques":l'effet électricité au kinéma!

Un merveilleux film d'animation  de Bill Plympton, au graphisme très pictural, inspiré de Bacon, Picasso, Dali et Brauener!
La danse des amants y est fulgurante, lumineuse sur les airs de la Traviata, les robes vaporeuses y bougentàsouhait,lescorpss'enroulentdeplaisiroudedouleur.
Pas un mot durant1H 20mn:bruitages balbutiements, râles...
C'est électrique!
Jake et Ella se rencontrent à la faveur d'un accident d'auto-tamponneuse et s'éprennent follement l'un de l'autre. Mais c'est sans compter le machiavélisme d'une garce et le démon de la jalousie qui arrive avec elle. Entre envie de meurtres et tromperies en tout genre, jusqu'où la haine mènera-t-elle le couple ?
Entre Jake et Ella, c’est fusionnel.
Leur image, en revanche, est infiniment malléable. Surtout si elle est dessinée par Bill Plympton. Le cinéaste américain propose, avec Les Amants électriques, son septième long-métrage, une variation graphique sur le thème de la passion destructrice. Elle met aux prises une jeune femme mince et intellectuelle (elle lit en marchant quand on la découvre) et un garçon musclé qui travaille dans un garage. Dans un bref texte que l’on trouve sur son site cheatinmovie.com, Bill Plympton les baptise Jake et Ella. Ils ne s’exprimeront que par onomatopées, c’est souvent le cas chez le cinéaste.
Un amour passionnel né d’un coup de foudre et d’électricité, menacé par une garce vipérine qui aimerait bien mettre la main sur le beau Jake. Sans déroger aux thèmes et figures de style qui nourrissent depuis toujours son travail, Bill Plympton signe son plus beau film d’animation. Son humour, toujours grivois et caricaturiste, revisite sans dialogues et avec gourmandise les clichés de la série B, du polar et du fantastique des années 1950 au service cette fois d’un opéra fantaisiste où l’humour et l’émotion sont enfin à égalité. Une merveille d’inspiration graphique.

"Polka sur autoroute" : pas dup! On s'étire de plaisir!

Aux éditions "Les requins marteaux" par DUP
Ou comment on bouge aux arrêts d'autoroute!
Un homme roule sur une autoroute, d’aire en aire, et prend à bord des passagers qui acceptent ce destin sans finalité. Une subtile et cruelle allégorie de la vie, en guise de première œuvre…
L'histoire : Un homme chauve, au regard lunaire, roule seul de nuit sur une autoroute peu fréquentée, à bord d’un grand monospace. L’essence venant à manquer, il s’arrête sur une aire pour faire le plein, s’étirer les muscles et se restaurer. A part le caissier, il n’y a pas grand-monde dans la boutique… Il fait ses emplettes, essaie des lunettes du présentoir et paie par carte bleue. Il vient aussi en aide à un couple de personnes âgées bloquées devant un distributeur de café. Ces deux-là ont chacun une valise et ils vont donc quelque part… mais où ? Ils sont bien incapables de le préciser. Alors le chauve leur propose de monter avec lui, à bord du monospace. Les voilà repartis tous les trois sur l’autoroute, paisiblement, comme s’ils avaient toujours fait partie de la même famille. Plus tard, plus loin, de jour, il faut refaire le plein sur une aire d’autoroute. Chips et soda sont achetés et payés par carte bleue. Entre les rayons, le regard du chauve croise celui d’une femme aux cheveux bruns et bouclés. Au moment de repartir, elle toque au carreau du monospace et demande elle aussi une petite place à bord. Les quatre voyageurs partent ensemble. Plus loin, plus tard, c’est un autre homme, croisé dans la pissotière d’une nouvelle aire, qui les rejoindra. Puis un enfant, qui grimpe dans le coffre en cachette…
  Passé les premiers instants de stupéfaction, devant une intrigue aussi plate et monotone, on comprend rapidement que Polka sur autoroute, première œuvre du marseillais Dup, est une cinglante allégorie de la vie. Et si, finalement, on était tous passagers volontaires et asthéniques d’un monospace qui roule sans objectif fixe sur une autoroute ? Et si, finalement, la famille en tant que fondement psychologique était une supercherie ?
Evidemment plus proche de l’essai séquentiel un brin hermétique, que de la BD de genre grand-public, ce roman graphique en one-shot dévoile à proprement dire une anti-intrigue, un sommet de neutralité narrative. Car il ne se passe rien d’autre que cela : des gens inconnus les uns des autres, sans passé ni avenir, se retrouvent autour du désir basique et débonnaire de voyager ensemble, sans communiquer entre eux, sans arrière-pensées, sans autre finalité que d’avancer d’aire d’autoroute en aire d’autoroute.
Leur décorum est composé du paroxysme des outils fades et impersonnels générés par notre monde matérialiste : autoroutes, alimentation industrielle, pleins d’essence, carte bleue, monospace. Stylisé et rapide, le dessin noir et blanc se rehausse d’un lavis de gris, pour une ambiance insipide et dépouillée adaptée ; et il est régulièrement ponctué de tableaux à la gouache couleurs représentant une autoroute, une station essence, un rond-point… Voilà pour l’exotisme. Ce qui est très fort, c’est que cette anti-intrigue quasi muette, au cours de laquelle les protagonistes n’ont pourtant que de charitables intentions, suscite un profond malaise et en dit finalement long sur nous-mêmes. Tourner les pages offre un sentiment de miroir : on regarde notre existence en se demandant à quoi tout ça sert… Brrr, ça fout les jetons. Et pour une première œuvre, c’est rudement finaud.

"Vortex":la peau du monde.Phia Ménard et son "égalité".

"Vortex" c'est la spirale, le tourbillon de la vie, selon une définition scientifique du terme: c'est aussi le second volet de l'oeuvre de Phia Menard sur le souffle, le vent, l'élément futile qui borde l'arène d'un cirque qui accueille sa performance.
Au départ un personnage agenouillé façonne avec concentration un être hybride qui se révèle sachet plastique à forme humaine
Il va lui donner vie sous l'impulsion du souffle de ventilateurs encerclant le plateau
Ambiance féérique pour ce ballet de petits parachutes de couleurs, rayés qui trouvent comme dans un lâcher de ballons, leur liberté d'évoluer!
Le personnage est étrange, masqué, vêtu d'un costume noir dissimulant des formes factices:lunettes noires, chapeau, démarche évasive, tout confère a en donner une image inquiétante.
Un parapluie recueille par miracle la totalité de ces petits être fantasques: certains vont grimper sur l'épaule de ce dompteur d'oiseaux!
Puis le vent tourne et tout se métamorphose.
Il quitte ses oripeaux et dévoile un personnage de plastique blanc après l'accouchement des ses tripes d'un long cordon ombilical noir
De là, surgit un monstre, un quasimodo qui combat avec lui dans un duo à la vie à la mort.
Une spirale obscure s'enroule, aspirée par le souffle des ventilateurs, elle opère une ascension tumultueuse, vers le haut et décrit une sculpture vivante, mouvementée très étrange
Puis c'est une seconde mutation qui se révèle devant nous: métamorphose avec chrysalise abandonnée: seconde peau ôtée pour mieux révéler le corps, le coeur de la matière.
Très organique, cette séquence évoque l'univers du plasma, du liquide amniotique où baigne tranquillement notre héros anonyme Univers aquatique et aérien à la fois, très fœtal, très "buto". Très enveloppant.
Après la tempête, surgissent  des voiles rouges issus d'un accouchement très bestial, du fond du sexe, comme auparavant des tripes.
Elle arrache sa peau, se dépecète rageusement,dévoile son visage:être hybride, homme, femme, d'un "genre" inventé, transformé: formes libres, esprit de l'égalité, de la différence
Tout est charnel, tripal dans ce voyage intitiatique qui se termine dans un nid de plastique, bordé de tendresse, d'acalmie, de tranquilité
Le calme fait suit au tumulte, tout s'arrange sans pour autant se "ranger"
Dans l'indiscipline, Phia Ménard nous entraine dans un vécu, une empathie sereine et grave où l'échange sera cette dernière réflexion:"l'égalité est possible" et ça vaut le coup.De vent!