mercredi 1 mars 2017

Laurent Goldring: "Mouvement premier, Corps insensés": mieux voir pour entrevoir.



A la Galerie Maubert dans le Marais parisien, se love une exposition mouvante, singulière, sensuelle, originale, inouïe: celle des vidéos et images photo-chorégraphiques de Laurent Goldring, compagnon fidèle de la danse contemporaine: homme et artiste de la lumière, sculpteur des corps, inventeur et protagoniste d'écriture chorégraphique, comme celle de Xavier Leroy, Maria Donata d'Urso ou Germana Civera, entre autres....
Puissance plastique de photographies récente ou anciennes, "patrimoine" et "répertoire" des plus touchantes icônes dansées.Les évidences vacillent, le trouble s'installe quant aux formes délivrées par des corps en mutation constante.On ne s'y retrouve pas dans cette hybridation polymorphe aux multiples contours et atours. Peu importe, le sens vient de la perception phénoménologique de ces images, arrêtées ou mouvantes qui inventent des matières plastiques palpables, comme autant de pâte à modeler.

Modeler la lumière, la chaleur, la texture de la peau, la douceur et la brillance de la surface, de la périphérie du monde. Sensoriel, sensuel. Étranges mutations, transformations à l'envi de la matière corporelle dans des postures, attitudes ou poses en apesanteur, hors du temps.Figures humaines en boucle, forme de prédilection de l'artiste,métamorphoses multiples qui sèment ambiguïté du vivant à l'artificiel, du mouvant imperceptible, à la fulgurance d'apparition i,sensée de corps objets designés par le hasard ou l'aléatoire
Images arrêtées, stoppées dans le cours du temps, la course de la perception et de la mémoire immédiate de l’œil, du regard, de la vision. Sculptures qui échappent à la ronde bosse qui font l'objet de volumes inédits."Mouvement premier" comme une référence à la chronophotographie de Muybridge ou Marey, au cinéma muet, aux Frères Lumière. Toutes en strates ou palimpseste de mémoire de l'image en noir et blanc, scintillante ou caressante de surface lissée.



Exposition à voir jusqu'au 4 Mars, galerie Maubert
 www.galeriemaubert.com
et
LAURENT GOLDRING / Exposition collective : L’œil la bouche et le reste, Cac Passerelle (04 Février -> 29 Avril 2017) / Ouvrir le temps, Eva Klimackova et Laurent Goldring, Le Bouillon, l'Université d'Orléans ( 7 mars 2017)


"Des roses et du jasmin" au TNS: le "TNP", Théâtre National de Palestine comme celui de Vilar, populaire!

LEA - “ Mes larmes ont pour chacun, 

Victimes et responsables de ces victimes, 
La même amertume et la même douceur.”

"Trois générations
Dans les années quarante, l’Angleterre occupe la Palestine. Une jeune juive venue de Berlin, Miriam, tombe amoureuse de John, un officier anglais. Ils auront une fille, Léa. Dans les années soixante, Léa tombe amoureuse de Mohsen, un jeune palestinien. Ils auront deux filles, Yasmine et Rose. Vingt ans plus tard, au moment de l’Intifada de 1988, Yasmine et Rose se trouveront dans deux camps opposés.
Allant de 1944 à 1988, Des Roses et du Jasmin relate le parcours, à travers trois générations, d’une famille dans laquelle convergent les destins de personnages palestiniens et juifs."

Le sujet est fort et vif, brûlant, d'actualité et touche droit au but: le metteur en scène Adel Akim, trois heures durant brosse le portrait-panorama de trois générations dans l'histoire d’Israël et de la Palestine de 1948 à 1988, comme une tragédie grecque, une épopée musicale, textuelle et chorégraphique: celle d'une famille des Atrides, suite de sa remarquable "Antigone" avec ses acteurs de prédilection.L'histoire du Moyen Orient est complexe et truffée de paradoxes, d'entrelacs indescriptibles et ambigus. Pour se saisir de cet inconscient collectif qui nourrit ou embarrasse les personnages, Hakim dresse une fresque bigarrée sur le monde et la société, de l'intime au public et social portrait de toutes ses identités, multiples qui s'affrontent, s'opposent ou se complètent pour former des communautés. Poids et héritage du passé pour cette humanité qui transmet malgré elle, les diversités d'un univers sans concession.
Duo de clowns au départ de cette 'Odyssée: Auguste et clown blanc, femme trublion, mort, camarde ou personnage qui file la narration, on se confond dans le rêve, la métaphore ou la réalité.Figures symboliques de l'histoire, figures de cirque et de cabaret pour illustrer le recul, la distance que l'écrivain, metteur en scène Adel Hakim adopte pour conter son histoire, son destin et celui de ces communautés (factices) qui façonnent l'histoire fantasmée d'une "nation", d'un territoire promis, d'une Babel utopique.Scénographie sobre, frontière en panneaux multiples, tables et chaises, objets qui se métamorphosent et accueillent les corps des comédiens, danseurs, joueurs experts en mime et expressions décalées.

Chorégraphie décalée et rebelle, signée Sahar Damouni
La danse a la part belle dans ce spectacle qui lie tragédie et divertissement avec justesse et acuité: bal, danse de couples, duos et numéro de cabaret: pole dance sur chaise, érotisme léger, humour et formes corporelles idoines pour exprimer l'horreur autant que la verve d'une épopée tumultueuse, révoltée ou soumise. Tous bougent à merveille, petites touches dessinées de gestes quotidiens légèrement amplifiés. Solo magnifique d'un personnage, bras menacé par l'accident volontaire d'un attentat fomenté....Les destins de chacun se croisent, les coups de théâtre se succèdent où l'une se révèle sœur de l'autre, où les pères se rencontrent, en spectres et fantômes d'un autre monde qui veille toujours sur le présent.
Violence, tendresse, tout ici concourt à une empathie singulière avec ces peuples qui souffrent d'incompréhension ou d'indifférence.
Les acteurs sont justes et la langue hypnotise, rythme cette saga sans jamais lasser. Roses et Jasmins pour couronnes et fleurs, prénoms et symbole de paix, d'espoir, de vie!

Au TNS  Salle Gruber jusqu'au 8 Mars

"A Taxi Driver" au CND Pantin: une installation délocalisée.Saga-cité.


"A Taxi Driver, an Architect and the Hight Line": tout semble dit dans le titre de cette installation signée Emmanuelle Huynh et Jocelyn Cottentin qui se tient actuellement dans la galerie du CND Pantin jusqu'au 31 Mars.
Trois écrans pour raconter en images filmées les pérégrinations d'un corps vivant dans la cité de New York et sa rencontre avec le passé et présent architectural et social de la ville gigantesque.


"En 2013, suite à l’invitation de Sophie Claudel, attachée culturelle à l’Ambassade de France à New York, pour le programme « Carte Blanche », j’ai pensé un projet qui compose un portrait de la ville de New York à travers ses habitants, ses espaces et les liens qu’ils entretiennent. Mon regard de danseuse et/ou mon corps sont impliqués, suivant le médium emprunté : film, performance, bande-son. J’ai proposé à l’artiste visuel Jocelyn Cottencin de me rejoindre pour élaborer le projet A taxi driver, an architect and the High Line."
Emmanuelle Huynh

Lieu, non-lieu 
Alors qu'advient-il de la rencontre d'un architecte Rick Bell, d'un chauffeur de taxi, Phill Moore et de cette fameuse "High Line", coulée de verdure à travers la ville? Une rencontre au carrefour des paysages urbains, des déambulations d'une femme , danseuse, vêtue citadine jogging qui se déplace selon le rythme de la cité, à l'ombre des regards, dans l'indifférence du regard des autres ou dans la curiosité extrême: celle qui danse cette saga cité des corps qui content et narrent la vie agitée urbaine.
C'est émouvant et beau, surtout lorsque cette installation s'anime des deux présence d'Emmanuelle Hyunh et Jocelyn Cottentin, lui sur une balançoire, elle exécutant gestes quotidiens et gravitations multiples. arrêts sur image dans le flot de celles déversées simultanément sur les trois écrans en fond de scène. Etrange tranche de vie, surprise par nos regards posés sur ces instants fugaces qui passent, coulent et traversent les images enregistrées. Suspension du temps, apnée des gestes et flux incessant des passagers, chalands de la rue, des boulevards, passerelles et autres objets architecturaux de l'environnement
Belle balade dans le New York qui vit et s'affaire, grouille et se pose l'instant d'une prise de vue, d'une prise de corps dans l'urbanité: territoires devenus utopiques: on songe aux écrits de Marc Augé, "Nouvelles peurs" lieu ou non-lieux, éthérotopies de Foulcault....