mercredi 8 mars 2017

"Live at Home 9".Les Percussions de Strasbourg: croisements et entrelacs au pays du Soleil Levant!

"Après une première collaboration avec la HEAR (classes de Tom Mays et Emmanuel Séjourné) lors de la soirée de clôture du festival Musica 2016, pour notre neuvième concert à domicile, nous invitons des étudiants de la classe de Percussion de la Haute Ecole des Arts du Rhin d’Emmanuel Séjourné à partager la scène, ainsi que deux invités d’honneur, le clarinettiste Jean-Marc Foltz et le plasticien Marc Proulx, qui présenteront une création originale « Drift-Wood ».

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Croisements…

La scène ; espace, traversé d’intentions nouvelles et contrariées.
Des labyrinthes amoureux des 7 crimes de l’amour, aux rencontres de Last,
De l’érosion et des dérapages de Ablauf, aux mutations sonores de Sange
Entre l’instabilité d’un « bois mort échoué / driftwood », à sa résurrection métronomique « music for pieces of Wood »…

Programme :

Première partie avec les étudiants de la HEAR/Académie Supérieure de Musique de Strasbourg sous la direction artistique Emmanuel Séjourné

SEPT CRIMES DE L’AMOUR (1979) de Georges APERGHIS:elles sont déjà sur scène quand le public s'installe: échauffement à vu ou déjà début su spectacle? Avec Aperghis on peut s'attendre à tout, alors regardons les comme démarrant à notre insu ce petit bijou, cette pièce qui s'avère après un clap de départ officiel, un trio très visuel et plastique, mise en scène composée par les septs séquences. Le corps de la clarinette sans embouchure devient accessoire, le zarb se transforme en porte-voix, les postures et attitudes forment une sorte de frisse enluminée.
Sur un petit espace réduit, beaucoup de petites actions pour souligner la voix qui éructe des sons , malicieusement étudiés et bordés de mimiques malicieuses et grotesques, une pomme que la chanteuse croque dans le silence: autant de sons, de bruits dont la restitution passionne ce démiurge du théâtre chanté, vocal et drôle en diable !
TXALAPARTA (2017) inspiré du folklore Basque:des sons de métronome pour introduire la pièce suivante: des morceaux de bois qui s'entrechoquent, manipulés par deux musiciens: ils viennent rejoindre une table de bois, tournent autour comme lors d'un rituel et frappe la matière: bois sur bois pour cet étrange instrument archaique, le "txalaparta", retrouvé pour jouer des sons sourds et envoutant comme des rappels, des messages à se communiquer du fond d'une vaste jungle! Quel riche univers créé à partir de ces simples composants!Comme sur un établi, ces artisans de la percussion naturelle, travaillent devant nos yeux écarquillés et le labeur est jouyeux au fond de l'atelier !La rémance de la lumière sur les battons de frappe, souligne la virtuosité, la rapidité de l'exécution de cette oeuvre singulière, brute, dénudée, dépouillée.On n'en croit pas ses yeux!
LAST (1997) de Philippe MANOURY: un solo pour démarrer, une clarinette basse pour un étrange personnage, égaré, solitaire qui bientôt sera rejoint par une femme, solide interprète, dansant le long du dispositif de percussion des marimbas: elle passe d'une frontière à l'autre en glissant le long de l'instrument, agile, souple, virtuose et habitée par une grâce légère et futile. Un délice sonore et visuel, apparition fragile dans un univers renforcé par le jeu de réponses avec la force de la clarinette, bien ancrée au sol.
MUSIC FOR PIECES OF WOOD extrait (1973) de Steve REICH: pour clore cette première partie, la folie de Reich: un son percutant, puis un autre et encore un autre, cinq en tout vont déferler et ne jamais s'arrêter: répétitif, enivrant, hypnotique à souhait ce quintet ravit et captive: les cylindres de bois dur, les claves, résonnent en continu, hallucinant jeu de construction , empilement des sons pour un final abrupte, vif comme une résolution possible dans l'instant.
Une pause pour échanger avec Jean Yves Bainier, présentateur irréprochable et enthousiaste soutient des "Percu" depuis leur "mutation", Jean Geoffroy et la compositrice japonaise Malika Kishino qui expose sa note d'intention quant à l'oeuvre qui va suivre "Sange", inspirée des rituels de prière, mantras, allégorie sur l'espace et le temps, comme ces pétales de lotus qui célèbrent la prière.
SANGE (2016 / première française) de Malika Kishino – Commande d’Etat: émanation volatile des fragrances de ces fleurs déchirées, évoquée par les 6 musiciens, univers sensuel, indéfiniment subtil, fonctionnant par petites touches précises et détachées."Une prière qui me fait être" et méditer, en hommage au maître de la compositrice.En échos, en résonance, ricochet ou cascade de sons vifs et précis, puis en tornade conjointe aux six pupitres des interprètes aux aguets, très recueillis, concentrés, rassemblés par l'esprit fort intelligent de cette oeuvre singulière.
suivie de HIEROPHONIE V extraits (1975) de Yoshihisa Taïra: cris et voix au lointain, sérénité des âmes vagabondes dans un rituel tribal très évocateur
ABLAUF (1983) de Magnus Lindberg:solo de clarinette toujours exécuté par le brillant Jean Marc Foltz, virtuose, fin et délicat porteur et initiateur de sons incongrus, inédits, inouïs.
SULPHURE PULSE (2003) de Atli Ingolfsson: hommage à Gérard Grisey partant d'une évocation d'un puits de vapeur d'une centrale géothermique: oeuvre tectonique, évocatrice, trouble et volubile, émanation de sons : timbres et rythmes à l'honneur pour un univers créé physique, organique, oppressant!
DRIFT-W-00D (création mondiale 2017) de et avec Jean-Marc Foltz et Marc Proulx: alors vient le "clou" de la programmation, dialogue entre musicien et performeur, acrobate qui se joue d'une structure, sculpture anguleuse, noir et blanche comme un obstacle à franchir ou un partenaire à apprivoiser. C'est ce "bois mort échoué "qui inspire l'oeuvre de Foltz et Proulx: instabilité, déséquilibre, fragilité mais aussi force de celui qui manipule ce corps objet pour un duo dansé, extrêmement précis, mu par une énergie en continue.Le circassien danseur manipule par les appuis toutes les facettes de cette étrange structure froide, raide, qui pourrait rester statique dans sa forme géométrique déterminée Respiration du corps, accompagné par le rituel des percussions, rassemblées pour galvaniser cette cérémonie spirituelle.On est en suspens dans cette prestation vertigineuse, acrobatique au flux incessant Plaisir partagé avec le public, très nombreux venu en "bonne compagnie" communier avec tous ces artistes, réunis pour l'occasion: une fête japonisante aux accents de fête populaire et savante, devant l'autel de la joie communicative de cet ensemble, très ouvert que sont devenues nos Percussions de Strasbourg" au carrefour des routes, des cultures et des rencontres sans perdre identité et altérité!
Au théâtre de Hautepierre le 8 Mars dernier

mardi 7 mars 2017

"WormHole" des 1 des Si: le trou ver, baladin lumineux, trouvère de la chanson de gestes!

Habillés de gris, costumes moulants mais aussi plissés, quatre hommes, puis cinq puis de nouveau quatre, apparitions rythmées par de bref fondus au noir. Au sol, se lovant vente à plat puis se retour comme des plaques géologiques, tectoniques. Sur des sons de salves crépitantes, ils évoluent longilignes sur des tracés droits et précis, traversant la scène comme des images de Marey ou Muybridge, décomposant la "locomotion" à l'envi, 25 images secondes. La chronophotographie au poing. Pissés gris souris des vêtements moulants, la vie dans les plis de la surface corporelle.Long plan séquence fixe plein cadre, plein champ où l'on prend le temps de voir les évolutions extrêmement subtiles de ces corps, mus par des énergies douces, lentes, parfois proche d'un ralenti cinématographique: mais nous ne sommes pas des machines, ni robots même si parfois la "marche" mimétique ou la tétanie des pantins semble vouloir s'en mêler et prendre le pouvoir.Les reflets des corps sur le tapis de danse luisant, multiplient les icônes et troublent la lecture et le phrasé de la danse. Regards lointains, solitude, on ne se rencontre pas, sauf autour d'une table où un savant fou cherche du verbe polyglotte à séduire ses partenaires. C'est drôle et décalé dans la narration abstraite de ce qui a précédé!Quelques effets stroboscopiques, mécanique froide et inhumaine et le tour est joué: science fiction ou rêve éveillé, visions fantomatiques de créatures inédites, à vous de choisir Hypnotique à coup sûr, la pièce est singulière comme ce trou ver évoqué dans les notes d'intention.
Etienne Rochefort détient ici le secret de fabrication d'une oeuvre nourrie de la mouvance des uns et des autres: solo remarquable au sol qui tente de renouer avec le terrestre alors que la verticalité et l'érection des corps régnait en grâce.

A Pôle Sud le 7 MARS dernier


A propos de:


"Un quintet de danseurs entre dans la grande aventure de l’espace et du temps. Dans ce climat de science fiction, Etienne Rochefort poursuit sa recherche sur le corps et le mouvement. Avec ses troublants effets optiques et physiques, WormHole génère une danse aussi mystérieuse que fascinante.
Après un premier duo 2#Damon, qui posait les principes d’un langage chorégraphique singulier, proche des films d’animation et des mangas, Etienne Rochefort, avec la collaboration de Jérôme Douablin, chorégraphie pour cinq interprètes. Centrée sur le corps, la danse et l’écriture, cette création est un voyage en raccourci à travers le temps et l’espace. Comme une feuille que l’on plie et dont les deux bords opposés viennent se toucher. Entre ces deux éléments rapprochés, un trou de ver, WormHole. C’est le jeu. Il s’inspire d’une hypothèse scientifique : le fond d’un trou noir, le trou de ver, est une sorte de connexion avec une autre région de l’univers : un piège à matière, énergie et lumière.
Dans la compagnie 1 des Si, d’autres références au cinéma circulent : Triangle (Christopher Smith), Enemy (Denis Villeneuve) ou encore L’illusionniste (Neil Burger). Elles donnent à WormHole – exploration de l’intime versant masculin – ses accents sombres, parfois inquiétants. Jeux de dédoublement, étranges états de corps, fragmentation du temps troublent la perception et mènent le mouvement au bord du thriller et du film d’horreur. Là, musique et danse fusionnent, créant un monde aussi intrigant qu’irréel."


Daniel Larrieu: à flots!Même pas peur, perméable autant que "waterproof" !


Quand Daniel Larrieu "s'installe" c'est "in situ" et pas ailleurs où plutôt, partout sauf dans la "boite noire".
"Pas peur" quand on va s'immerger dans la nouvelle installation chorégraphique de Daniel Larrieu "Flow  612" présentée à Pole Sud depuis peu.
Lors de sa courte résidence chorégraphie, il se pose et met en place une curiosité interactive qui met en relation les gestes des jeunes apprentis danseurs que nous sommes, petits et grands avec des sons sur un sol préparé de capteurs: un "dance floor" contemporain, inventif, intuitif et créatif pour nos petits pas dans un univers aquatique: "waterproof" pour ne pas "avoir peur" de se jeter à l'eau sans 
ressortir mouillé !On déambule à sa guise dans cette semi-arène bordée d'un panneau floral où les plantes se révèlent selon la lumière changeante.Noe appuis au sol comme autant de détecteurs de capteurs qui génèrent, bruits, sons et frissons.


Et en prime ce soir là, la vision possible de "Ice Dream", des images vidéos où Larrieu danse, naufragé sur la banquise flottante, figure de proue d'un navire qui tangue dans la débacle. Superbe évocation méditative où le danseur, isolé dans l'espace immense, vêtu de sa polaire noire et blanche, esquisse des volutes de tai-chi, comme un oiseau, empereur ou manchot échoué sur la glace. La montage, le lac suspendent leur vol, Daniel observe, se pose et interroge le monde, l’environnement menacé par l'homme: posture politique, engagée, en marche.Veilleur et guetteur dans le bruit de glace qui se répand, palpite. La banquise respire, expire et souffle comme un animal transi, glacé, repu. Nice dream parfait . Pôle Nord en pole position à Pôle Sud!

"Un objet à danser tout plein de lumières et de sons, c’est l’idée de Daniel Larrieu.
Son installation Flow 612, clin d’œil à la jeune génération des 6 à 12 ans – d’où le chiffre qui accompagne son titre aussi doux que le mouvement de l’eau qui coule – invite à la liberté des gestes et aux jeux de l’imaginaire. 
Quelle différence peut-on faire entre s’amuser et danser ? Quelles sont les pratiques de danse les plus autonomes ? Dans quel cadre peuvent-elles se dérouler ? C’est à partir de ces questions que le chorégraphe a imaginé Flow 612, un espace mystérieux, libre, autonome, où, des plus dissipés aux plus timides, les enfants mais aussi les adultes, peuvent explorer les plaisirs de la danse. D’après le chorégraphe Flow 612 est tout d’abord « une expérience musicale, chorégraphique et cinétique » avec son décor de toile circulaire qui immerge les visiteurs dans une jungle colorée. Le charme opère dès les premiers pas, à la rencontre de végétaux foisonnants aux formes et tentations abstraites. Le chorégraphe n’avait-il pas déjà créé en 1987, deux pièces douces et ludiques, véritables fantaisies poétiques dédiées à la qualité du « danser ensemble » ? Jungle sur la Planète Vénus et Elephant et les faons. Elles suggèrent aussi l’univers de Flow 612, ses mondes enchanteurs, en devenir, réagissant à la lumière, aux sons comme aux gestes des visiteurs. "