"Ombres digitales" de Silvano Nogueira :non fiat lux!
"Un personnage apparaît derrière un écran, en ombre, il rentre chez lui,
c’est la fin de la journée.Enfin, il va pouvoir se poser, se détendre, enlever ses chaussures, son manteau et surtout allumer son ordinateur !
Ça y est ; l application est ouverte, la connexion est établie, c’est parti, à fond la tête
dans l’écran, le personnage plonge dans la toile comme aspiré par les images.
L’ordinateur s’envole, le personnage bascule dans un monde virtuel et court dans les rues vides à la recherche de je ne sais quelle réalité et puis ; il danse.
Le personnage perd peu à la perception du temps et reste enfermé dans cette
« boîte à images ».Combien de temps ? Comment sortir de là ?
Une chorégraphie imaginaire entre le monde réel et le monde virtuel,
un voyage graphique dans l’univers de l’ombre."
La note d'intention est bonne et prometteuse, alléchante, mais ce poème lumineux, théâtre d'ombres où un homme devant des images animées qui défilent, danse, se meut, tente de créer un univers onirique sans vraiment transporter ailleurs, le spectateur de cette lanterne magique un peu éteinte et fatiguée. Voyage graphique dans une boite à ombres où l’ère numérique nous poursuit parait-il, aussi sur le clavier, traçabilité de nos vies, va et vient quotidien qu'il semble ici dénoncer ne suffissent pas à restituer la magie du cinéma animé de Mélies, cité en référence!
Au théâtre du Rempart Avignon le Off
"Ma class' hip hop" de et par Céline Lefèvre
hip hip hop, hourra !
S'il est bien une femme qui danse sa passion, sa vie et sait la partager, c'est bien elle!
Electrique et virtuose interprète du glossaire de la danse hip hop, Céline Lefèvre nous entraîne savamment à découvrir et distinguer toutes les figures, styles et influences croisées des origines d'une danse venue du Bronx. Elle est lumineuse, joyeuse, gaie et l'empathie avec cette non moins modeste et charmante professeur conférencière d'une lec -dem moderne fonctionne à bloc. On adhère à son enthousiasme et l'on cède à son charme en participant de façon débonnaire à cette mise en bouche quasi universitaire d'un genre multiforme puisant à toutes les sources du mouvement populaire engendré dans les années 1970 par des populations métissées, inventives et rageuses. Une leçon de vie qui donne à réfléchir à la notion d'origine, d'identité, d'altérité . A décoder sans modération!
Au théâtre du Rempart Avignon le Off
"Driftwood" by Casus Circus
Eclairer votre lanterne !
Cinq circassiens, une lampe, des corps galvanisés par la jeunesse et la virtuosité, voici pour les ingrédients. L'inventivité des postures et figures géométriques des architectures dessinées dans l'espace sont autant de prouesses et les performances de groupe alternent avec de tendres et beaux solos, des portés magnifiques, de la voltige, du trapèze en spirales ascendantes. Une lampe comme partenaire de jeu, attractive ou répulsive, déroutante créature et personnage à part entière pour éclairer nos lanternes magiques.
Le rythme est soutenu, et la poésie de la musique renforce l'attention, la tension du risque partagé. Belle équipe empathique !
A l'Espace Pasteur Avignon le Off
mardi 18 juillet 2017
Avignon le Off: la danse sur les "sentiers de l'âne" !
On enfile ses mules du Pape et l'on s'en va brouter sur les sentiers de l'âne quelques perles , détectées au creux de la géographie des lieux insolites du Festival Avignon le Off !
"Zapi rouge"
Sans toit ni loi, Toi, émoi !
Quand le théâtre s'empare d'un sujet d'actualité, en l'occurrence les réfugiés des camps de la zone de Calais,le risque est grand de tomber dans le pathos où le misérabilisme. Point s'en faut avec le spectacle de la compagnie Lili Label écrit et mis en scène par Françoise Glière: c'est à "Toi", celui qui n'a pas de prénom, de jouer l'orphelin débarqué dans une zone d'attente pour personne en instance ZAPI; c'est un adulte ou un enfant plein de vie qui sème en ce lieu improbable la joie, le jeu, la fantaisie là où on ne rit pas par principe.La geôlière, gardienne du camp est haineuse et rejette tous ces étrangers, les traque.L'infirmière de garde les ausculte pour leur bien, les écoute...Toi et sa fureur de vivre tel un ange va semer la zizanie avec ses rires et ses rêves fous: être acrobate dans un cirque ! Sa valise confisquée délivre en épilogue les trésors de son existence: un manège enchanteur, perle de poésie plastiquement image très forte. David Carmi de Baix en enfant enjoué riche d'optimisme ou d'utopie Catherine Lafont en matrone acariâtre puis adoucie par l'évolution des choses font de cette pièce une convaincante ode à la différence, l' acceptation et la considération de l'autre. Le texte file grave et léger à la fois, la mise en scène rythmée et tonique nous guide dans ce dédale de panneaux amovibles: ils simulent murs et barrières de l'incompréhension mais quand on fait connaissance on ne peux plus haïr l'autre et l'on prononce son nom avec affection et bienveillance: Toi et moi avec Toi pour sauver le monde !
A "l'école du spectateur" Avignon le Off
"Esperluette": "Danse avec la peau des mots"
compagnie Reveida de Delphine Pouilly et Olivier Debos
Sous chapiteau de cirque,Victor Ducros poète culinaire revisite les fables, les phrases pour en faire une cuisine savante, déstructurée, fusion comme on l'aime,surprenante, inventive ,inspirée,du "fait maison", cuisine du marché ou du jardin des mots: il cause, elle danse, fluide, compère et complice de ces ingrédients comiques et ludiques Des lettre géantes sont un jeu d'enfant où "esperluette"délivre des livres, des trésors d'autres formulations ou constructions.On invente avec eux la poésie d'aujourd'hui et "la cigale et la fourmi" passe à la casserole de ce dictionnaire gourmand ! Oulipo ou autre versification pour petits et grands qui se régalent de livres,expérimentent la gravité en dansant avec l'interprète bienveillante de cet atelier du Gout des mots: et on salive de plaisir, se lèche les babines et ressort satisfait et rassasié de poésie! Et de danse bien entendu tant Delphine Pouilly fluidifie les éléments en autant de gestes voluptueux à déguster sans modération! Et que l'idée (éidos) est bonne !
A L'école du spectateur Avignon le Off
"Combat" compagnie Ormone
Laisse tes tics au la beau !
On serait dans un cabinet aux murs transparents comme la seconde peau du monde.Deux êtres visant à la perfection du paraître vont conter leur histoire de corps féminin androgyne canonique: on se refait plus qu'une beauté dans ce laboratoire clinique chirurgical On gomme on astique la peau, on se détend zen On instrumentalise tous les moyens pour se lisser, se ravaler la façade, entretenir des formes de Vénus.Deux corps quasi semblables jouent avec les instruments de la Passion: éponge et autres gadgets de torture, pince à linge pour ranimer la peau, celle qui isole de la déshydratation des muqueuses A l'Institut c'est savant,savon, c' est un combat, une lutte contre le vieillissement! Quand une robe ourlée de produits de beauté fait songer en tournoyant de bonheur à Loie Fuller (l'antidote de la beauté) aux sons du cliquetis du plastique contenant les élixirs de beauté, d'immortalité . L’Ambroisie veille au grain et quand d'un désert de sable deux corps nus,gémellité perruquée de roux émergent,la métamorphose clinique a opéré. Chez ces gens là, on ne danse pas, on bouge pour survivre aux apparences, à la déchéance:on songe à malmener sa machinerie pour mieux la montrer, l’exhiber!: nue et crue dans toute sa perfectibilité
Aurore Gruel et Lucille Guin, soeurs de corps, racontent ici que les corps ne mentent pas: ils sont bien aux hormones, hors norme dans la monstruosité du parfait profil mercantile
A la Caserne des Pompiers Avignon le Off.
"Zapi rouge"
Sans toit ni loi, Toi, émoi !
Quand le théâtre s'empare d'un sujet d'actualité, en l'occurrence les réfugiés des camps de la zone de Calais,le risque est grand de tomber dans le pathos où le misérabilisme. Point s'en faut avec le spectacle de la compagnie Lili Label écrit et mis en scène par Françoise Glière: c'est à "Toi", celui qui n'a pas de prénom, de jouer l'orphelin débarqué dans une zone d'attente pour personne en instance ZAPI; c'est un adulte ou un enfant plein de vie qui sème en ce lieu improbable la joie, le jeu, la fantaisie là où on ne rit pas par principe.La geôlière, gardienne du camp est haineuse et rejette tous ces étrangers, les traque.L'infirmière de garde les ausculte pour leur bien, les écoute...Toi et sa fureur de vivre tel un ange va semer la zizanie avec ses rires et ses rêves fous: être acrobate dans un cirque ! Sa valise confisquée délivre en épilogue les trésors de son existence: un manège enchanteur, perle de poésie plastiquement image très forte. David Carmi de Baix en enfant enjoué riche d'optimisme ou d'utopie Catherine Lafont en matrone acariâtre puis adoucie par l'évolution des choses font de cette pièce une convaincante ode à la différence, l' acceptation et la considération de l'autre. Le texte file grave et léger à la fois, la mise en scène rythmée et tonique nous guide dans ce dédale de panneaux amovibles: ils simulent murs et barrières de l'incompréhension mais quand on fait connaissance on ne peux plus haïr l'autre et l'on prononce son nom avec affection et bienveillance: Toi et moi avec Toi pour sauver le monde !
A "l'école du spectateur" Avignon le Off
"Esperluette": "Danse avec la peau des mots"
compagnie Reveida de Delphine Pouilly et Olivier Debos
Sous chapiteau de cirque,Victor Ducros poète culinaire revisite les fables, les phrases pour en faire une cuisine savante, déstructurée, fusion comme on l'aime,surprenante, inventive ,inspirée,du "fait maison", cuisine du marché ou du jardin des mots: il cause, elle danse, fluide, compère et complice de ces ingrédients comiques et ludiques Des lettre géantes sont un jeu d'enfant où "esperluette"délivre des livres, des trésors d'autres formulations ou constructions.On invente avec eux la poésie d'aujourd'hui et "la cigale et la fourmi" passe à la casserole de ce dictionnaire gourmand ! Oulipo ou autre versification pour petits et grands qui se régalent de livres,expérimentent la gravité en dansant avec l'interprète bienveillante de cet atelier du Gout des mots: et on salive de plaisir, se lèche les babines et ressort satisfait et rassasié de poésie! Et de danse bien entendu tant Delphine Pouilly fluidifie les éléments en autant de gestes voluptueux à déguster sans modération! Et que l'idée (éidos) est bonne !
A L'école du spectateur Avignon le Off
"Combat" compagnie Ormone
Laisse tes tics au la beau !
On serait dans un cabinet aux murs transparents comme la seconde peau du monde.Deux êtres visant à la perfection du paraître vont conter leur histoire de corps féminin androgyne canonique: on se refait plus qu'une beauté dans ce laboratoire clinique chirurgical On gomme on astique la peau, on se détend zen On instrumentalise tous les moyens pour se lisser, se ravaler la façade, entretenir des formes de Vénus.Deux corps quasi semblables jouent avec les instruments de la Passion: éponge et autres gadgets de torture, pince à linge pour ranimer la peau, celle qui isole de la déshydratation des muqueuses A l'Institut c'est savant,savon, c' est un combat, une lutte contre le vieillissement! Quand une robe ourlée de produits de beauté fait songer en tournoyant de bonheur à Loie Fuller (l'antidote de la beauté) aux sons du cliquetis du plastique contenant les élixirs de beauté, d'immortalité . L’Ambroisie veille au grain et quand d'un désert de sable deux corps nus,gémellité perruquée de roux émergent,la métamorphose clinique a opéré. Chez ces gens là, on ne danse pas, on bouge pour survivre aux apparences, à la déchéance:on songe à malmener sa machinerie pour mieux la montrer, l’exhiber!: nue et crue dans toute sa perfectibilité
Aurore Gruel et Lucille Guin, soeurs de corps, racontent ici que les corps ne mentent pas: ils sont bien aux hormones, hors norme dans la monstruosité du parfait profil mercantile
A la Caserne des Pompiers Avignon le Off.
mercredi 28 juin 2017
Rencontres d'été de l'Accroche Note ! Paysages sonores en tous genres.
Armand, Françoise, Christophe, Wilhem, Emmanuel: la "sagrada familia"restaurée!
Johannes Brahms Sonate opus 120 n°1 (1894) pour clarinette et piano:
Première pièce de ce second concert estival, enchanteur des nuits strasbourgeoises."Aimez-vous Brahms?"
Un duo de virtuoses où l'on se focalisera volontairement sur le ch'Armand gAngster : visage recueilli, chevelure cendrée, toison blanche d'une odyssée de la clarinette.Ange musicien aux accents toniques ou feutrés accompagné des cascades pianistiques de son compère attentif, Wilhem Latchoumial. Les notes planent comme l'ombre d'un doute dans la blancheur spectrale de l'Eglise du Bouclier. Mélodies qui s'élèvent dans le flux des notes égrenées du piano.Ressac fluide des différents mouvements de l'oeuvre: retour au calme de l'andante après les virulences de l'allégro, filet de souffle retenu de la clarinette, épine dorsale aux vertèbres saillantes. Traces de la vague dans le sable .Le paysages de Brahms est une danse légère des flots, une musique mosaïque qui se construit pas à pas, épouse les contours des arabesques de la partition. Un duo dansant pour l'allégro, "vivace" après ces bercements charmeurs, un précipité de musique qui se cristallise au bec, à l'embouchure de la clarinette De la force et des contrastes saisissants, allègres, vifs, le piano portant le vent, lui frayant son chemin, dans des alternances composées pour ouvrir le chemin de l'un à l'autre. Comme dans un dialogue respectueux des temps de paroles de chacun des protagonistes, comme une conversation mesurée. Dans des cabrioles communes, un marivaudage assumé, un badinage convaincant puis un sérieux serment pour des vœux de mariage prononcés dans une union sacrée de deux instruments à leur apogée, au zénith, portés par des interprètes rudement "charpentés"!
Arnold Schoenberg Cabaret songs (1900) pour voix et piano
Allons nous encanailler en compagnie de la cantatrice, robe légère à fleurs, chevelure éparse sur les épaules dénudées.Le regard profond, l'oeil allumé prolongeant les intentions narratives du texte, des mots prononcés Elle danse, Françoise Kubler, de tous ses appuis corporels et vocaux, ses piqués, ses nuances et modulations: enjouée, ébahie, gracieuse, frondeuse et déterminée. Des revirements, des balancés, des hachures, découpées structurent l'oeuvre et les "boum boum" si burlesques la font coquine, malicieuse et pince sans rire. Coquette cocotte de cabaret, sensuelle, hystérique ou sage, indisciplinée: oui, ça fait "boum" dans nos imaginaires et le piano de lui répondre savamment en touches noir et blanc de toute beauté!
Pascal Dusapin Trio Rombach (1998) pour clarinette, violoncelle et piano
Et vint Dusapin pour vent, corde et percussion.On entre dans le vif du sujet, de front, de plein fouet.Course folle, puis accalmie dans un esprit de chaos, une tectonique des plaques, déstructurée, petite géologie volcanique en métaphore de lecture. Jaillissement des scories du volcan, lave déferlante puis après l'irruption des sons, tout semble engourdi, débris et morceaux de minéral éparpillés.Suspens: réveil du volcan? Petites pulsations, flux de la clarinette, langueur du violoncelle. Une musique éruptive, puis "pétrifiée", médusée comme un lac de cratère et sa vie agitée d'eaux dormantes. Des éboulis, un chenal de scories, un bassin de rassemblement de sons. Puis des couleurs, lumières en éclats, projectiles de lave se répandent. Dans le ciel qui s'élargit, s'ouvrent des espaces de contemplation, des menaces sourdes de soulèvement, d'insurrection, codicille lapidaire, enflent comme le ventre d'un termitière qui bat son plein. Silence médusant en épilogue.
Ivan Fedele Haru Haiku (2016) pour soprano, clarinette basse, violoncelle et percussion –création
Un manga musical, une BD sonore pour évoquer le Japon au printemps. En prologue, la sécheresse des percussions de bois d'Emmanuel Séjourné aux commandes. Onomatopées de la voix, sons incongrus du violoncelle, subtiles entrelacs et fusions des instruments comme des bulles de BD qui s'envolent et retiennent en leur fort intérieur les haïkus. Histoires de printemps parsemé de fleurs: camélias, roses et cerisiers, dents de lion, pissenlit tempopo japonais pour un jardin extraordinaire peuplé de sumos. La voix nous guide dans cette petite danse de pantin, ce bestiaire fantastique où gravitent grenouilles et poissons chats."Le parfum des fleurs le soir", des clochette de temple bouddhiste, des sons minaudés, enfantins aux caractères bien trempés pour Françoise Kubler qui mène le bal, carnaval des animaux nippons. Tous les sens en éveil, on goûte l'oeuvre de Fedele comme une estampe, tout y est animé et prend vie en sonorités évocatrices. Un bijou dans un écrin de jardin zen iconoclaste en diable! Florilège fantastique et sonore pour paysage exotique et voix ventrale surgit du fond du corps de la chanteuse si habitée par ce petit peuple agité. Et en épilogue, le retour des marimbas pour que tout rentre dans l'ordre!
Une soirée de qualité, un voyage dans des paysages pas sages, passages dans des musiques de chambre à part , des boudoirs secrets de curiosités qui ne manquent pas d'air, avec vue sur des perspectives inventives ébouriffantes!
Françoise Kubler, soprano / Armand Angster, clarinette / Christophe Beau, violoncelle / Wilhem Latchoumia, piano / Emmanuel Séjourné, percussion
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