lundi 11 décembre 2017

"Compact et Quintette" de Jann Gallois au festival de Danse de Cannes:on "craque" pour "BurnOut" !


Elle est l’une des chorégraphes les plus prisées du moment !
Jann Gallois, jeune chorégraphe formée à la musique, a une une écriture nouvelle de la danse hip-hop sur les plateaux. Interprète brillante de sa propre compagnie Burnout, elle confirme sa signature artistique, en devenant par ailleurs artiste associée au CDC Atelier de Paris, entre autres coproducteurs multiples soutenant son travail.




La bête à deux dos
Avec "Compact", on découvre une pièce jouant sur l’articulation collée serrée de deux corps qui ne font plus qu’un, dans un magma de sensations fortes.
Emmêlés, soudés,compactés, comme une sculpture de César compressée, deux corps déroulent une trajectoire linéaire au sol. Tel un corps unique de fœtus de siamois dans le formol ou de deux jumeaux indissociables, cette curieuse et ingrate forme "baroque" monstrueuse, perle difforme entre nature et culture s'offre au regard, longuement, fouillant le propos au plus profond.Un sujet, un développement à l'infini, aux combinaisons multiples: postures, pauses, arrêts sur image et lente découverte des parties de corps de chacun des protagonistes de cette curieuse sculpture mouvante, vivante, organique.Comme deux coléoptères copulant, enchevêtrés pour engendrer et féconder la vie Les "compressions" de César ne sont pas loin, mais "vivante" et organiques! Noyau cellulaire imbriqué comme un jeu de rubik's à manipuler à l'infini. Les interprètes, Rafael Smadja et Jann Gallois s'y adonnent à "cœur joie", à corps joie, à accord joie! Ils s'y collent, adhèrent et façonnent formes et déformation comme autant de figurines en pâte à modeler, dociles, sans résistance, sous la "patte" ou griffe de la chorégraphe!Une performance remarquable de deux créatures, bêtes à deux dos, malléables, et énergiques, troublantes visions d'un monde à la Sisyphe ou tout recommence sempiternellement vers un éternel retour.



Cinq danseurs en quête d'auteur
Puis vient "Quintette", nouvelle création, fruit d’une recherche chorégraphique encore plus ambitieuse : la notion d’union et de séparation des individus soumis à la contrainte du vivre ensemble.
Quelle énergie déployée lorsque l’espace est limité, les émotions multipliées, le collectif imposé, pour, envers et contre tout, continuer à se côtoyer ! Le jeu électrique des cinq interprètes transpose la musicalité d’un mouvement en constant déphasage. La danse devient traversée groupée, voulue ou subie. Comme il est difficile pour l’Homme de vivre en communauté !En habits noir sur fond blanc, un groupe se cherche, se place, se positionne dans l'espace, se heurte avec les mots et les mimiques d'incompréhension. Mais bientôt grâce au geste et au silence, va trouver le consensus dans le phrasé gestuel, la langue de la danse chorale. Feu les mots, place à l'acte dansé. Danse en noir, de flux et de reflux marin, vagues déferlantes en portés majestueux et fulgurants, sac s et ressac des marées, respirations salvatrices, senties, habitées.
Corpus et noyau qui éclate peu à peu et diffracte la lumière dans l'espace, s'organise, se construit une vie autonome, La richesse et la multiplicité des propositions déferle sans toujours trouver sa place pour s'y déployer."Qui trop embrasse mal étreint"Et pourtant un charme vif, tonique opère et séduit au plus près des corps conducteurs d'énergie, d'empathie avec le public dans une profonde écoute respective des danseurs A en perdre haleine et repères: on sent germer ici un talent fougueux, ravageur, puissant, une autorité de l'écriture qui , plus resserrée dans les propos, gagnerait en magie, impact et intensité.Qualités contenues qui ne sauraient attendre  pour émerger et se façonner dans le temps. L'urgence de dire et de signifier pardonne bien des "déséquilibres" de composition et de "jeunesse"!
 Les séquences tétaniques, stroboscopiques, sans aucun effet de lumière ajoutée en artefact,sont superbes, la tectonique fragile et subtile référence au hip-hop, opèrent .Le rythme syncopé, les ébats de ses coléoptères, scarabées retournés sur le dos, exosquelettes, carapaces de chitine ont un côté archaïque étonnant.
Ils tentent l'érection, pattes en l'air, basculant, pour mieux reprendre pied à terre.Repoussant les limites du corps, convoqué à performer devant nous.
Un bestiaire fantastique, un univers onirique d'où les cinq danseurs protagonistes retombent pour mieux se quereller de plus belle,se crêper le chignon et se chamailler; au final, c'est le chorus dansé qui l'emporte sur l'autorité du verbe pour mieux s'envoler en portés et ascensions lyriques. Une création dense, touffue, qui présage d'un présent à venir radieux!
Et si on tentait, à l’occasion de cette escales à Cannes, d’envoyer nos états de crises valser et de se mettre à hip hoper ?


mercredi 6 décembre 2017

La danse de Johnny !





mardi 5 décembre 2017

"Littéral" Daniel Larrieu aux pieds de la lettre ou de l'être: du ballet !

"Rrose Selavy"!
A propos de :
"Littéral, c’est le mot juste pour traduire en danses l’expression « fêter ses 60 balais ». C’est aussi le mot retenu pour cette nouvelle création. Un prétexte pour faire les louanges de l’écriture et du mouvement en invitant sur scène six interprètes et un authentique corps de balais... de paille. 
Paysage ludique dédié à voir la vie en rose, Littéral, s’adresse à tous les enfants de 7 à 77 ans. C’est aussi l’occasion pour Daniel Larrieu de décliner avec esprit, sa propre conception des mots et du corps. Dans le grenier de ses nombreux spectacles, il a mené grand ménage et composé avec la mémoire des gestes. Danses d’action ou de situation, tournures de sens et contresens, les trois partitions chorégraphiques de cette pièce sont rythmées par des univers musicaux radicalement différents. Parfois mises en demeure, au pied de la lettre ou du récit, les danses du chorégraphe, qu’elles soient d’hier et d’aujourd’hui, ont la précision du trait, le goût des lignes graphiques. Elles ont aussi opté pour un ton libre et direct.Joignant le geste à la parole, cette pièce se place sous le signe du jeu et traduit avec humour une certaine idée la vie en rose." Iréna Filiberti


Happy petit beurre's day to you!
Il a toujours 20 ans, Daniel et toute sa danse! Un anniversaire -âne hiver sert serre cerf-ça sert énormément à voir la vie en rose, en soquettes noires, collant chair (ça coûte bonbon) Alors, au travail, en techniciens de surface, au travail, dans la tache", tachant de ne pas se tacher, ni "salir la danse" ou le tapis, clef de sol de son oeuvre.
Des "ballets roses", pour balayer devant chez soi !
Le "maître" en ces lieux, apparaît sur scène, digne, droit, léger, glissant sur la scène, danse enrobée, câline, sensuelle: un solo tout de brillant vêtu, combinaison transparente, plissée, réverbérante pour prolonger les mouvements amples. De petits sursauts agiles en contrepoint de profils et bras en couronne, repoussant l'espace, décrivant un paysage fantasque à même l'éther. Il cueille la danse, la partage, la répand.Quelques révérences, quelques attitudes et postures signées, griffées du couturier horticole qui trace des allées et venues frontales, des reculades singulières en chorus....Des claquements de doigts, percussions rythmées pour surprendre le long fleuve musical ambiant, varié.Danse tricotée, ondulée, petits déhanchés futiles, tout un vocabulaire, lexique, abécédaire que Daniel Larrieu va passer à ses interprètes qui prennent la scène, succédant au "mètre" de balais, chamane et "sorcier" à balais, Le Michael Lonsdale de la danse d'aujourd'hui, barbu généreux, stricte penseur de sa danse, parfois faite "sale" pour mieux briller de sa préciosité remarquable.Directions sagittales, rondes joyeuses, danse en miroir pour ces cinq danseurs, tout de rose emmaillotés, caleçon long pour l'un, académique et tunique classique pour une autre, chignon bien noué pour l'une. Parfois somnambules ou alignés en cascade dégradée où chacun passe son tour et esquisse sa mouvance plus personnelle. La symétrie déstructurée agit pour semer un léger chaos dans cette mécanique d'horlogerie, précise, rodée, engrenages bien huilés pour tracer, points, lignes, plans à la Kandinsky. Les bras tendus comme des éoliennes, on écrit, on efface, on dessine puis rompt et se plie, se déhanche, sautille et reconstruit le jeu agile du poids, du lâché prise, du rebond.La complicité opère, sage compagne de ce "ballet" où sur la scène, comme un ready made, un vrai objet trône et nous fait dire que "ceci n'est pas un balais", mais un ballet "rose"
Un mobile à la Calder au dessus de leur tête au final, des musiques, oscillant du baroque au répétitf, tout concourt ici à tracer un itinéraire "raisonné" dans l'écriture de Daniel Larrieu, chiquenaudes et faune fantasque en mémoire.
D'autres balais, en rang serré, alignés évoqueraient des figures ethniques ancestrales.
De belles constructions architecturales à la Carpeau, des poses quasi grecques, profils et jambes relevées à la Isadora Duncan: et si les strates de la mémoire corporelle opéraient dans ce beau palimpseste gestuel, stricte, découpé, précis et virtuose....Comme une valse à soixante temps, un manège enchanteur qui tourne et ouvre l'espace, paumes ouvertes et bras au doigt pointant la décision, l'intention de la danse tirée au cordeau de Daniel Larrieu, bâtisseur et défricheur des sentiers de la danse soyeuse à souhait.
On prend du recul, du champ, Duchamp et on imagine ces cinq interprètes au final revêtus de la tenus du "maître" pour mieux dessiner des figures emblématiques de la gestuelle savante d'un passeur d'énergie contenue, dosée et partagée à l'infini
A Pole Sud ce soir là, c'est aussi trente ans de vie inaugurée par le même Daniel Larrieu: souvenirs, souvenirs......