vendredi 15 juin 2018

"Picasso et la danse"


Bibliothèque-musée de l'Opéra
19 juin 2018 au 16 septembre 2018
La BnF et l’Opéra national de Paris explorent les différentes facettes du rapport de Picasso à la danse à travers une série d’oeuvres et de documents rarement exposés en France. Peintre majeur du XXe siècle, Picasso a produit une oeuvre d’une richesse extraordinaire. Bien avant son mariage avec la ballerine Olga, c’est la danse populaire qui suscite l’intérêt de l’artiste. Il croque ainsi le cirque comme le cabaret à travers de multiples dessins. Si son activité de dessinateur de costumes et de décors pour les Ballets russes dans les années 1910-1920 est bien connue, se rappellet-on qu’il a collaboré avec le chorégraphe Serge Lifar pour la reprise d’Icare en 1962 à l’Opéra de Paris ? L’exposition donnera aussi l’occasion de découvrir quelques aspects de la danse dans l’oeuvre de Picasso, des bacchantes et autres faunes dans les estampes d’inspiration mythologique des années1940-1950 aux danses érotisées de la fin des années 1960. Conçue à partir des collections de la BnF et de l’Opéra national de Paris, l’exposition bénéficie de prêts exceptionnels du Musée national Picasso-Paris.
Dans le cadre de « Picasso-Méditerranée : une initiative du Musée national Picasso-Paris ».

lundi 11 juin 2018

"A New Lanscape": un mémorial, joyeux, illuminé de jeunesse !


"Nouveau spectacle de la compagnie Travelling & Co, A New Landscape, chorégraphié par Hervé Robbe assisté de Catherine Legrand, est une plongée dans une mémoire de la danse qui se conjugue au futur.

« Memories (ou l’oubli) » est un projet collaboratif manifeste sur trois ans, un voyage à rebours mais aussi à rebond, une traversée d’une mémoire chorégraphique qui se décline sous la forme d’une publication, d’un objet audiovisuel et, ici, d’un nouveau spectacle. A New Landscape est pour Hervé Robbe : « Une danse qui ne tourne pas le dos à son passé, qui émane telle une anamorphose d’une chambre d’échos et de réminiscences et laisse surgir un autre rituel collectif.» En ne perdant pas la mémoire, notamment celle du corps, il accepte aussi l’oubli. Cette création chorégraphique pour dix danseurs laisse libre cours à une interprétation subjective des sources pour offrir un espace à de nouveaux agencements ou déploiements et à une nouvelle génération. « Trente années de création, je me souviens et puis j’oublie par nécessité à être et devenir...», ajoute le chorégraphe."

Sur scène, une heure durant, c'est la mémoire joyeuse du répertoire d'Hervé Robbe qui se trame et se tisse devant nos yeux!
Pas de nostalgie pour construire ce "panthéon", cet archivage serein d'une mémoire corporelle qui se transmet, se passe et contribue à bâtir un patrimoine de la danse d'aujourd'hui! Les jeunes danseurs, poreux, pétris du style du chorégraphe s'adonnent à laisser vivre et voir sa signature, toute d'un phrasé caractéristique: petits bougés savants, ruptures de rythmes, le tout sous couvert de choix musicaux pointus, variés en adéquation avec un style "baroque" en diable!
Le tout bordé par la présence radieuse de Catherine Legrand, elle aussi transmettant ce petit quelque chose de Bagouet, possédant une gestuelle toute singulière et personnelle. Elle hante le plateau, alors que les jeunes interprètes se fondent dans l'espace très construit, suite de citations des pièces de Robbe, sur "le terrain vague" d'une mémoire rafraîchie, mélancolie salvatrice et bienfaisante.
La pièce se déroule , douce et pleine de quiétude et de suspens; tout de noir vêtus, simplement, c'est la jeunesse qui prend le flambeau, témoin, passeuse elle aussi de cette archéologie du futur!
Alors que sur l'écran, en fond de scène, des images du tout jeune chorégraphe, nous font des clins d’œil d'empathie pour mieux nous glisser nous aussi dans l'osmose de ce palimpseste, ces strates et couches tectoniques d'un pan de l'histoire de la danse, tout court !
Un "temple" neuf, construit, vivant, habité par un patrimoine vif et savant, dédié , non à la conservation en bocal ou conservatoire, mais bien à vivre sur les planches, sur le plateau pour vivifier, raviver un répertoire traversé d'aventures et de partage.

Au Théâtre National de la Danse jusqu'au 9 Juin


"Le Songe": pincez moi, je rêve !




"Avec Le Songe, Jean-Christophe Maillot s’empare de la comédie de William Shakespeare pour en faire un ballet d’une folle originalité. Le tout porté par une troupe au diapason qui éclabousse de son talent cette nuit d’été.
À la tête des Ballets de Monte-Carlo depuis 1993, Jean-Christophe Maillot a su inventer une compagnie de son temps : relecture de classiques, invitation de jeunes chorégraphes... Forte d’une vingtaine de nationalités, cette compagnie rayonne désormais dans le monde entier. « Nous avons toujours eu une double vocation : créer et diffuser », résume son chorégraphe-directeur. En 2005 Jean-Christophe Maillot imagine Le Songe, variation chorégraphique d’après la pièce de Shakespeare. Il met en danse trois univers – ceux des Athéniens, des fées et des artisans –, dans un délicieux précipité de tribulations amoureuses. Les séquences se succèdent à un rythme effréné mettant en valeur des danseurs expressifs qui se révèlent d’étonnants acteurs. Le fantastique dialogue avec le burlesque dans un incessant pas de deux peuplé de lutins et autres créatures. Porté par les musiques de Felix Mendelssohn, Daniel Teruggi et Bertrand Maillot, ce Songe est un rêve éveillé."

"Pincez-moi, je rêve" serait bien le résumé de toutes ces impressions, à la vision du spectacle phare de Jean Christophe Maillot!
Voir et revoir une oeuvre, classée au patrimoine, au "panthéon" de la compagnie, reste un régal jouissif, sur lequel on a déjà tant écrit, mais qui à chaque fois suggère l'enthousiasme, l'empathie, la connivence. Comment de pas être de mèche, en complicité avec cette petite tribu maline et ensorceleuse, ces personnages truculents dont Shakespeare ne renierait en rien, truculence, joie, folie et univers en marge? Dans les décors d'Ernest Pignon Ernest, ils évoluent au rythme de la narration, solide impact de groupe, soudés sur deux demi-lunes, sculptures mobiles et miroitantes. Univers morcelé, demi praticable qui se joue de l'espace, comme une faille ouverte ou refermée. La scénographie lumière, évoquant le trouble, le flou, le vague et l' imperceptible rêve pour les parties vouées au "songe" est de toute beauté !Quant aux costumes jubilatoires, signés Philippe Guillotel, il va de soi, qu'ils sont inventifs, surprenants, seyants et indescriptibles !
Le "mimodrame" fameux des artisans, habite la danse, la gestuelle, les mimiques narratives avec bonheur. Sans caricature de caractère, ni trop plein de maniérisme, les personnages, fous à lier et truculents, opèrent un tableau chatoyant et pictural très réussi. Le "songe" lui, baigne dans le lyrisme, la précision de l'écriture chorégraphique et la douceur des ambiances, vaporeuses dans les fumigènes, brouillard ensorcelant de circonstance.
La compagnie excelle dans ce répertoire, unique creuset de légendes et travaillant avec audace à représenter le monde, celui du théâtre et des arts de spectacle avec justesse, innovation et respect du divertissement.
Une bouffée d'oxygène à consommer sans modération !
Au Théâtre National de la Danse jusqu'au 15 Juin .