jeudi 19 juillet 2018

La danse au Théâtre Golovine: Avignon le off 2018 : révélation et confirmation de talents !

Le Théâtre Golovine ne déroge pas: ce sera "danse" ou rien !


"La géographie du danger" de Hamid Ben Mahi

Déplacement clandestin
Il est de retour à Avignon, celui qu'Amélie Grand nous faisait découvrir au "Big Bang théâtre avec son solo inédit de référence "Chronic(s) ! Ici c'est l'enfermement qui le taraude à partir du texte mythique d'Hamid Skif: gestes et attitudes imprégnées de la douleur d'être confiné, cerné, incapable de déployer son corps sans heurter murs et dangers physiques multiples. Toujours performant, déterminé, engagé, le danseur-comédien, chorégraphe et soliste convainc, touche, émeut et passe le message: tout corps muselé peut résister, avancer, progresser malgré atrocités et contraintes, déplacement, exil ou migration. Seul, avec son texte, son corps crispé ou terrassé de douleurs, l'espoir persiste et ne cédera pas aux injonctions ni à l'humiliation, au déshonneur. C'est beau et médusant, empli d'absence, de perte, de négation de soi sous la pression et dans la tension des énergies extérieures dominatrice: il s'efface, disparaît, son identité "rase les murs", bâillonnée, éteinte, malmenée.



"Trance" chorégraphie de Nono Battesti

Publier les bans
Un banc public, une traversée, la rue, le quotidien et...la rencontre. Les être ici se croisent, s'ignorent, se fantasment, s'inventent une autre vie comme dans la vraie! Si l'on parvient à se trouver alors c'est plaisir, partage et "love story"! Une chanteuse danseuse et guitariste, un pianiste guitariste pour galvaniser un couple improbable de danseurs éperdus d'énergie....La danse est séduisante, fluide, jazzée à merveille et l'on suit une "histoire" sans détour qui se tisse et semble bien se finir en "happy end" jovial. Un accessit à Dyna B pour sa voix, son énergie, son talent et son tonus !

"Glaucos"
Larguez les amarres !

Hissez haut le pavillon, ça va tanguer sur le rafiot: cinq matelots s'emparent du plateau flottant pour une odyssée de l'espèce mâle, pas du tout mal en point ni macho. Un tonneau pour partenaire, gonflé à bloc, un "patron" sur cette galère qui vogue tambour battant, entraînant nos moussaillons vers des contrées gestuelles inouïes et inattendues; du hip-hop circassien? Bien plus, une signature chorégraphique solide et tonique, interprétée par des danseurs comédiens, malins, viril ou simplement humain. Un tyran d'eau, des esclaves en rupture: on peut tout imaginer de cette profusion d'énergie, d'humour et de distanciation bien heureuse sur la condition masculine au travail Alors qu'une musique live, à la guitare, de grande beauté les transporte, les interpelle et les mate. Gestes en ricochets, poses burlesques, clins d’œil complices qui vous impliquent, le tour est joué.
Déséquilibres périlleux, architecture en pyramide qui se défait sans cesse en cascade: c'est hallucinant de verve et d'audace, de danger aussi.
Les corps conducteurs de ces piles électriques, électrons libres sur cale sèche sont médusants: comme le radeau. Et la nave va ! Un "parcours" signé Mickael Six, le fin du fin du style et de la technique "parkour"On ne vous fera pas mariner, c'est à Glaucos, dieu de la mer qu'il faut s'en remettre !
Le coup de cœur de "la danse dans le off 2018 !


Jolie moisson au festival d'Avignon Off ! Deux perles pour un collier !

Sur le chemin de l'âne, deux belles rencontres !


"Main basse sur Baladar" de la compagnie  Le Projecteur H

Orpailleurs dans le pré vert !
Un duo ressuscité, ravissant: Prévert et André François dont l'exposition récente au centre de l'illustration Tomi Ungerer à Strasbourg nous avait ravis!
Deux artistes férus d'humour et de fantaisie, de perfection aussi et de rigueur dans l'écriture et l'illustration, pour un conte imagé, animé autour de la verve littéraire et l'imagination de l'auteur de "Paroles" ou autres "Chantefables".....Inventaire ou autres vire-langues fameux, calembours mémorables.Les croquis et dessins de François, imagés, en écho et complicité du texte raconté en direct par la comédienne, à la chaude voix enrobante, s'avèrent d'une justesse, d'un graphisme mouvant, évocateur du texte: indiscipliné, politiquement incorrect. Ici sur Baladar la cupidité, le pouvoir et l’égoïsme des bâtisseurs d'empire règnent; sur cette petite île qui ne demandait rien à personne, sinon de tout faire soi-même, en circuit court, en orpailleur désintéressé, pays de cocagne déstabilisé par une horde de  prétentieux promoteurs sans vergogne, ni gêne !
Le travail de la compagnie Le Projecteur H est beau, précis et inspiré, juste et à la démesure des enjeux! Deux monstres s'y affrontent et voilà que Sylvie Hamelin "enchante" et conte Prévert, chaleureusement, tandis que Tristan Hamelin-Foulon s’attelle joyeusement à la console pour "consoler" de musique notre petite île bien chamboulée!
Un rêve éveillé, bien de notre temps où les gens du Grand Continent semblent hélas avoir encore un bel avenir! Mais, résistons ou soulevons nous avec eux dans l'enthousiasme d'un avenir meilleur !

Au Grand Pavois à 13H 30


"Les Années Folles" de Anne Cadilhac, mise en scène Sandrine Montcoudiol

Au bonheur des dames
Une conférencière pour mieux vous allumer sur ces "années folles" et non "la belle époque", son vassal féminin: secouer bien et vous aurez le plus inventif des exposés subversifs sue cette période si contreversée de notre histoire "nationale". On rit, on danse, on chante pour panset les plaies de la grande guerre: ici, on pense aussi à la verve musicale et intellectuelle de l'époque et les deucx chanteuses comédiennes y vont de leur corps, de leur coeur et de leur recherches musicales pour brosser un panorama-portrait hallucinant de cette fumeuse période! Un abécédaire à la Deleuze pour mieux vous éconduire dans l'ordre indisciplinaire des choses, vraies ! En érudites de cette phase de l'histoire, Anne Cadilhac et son acolyte, Juliette Pradelle, incarnent Irina et Madame Trotte, Max et Gertrud à l'envi, sans relâche ni parade excessive Elles rivalisent de magnétisme, de charme, de verve ou de rigidité pour évoquer le sombre, le glauque, magnifier des airs inconnus resurgis comme "Le cinéma" de Poulenc (gloire aux acteurs et actrices) D'un "Boeuf sur le toit" naissent multes variations, de Dada, à Cocteau toute la bande (des six) s'y retrouve, avec Satie's faction ! et Satie 'r icônes !
Un beau "zéro de conduite" à ses insurgées malines et dociles du verbe, donnant de la voix, juste ce qu'il faut pour se faire entendre! Compris?

Au Théâtre Pixel à 20H 05

Bonne récolte DANSE Festival Off d'Avignon 2018 et une "fosse" note !

On continue le périple ou marathon

"Master Class, Nijinski" chorégraphié par Faizal Zeghoudi

Nijinski raconte....
Un comédien, petit homme discret et sobre raconte ou se raconte: c'est Nijinski, sur un texte original de Marie-Christine Mazzola, qui nous parle de qualité de geste, d'émotion, d’inouï, de jamais vu.
Sans prétention pourtant, il nous laisse entrevoir tout l'aspect très contemporain de sa pensée, de sa danse. Et sans illustrer le tout, c'est à "L'Après-midi d'un faune" que l'on assiste, duo dansé avec passion et beaucoup de délicatesse par Nadya Larina, au pied levé entre autre détail de "fabrication" et passation de rôle. Une interprète à suivre, gracieuse, élégante et pertinente, au style et à la technique irréprochable: russe et de circonstance ! La pièce éclaire le personnage sans le magnifier, ni gommer ses aspects déroutants et imprévisibles; rencontrer ce faune, ce "clown de dieu" selon Béjart, c'est ici se rassasier d'une danse fluide et personnelle signée Faizal Zeghoudi, serviteur fidèle et inventif du génie de la danse du XX ème siècle !

Au collège de la Salle à 16H 45


"Sisyphe Heureux" chorégraphié par François Veyrunes
Eloge de la lenteur
Des gestes lents et étirés, des duos et autres tissages de corps dansant tout de noirs vêtus: on plane dans l'éther de la composition chorégraphique, éloge de la motricité douce, des appuis et autres soutiens des corps qui s'enlacent sans se lasser jamais. Sans lasser non plus l'attention des spectateurs, suspendus à ce long et parfois silencieux voyage au pays du temps qui passe et qui se délecte.De rocher en rocher, Sisyphe porte et transporte un poids qui ne cesse , euphorique de porter la gravité, la densité des corps, au "ralenti" d'une énergie soutenue. Six danseurs habitent le plateau, sereinement, sobrement et François Veyrunes de signer ici une écriture calligraphique, en pleins et déliés, au mieux de sa forme.

Au Théâtre des Lucioles à 14H


"(R) pour Résistance", première figure, chorégraphié par Carole Bordes
Révolte, unsquare dance
A partir d'un carré tracé au sol, elle, danseuse et femme se meut et interpelle l'espace: s'y frotter, l'aborder, le séduire, le convaincre ou lui résister? Cet espace social, historique, évoqué en voix off par Deleuze, dans son Abécédaire, sans doute à l'Université éphémère de Vincennes, cette utopie si riche et fertile, résonne.
Mais plutôt que résister ou s'indigner faudrait il se soulever à l'instar de Didi Huberman. Question d'actualité, pour mieux franchir les contours du carré des lombes et danser le "Unsquare dance" avec encore plus d’efficacité! C'est court et les enjeux de la lutte se continuent en discussion conviviale, en dehors, du dedans ! Contre immobilise, avançons ensemble pour mieux se surpasser: message bien reçu !

Au Théâtre de l'Oulle, la Factory à 11H



"Ceux-l, tu es. Seul, tué" chorégraphié par Alexandre Lesouef
Sol si ré là mis là !

Allez, on passe sur les jeux de mots, vire-langue et autres charades pour se pencher sur le sort d'un esseulé, donc seul sur scène: mais pas que: trois silhouettes, traces d'incidents de personnes, dit pudiquement, gisent au sol, tracées à la craie. Pour mieux s'y fondre et s'effondrer, se maculer du sang et de la poudre, notre sacrifié de la vie va tenter de s'en sortir en gesticulant désespérément. C'est pathétique et éprouvant, désolant de naïveté, affligeant d'indigence.Alors on oublie et on passe son chemin pour aller cueillir d'autres étoiles filantes. Et si les "nanars" en danse avaient aussi beaucoup d’intérêt et de signification dans le champ de l'écriture? Celui là y aurait largement sa place: à étudier

AuThéâtre de l'Oulle, la Factory à 12H 10