dimanche 9 septembre 2018

"Dante troubadour" La Divine Comédie: les cercles de l'enfer": laisser Lucifer!


STRASBOURG - Église protestante Saint-Pierre-le-Jeune Dimanche 9 Septembre

Dante Troubadour – La Divine Comédie Les Cercles de l’Enfer

Dante Troubadour propose au public de vivre l’incroyable périple de Dante à travers les Cercles de l’Enfer qui, une fois passés les limbes, correspondent chacun à un des péchés capitaux. Cette visite se fera sous la conduite d’un narrateur exceptionnel, le comédien Denis Lavant. À l’exception du Miserere qui débute le récit et du Vexilla regis qui le clôt, Dante n’a mentionné aucune pièce musicale, uniquement des bruits, des cris et des gémissements. C’est dans cet esprit que La Camera delle Lacrime a choisi d’insérer des prières du Codex Buranus, version médiévale des Carmina Burana qui ont inspiré Carl Orff.

Al Dente !

Sous la direction de Khai Dong Luong dans l'église scénographiée de très beaux éclairages, débute l'opus original signé de l'ensemble "La Camera delle lacrime"
Entraînante, dansante, en "prologue" une musique surgit, bordant le récitatif du comédien Denis Lavant, tant attendu dans cette nouvelle production et prestation.Allègre ritournelle, routine teintée de grelots, portée par des instruments propres à la musique dite médiévale:vielle à roue, cornemuse,flûtes, doudouk, lyra, viola d'arco.....et percussions!
Denis Lavant explose, sa voix emplit les voûtes de l'église qui répercute et réverbère le son à outrance.
Il s'agite, tout de noir vêtu, pardessus , chapeau et tresse rouge flottante.Se lance dans l'allée centrale, sautillant, courant à l'envi de tout son corps agile. La musique, gaie, primesautière accompagne ce lutin malin qui saute et franchit toujours les limites du jeu dans sa folle version et interprétation des rôles.
Tous "les cercles" des sept péchés capitaux sont passés en revue par le chanteur, Bruno Bonhoure; du haut du jubilé, il apparaît: sa voie résonne, lumineuse et chaude, de bronze et se mêle à celle du récitant, conteur des péripéties de Dante et Virgile.
Du souffle dans le jeu du chanteur qui respire la vie parée de cette voix de haute contre qui fait l'ascension de la gamme des résonances, timbres et harmoniques médiévales. De belles apparitions en fond de chœur, quasi fluorescentes font discerner les personnages comme dans rêves et brumes fantastiques.La fiction de la narration, conduite par le comédien, diabolique personnage versatile et danseur aguerri fait mouche.
Il danse, tourbillonne, alors que le chanteur se masque de mimiques grotesques, de grimaces maléfiques.
Le cercle des avares, ces "radins" succède à d'autres, évoquant luxure, gourmandise....Lavant n'est pas "avare" de gestes et d'engagement très physique et c'est tout son talent de mage, ecclésiastique qui se révèle, inattendu, surprenant.
Il grimpe en chaire alors que le chant plaintif , profond et solitaire de son compère, s'élève, subtil, contrasté, modulé.
Tel un personnage sorti d'un tableau de Garouste,


Lavant bondit, surgit, vocifère, hurle: invoque Satan, le Diable ou Lucifer


Joue même de la flûte!
Al dente, cru, féroce et menaçant, le jeu des principaux protagoniste de ce voyage initiatique, conduit l'écoute vers la gestuelle fine et dosée du chanteur: suspension, doigté, expressions du visages concourent à une lecture aisée des caractères ou émotions de nos deux joyeux lurons ou pathétiques victimes d'un leurre.
Au final, c'est les yeux au ciel, au firmament que se clot l'intrigue et ce chant du cygne demeure en suspension dans l'espace
De belles visions fantastiques, énigmatiques, quasi initiatiques pour cette création théâtrale, bordée de musique joyeuse ou tendue.
Un épilogue, heureux, retentissant pour conclure, le langage des signes exploré pour signifier le monde, et se termine la première partie d'un futur triptyque sur la Divine Comédie de Dante.
Affaire à suivre pour ce théâtre du geste chanté, conté par des artistes engagés et enthousiastes!



La Camera delle Lacrime (France)

Fondée en 2005, La Camera delle Lacrime se donne pour mission de valoriser les répertoires en langue d’oc et d’ouvrir sa pratique de la musique ancienne à tous les publics. Elle se caractérise par une double conduite artistique assurée par le chanteur Bruno Bonhoure et le metteur en scène Khaï-Dong Luong. Avec le concours de spécialistes, La Camera delle Lacrime a pour vocation la création de spectacles d’esthétique contemporaine organisés à partir de sources patrimoniales du Moyen Âge, essentiellement des 12e et 13e siècles.
Bruno BONHOURE
direction artistique et chant
KhaÏ Dong LUONG
direction artistique,
mise en scène
Denis LAVANT
Comédien – lecteur
Jean BOUTHER
régisseur son et lumières
Antoine MORINEAU
percussions
Christophe TELLART
vielle à roue, cornemuse, flûtes, doudouk
Andreas LINOS
viola d’arco, lyra

jeudi 6 septembre 2018

"Et pâté de foie, la gale, rit ! Amusez la galerie: performance à Art Course le Mercredi 3 Octobre 18H 45


Dans le cadre de l'exposition "Amuser la galerie" à ART COURSE dès le mercredi 3 Octobre 18H pour le vernis-sage !

 Un parcours performatif de cigale charivarieuse par Geneviève Charras, pour amuser les fourmis de galeries, vernies et pas sages ! Amuser la galerie de la fourmilière ou du centre commercial, de la Galerie des Glaces ou des Galeries Lafayette ?
Galerie à épater et pâté deux fois ou de foie on verra bien le résultat !!!





Galerie des glaces !!!

samedi 1 septembre 2018

" Alpha et Oméga": Voix et route Romane: ouverture polyphonique !


Ouverture du Festival "Voix et Route Romane" ce vendredi 30 Aout à l'Eglise ST Etienne à Strasbourg!

Alpha et Oméga

Frontières de la polyphonie du Moyen Âge

Le Huelgas Ensemble, belge, sous la direction de Paul Van Nevel A proposé un parcours exploratoire à travers la polyphonie médiévale. Il entame celui-ci avec, comme Alpha, une pièce du manuscrit Musica enchiriadis, 9e siècle, qui contient les plus anciennes mentions connues de la polyphonie. L'atmosphère est plantée: recueillement, concentration et écoute du public, nombreux, rassemblé à cette occasion unique.
L’ensemble aborde ensuite l’École Notre-Dame avec une oeuvre de Léonin (vers 1150-1210), pionnier de la polyphonie occidentale. Une voix de ténor s'élève, en soliste: elle sursaute, hoquette et surprend dans ce tissu feutré de voix la portant.L'oeuvre est dansante, rythmée, joyeuse, saccadée à l'envi !

Suivront quelques pièces emblématiques de l’Ars Antiqua,aux accents populaires, bien relevés, avec quelques remarquables duos de voix de femme, une musique dansante, galante, aux balancés langoureux Musique savante, architecturée, parfois proche du profane, enjoué et chatoyant dans les accents toniques: quelques onomatopées, paroles et rythmes incongrus dans la composition, honorent les "Tres dous compains" d'un "Anonyme": comme une course dans des cadences fortes et puissantes!
Des voix d'hommes dans des entrelacs plus solennels aux accents suaves et sensuels "D'ardant desir", double motet à trois voix,  encore un "anonyme" qui fait résonner un chant doux en élévation légère, aérienne, charmante et enjôleuse, enrobante: c'est "Le mont Aon" du XVème siécle......

Le Huelgas Ensemble s’achemine vers l’Ars Nova avec notamment un extrait de la Messe Notre-Dame de Guillaume de Machaut (v.1300-1377). C'est la puissance, le volume,les vibrations des harmoniques qui surgissent dans l'écriture et l'interprétation de cet opus.
D'étranges dissonances, singulières et curieuses immiscent dans le tissu sonore. Les timbres se dérobent, les tessitures se frottent et résonnent diaboliquement....
Suit un anonyme, lent et plaintif pour introduire l'oeuvre magistrale où l’Oméga de cet itinéraire sera une des pièces de Matheus de Perusio (actif 1400-1416) maître rattaché à l’Ars Subtilior époque située entre l’Ars Nova et l’école franco-flamande qui introduit la Renaissance.
Des voix de femmes magnifiées, un ton précieux, raffiné, noble et distingué: dansant, sautillant aussi, le phrasé est relevé et aérien.
Au final,  c'est à Matteo de Sancte avec son "science n'a nul ennemi" que s'achève et se boucle le concert.
 De belles tenues vocales, larges, tissées avec les différentes tessitures qui apaisent la mélodie: comme un paysage, une plaine brumeuse au petit jour naissant. Aurore, crépuscule du matin, l'Alpha du jour. "Au début était le geste vocal" au crépuscule, au prologue de la musique naissante.
L'Oméga en point de mire, épilogue et crépuscule du soir: du commencement à la fin, ce concert inaugural fut un bonheur pour l'écoute très contemporaine que l'on peut avoir sur ces œuvres, courtes, percutantes, surprenantes: le répertoire, l'archive et le passé ont décidément encore plein de secrets à livrer à ceux qui souhaitent les entendre.
Non, les "oreilles n'ont pas de paupières", grand Dieu !




i