mercredi 19 septembre 2018

"Danse connectée" à la Biennale de la danse de Lyon 2018: image' in !


Au cœur de la ligne éditoriale de la Biennale portée par Dominique Hervieu, la virtualité, les technologies nouvelles engendrent de nouvelles oeuvres, des écritures singulières, des expériences plurielles pour conquérir de nouveaux territoires: la danse, "pionnière, par excellence et par essence!

Lyon Danse VR c'est tout un programme foisonnant mais aussi des films en réalité augmentée, tel "Oar" d'après la pièce "Zero Degrees" de Akram Khan et Sidi Larbi Cherkaoui

C'est à Esteban Fourmi et Aoi Nakamura que revient cette réalisation en trois dimensions, expérimentée par les spectateurs munis de casques, invités à partager un univers très prégnant, bluffant de virtualité.Une danse plus près du corps de chacun qui envahit votre espace intime et vous plonge dans les abysses du sensuel. Les danseurs, le décor vous frôlent, parcourt vos pores de la peau et s'immergent dans votre être.
Impossible d'y échapper et c'est jouissif et donne envie de tout expérimenter à loisir!



"Fugue VR, réalité mixte" de Yoann Bourgeois et Michel Reilhac
Perdre pied !

Un voyage spatio-temporel en réalité virtuelle, ce n'est pas tous les jours donné à vivre!
Chose faite au Théâtre Nouvelle Génération, les Ateliers Presqu'île à Lyon, futur centre de recherche pour la danse et l'image!
Le chorégraphe reprend ici la trame de son spectacle "Fugue/ Trampoline" pour l'adapter en réalité virtuelle, expérience en direct, live, pour dix spectateurs. A vivre avec un esprit ouvert, un corps à l’affût des sensations inédites et particulièrement, le vertige, la perte des repères, du sol et de tout appuis, chers aux danseurs!
A y perdre son latin et son abécédaire de training, tant la virtualité est sidérante, bluffante et source de déplacement de sensations de poids, d'ancrage et autres fondamentaux!
Le corps est confronté aux technologies nouvelles, harnachement technique rivé au corps et casque pour mieux habiter l'univers , leurre merveilleux et facteur de surprises et d'émerveillement.


On s' y colle à ces personnages menaçants qui vous entourent, à ce circassien qui se joue de l'espace et de la pesanteur sur son trampoline: jolie mise en abîme des lieux reliés à l'air et l'éther....
Le sol se dérobe, on perd pied, on plonge dans l'inconnu et pourtant on est bien en état de marche lente et peureuse sur le sol du studio, guidé par des médiateurs au cas où le trouble semé serait trop fort à intégrer et supporter!Les paysages architecturaux se font réels, murs ou coupole cernant les volumes, confondant les espaces!
C'est grandiose et osé, réussi et semeur de flou, de malaise, de perceptions inédirtes!
Merci la danse, la réalité mixte pour cette escapade, fugue vertigineuse comme vous ne l'avez jamais vécue !
Aux Ateliers jusqu'au 23 Septembre



"VR _I " par Gilles Jobin Cie Artanim

Avatar poétique
Dans le même lieu, une autre expérience vous attend concoctée par Gilles Jobin
Harnaché d'un ordinateur en sac à dos, de capteurs mains et pieds connectés, d'un casque et d'écouteur, vous voilà cosmonautes d'un moment incroyable, partagé avec cinq autres participants.
L'aventure démarre dans un décor de jardin: côté cour ou jardin? Vos repères s'effacent, votre corps se transforme en avatar lisse et étonnant, vos vêtements changent: je est un autre et vos divagations, très aisées dans l'espace tangible et virtuel vous laissent découvrir, désert et galerie d'art, bivouac et machinerie diverses, paroi de verre, terrasse où gravitent des danseurs, ombres fugaces, musiciens de l'espace en lévitation.
Expérience grandiose où naissent formes et personnages gigantesques qui vous couvent du regard et vous frôlent sans vous écraser...Petits bonhommes qui surgissent du sol sur un plateau que l'on a envie d'attraper, de caresser. Onirique espace de rêve à saisir, à habiter comme un nouveau territoire à conquérir
Les images surgissent, s'évaporent, s’effacent au gré des visionnages et projections
Immergé sans être submergé, vous gravitez dans l'air, l'éther et sur le sol d'un lof ouvert et panoramique à souhait.
Du Gilles Jobin inédit qui se penche ici sur d'autres possibilités de rencontrer la danse, de très près, en intimité et proximité avec des interprètes fictifs qui pourtant semblent bien présents !
Une fois de plus, la danse, fictionnelle, irréelle est un songe, une rêverie très physique qui plonge au cœur des émotions et sensations, chers à l'art chorégraphique.

 Aux Ateliers jusqu'au 23 Septembre




"Danser comme si personne ne regardait": Jérôme Bel à fondre de plaisir !



Dans la Chapelle de l'Hotel Dieu de Lyon, l'atmosphère est au recueillement: on quitte ses chaussures pour regagner un espace libre, moquette orange et "bananes" acoustiques au sol... L'expérience sera sensorielle, ludique ou simplement contemplative
Une femme, danseuse, est allongée au sol et émet des micro mouvements tout en se lovant au sol, magnétique image qui donne envie de mimétiser, de se fondre dans ce jeu méditatif, respectueux du lieu, hors du temps, méditatif et un brin solennel. Lieu de prière, de recueillement, ce temple de la douceur fait mouche et incite à fuir le monde bruissant de la métropole lyonnaise, fébrile et laborieux.
On s'y pose et dépose son propre corps, à l'écoute d'un son omniprésent, sorte de sirène apaisante dont le volume varie selon la position physique adoptée.
Des coussins en forme de demi- lune invitent à cette écoute et modifient la présence des décibels à l'envi. Du "Jérôme Bel" à coup sur, doublé dans sa proposition éditoriale par trois projections hors les murs de films de ses œuvres emblématiques, dans des lieux insolites, liés aux contenus des œuvres!
Un parcours libre dans la ville ouvrière où les cervelles de canuts et autres tabliers de sapeurs, raviers ou baude rappellent l'aspect et la mémoire industrieuse et ingénieuse de la ville à la condition des soies !
Du cocon sans cocooning qui perturbe notre perception et vient enrichir la réflexion sur l'acte dansé, produit ou reproduit.

Parcours dansé jusqu'au 29 Septembre

"La pomme dans le noir": le fruit est mur !



"D’après le roman Le Bâtisseur de ruines de Clarice Lispector Traduction Violante Do Canto Mise en scène, adaptation et lumière Marie-Christine Soma Avec Carlo Brandt, Pierre-François Garel, Dominique Reymond, Mélodie Richard.

 Martin, jeune ingénieur qui a commis un crime, fuit la ville et se fait engager dans une ferme isolée où vivent Victoria et sa cousine Ermelinda. Dans cette adaptation du roman de l'écrivaine brésilienne Clarice Lispector, paru en France sous le titre Le Bâtisseur de ruines, Marie-Christine Soma nous fait vivre la transformation d'un homme qui, pensant avoir tout perdu, retrouve le chemin de son humanité. Un parcours initiatique qui passe par la découverte de la nature et de ces femmes au destin singulier. Comment re-trouver sa place dans le monde ?"

La salle Gruber ouvre la saison du TNS et accueille sur son immense plateau, les pérégrinations physiques et verbales, d'un quatuor hors norme pour une histoire, tissée de récits et de dialogue, judicieusement mise en scène dans cet équilibre périlleux!
Distance ou engagement du jeu? Cela débute par le son d'une voix d'homme, dans le noir et l'obscurité totale, qui nous murmure le récit d'une vie.. Conte à dormir debout, narration des aventures de quatre personnages, campés par main de maître par des comédiens, habités, fébriles et entiers.
Des récits à croquer à pleine dent, où homme et femme se séduisent, se contournent, s'apprivoisent à l'envie. On les suit sur le sentier du péché consommé, de la volupté, du désir ou de l'envie de connaitre ou d'éviter l'autre.
Les mots sont justes, le propos s'égrène plus de deux heures durant à travers une syntaxe musicale qui fait bouger les corps, travailler cet anti héros, Martin, incarné par Pierre François Garel. Travailleur de fond, ingénieur malmené par le sort qui le transforme en ouvrier laborieux mais qui n'a de cesse de servir  sa patronne,Victoria incarnée par Mélodie Richard, plantureuse matronesse, femme de poigne et de fer, qui va bientôt s'adoucir, et remodeler les contours strictes et acerbes de ses paroles!
Amour tendre ente Martin et Ermelinda qui croquent la pomme, Adam et Eve malgré eux, beaux et présents sur le plateau encombré d'ustensiles liés au travail. Sensualité et finesse du jeu de ce couple qui se frôle, se cherche, oubliant le passé de chacun.
Crime commis par Martin dans le passé qui revient hanter la pièce et l'esprit du jeune homme comme une fixation dans ce huis clos de tribunal bucolique: western romantique, avec images cinématographiques à l'appui, ombres et images virtuelles qui suggèrent les fantasmes et objets de mémoire...
La mise en scène révèle ce paradis perdu Eden où gravitent ce petit peuple qui se voudrait libre, mais qui finit, menottes aux mains par se referme sur son destin, inexorablement!

Au TNS jusqu'au 28 Septembre