vendredi 21 septembre 2018

Music'Arte: Giacinto Scelsi : "ici , de passage" !


Première partie, film documentaire - Scelsi, le premier mouvement de l’immobile (2018) - Réalisation, Sebastiano d’Ayala Valva. — Deuxième partie, concert filmé - Uaxuctum. Musique, Giacinto Scelsi (1966) Chœur de Radio France 
Giacinto Scelsi affirmait volontiers que le son est sphérique, et donc doté d’un centre, qui constitue son cœur. En donnant la parole à ses proches ainsi qu’à ses fidèles interprètes, le documentaire Scelsi, le premier mouvement de l'immobile, deuxième long métrage de Sebastiano d'Ayala Valva, semble procéder de cette même sphéricité : par une approche tangentielle mais multidimensionnelle, il réussit à se focaliser sur un centre vibratoire où se condense l’essence créatrice du compositeur.

Un documentaire, nourri d'images inédites, de propos des uns et des autres sur la personnalité de Scelsi qui ne voulait pas se faire capturer en photo: quelles traces de ce génie, quelles marques, empreintes laisse-t-il chez chanteurs, chefs d'orchestres et musiciens?
Le réalisateur, friand de ses rencontres, mémoires vivantes du compositeur, dont on apprendra pas de petits détails fondamentaux sur son exigence, sa discipline et sa radicalité mais aussi sa franchise de compositeur de l'inoui.
Une occasion de découvrir ses espaces sonores, ses interprètes, Joelle Léandre, Michiko Hirayama, Carol Robinson,  Mariane Schroeder, Aldo Brizzi,son entourage-son frère- compagnon de route du réalisateur sur les chemins totueux du musicien du souffle, de l'expiration-inspiration, moteur de la vie mystique et sensorielle
Ce "petit" bougé", cet "immobilisme" fébrile de sa musique, vibrante évocation et transfiguration du monde.
Alwin Nikolais pour mémoire cultivait aussi ce frémissement infime du corps, vecteur de sons et résonances, passeurs d'ondes et de vérités physiques tangibles.
Infime "extime-intime" du corps et de la texture de la peau du monde sonore: celle qui se hérisse, frémit, trmble et aspire dans un soupir au repos éternel.
La mystique maya de Scelsi, offrant un terrain de jeu et d'interprétation incontournable sincérité des émotions, celles qui font bouger, ces é-motions dignes d'une danse vivante et féconde.

L'oeuvre "Uaxuctum" fait ici l'objet d'une réalisation filmique sobre et dépouillée où le son travaillé à l'extrême ne restitue pas cependant les émotions vibratiles de l'univers de Scelsi.
Le son, spatio-temporel, capté de façon très sophistiqué ne parvient pas ici à immerger le spectateur-auditeur: sans doute la réalisation, très sage des cadres et images, du rythme du film y sont-elles pour quelque chose.
Mais le cinéma n'est-il pas aussi rythme, montage, son off et in, musique ou danse, mouvement et passages?
Esprit-es-tu là ?

Rectificatif:
Des conditions techniques non respectées par la projection ce soir là sont responsables de cette frustration: on s'interroge sur le professionnalisme de la technique qui ferait ainsi croire que tout ce fabuleux travail de prise de son, tombe à l'eau et fait flop !

A l'UGC Cité Ciné ce jeudi 20 Septembre

"Soffio di Scelsi": respire ! Éole ,faite Jacinthe à fleur de peau!

La démarche créatrice de Giacinto Scelsi était singulière. Il disait recevoir sa musique d’un deva, divinité de l’hindouisme, et se livrait, pour la recueillir, à de longues séances d’improvisations à l’Ondioline, qu’il enregistrait et faisait transcrire par un tiers. Il paraît dès lors naturel que de fins improvisateurs comme Jean-Marc Foltz, Stéphan Oliva et Bruno Chevillon aient souhaité s’imprégner de sa musique pour improviser ensemble dans l’esprit du maître italien.

Comment restituer l'âme et l'esprit du compositeur "fou", décalé, exigeant et solitaire, maître des ensembles , des chœurs, lui rendre un "hommage", un "tombeau" musical où l'on puiserait dans sa force mystique, dans son allant spirituel? Giacinto, la jacinthe, fleur inspiratrice!
Chose engagée et réalisée pour le festival Musica, pièce dédiée à Jean Dominique et Catherine Marco..
Cadeau, présent émouvant, habité par les trois protagoniste, dans un seul souffle commun: l'inspiration, l'improvisation et la structure. Tenue, hauteur et durée des notes pour mieux transcender le temps, l'espace intime de la musique de Scelsi.
Un trio, un ensemble réuni pour l'occasion qui démarre avec de superbes vibrations: ça gronde à l'horizon, l'ouragan se lève menaçant. Le saxophone émet encore quelques intonations aux mélodies arabisantes, lointaine évocation d'un paysage désertique, habité par les vents, alors que le piano grouille et frémit, fébrile.
Paysage de dune qui se déplacerait, alors que la contrebasse évoque aspiration et inspiration, les cymbales, une ponctuation singulière.
L'atmosphère est étrange, tendue, le suspens plane, horizontal, frontal; quelques éclats de musique fendent l'éther...
Et ce trio intrigant de fabriquer résonances cinglantes, stridentes, inquiétantes. Métalliques.La réverbération, et la prolongation des sons opèrent: volume et espace sonore s'étirent en profondeur dans la durée ou la hauteur. Lenteur, déploiement d'une suite d'interventions sonore inouïe, inédite de chacun des instrumentistes, concourent à épouser l'esprit de la composition chez Scelsi: de l'audace, du jamais "entendu".
Soudain le fracas fait place à cette savoureuse unité de ton, montée en puissance du son, des percussions, frappées à la grosse caisse avec fureur et autorité. Déferlement des notes sur le piano dans lequel plonge l'interprète pour le préparer à du son neuf et vivace.


Tambours, peaux et percussions, frappés fort
On remarquera le jeu de Bruno Chevillon, très physique, beaux gestes à l'appui, sensuels et mesurés sur les tenues des notes et les vibratos de la contrebasse. Le voilà mante religieuse, entourant son instrument, les bras prolongés par des baguettes qui titillent le coffre de bois de sa carapace sonore et vibrante.De ses deux archets, il semble manipuler une marionnette, objet vivant et vibrant.
Souffle, respiration au poing, dans de belles inspirations-expirations, visibles comme une danse.
On se souvient de l'oeuvre vidéographique des chorégraphes belges Mossoux Bonté, "Scelsi Suites" où ils signaient un duo en huis clos énigmatique et troublant de gestuelles inventive.


Toujours des sons étranges sourdent de cette tempête qui bruisse, tantôt brise, zéphyr ou bise soutenue, ouragan de percussions, tsunami de vents et bruissements divers. A la source, c'est l'instrument qui inspire, sa forme et sa matière qui résonnent.
"Le son est le premier mouvement de l'immobile", son leitmotiv, fondamentaux de sa musique est ici troublant de présence, de réalité charnelle.
La voix fait irruptio, Bruno Chevillon en lecteur et percuteur des mots enregistrés par Scelsi sur sa musique, sorte de manifeste "dada" de son art morcelé, inventif et décalé.
Un magnifique solo de saxophone de Jean Marc Folz, un jeu plein de dextérité du pianiste Stéphan Olivia pour nous rappeler l'importance de chacun dans ce fondu de musique très inspirée, cosmique en diable! Le chaos tectonique s'installe à nouveau dans un déferlement savant de tonalités, un affolement des sens pour l'auditeur, placé au cœur de la musique vivante qui se fabrique devant lui.
 Apocalypse, capharnaüm, tout ici gronde et vibre à l'envi: même celui qui lit et écrit bruisse et détermine une musique de table, sons d'un texte raisonné, passionnant du compositeur.
Belle initiative, hommage rendu à un esprit trublion et performant d'un auteur visionnaire, décuplant les forces tectoniques de la musique.
Les dieux du vent attablés pour ce banquet d'éoliennes poursuivant le chemin du compositeur dans le respect, l'adaptation savante et raisonnée d'une oeuvre à "fleur" de peau !


jeudi 20 septembre 2018

" Zappa: Eat That Question": Hit -parade hirsute !


Eat that Question suit un déroulement chronologique de 90 minutes qui aborde différents thèmes, le génie de l’artiste bien sûr et son ouverture artistique à de nombreux styles entre rock, classique, jazz, pop, disco, funk, musique concrète et sérielle; mais également ses engagements, sa vision de la société contemporaine, son combat pour la liberté d’expression. Un regard en profondeur sur la vie et l’œuvre de Zappa.
En 2003 Musica consacrait un concert à Frank Zappa, disparu dix ans auparavant. Pour le 25e anniversaire de sa disparition, l’hommage se veut plus ambitieux encore. Premier acte de la célébration, la projection d’Eat That Question – Frank Zappa in His Own Words, documentaire de Thorsten Schütte.

Maestro, Musica !
Un portrait "coup de poing" d'un homme qui en a distribué plus d'un à la gente famille des musiciens!
Avant tout compositeur, cet homme "hors norme" se révèle tantôt d'une droiture exceptionnelle -en business-, tantôt d'un fantasque hérissé et hirsute, débridé, inventif, hors cadre.
Ni révolutionnaire, ni anarchiste, le voilà "rebelle", en mouvement perpétuel, interviewé sans cesse par des marionnettes de guignol, prêts à le casser, le briser: drogué ? Jamais et surtout pas lors des tournées , ni au travail.
Une silhouette, tantôt radicale, sèche et fluette, moustache et cheveux noirs en poupe, ou accoutré de costumes bizarres, ou torse nu ! Un visage allongé, un regard confiant et accueillant, une dégaine bien à lui et un look abordable, loin de nous la furie ou le rockeur agressif ! Un père de famille de quatre enfants qui ne choisit pas leurs jouets, par manque de temps !
Un homme simple, exigeant, radical dans ses propos, hors langue de bois!
Il n’avale pas sa langue, ni ne mâche ses mots: "mange cette question" !: un titre curieux énigmatique pour un être qui ne l'est pas moins!
Dirigeant du Varèse ou faisant résonner des roues de vélo à la "dada", ce trublion de la musique rock et savante va en étonner plus d'un et merci au festival Musica de nous ouvrir ainsi les yeux et les oreilles à propos d'un mythe pas toujours laudatif car trop méconnu.
Des moments d'émotion lors de son interview où il parle de son cancer, le visage tiré, mais le regard plein d'étoiles!

A l'UGC Cité Ciné Strasbourg  ce mercredi 19 Septembre