vendredi 12 octobre 2018

"Rosas" 2007 / 2017

Anne Teresa De Keersmaeker (°1960) a fondé la compagnie de danse Rosas en 1983. Son travail chorégraphique explore inlassablement les liens entre danse et musique, et s’affronte aux structures musicales et aux partitions de toutes les époques, de la musique ancienne à la musique contemporaine en passant par les expressions populaires. Sa pratique puise en outre dans les principes formels de la géométrie, de l’étude des phénomènes naturels et des structures sociales, ouvrant de singulières perspectives sur le déploiement du corps dans l’espace et le temps.
Le minimalisme de ses débuts, nourri de complexité musicale, a peu à peu cédé la place à de flamboyantes constructions pour grands ensembles dansés. En 2007, le travail de la chorégraphe prend cependant un tour nouveau : un « minimalisme second », qui ne revient sur son lieu de départ qu’à une place inattendue. Dépouillement et grand air, simplicité et valorisation énergétique des gestes élémentaires – la marche, le souffle, le parler – reconfigurent la dynamique du simple et du complexe et relancent son écriture.
Les photographes Anne Van Aerschot et Herman Sorgeloos ont été les témoins privilégiés de ce processus. À travers leurs images, réunies dans un seul et même ouvrage pour la première fois depuis dix ans, ils délivrent un regard d’une acuité exceptionnelle sur cette dernière décennie de l’aventure Rosas.

"Girl": Sidi Larbi Cherkaoui quelque part dans le film, comme un auto portrait !


Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.



Où se cache le chorégraphe dans ce film hallucinant sur l'univers de la danse classique,où rigueur, discipline, acharnement, douleur et souffrance tissent une tension insupportable...Loin de la danse de Sidi Larbi, mais on peut le soupçonner d'avoir co-dirigé les évolutions, l'énergie et toutes les facettes de l'exercice classique, ici transfigurées part le fait que c'est un corps d'homme plus rigide qui exécute les figures emblématiques: manèges infernaux, sauts de biches et autres détirés et écarts faciaux invraisemblables pour un homme !
Une part d'autoportrait aussi pour cet artiste franco-maroco-belge, musulman, homosexuel qui a du se frotter à l'homophobie et l'intolérance: sa danse acrobatique et contorsionniste n'est-elle pas aussi exigeante, monstrueuse et hors norme?i



Le film de Lukas Dhont avec Victor Polster en Lara est insoutenable, très violent psychologiquement et les scènes "sanitaires" où le héros mutile, asphyxie son corps, le rend "plat" et insipide, asexué n'est pas l'âme et l'essence de la danse!
Sidi a du souffrir, lui aussi pour rendre si authentique, si sensitif, cet univers de contraintes assumées, ses choix de dressage du corps à l'inverse de sa pratique 



phallic girl yayoi Kusama


mercredi 10 octobre 2018

Pere Faura: la danse , une autre histoire à sa façon !!! Pas de Petipa !


« Pas de danse, pas de paradis » prévient Pere Faura. Et l’artiste catalan d’investir la scène et l’image pour nous conter son histoire. Comment s’y prend-il ? En revisitant à sa façon, avec son imaginaire et sa mémoire de danseur, quatre pièces cultes de l’histoire de la danse. La légendaire Anna Pavlova dans le Lac des cygnes, incontournable Gene Kelly dans Chantons sous la pluie, mythique John Travolta dans La fièvre du samedi soir et l’inoubliable Fase d’Anne Teresa de Keersmaeker : des exercices d’admiration aussi subtils que malicieux.

Pas à pas, à pas de loup, le voici qui s'engage dans une brèche périlleuse: conter, donner à voir la mutation gestuelle, thématique et formelle de la danse.... Vaste épopée, odyssée de l'espace dansé, navigation à vue à travers les frontières et les époques....Sans faux pas et sans Marius ... 
Tout d'abord, c'est une voix off qui nous énumére les définitions de la danse, inventaire à l'appui, quelque peu décalé d'expressions, de clichés. Catalogue déraisonné, cinglant décapant! Mieux que Larousse et Petit Robert!
C'est à Gene Kelly qu'il s'attaque, celui qui parle de sa danse en la décrivant, savante, écrite où rien n'est laissé au hasard. En noir et blanc, Pere Faura, de sa petite stature sympathique, replète , dodue, "grassouillette" nous conte ses aventures, ses rencontres corporelles avec ses quatre figures emblématiques de sa culture de l'histoire de la danse: celle qui a traversé, conquis et formé son corps.






"Chantons sous la pluie" y est décortiqué pas à pas, mime au point pour nous dévoiler la simplicité évidente des sources d'inspiration du danseur de claquettes célébrissime: de l'évidence et du bon sens très appuyé des propos chorégraphiques de l'artiste!Pourquoi aime-t-on le "prémâché", "l'évident", le "rien à imaginer", confortable et sans histoire?
Puis c'est à l'univers disco qu'il s'adresse sur fond de lumières tournantes issues d'une boule à facettes.Il s'approprie les mouvements de Travolta en se questionnant sur "la propriété" de la danse: à qui appartient ce geste, de qui est-il, qui en est "le propriétaire" éphémère!
Vaste sujet que la propriété artistique et littéraire!
Suivent les ombres jumelles, dédoublées de "Fase" de A.T. De Keersmaeker, qu'il analyse, nous livrant les origines de cette danse répétitive, hypnotique Des ombres qui se colorent, fluo, au fur et à mesure.



Ce sera au tour de La Pavlova que d'être la cible de ce voyage très personnel dans l'histoire de la danse. Une "mort du cygne" dont il nous raconte l'anecdote finale méconnue. 
Ne mimant jamais ces idoles, s'inspirant malicieusement, avec distanciation, il chemine dans des univers virtuels magnifiques très inspirés. De son dressing descendu des cintres, il se fera un costume en couches, strates, palimpseste et métaphore de ce qui fait notre mémoire, ce patrimoine archivé, héritage et passation d'images, de mouvances, de qualités gestuelles.

Il emprunte et ce qui s'imprime et s'imprègne, pose ses empreintes dans le corps et la mouvance de l'interprète.
En Marcel blanc, il sera le cygne agonisant, en robe noire, deviendra les jumelles de Fase...
Mais c'est en vert et rouge sur des versions de "Dance me to the end of loive" de Léonard Cohen, que la démonstration sera la plus convaincante.
A chacune de ses figures de référence, feront suite quatre solo inspirés, nourris et prolongés, des mouvances de chacune de ses références. Plus de citation, mais une danse qui lui appartient, inspirée, juste et nourrie de ses origines!
Sur fond d'images vidéo, opéra, paysage ou boite de nuit, très travaillées, sorte de dance floor mouvant, sous ses pas agiles et transportés par la danse de ses quatre muses. Au départ, il y a les mouvements appris, repérés, digérés, à l'arrivée l'inspiration et l'adaptation de ce savoir, inscrit dans le corps qui se réanime
Une vraie réussite que cette "formule" jamais didactique, toujours "fièvre de la danse", celle qui fait bouger le monde et le corps, inconscient collectif ou réappropriation d'un patrimoine universel.

On se souvient de "Histoires condansées", de "Flip book" de Foofwa d' Imobilité, du "Pavlova 3,23 " de Mathilde Monnier, et d'autres, s'inspirant ostensiblement d'autres écritures contemporaines avec un brin de nostalgie!

A Pole Sud ce 10 Octobre