Film et Musique à l'honneur pour démarrer 2020 avec Jazzdor !
On vous donne rendez-vous les 16 et 17 janvier pour 2 projets exceptionnels à Strasbourg
[ CUT UP THE BORDER ]
Trente ans après sa réalisation, les bandes sons originales du mythique film “Step Across the Border” sont redécouvertes !
Des producteurs de radio en Allemagne proposent alors à Nicolas
Humbert d’imaginer une oeuvre radiophonique à partir des sons retrouvés.
En collaboration avec l’artiste sonore Marc Parisotto, ils composent
“Cut Up the Border”. Fred Frith, protagoniste principal du film
improvisera “live” sur le mix en direct de ces bandes resurgies du
passé !
Evénement bien suivi, salle comble ce soir là pour un moment inédit de partage de musique d'aujourd'hui: en temps réel, devant nous, seul sur le plateau, Fred Frith, assis, guitare en main: c'est parti pour une performance inédite: sur la bande son déjà multi-couches, il saute sans filet sur les enregistrements passés, avec brio, surprise, étonnement: de son petit attirail proche de lui, instruments de la passion, prémédités, il va opérer, scanner le son, ausculter les timbres, inciser la masse sonore, sculpter de la matière sonore: avec des toupies, une brosse, un pinceau bien poilu, une chaine frottant un récipient de ferraille...Tout est bon dans le son! Et les strates de vibrer en tectonique géologique comme autant de feuilletage d'un palimpseste ressuscité. MillefeuIlle musical, visuel, l'opus incongru, singulier, unique fabrique de sonorités inouïes, fonctionne à plein, une bonne heure durant. Du calme à la tempête, du silence au fracas, du recueillement à la confession paienne d'un maitre de musique improvisée sur le champ. Filliou, Duchamp, Beuys se réveillent et jubilent dans cet esthétique sonore du danger, du risque du ratage, de l'à-côté.Il frappe, tape, caresse le dos de la guitare, la fait résonner en écho de la musique qui borde l'espace préparé. Ses deux compères aux consoles, le guident, le suivent, l'accompagnent, l'étonnent ou le déroutent dans cette aventure spatio-temporelle inédite, historique déjà! Sa voix, chant iroquois, mélopée de gourou, se fond avec l'environnement sonore, personnage à part entière.
Débordement de bruits hétéroclite, inconfortable position de l'auditeur qui vibre à l'unisson avec les trois protagonistes de cet oeuvre singulière: objet concertant non identifié, résurection de bribes de mémoire, d'instants de l'histoire du jazz, incarnée par des bien vivants compositeurs de l'akéatoire: un grand art de l'instant, sur la corde raide de la guitare qui se transforme en roche métamorphique pour charger l'atmosphère de plis, d'énergie, de chaleur et le temps passe.
Seul le son d'une mouche, fait effet de conclusion: Frith l'abat d'un son de couvercle jeté à sa face virtuelle: le hors-champ est délicieux, l'imaginaire travaille et les mains jointes, l'artiste, performeur d'un soir, se retire modestement.Et ça travaille encore chez l'auditeur-spectateur, témoin, passeur de ces instants qui touchent et distillent le temps avec ravissement. Un concert unique, gravé dans les mémoires de l'éphémère.
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Musique
et paroles originales de Fred Frith, Tom Cora, Haco, Iva Bittová, Pavel
Fajt, Ted Milton, John Zorn, Donald Frith, Robert Frank, Jonas Mekas.
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Vendredi 17 janvier
20H30
Jazz Club au CSC Fossé des Treize
samedi 18 janvier 2020
vendredi 17 janvier 2020
"Step Across the Border, A Ninety Celluloid improvisation" : un film de Fada, sur un "Fada" !
Celluloïd Improvisation
-
16/01/2020
"Dans le cadre du concert “Cut of the Border”, Vendredi 17 janvier à 20H30, Fossé des Treize, Strasbourg
Documentaire sur le musicien nomade Fred Frith toujours à la recherche de nouvelles rencontres, de nouveaux sons et de nouvelles musiques qui transgressent les frontières et les classifications. Le film est à l’image du personnage de Frith : pas de structure pré-établie ni de narration claire et précise, mais un montage fondé sur des liens sonores insolites. Cette “improvisation sur celluloïde” nous montre qu’il existe un cinéma libre et improvisé comme le free jazz peut l’être : sauvage, étincelant et surprenant. Le film a gagné le Prix Arte du documentaire européen de l’année, en 1990.
Rencontre avec Nicolas Humbert aura lieu à l’issue de la projection."
Allemagne + Suisse – Film de Nicolas Humbert & Werner Penzel, 1990, 35mm, VostFr, 90’
En avant pour un choc, une tectonique cinéma-musique, autour du personnage de Fred Frith, objet cinématographique non identifié entre documentaire de création et portrait, terminologie insatisfaisante pour qualifier un film rare, issu de rencontres, d'amitiés et de relations de confiance entre réalisateur et artiste.En présence d'un journaliste de chez ARTE, un débat très riche vient éclairer le processus de création de ce document rare de trente ans, réalisé en 1990
Tout démarre sur l'écran par un générique très dadaiste, fait de lettres qui se métamorphosent joyeusement, en graphisme noir et blanc comme tout le film le sera. Surprises multiples pour cette oeuvre truffées d'images enregistrées sur le vif, lors de concerts, de soirées, de rencontres. La ville, l'architecture et l'histoire s'y cotoient pour brosser le paysage d'une époque encore très "contemporaine" A Tokyo, on s'endort dans les trains, corps abandonnés par le travail et les distances, les trajets.
La musique va bon train, improvisée, fabriquée devant nos yeux, dans l'instant, alors qu'un savant montage très construit transporte rythmes et sons dans un quotidien transformé Tel un John Cage, Frith se révèle à l'écoute de la vie, de l'instant, des bruits du quotidien et les restitue, transformés par la créativité débordante, bouillonnante. Des amis, des artistes l'entourent qu'il convoque généreusement à ses côtés. Sa relation au public l'entraine loin des concerts de consommation. Riche de partage, d'écoute, cet artiste mythique apparait, communiquant et sympathique, alerte, inventif Le film suit cette vocation d'aléatoire, de surprises en surprises, de prises de vue, en prises très physiques. Une scène finale, un couple divaguant sur un quai de gare, chorégraphie improvisée en diable, honore la simplicité des propos ici impliqués: la danse aléatoire de ces deux personnages capturés, captés sur le vif comme des images de Cartier-Bresson fait mouche.
Ce document, film expérimental à l'image du "Ballet mécanique" de Fernand Léger ou de "Entr'acte " de René Clair est un petit chef d'oeuvre niché dans le cabinet de curiosité du cinématographe
Musique d'aujourd'hui, toujours vivante dans le rythme d'un opus hybride, non conventionnel, âgé de trente ans, toujours jeune et d'actualité.
A déguster sans modération...
Matière sonore!
Le celluloïd est aussi le nom donné à une matière composée essentiellement de nitrate de cellulose et de camphre. Elle est considérée comme la toute première matière plastique et son origine remonte à 1856. Sa composition a été petit à petit améliorée pour la rendre finalement facile à modeler et à produire. De là à créer du son-image plastique, le lien est fait !
Documentaire sur le musicien nomade Fred Frith toujours à la recherche de nouvelles rencontres, de nouveaux sons et de nouvelles musiques qui transgressent les frontières et les classifications. Le film est à l’image du personnage de Frith : pas de structure pré-établie ni de narration claire et précise, mais un montage fondé sur des liens sonores insolites. Cette “improvisation sur celluloïde” nous montre qu’il existe un cinéma libre et improvisé comme le free jazz peut l’être : sauvage, étincelant et surprenant. Le film a gagné le Prix Arte du documentaire européen de l’année, en 1990.
Rencontre avec Nicolas Humbert aura lieu à l’issue de la projection."
Allemagne + Suisse – Film de Nicolas Humbert & Werner Penzel, 1990, 35mm, VostFr, 90’
Tout démarre sur l'écran par un générique très dadaiste, fait de lettres qui se métamorphosent joyeusement, en graphisme noir et blanc comme tout le film le sera. Surprises multiples pour cette oeuvre truffées d'images enregistrées sur le vif, lors de concerts, de soirées, de rencontres. La ville, l'architecture et l'histoire s'y cotoient pour brosser le paysage d'une époque encore très "contemporaine" A Tokyo, on s'endort dans les trains, corps abandonnés par le travail et les distances, les trajets.
La musique va bon train, improvisée, fabriquée devant nos yeux, dans l'instant, alors qu'un savant montage très construit transporte rythmes et sons dans un quotidien transformé Tel un John Cage, Frith se révèle à l'écoute de la vie, de l'instant, des bruits du quotidien et les restitue, transformés par la créativité débordante, bouillonnante. Des amis, des artistes l'entourent qu'il convoque généreusement à ses côtés. Sa relation au public l'entraine loin des concerts de consommation. Riche de partage, d'écoute, cet artiste mythique apparait, communiquant et sympathique, alerte, inventif Le film suit cette vocation d'aléatoire, de surprises en surprises, de prises de vue, en prises très physiques. Une scène finale, un couple divaguant sur un quai de gare, chorégraphie improvisée en diable, honore la simplicité des propos ici impliqués: la danse aléatoire de ces deux personnages capturés, captés sur le vif comme des images de Cartier-Bresson fait mouche.
Ce document, film expérimental à l'image du "Ballet mécanique" de Fernand Léger ou de "Entr'acte " de René Clair est un petit chef d'oeuvre niché dans le cabinet de curiosité du cinématographe
Musique d'aujourd'hui, toujours vivante dans le rythme d'un opus hybride, non conventionnel, âgé de trente ans, toujours jeune et d'actualité.
A déguster sans modération...
Matière sonore!
Le celluloïd est aussi le nom donné à une matière composée essentiellement de nitrate de cellulose et de camphre. Elle est considérée comme la toute première matière plastique et son origine remonte à 1856. Sa composition a été petit à petit améliorée pour la rendre finalement facile à modeler et à produire. De là à créer du son-image plastique, le lien est fait !
"Hope Hunt et The Ascencion into Lazarus" de Oona Doherty: Gavroche sur les barricades: insurrection !
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Le 16/01/2020 et le 17/01/2020
Réenchanter les rues de Belfast, sa vie entre joies et douleurs. Tel débute Hope Hunt, puissant et court solo créé en prologue à The ascension into Lazarus, une pièce marquante d’Oona Doherty. Danse rebelle, collage poétique et musical cisèlent le fascinant personnage masculin interprété par la chorégraphe.
Originaire d’Irlande du Nord, Oona Doherty fait jaillir des corps, de son vocabulaire singulier, des images, des affects fortement imprégnés par les violences sociales et politiques de son pays.
Croisant danse, performance et poésie sonore Hope Hunt & The Ascension into Lazarus met en scène un personnage puissamment forgé entre vulnérabilité et fierté. Son parcours aventureux, sa quête d’un paradis en font un solo halluciné dont certains climats flirtent avec la science fiction et les clips vidéo.
Cette pièce accompagnée de son prologue Hope Hunt, fait partie d’un projet au long court intitulé Hard to be soft – A Belfast prayer in four parts, « Difficile d'être doux - Une prière de Belfast en quatre parties ». Selon la chorégraphe : « Pour danser, il faut muscler son imagination » mais aussi transfigurer le quotidien, susciter l’empathie et raviver la relation sensuelle entre musique et danse. Ce à quoi s’attache ce spectacle manifeste qui a fait sa réputation.
A la suite de ce projet, accueillie en résidence la saison dernière à POLE-SUD, Oona Doherty s’immergeait dans la création d’une nouvelle pièce autour des rituels féminins, Lady Magma."
Rendez-vous sur le parvis de Pole Sud: une voiture bien rafistolée nous attend, moteur allumé: un escogriffe, bière en main ouvre le coffre et délivre une furie, femme en révolte, vêtue d'une doudoune rembourrée: elle s'y colle, au sol, rageuse, habitée par un diabolique esprit de choc, de renversements, de roulades: le soulèvement gronde et vociférant, elle nous invite à regagner l'intérieur: on la suit, intrigué, malmené, prêt à jouer un jeu risqué: celui de partager une proximité corporelle et mentale
Ce Gavroche, né du pavé va prendre toute sa dimension sur le plateau nu du studio. Seul décor, une poubelle et un amas de détritus au sol.
Les barricades ne semblent pas éloignées de cet univers intranquille, en révolution.
Dans un rayon de lumière horizontal, elle parcours l'espace, en noir, costume de rebelle assiégée, cheveux lissés anonymes. Elle anone "dada" comme une dadaïste en furie, désignant l'absurde de sa situation: seule, insurgée, face à nous. Elle inspire avec grand bruit, brule et consume son énergie féroce: un bout de femme en colère, en rupture comme sa danse, tantôt fluide quasi classique, tantôt malmenée, cabossée. Elle parle toutes les langues, les mixte, bonhomme débonnaire et généreux avec lequel l'empathie fonctionne au quart de tour.Mécanique bien rodée, elle reproduit, refait, répète les mêmes gestes, en répétition déchainée: comme un disque rayé, les mots se choquent, flux et reflux verbal, va et vient qui achoppe, ralentit...Patine et fait du sur place. Le rythme va crescendo, les ratures salies succèdent à de beaux déboulés, classiques, enrobés, fendant l'espace dévoré de sauts et parcours fluides.Elle communique avec nous en interrogeant du regard, en désignant l'un ou l'autre, sans agressivité mais conviction et passion fougueuse. En spirale, en derviche tourneur, la voilà qui s'enivre, s'oublie, s'évapore.Ratages, plantages aussi, chutes et hésitations à son registre: nul n'est parfait et cela la rend accessible, proche, familière malgré une certaine distance due à son sujet d'insurrection.Devant une poubelle, dressée comme un autel dérisoire de détritus, offrandes au monde souillé d'injures, elle se repend lors d'une danse sauvage, hystérique, possédée.Elle mouline ses paroles, mots jetés comme des fleurs épineuses à la face du monde.Garçonne effrontée, virulente, frondeuse, au sol, sa violence éclate, éclabousse et touche droit au but, le spectateur placide. Mais les injonctions sont claires: nous sommes ensemble; de sa voix rauque, sa syntaxe gestuelle épouse sa prosodie mélodique et se fond en discours inaudible, flou. Une métamorphose s'opère soudain quand après un fondu au noir, elle apparait, de blanc vêtue: miracle de cette apparition incongrue sur fond du " Miserere " de Grégorio Allégri, mixé avec bruits et paroles métissées, contemporaines.La métamorphose opère, ce chant religieux la transporte dans des sphères gestuelles extatiques, ouvertes, christiques où le Gavroche ou la Cossette passe de l'autre côté vers la rédemption, le pardon. C'est sidérant et intriguant. Virginité au poing dans la blancheur, mais regard de truand, d'arnaqueur.
On n'est pas dupe de ce miracle: sur des bruits de bagarre, de rixes, de hurlements, sa danse se révèle, furieuse, insurgée. Dépitée parfois, très expressive, elle se repend, très digne dans ses différents registres, elle surprend, étonne, emmène sur des chemins de traverses multiples. Un grand fatras sonore mêle dévotion, et "contre- ut" vertigineux de Allegri qui se répètent, pugnaces et transcendants. Danse et propos païens , fulgurance et lenteur se joignent, souffrance ou dérision s'entretiennent. Limpide, son jeu se brouille et dans une auréole, comme une sainte sacrifiée, elle rayonne, offerte et généreuse.Entre pulsion et sagesse, elle se confesse et disparait pour mieux revenir et nous conduire vers une folle after party au bar ou l'on réconcilie danse, politique et poésie autour un verre de la rébellion et le l'amitié métissée!
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