samedi 24 septembre 2022

"I dont' want to be an individual all on my own": Geneviève Murphy méta-morphique musicienne !



"La performeuse écossaise Genevieve Murphy se met elle-même en scène. Avec I don’t want to be an individual all on my own (Je ne veux pas être un individu isolé), elle cherche à établir une nouvelle relation avec le public centrée sur l’empathie et la curiosité pour l’inconnu. Son point de départ est une ordinaire fête d’anniversaire — plus précisément, la célébration de ses neuf ans, il y a une vingtaine d’années, dont elle avait elle-même composé la bande-son. Les spectateurs s’immiscent dans une tranche de vie familiale munis de casques d’écoute, à la manière d’une fiction radiophonique. Seule en scène, Genevieve Murphy réalise en direct tous les aspects de ce théâtre sonore mêlant récit de soi, poésie sonore, musique électro-pop et ASMR."

Elle invite d'emblée à rentrer en empathie avec son personnage, très présente et charnelle, joueuse de tout son corps musical: paroles et texte à l'appui, elle se fait conteuse de sa propre mémoire sensorielle. Déjà pour son premier anniversaire mis en scène, elle se souvient du rituel autant que de l'angoisse de ne pas réussir cette fête aussi sociale que ludique. Munis de casques on la suit ou la précède sans encombre, en sympathie et complicité sonore. Bruits et sons modulés, recherchés qui s’immiscent dans les tympans et deviennent sources de sens et de jouissance. Très sensuelle approche de bruits gourmands de bouche, de sons créés in situ en direct, dont on peut discerner la source: objets divers et variés à l'envi.Danseuse aussi pour son concours de danse de chaque année dont elle est victorieuse et vedette!Sous les néons de la scénographie, la voilà qui ondule, pop star enfantine et joviale...Des images impressionnantes de morphing du visage grimaçant à l'excès éclairé de façon à leurrer le spectateur: de la 3D ou de la réalité? Chorégraphie des traits, des lèvres, de la bouche pour un portrait à la Francis Bacon sans aucun doute. Le travail de Geneviève Murphy est direct et le médium du casque incruste dans les méandres du cerveau et de l'ossature  crânienne de belles et curieuses sensations phoniques. Amplification des timbres, subtilités des volumes, infimes aigus à percevoir pour le plaisir de l'écoute visuelle qui en découle.

Un travail à suivre pour une poursuite de cette exploration inédite autant des sons que des images: tel un "wildermann" sonore à la Charles Fréger, vêtu de bandes magnétiques froissées en boule,en tutu de circonstance pour un statuaire vintage de toute beauté!




concept, mise en scène et performance | Genevieve Murphy

"Marelle" de Benjamin Dupé




"Marelle / que les corps modulent ! est une pièce de concert dansée dont les interprètes sont des enfants, à la fois danseurs et musiciens. La scène prend la forme d’un atelier de lutherie en construction, modulé et habité par des corps énergiques et joueurs, à l’écoute d’eux-mêmes et de l’environnement. Une expérience artistique et sociale conçue par le compositeur Benjamin Dupé avec la collaboration du chorégraphe Étienne Fanteguzzi, ainsi qu’une douzaine d’enfants du quartier de la Meinau."

Un généreux moment de partage convivial et ludique parsemé d'embuches et de handicaps à franchir pour une expérience hors pair en compagnie de "performeurs" amateurs plein de talent et d'ingéniosité; au coeur d'un beau studio de danse professionnel sans doute impressionnant et auprès d'un public bienveillant, au sein d'un dispositif en carré.Public attentif à toutes les découvertes sonores investiguées: un élasto-clap inventé de toutes pièces, des verres frémissants et  tintant grâce à une perche magique manipulée de main de maitre.Des objets détournés pour devenir "sonnants et trébuchants", résonnant , sources de sons inédits émanant d'objets du quotidien. Un éveil corporel aussi pour ces jeunes protagonistes, danseurs en herbe, bons joueurs et acteurs le temps d'une représentation sans "fausse note" ni bavures sonores: au contraire, sans partition écrite, la musique se fait vive, curieuse avant de devenir "savante écriture" et instrumentale! 

Benjamin Dupé, Marelle / que les corps modulent ! (2022) - création mondiale

concept et musique | Benjamin Dupé
chorégraphie | Étienne Fanteguzzi
espace et dispositifs instrumentaux | Olivier Thomas, Benjamin Dupé
son | Julien Frénois


"Concert sur soi": Joachim Angster en toute intimité! Alto, prends garde à toi .....

 

"Musica convie auditeurs et auditrices à vivre un moment unique. Durant tout le festival, des concerts ont été dissimulés dans des lieux insolites ou normalement inaccessibles du centre-ville strasbourgeois. Des musiciens proposent une lecture du répertoire contemporain à travers plus d’une centaine d’oeuvres. Une expérience de l’intimité musicale qui, pour être vécue pleinement, est destinée à un public extrêmement réduit. Quant au mystère des lieux et du programme des concerts, il ne sera levé qu’au dernier moment…

Une cinquantaine de musiciens et musiciennes issus des formations invitées, d’ensembles locaux et de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg proposent une lecture du répertoire contemporain à travers plus d’une centaine d’œuvres. Une expérience de l’intimité musicale qui, pour être vécue pleinement, est destinée à un public extrêmement réduit. Quant au mystère des lieux et du programme des concerts, il ne sera levé qu’au dernier moment…

Le protocole est simple. Le spectateur choisit le créneau horaire qui lui convient, sans que ne lui soient dévoilés le lieu et le programme du concert. Une adresse lui est communiquée par SMS et email 48 heures avant la manifestation. Tous les lieux sont situés à Strasbourg même et ont été sélectionnés pour ne poser aucun problème d’accès. Sur place, à l’adresse et à l’horaire précisés, le spectateur est reçu et guidé par un agent d’accueil vêtu aux couleurs du festival."


 

Le lieu tenu secret jusqu'au bout de ce futur voyage intriguant où le "trac" de l'inconnu, de l'étranger, se fait au coeur de l'auditeur-spectateur d'un soir, d'un moment attendu. Voyeurisme, curiosité, tout semble animer celui ou celle convoquée à ce show unique, taillé sur mesure. C'est dans la salle Stravinski de l'ancien conservatoire de musique de Strasbourg que nous guide une charmante hôtesse identifiée Musica sur les marches du café du TNS...Suspens et petite anxiété ou enthousiasme de retrouver un lieu où 40 ans auparavant on y écoutait Françoise Kubler chanter Aperghis pour les premiers pas de l'Accroche Note...En robe rouge, gainée de voix déjà percutante et timbrée contemporaine!

 Un jeune musicien fait irruption sur la scène déserte dans ce théâtre vide aux fauteuils peuplés de spectres absents...Vision surréaliste et onirique, l'auditeur assis sur une chaise dans l'intimité de la relation à deux, face à face!Un violon-alto pour trois morceaux de choix en soliste...De Gyorgy Kurtag, avec une pièce courte "Signes, jeux et messages"à Gyorgy Ligeti et son "Sonate pour alto", il n'y a qu'un pas que franchit l'interprète du Philarmonique de Strasbourg, avec dextérité, virtuosité et bravoure.Les cordes menées à bout de leurs possibilité sous ses doigts agiles pleins de maitrise: oeuvres qu'il a choisies pour leur originalité, leur "modernisme" musical, leur rareté et complexité..Un choix judicieux qui éclaire les possibilités d'écriture musicale pour alto et réjouit le tympan, agile à restituer les harmoniques qui se dissolvent dans la finesse et l'extrême difficulté à reproduire des sons inouïs..La dernière pièce exécutée de Pascal Dusapin, extraite de "Inside" de 1980 fait figure de zénith, de "clou" de ce concert inédit. L'alto vibre, surprend, se plie aux caprices d'une partition pleine de didascalies, de notes d'intension de niveau, de timbres, de rythme....Un régal, le temps de cet échange inédit musicien-auditeur qui flatte quelque peu l'ego personnel de celui qui reçoit ce cadeau unique et ciblé pour le meilleur d'une écoute recueillie, intime, intense. Promesse d'une encore meilleure lecture d'autres oeuvres après cette leçon particulière de musique de premier choix. Joachim Angster et sa frêle silhouette tout en noir se pliant à cet exercice avec générosité, enthousiasme, éclairant de son "discours amoureux" les oeuvres interprétées devant et pour celui ou celle qui ose franchir les barrières du concert classique frontal, pour dériver sur le fil du danger de la rencontre, de la proximité: belle initiative du festival Musica pour faire se rapprocher acteur et auditeur dans le vaste champ de la musique! On quitte les couloirs, escaliers, salles de cours et rampe de fer aux diapasons sculptés, pour réintégrer le monde de la cité, le rêve encore plein les oreilles....