dimanche 2 octobre 2022

"Different trains" Quatuor Diotima et Horns : ça va bon train. A toute allure dans l'immersion musicale.

 


vendredi 30 septembre 2022 dans le cadre du festival MUSICA à Nancy
CCAM - Scène Nationale de Vandœuvre

La première étape de l’excursion lorraine de cette édition est l’occasion d’une rencontre symbolique entre Musica et Musique Action, deux festivals cousins et voisins créés au début des années 1980. Ce rendez-vous inédit se traduit par un jeu de miroir entre deux quatuors, deux attitudes et deux visions. 

Sous le titre de Horns, le premier est un chaudron porté à incandescence, un creuset de vibrations profondes et de crépitements électroniques orchestrés par quatre explorateurs du sonore sous la houlette de Seb Brun. Tout démarre dans un silence énigmatique: le public invité à déambuler dans l'espace protégé de la Salle des Fêtes de la mairie de Vandoeuvre attenante, par un passage souterrain étonnant.Se détachent de la foule, quatre musiciens simplement badauds errants parmi les spectateurs, invités à faire connaissance avec le dispositif sonore: curieuses petites installations au sol, faites de bric et de broc qui intriguent. Sons lointains, étranges, ténus qui caressent l'oreille, vibrent, émanent de baffles, autant que de synthèse technologiques. Au deux consoles, les alchimistes du son s'affairent, alors qu'un trompettiste se joue des sonorités embouchées de son objet sonore...On regarde, observe sur place cet attirail magnétique qui vibre et bruisse, intrigue, déconcerte ou agace. La poésie de petites pièces de monnaies sonnantes et trébuchantes fait mouche pour les plus petits sur cette plaque de fer de boite à biscuit de récupération.Tout le reste va de cet acabit, joyeux, inventif, sérieux ou pas.Puis l'atmosphère bascule dans une dramaturgie sonore qui fait voyager très vite, très loin: c'est la locomotive furieuse de Zola dans "La bête humaine" ou l'entrée du train dans la Gare de la Ciota" des Frères Lumière.Images ou roman illustré par ces sons saturés, issus d'empilements d'enregistrements variés et divers pour la richesse de leurs intonations. Sifflement, sirènes de trains...Qui s'emballent, s'activent, se remuent et déboussolent! Le quatuor performe, improvise, surprend toujours et la déambulation est de mise pour apprécier cette marche-démarche originale, savante, invitant à une écoute libre, sans arrière pensée académique ni apriori intellectualisé d'un processus de création à vif et dévoiler avec les risques du in situ et de l'ici et maintenant.

 

Le second, ce sont les maîtres en horlogerie acoustique du Quatuor Diotima et deux œuvres majeures du XXe siècle, le Quatuor à cordes no 2 de György Ligeti et Different Trains de Steve Reich. Le tout est un voyage aux confins de la mécanique de précision musicale.Et la prestation de haute voltige fait de l'écoute de ces deux pièces réunies, une ode, un hommage aux deux compositeurs hors norme .Le quatuor présentant en prologue chacune des qualités musicales et de la genèse des pièces du récital.Ligeti, le roi et démiurge des cordes fait vibrer, résonner les cordes pincées, irise la matière sonore qui fluctue et dont se détachent des motifs flottants.Se déployant dans une infinie liberté lumineuse, alerte, mécanisme de précision qui serait devenu son propre maitre.Un régal de dextérité, de virtuosité aux bouts des doigts des interprètes ravis, aguerri et séduisant l'auditeur par cette rythmique décalée, surprenante, entrainante.  Alors que le magistral "Different trains" de Steve Reich plonge dans l'atmosphère noire et envoutante de la déportation.Les cordes s'animent et l'on visualise la source des sons qui ne sont pas ceux de la bande son, on les matérialisent à l'envi, scrutant cet espace sonore si évocateur du drame et de sa montée en puissance. Les sifflements des trains de la mort comme autant de mélopées de la souffrance, de l'horreur. Mais aussi de la portée dramaturgique de la partition si émouvante, tendue, asphyxiante.On étouffe, en apnée, on vole vers l'indéfectible destin des déportés dans une immense "poésie" musicale inouïe.Du grand art en partage pour cette soirée ébouriffante, décoiffante, associant immersion, écoute, pour créer des "états de corps" insoupçonnés.


première partie Horns

Performance immersive pour dispositif d’enceintes, objets vibrants, amplificateurs et quatre improvisateurs

trompette et no-input | Timothée Quost
synthétiseur modulaire | Clément Vercelletto, Julien Boudart
percussion et électronique | Seb Brun
son | Guillaume Jay


deuxième partie Quatuor Diotima

Steve Reich Different Trains (1988)
György Ligeti Quatuor à cordes no 2 (1968)

violons | Yun-Peng Zhao, Léo Marillier
alto | Franck Chevalier
violoncelle | Pierre Morlet

"Rendez vous près du feu" et sur la place royale!Des fenêtres ouvertes sur le monde.

 

L’Opéra national de Lorraine a initié Nancy Opera Xperience (NOX), un dispositif d’expérimentation pour le renouveau des pratiques de l’art lyrique.
En association avec Musica, l’Opéra a proposé à Mathieu Corajod, jeune figure du théâtre musical, de réaliser un projet en plein cœur de Nancy, sur la place Stanislas. La performance en plein air mêle le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra, ainsi qu’un mapping vidéo sur la façade de l’édifice.

Un spectacle grand format pour une soirée "prestige" de la scénographie urbaine en plein coeur de Nancy Sur la façade de l'Opéra, des images surdimentionnées pleines de couleurs et variations multiples et au coeur des fenêtres de l'édifice, un cadre rêvé pour chaque interprète musicien. Une maison vivante, tranchée où l'on distingue dans la lumière, les faits et gestes de cet ensemble séparé par les encadrement, chambranles ouverts, filtres de pénétration de cette façade à tiroirs magiques. C'est très beau, rehaussé par la musique intermittente, et les voix du choeur réuni au pied de l'Opéra. Comme sur un parvis, une fête ouverte, attractive de la musique d'aujourd'hui. Le public attiré par tant d'inventivité, de surprise, amateur ou néophyte, passant ou curieux, moqueur ou intrigué.L'ambiance musicale interroge, intrigue et invite à la découverte. Une expérience partageuse de grande qualité où les images fortes, tel l'incendie fumant sorti d'une balustrade, projette dans une narration des possibles et invite à la rêverie.Bien plus qu'une attraction, une mise en espace du patrimoine architectural en musique d'aujourd'hui insolite et très réussie

Dans le cadre du festival MUSICA à Nancy

"Encore" et encore des vibrations hallucinées!


 

En collaboration avec Nancy Jazz Pulsations dans le cadre de la « Poursuite » qui marque chaque année le lancement du festival, Musica invitait le duo électro strasbourgeois Encore. Une fin de soirée conviviale en plein centre de Nancy, dans l’un des plus beaux monuments Renaissance de la ville, l’hôtel de Lillebonne.Et ça dépote dans une ambiance du feu de dieu au premier étage de cette belle demeure"bourgeoise". De la rue, déjà, les sons résonnent tonitruants, fulgurants, obsédants.Alors près des baffles archi saturées, vous imaginez!Néons et scénographie psychédélique pour soirée "assommoir" saturée de sons vrombissants et de vibrations pénétrantes. L'insupportable audition du "trop" plein qui fait chavirer, décoller ou atterrir de plein fouet au bar histoire de reposer les tympans gorgés de couleurs, de densité de musique électro. Ça vaut l'expérience et s'y immerger est en soi un exploit ou un lâcher-prise physique pour un voyage supersonique de haute volée! Une soirée pas de tout repos mais qui ébranle les frontières du possible de l'écoute!

Dans le cadre du festival MUSICA à Nancy