samedi 15 avril 2023

Concert pour le 60 ème anniversaire du Traité de l'Elysée: que la joie demeure....A Strasbourg et partout ailleurs....

 


Concert pour le 60e anniversaire du Traité de l'Elysée

par le  Choeur philharmonique de Strasbourg

 Première collaboration entre le Choeur philharmonique de Strasbourg et l’Orchesterverein de Stuttgart à l’occasion du 60ème anniversaire du traité de l’Elysée le vendredi 14 avril à 20h à l'Église Saint-Paul à Strasbourg. 

 Programme : Ludwig van Beethoven, Symphonie n°9 

Peteris Vasks, Dona Nobis Pacem 

Alexander Adiarte et Catherine Bolzinger, Direction, Andreea Soare, soprano Belinda Kunz, alto Glen Cunningham, ténor Damien Gastl, basse 

"Le 22 janvier 1963, le président français Charles de Gaulle et le chancelier ouest-allemand Konrad Adenauer signaient à l’Élysée le traité du même nom qui devait sceller la réconciliation entre les deux voisins."
Dans l'esprit de ce traité, le Choeur philharmonique de Strasbourg construit un jumelage avec l'OrchesterVerein de Stuttgart - cette première collaboration propose la 9ème symphonie de Beethoven et le Dona Nobis Pacem de Peteris Vasks, en 2023, à Strasbourg et à Stuttgart, pour marquer les 60 ans du traité de l'Elysée.Les artistes interpréteront la Neuvième symphonie de Ludwig van Beethoven ainsi que Dona Nobis Pacem de Peteris Vasks, compositeur letton né en 1945 – une oeuvre à l’opposé stylistique des prouesses beethoveniennes, toute en nappes immobiles et mélodies imperceptibles – deux façons de porter un même message : un appel à la concorde fraternelle, en résonance particulière dans le contexte international troublé que nous connaissons.

Alexander Adiarte et Catherine Bolzinger se partageront la baguette pour ce concert exceptionnel. Un quatuor de solistes européens issus des meilleures formations lyriques compléte le plateau musical.

 

"Dona nobis pacem" de Peter Vasks
 
"Première plongée immersive dans les eaux baltiques de Peteris Vasks, avec Orchesterverein Stuttgart e.V. - première prise de contact, les sons s'irisent doucement, l'écrin se prépare, il ne reste qu'à y joindre les voix du Chœur Philharmonique de Strasbourg
Diriger un choeur ou un orchestre, c'est comme faire un puzzle - petit à petit, l'image apparait - c'est magique et j'adore ça !"
Paroles de Catherine Bolzinger qui ce soir là s'illustre par la maitrise musicale d'un choeur galvanisé par les circonstances et le lieu magnétique de l'église ST Paul. Un nombre impressionnant de choristes pour soutenir, porter cette oeuvre courte à l'ambiance recueillie et solennelle, préfigurant l'écoute de la symphonie de Beethoven qui va suivre: comme un échauffement, une mise en bouche, en "oreille" pour l'auditeur déjà plongé, immergé dans un univers pacifique Que des cordes pour l'occasion pour mieux glisser dans l'ambiance, laisser couler et faire fondre l’élixir d'une musique feutrée, méditative et parfois lente, passive. Du bel ouvrage pour le choeur dirigé ici par une cheffe au zénith de sa carrière ou à l'aube de toujours nouvelles expériences. Des chanteurs convaincus, alertes, vivants comme une masse sonore où se fondent les pupitres à loisir.
 
Morceau de bravoure pour la suite du concert tant attendue.. Voici donc le "best seller", l'oeuvre phare de la réconciliation, de l'union et de la fraternité entre les peuples. L'orchestre s'enrichit des vents et petite percussion.Quatre mouvements célèbres pour ajuster l'orchestre, le chef aux aguets et très volubile, Alexander G.Adiarte le choeur qui attend son tour au final et les solistes, présents, attentifs au déroulé de l'oeuvre, attendant leur heure avec attention et partage.
Du bel ouvrage pour le berceau acoustique de l'église qui résonne de ces aveux musicaux de liaison, de lien entre les hommes par des mouvements de vagues musicales, amples, toniques, très contrastés et fulgurants. La chair de poule se fait hérissante pour l'auditeur, séduit et malmené aussi par tant de tempête, de mouvements et oscillations de cette partition symphonique sans faute ni piège à priori. Et les solistes de s'introduire dans cette ambiance de fête votive ou païenne, cette cérémonie de couronnement de l'homme réconcilié avec le monde. Voix de baryton de Damien Gastl, chaleureuse, habitée, à la diction de rêve, la langue allemande maitrisée dans sa musicalité et dans le sens donné aux paroles. Glen Cunningham, ténor pour le soutenir, l'accompagner et les deux voix féminines de la superbe soprano Andreea Soare, bordée de la mezzo-soprano Belinda Kunz, chaleureuse et profonde. Le choeur entonnant le leitmotiv tant connu qui sourd peu à peu de l'orchestration, comme un retour éternel qui tend et surprend toujours la tension de ce chef d'oeuvre que l'on redécouvre à chaque écoute. Un moment musical de haute tenue où la puissance de cette symphonie s'impose et balaie toutes nos hésitations à s'engager dans la fraternité et la beauté d'une architecture tectonique sonore d'une ampleur inouïe. Un choeur à la grande envergure, un orchestre au diapason et deux chefs généreux et engagés dans un processus séduisant et convaincant de restitution d'une oeuvre magistrale.
Une soiré hommage mémorable.

Le 14 avril 2023 à ST Paul 

vendredi 14 avril 2023

"Print" : Sylvain Cathala en quintet de charme et de surprises musicales imprimées d'un cachet singulier.


 En quelque 25 ans d’existence, le groupe Print du saxophoniste Sylvain Cathala aura passé par d’innombrables métamorphoses (jusqu’à se gonfler parfois aux dimensions d’un mini big band !) en conservant toujours au cœur de son dispositif le quartet originel composé de Stéphane Payen au saxophone, Jean-Philippe Morel à la contrebasse et Franck Vaillant à la batterie.

C’est dans une formule en quintet, augmenté pour l’occasion des sonorités mutantes du piano modulaire de Benjamin Moussay, qu’il se présente aujourd’hui pour une musique toujours plus organique et expérimentale. Conjuguant la densité d’une écriture hautement sophistiquée avec l’intensité et l’énergie d’improvisations follement débridées, Print continue de faire de sa musique un petit laboratoire raffiné et poétique où le jazz bouscule ses certitudes.

En première partie on assiste à la restitution de la master class de Sylvain Cathala par les élèves du Djemi. Et c'est un trio qui fait ce beau lever de rideau devant une salle comble. Beau challenge pour ces artistes en herbe, très concentrés, piano, saxophone et batterie, très "jazz" dans deux pièces courtes où le saxo dialogue avec la batterie pour un rythme relevé, enflammé, résonant à l'envi. Pour la seconde formation de circonstance, un invité parmi eux: le pianiste Benjamin Moussay qui leur fait l'honneur et la sympathie de se joindre à leur formation: belle surprise pour le public conquis. Trois saxophones, une contrebasse, une guitare et batterie pour cette équipe de charme.

Puis voici la formation de Sylvain Cathala qui s'empare du plateau avec aisance et bonhomie, décontraction et flegme en apparence. Une bonne dizaine de morceaux choisis parmi leur répertoire commun où chacun s'ingénie à faire place à l'autre sans "solo"virtuose à bon escient. Musique lumineuse, enjouée malgré son caractère savant et très élaboré. Le percussionniste Frank Vaillant allant réajuster la sonorité de son instrument, accorder sa peau à chaque pause brève! Du rarement vu aux dires de Sylvain Cathala, admiratif devant tant de"professionnalisme maison". Et "la nave va" plus d'une heure durant, flamboyante et généreuse prestation, musique déferlante d'où émergent des paysages changeants.  Où l'on se met sur son "31", belle pièce en soi, troublante composition versatile.Le piano électronique modulaire de Benjamin Moussay, curieuse protubérance accolée au pupitre laissant filtrer des sons aiguisés, malmenés et très étonnants. La vélocité de l'interprète faisant le reste, gazouillant à l'envi avec le saxophone, en bonne compagnie et de concert bien chambré. Contrebasse-Jean Philippe Morel- aux petits soins pour son instrument percussif, et Stéphane Payen au saxophone pour couronner ce groupe aguerri à la performance complice et débridée.Cette formation inédite pour le plaisir de l'écoute, dérangée, déstabilisée par des morceaux courts, brefs, "studies", études,sorte de petites nouvelles musicales sorties d'un grimoire inédit. Pour le plus grand plaisir du public et des interprètes chargés ce soir là d'une mission enchanteresse de décliner et répandre les effets bienfaisants de ce jazz-laboratoire expérimental de bon aloi! Merci aux organisateurs et fédérateurs Philippe Ochem et Michael Alizon de nous avoir laissé être "témoins" de cette généreuse prestation inédite." Impressionnante" formation que ce "print" qui imprime son sceau , son cachet singulier, empreinte insolite sur la musique jazz d'aujourd'hui.


 Stéphane Payen saxophone alto Jean-Phillippe Morel contrebasse Franck Vaillant batterie Benjamin Moussay piano

Jeudi 13 avril 2023 20h CMD - auditorium dans le cadre de "JAZZLAB" N° 5 du 11 Au 15 AVRIL


 

jeudi 13 avril 2023

"Botanica" : et si les plantes avaient des é-motions...Lovemusic se "plante verte" dans le terreau fertile de la botanique...

 



"Botanica" Collectif lovemusic  "Theories for living things"

Huit musiciens interprètent des créations du compositeur contemporain Daniel D’Adamo et nous invitent dans un jardin botanique et musical où les plantes surgissent au détour d’une mesure, d’une note. Au gré des tableaux, le vivant nous dévoile ses secrets et ses mystères. Nous sommes alors assemblés dans un paysage qui ne cesse d’évoluer pour nous révéler les richesses et les fragilités des plantes.

 Le décor est "planté"pour une introduction des "Prima lista botanica", sortes de ponctuations, d'entremets ou d'intervalles entre les quatre pièces maitresses du programme. C'est murmures et images à l'appui, ça respire, rythmé, inspiré, aspiré comme des parfums, des fragrances sonores multiples: cela augure des meilleures intentions d'interprétation et de composition! A la manière du "Catalogue de fleurs" de Darius Milhaud, ces accumulations, inventaire à la Prévert sont jouisseuses, bruissantes, évocatrices des sons , accordéon, violon, violoncelle, percussions, clarinette, guitare, voix-soprano et flûte au rendez-vous.

 La première pièce "Le cactus" est introduite par la maitresse de Cérémonie, Manon Corbin et agrémentée des informations savantes de Audrey Muratet, botaniste, écologue émérite. Prologue édifiant sur les caractéristiques de la plante cactée , savoureuse, qui transpire la nuit, épineuse qui stocke l'eau en dessiccation nocturne et qui demeure permanente dans le temps, semblant échapper à toute transformation visible, perceptible...Erreur car le cactus évolue lui aussi, plante succulente et changeante malgré les apparences invisibles..Le compositeur fait écho à cet état de fait et transcrit, prolonge et adapte ses compositions aux données scientifiques. C'est la partie narrative et magique de l'oeuvre qui nous est contée par les musiciens à tour de rôle et contraste avec la version savante de la botaniste. Bienvenue donc à la fantaisie de ces sons au départ figés, ténus, ces mouvements dans la lenteur qui illustrent la longévité de la plante épineuse qui retient l'eau et le temps. Glissando des hauteurs, stoïcisme et magie du cactus empli de pouvoirs étranges et divinatoires. Du surnaturel dans le mode de jeu: des trémolos pour les cordes en accord avec les images découpées sur l'écran, projetées, figures d'algues, lumières de photosynthèse dues à l' inspiration de la graphiste plasticienne Elsa Saunier .La flûte respire, clarinette et violon se répondent dans une conversation débridée.




La seconde pièce "Le moabi" évoque cet arbre mythique, gigantesque, poirier d'Afrique dont les fruits sont mangés par les éléphants, porteurs des graines, dispensateur et fécondateur à son insu. Cette pièce est un laboratoire sonore de correspondances multiples à la Beaudelaire: le son des fruits qui tombent évoqué par des vibrations telluriques des pas de l'éléphant Les vitesses rapides avec gammes descendantes évoquent la chute des fruits odorants, mous Des tempi plus lents façonnent l’icône calme, reposante de cet arbre majestueux qui règne en prince. L'air vibre entre la voix et la clarinette pour cette légende poétique à souhait.Des glissades, glissements sourdent de la musique en dégringolade. La largeur de l'arbre se fait présente, son écorce qui rend invisible se fait image diffractée sur l'écran en phases de kaléidoscope.

Encore quelques entremets sonores de mots scandés, énumérations de noms de plantes en intermède , interlude collectif chaleureux et humoristique.

Et voici la troisième pièce "Le Desmodium Girans" ou plante télégraphe! Ce légumineux, sainfoin oscillant est source d'inspiration versatile, mobile, volubile. Avec ses feuilles à trois folioles voici des mouvements intempestifs imperceptibles, à l'horizontale puis qui s'abaissent de haut en bas. Plante électrique en diable, le jour elle danse, la nuit elle dort... Une pièce parlée pour cette plante serpent qui hypnotise les musiciens comme envoutés par ses charmes. Beaucoup de notes à jouer pour évoquer la fébrilité des limbes en correspondance avec la vie de la plante. Musique de gestes, paroles de conteuses, conversation, vibrations et figures de danseur stabile, en déséquilibre et mouvance intrigante.


Pour la dernière pièce "Le nénuphar géant", cette plante aquatique de nymphéa mythique, seront évoquées les feuilles larges en circonférence, qui flottent dans l'éther, comme une chambre florale qui s'épanouit sur l'eau. Les percussions "tam-tam" insolite bassin incurvé circulaire, se font légères et multiples agent de communication entre air et eau. Les accessoires nombreux pour percuter cet état de corps végétal dénoncent les insectes voyageurs pollinisateurs qui fréquentent les fleurs. Un code en morse pour mieux faire voyager les sons et déverser un message magique à décrypter. Des silences pour signifier le calme et la durée infinie de vie de ces feuilles , plateaux support de l'histoire de ce nénuphar dans sa vie agitée des eaux dormantes.Des noms de nénuphars sont psalmodiés dans de multiples langues comme éventail déployés de sons signifiants. Du statisme aussi, des glissés dans de lents passages évoqués par les "vents".

Daniel d'Adamo signe ici un bréviaire magique de l'histoire fantasmée des plantes, herbier sonore, petit carnet secret de botanique que l'on feuillette à l'envi avec compagnie de Lovemusic, toujours à l'affut des expériences et rencontres musicales insolites et décalées!



Lovemusic  au Point d'Eau à Oswald le 12 avril (18h)  . Le Curieux Festival fait rencontrer les arts et les sciences et on y  joue la nouvelle pièce de Daniel D'Adamo - Theories for living things - une oeuvre qui mets en musique la vie des plantes ! L'oeuvre est ponctuée par une discussion entre Daniel D'Adamo, hélas absent, la Botaniste Audrey Muratet et Manon Corbin. 

Emiliano Gavito, flûte
Adam Starkie, clarinette
Emily Yabe, violon
Lola Malique, violoncelle
Nuno Pinto, guitare
Nejc Grm, accordéon
Rémi Schwartz, percussion
Léa Trommenschlager, voix