mercredi 6 novembre 2024

"Inconditionnelles" ; s'lamenter en édulchorégraphie.

 


Chess et Serena s’aiment. Malgré les règles et les interdictions de cette prison pour femmes où elles partagent la même cellule, elles se sont trouvées, confiées et ont atténué leurs peines. Mais le jour où Serena apprend qu’elle va être libérée, comment continuer à vivre séparées l’une de l’autre ? Dorothée Munyaneza s’empare de cette pièce bouleversante de Kae Tempest dont elle signe la traduction française. La langue et les chansons originales du poète rencontrent le mouvement et le regard de la chorégraphe pour nous emporter dans une histoire d’amour et d’amitié où pulse la possibilité d’être libre, d’être soi, sans condition.  


Deux femmes, complices, soeurs ou fratrie, amantes, amies...Le cadre est celui d'une cellule plutôt "ouverte", celle d'une prison où elles purgent une peine. Noires de peau, sororité renforcée par la taille, le costume, style de salopette de travail très designée. Le dialogue s’instaure quasi joyeux, plein de verve et de questionnement. Le sort de l'une sera la rédemption par la musique. Elle est "choisie" pour ses potentialités vocales et physiques. Par une pédagogue vivace, sorte de musicothérapeute,un tantinet caricaturale munie de sa valise pédagogique : une boite à rythme de moindre qualité qui déverse des syncopes faciles. C'est cela que lui propose cette femme aux cheveux blancs fabuleux, elle aussi en tenue de labeur. Censée redonner confiance en elle à la belle prisonnière, cette "geôlière" fait office de prêtre salvateur; libérateur. Mais celle ci se cabre, se rebiffe et n'accepte que dans sa clandestinité le deal. Jouer, chanter dans le noir et l'obscurité pour masquer des imperfections liées à son "ignorance" de la grande musique, ou solfège. La pédagogue s'entête à lui faire passer le message de résilience. Sa compagne, amie, amante l'encourage, la stimule et au bout du compte,  quasi deux heures de représentation durant, elle nous délivre un show vocal plus ou moins convaincant. Le slam est un art difficile, rythme et battements du corps, du coeur, des cordes vocales, du palais et cela ne s'invente pas.


Les deux protagonistes bougent, dansent, se meuvent sous la direction avisée de la chorégraphe Dorothée Munyazena qui s'empare également de la traduction des textes de Kae Tempest. Le décor judicieux préfigure le monde carcéral avec de longs pendrillons qui peuvent dissimuler les gardiennes du temple, comme des "jalousies", des stores où le son passe au travers. Au sol, un damier qui se délite, désignant un espace quadrillé, scandé, géométrique oppressant. Une marelle qui ne conduit pas au ciel...Grilles et enfermement dans les pas, transcendée par la danse qui échappe à cet espace restreint.Pas de secret ici, tout est filtré et retenu et la narration entraine dans une temporalité, unité de lieu, de temps qui frôle le drame. Mais la survie est assurée par la musique qui redonne des ailes à l'oiseau prisonnier dans sa cage pas vraiment dorée.Les comédiennes au plateau flattant cette langue édulcorée avec grâce et volonté, détermination et engagement.Au sol puis en bandes suspendues, les textes manuscrits des chansons, comme autant de dazibaos...

Sondos Belhassen, Bwanga Pilipili, Davide-Christelle Sanvee, Grace Seri pour servir une oeuvre généreuse et engagée.

Au TNS jusqu'au 15 Novembre

mardi 5 novembre 2024

"My (petit) Pogo" Fabrice Ramalingom R.A.M. Gare à la récré!

 


Quelques années après My Pogo, Fabrice Ramalingom décide de retraverser les intentions de cette pièce en l’adaptant pour le jeune public. L’ancien interprète de Dominique Bagouet y dévoile, avec humour et légèreté, la boîte à outils de la fabrique de sa danse. Tout débute comme une conférence avant de glisser, l’air de rien, vers le spectacle qui se joue. En passant d’abord par l’explication des rouages créatifs, le chorégraphe et ses trois danseurs font œuvre d’une pédagogie célébrant l’écriture du mouvement dans ses rouages les plus intimes. My (petit) Pogo est traversé par la question de l’être ensemble et la difficulté à trouver sa place dans un groupe. Autant de thématiques vivaces chez des enfants qui découvrent, étonnés, la liberté et la rugosité d’un pogo à un âge où ils interrogent le monde l’esprit ouvert, avant la rébellion de l’adolescence. La graine plantée dans leur esprit pourra ainsi germer et laisser éclore tout leur imaginaire.


Cour de récréation
Un petit bijou précieux pour explorer le processus de création chorégraphique d'une petite compagnie de quatre danseurs qui se présentent comme tels, faisant de nous des témoins bienveillants d'une pièce qui s'invente, se trouve et se construit selon l'inspiration de chacun et l'organisation de toutes des découvertes gestuelles convoquées lors de cette démonstration en temps réeL. C'est gai et ludique, intelligent et rafraîchissant. On sent combien l'inventivité, la responsabilité et l'écoute sont les moteurs d'un travail partagé, vécu comme un vaste terrain de jeu où chacun trouve sa place et considère celle de l'autre. Comme un match performant , singulier, où il n'y a rien à gagner sinon la joie de danser.

A Pole Sud les 5 et 6 Novembre 

 

 

mardi 29 octobre 2024

De la danse populaire, vernaculaire, modeste......A déguster sans modération. PANPAN SUR LE TUTU de Geneviève Charras

 Imaginez un "musée de la danse" où le rose ne dominerait pas, où les danseurs seraient des peluches, des stylos, des automates, des babioles et bricoles d'un cabinet de curiosité fantasque...  Imaginez toute une petite vie liée à la danse, qui ferait des "pieds plats" de gamine, une métamorphose en pattes de cigognes en tutu! La collection de G C délivre tout un univers, de l'enfance à la tribu de la danse contemporaine et trouve sa place, son "endroit" dans ce livre- images peuplé de figurines de pacotille, de collectors publicitaires qui s'emparent de Terpsichore désormais muse qui s'amuse. Ouvrez ce codex, bréviaire de rêves ou d'espèces d'espace où fondre et se répandre serait un credo pour tous ces créatures qui ne dansent pas. Panpan sur le tutu, c'est le foyer où les esprits se rencontrent autour de textes de collaborateurs intrigués ou séduits par cet angle d'attaque, point de vue d'une plongée dans un monde immobile qui n'attend que votre curiosité pour vivre les aventures que vous saurez lui insuffler.Comme des cygnes d'un lac qu'il ne faudrait jamais assécher, comme des tutus suspendus aux cintres des nuages, ce recueil est blasphème ou dictionnaire-inventaire des petits pas et mille pieds de la Danse: dans tous ces états. De siège bien entendu.

Un bréviaire, incunable missel iconoclaste pour petite cérémonie intime au coeur d'une caverne d'Ali Baba. Tire la chevillette et la bobinette Charras. "Monte la en danseuse" ou "Plein feux sur le tutu": Simenon et San Antonio ne le renieraient pas.  Ni Alphone Daudet et son "charmant joueur de tutu- panpan". Et "tututer" la jaja aux barres.

"Une caverne de souvenirs, d'objets kitsch, de jouets, de figurines, tout un panel formidable et joyeux consacré à la Danse. Dans cette fabuleuse collection-presque de l'art brut- G. C. est présente à chaque page, chaque objet, dans chaque figurine Aucun livre à ce jour ne met à l'honneur un ensemble de représentations populaires autour de la danse.Juste un monde féérique, ludique, joyeux, enfantin, naïf que GC a  réussi à créer… toute son humanité est là, bien concentrée"..Dominique Boivin