mercredi 28 janvier 2026

Compagnie Leïla Ka - "Maldonne":"Maldonne" è mobile! Leila Ka : elle se dé-robe en robe des champs, des villes. L'étoffe des chrysalides pour seule parure.

 


Au plateau, des robes. D’intérieur, de soirées, de mariage, de tous les jours, longues ou courtes. Et cinq femmes rebelles qui se jouent et s’affranchissent de ces identités d’emprunt.
Tout commence par un souffle. Celui qu’expirent, face au public, les bouches des cinq danseuses serrées les unes contre les autres. Comme soudées par un fil invisible, elles portent des robes aux imprimés fleuris et démodées rappelant le temps où la féminité était - est encore ? - affaire d’apparence. Un préjugé que ce quintet explosif va faire voler en éclat, au cours d’un spectacle qui mixe allègrement les styles, chorégraphiques et musicaux.

Dans un geste collectif impeccablement exécuté, les cinq corps féminins se mettent d’abord à jouer des coudes puis à se désarticuler, à l’unisson et en décalé. Progressivement, leurs gestes traversent les mille et une tâches domestiques traditionnellement réservées aux épouses et mères, pour mieux s’en émanciper dans une énergie libératrice.

Leur conquête de ce girl power s’incarne dans leurs changements de tenue, tout au long de la pièce, à vue ou en coulisses. Une quarantaine de robes sont ainsi portées puis abandonnées, comme autant d’oripeaux dont il convient désormais de se défaire.

La bande son elle aussi s’affranchit joyeusement des normes, enchaînant le « Je suis malade » de Serge Lama revisité par Lara Fabian, avec Leonard Cohen et Vivaldi. Contrairement à son titre, Maldonne redistribue les cartes à l’endroit, en un élan iconoclaste et vivifiant.




Leïla Ka
France 5 interprètes création 2023

Maldonne

Véritable prodige de la scène chorégraphique d’aujourd’hui Leïla Ka impose son énergie sur scène. Précise, pressée, dramatique et paradoxalement relâchée sa danse nous propose des montagnes russes d’émotions. La chorégraphe tente dans Maldonne de créer une dramaturgie hypnotique portée par cinq femmes. Sur scène, des robes. De soirée, de mariée, de chambre, de tous les jours, de bal. Des robes qui volent, qui brillent, qui craquent, qui tournent … Toujours fidèle à son univers théâtral, elle fait évoluer les danseuses sur des musiques issues du classique, de l’électro et de la variété. De cette intimité au féminin la chorégraphe dévoile et habille, dans tous les sens du terme, les fragilités, les révoltes et les identités multiples portées par le groupe.

Un gang sororal : mâle-donne...
Cinq femmes sur le plateau nu, en longues robes vintage pieds nus dans le silence: une galerie de statues médiévales qui s'anime peu à peu de gestes spasmodiques dans un rythme en canon, en points de chainette, en maillon subtil de changement imperceptible. En savant tuilage. Ce quintet silencieux possède l'éloquence du mystère d'un spirituel rituel, l'étoffe du désir de bouger, de s'animer. Dans des spasmes, des halètements qui rythment leur souffle et leurs gestes au diapason. Autant de soubresauts qui hypnotisent, intriguent tiennent en haleine.Tableau vivant dans une galerie d'art, un musée de l'Oeuvre Notre Dame où les vierges sages et folles trépignent à l'idée de s'évader. Soudain surgit la musique et le charme est brisé: mouvements tétaniques ou circonvolutions élégantes et distinguées, alternent. A la De Keersmaeker ou Pina Bausch pour la grande musicalité gestuelle, le port de robes colorées ou pastel .Elles se vêtissent et se devêtissent sans se dérober, se parent de tissus, d'enveloppes, d'atours sans contour. La seconde peau des vêtements comme objet de défilé, de mouture charnelle. Anatomie d'une étoffe de chutes, de roulades au sol pour impacter la résistance à cette fluidité naturelle. Vivantes, troublantes les voici à la salle des pendus, les robes accrochées dans les airs, boutique fantasque de spectres ou ectoplasmes flottants dans l'éther. Dans une jovialité, un ton débonnaire. 
 

Complices et joyeuses commères , elles se soudent en sculpture mouvante pour des saluts prématurés qui se confondent en satisfecit et autre autosatisfaction: la beauté pour credo. Et les robes de devenir étoffe de leurs pérégrinations, de leurs ébats protéiformes. Clins d'oeil à la fugacité, à la superficie des désirs. Se revêtir d'atours séduisants et aguichants pour plaire, se plaire. Bien dans leur assiette, leur centre, la pondération des corps en poupe: l'assise et l'ancrage comme essor de leurs bonds, chutes ou simple présence sur scène Les voici en mégères apprivoisée, se crêpant le chignon dans des bagarres burlesque à la Mats Ek: mouvements spasmodiques, changements de direction à l'envi, énergie débordante.  "Je suis malade" comme chanson de geste, comique et pathétique à la fois.
 

Ou figures de "bourgeoises décalées" comme un Rodin mouvant en pose jubilatoire.Encore un brin de Léonard Cohen pour faire vibrer nos cordes sensibles. Les robes que l'on essore comme du beau linge, en famille,au lavoir, qui battent le sol comme des lambeaux, des serpillères de ménage qui se jettent à l'eau. Lavandières ou travailleuses d'antan. Fresque historique de la condition féminine brossée en moins d'une heure. La joie y est vive, les personnages attachants en phase avec le public attentif et concentré. Les "donna e mobiles" comme des plumes de paon dans un Rigoletto très féminin-pluriel de toute beauté. Leila Ka magnifie nos fantasmes de femmes, les expurge, les projette au dehors comme pour les exorciser en magicienne, prestidigitatrice de choc.
 

Création 2023 - Pièce pour 5 interprètes
Chorégraphie : Leïla Ka
Avec (en alternance) : Océane Crouzier, Jennifer Dubreuil Houthemann, Jane Fournier Dumet, Leïla Ka, Jade Logmo, Mathilde Roussin
Assistante chorégraphique : Jane Fournier Dumet
Création lumières : Laurent Fallot
Régie lumières en alternance : Laurent Fallot, Clara Coll Bigot
Régie son en alternance : Rodrig De Sa, Manon Garnier

 
le 28 Jet 29 ANVIER dans le cadre du festival "l’année commence avec elles"à Pole Sud
 

Solène Wachter & Bryana Fritz "Logbook": polyphonies dansées pour Donna è Mobile : carnet de bord et de croquis

France Duo 2025 

 


Logbook a été créé dans le cadre de Vive le sujet ! où le Festival d’Avignon (édition 2025) propose à deux artistes de se rencontrer sur un plateau. Pour le Festival 2025, l’univers de Solène Wachter, qu’on a pu voir chez Maud Le Pladec ou dans 10 000 gestes de Boris Charmatz, fusionne avec celui de Bryana Fritz, dont on a pu voir le travail à POLE-SUD il y a deux ans avec Submission Submission. Sa pratique se situe à la croisée de la poésie, de la performance et des technologies numériques, souvent en dialogue avec l’interface utilisateur d’OSX. Issues de leurs précédentes créations, images, chansons et fragments oubliés entrent en collision pour donner naissance à une danse du chaos et du discontinu. Ce « zapping corporel » brouille les repères et tente d’inventer de nouvelles règles du jeu, dans une surcharge cognitive assumée. Entre écriture fragmentaire et débordement sensible, Logbook explore l’impossibilité de contenir toute la richesse du vivant dans une seule performance.

Ce soir là, victime d'une foulure, Solène Wachter assure son rôle "au pied levé" avec courage et détermination! Un duo hors norme pour ces deux figures féminines, l'une torse nue, des mots alignés sur sa seconde peau,transparente l'autre , le phénomène inversé, t-shirt et fesses et jambes dénudées ourlée d'une même tunique manuscrite. Avec Briana Fritz, une danse s'amorce, soliste,tonique, spatiale, survoltée au son d'une musique déjà tonitruante. Mouvements de bras comme un envol d'oiseaux, sauts, sautillements joyeux dans l'espace à la Anne Teresa de Keersmaeker...Vives et jubilant de grâce, les cheveux épars, défaits comme des prolongations des mouvements de tête incongrus. Ca voltige et virevolte sur le plateau. Le chant sourd lentement plus tard en phase lenteur et repos, accalmie du souffle et de la virtuosité.Les corps se lovent au sol, s'y posent et déposent l'énergie d'une pause amoureuse, enlacés, complices et comparses.Les voix en canon ou en alternance offrent des mélodies polyphoniques savantes ou populaires, collectées pour un duo fascinant. Les voilà chantant de concert un "Donna, Donna" plein de charme et de pudeur., doublé d'un chant hard rock. Les visages se font grimaçants pour la suite qui reprend gout aux sautillement, tourniquets de bras et échappées belles.Les deux femmes , sensuelles et dociles sous le joug de la musique s'exposent et offrent un panorama sonore et charnel fort présent. Empli de présence, de tonicité, d'errances parfois ou d'expression de solitude. Une belle échappée dansée de toute beauté.Solène Wachter et Bryana Fritz font entrer en collision leurs univers artistiques. Chacune est venue avec ses images, chansons, mots et autres matériaux usés puis abandonnés lors de précédentes créations... De ce big bang chorégraphique naît une surcharge cognitive, une écriture du chaos et du discontinu, une tentative d’embrasser un champ plus vaste que ce qu’une performance peut contenir.Chapeau aux artistes pour cette performance, remaniée pour l'occasion et dansée avec tous les appuis possibles que permettait une blessure encore vivace.


Solène Wachter
est danseuse et chorégraphe formée à l’école P.A.R.T.S. En 2017, elle débute son parcours d’interprète dans 10 000 gestes de Boris Charmatz, avec qui elle continue de collaborer depuis. Elle travaille avec Némo Flouret, Maud Le Pladec, Ashley Chen et Anne Teresa De Keersmaeker. À travers des dispositifs scéniques engageants pour le public et pour elle-même, elle développe un travail sur les artifices et le divertissement avec FOR YOU / NOT FOR YOU créé en 2022. Cette année au Festival d’Avignon, on la retrouvait également comme chorégraphe auprès de Joris Lacoste sur Nexus de l’adoration. 

Pole Sud le 28 Janvier dans le cadre du festival "l'année commence avec elles"

mardi 27 janvier 2026

Hortense Belhôte "Performeuses": un bain de cimaises...les danses serpentines: un conte d'apothicaire pour caducée originel


Historienne de l’art, comédienne et performeuse, Hortense Belhôte dynamite la conférence traditionnelle avec Performeureuses. Elle y retrace l’histoire de la performance, de Loïe Fuller à Divine, en passant par Joséphine Baker, figures flamboyantes qui ont bousculé les normes de genre et de représentation. Pour organiser cette traversée joyeusement indisciplinée, elle convoque un guide improbable : Le Printemps de Botticelli, dont les figures deviennent les points d’entrée d’un récit foisonnant. Conférence dansée, démonstration décalée, récit d’art : la forme suit le fond, mouvante, vive, inattendue. Hortense Belhôte se glisse d’une époque à l’autre, passe du savant au trivial avec une liberté réjouissante, joue des anachronismes et des ruptures de ton sans jamais perdre le fil de la réflexion. Derrière sa folie douce, son humour queer et son sens du décalage, se déploie une vraie leçon d’histoire de l’art, érudite et réjouissante, où la pensée se mêle au jeu avec un plaisir communicatif.


France Solo 2022  

Elle est parmi les spectateurs et semble attendre avec impatiente et fébrilité, le moment venu de démarrer. En trombe dans un flux incessant, incroyable, sidérant. Hortense est en tenue sportive, marcel sur les épaules, mutine, malicieuse, résolument désordonnée, désorientée mais maintient un cap infernal; celui de rebondir sans cesse d'un sujet à un autre, de tisser des liens incongrus mais bien inter-ligérés "cueillir, rassembler, choisir" dans une vive intelligence, dans le vif du sujet ou du sujet à vif L'histoire de l'art comme cheval de course revisitée par la comédienne, férue de peinture classique devient passionnante lux incessant, incroyable, sidérant.et révèle des histoires, des intrigues succulentes. Voici "le printemps" de Botticelli mis à nu et décortiqué à merveille par le truchement d'une histoire déjantée de la performance, donc des origines de la danse contemporaine.Décrypté à souhait où les personnages revêtent  des atours burlesques et symboliques croustillants. Une voix, un  corps animés d'humour, vif argent de circonstance. Le "printemps"  comme origine du monde, comme nid d'une imagination débordante. La  langue véloce, le débit comme une cascade de mots, de références aux performeuses et performeurs d'hier et d'aujourd'hui se délie, les images se succèdent sur l'écran pour souligner le côté incongru de cette "lec-dem" d'un nouveau genre dont savent se délecter certains Denis Plassard ou David Drouard. Un tantinet à la façon de "Toute l'histoire de la peinture en moins de deux heures, de Hector Obalk fait un stand-up pédagogique et spectaculaire sur l'histoire de la peinture.Exercice de style fréquenté avec aisance, décontraction, habileté et esprit mutin, espiègle et bourré de talent d'interprétation, sobre, clins d'oeil à l'appui à l'histoire de la danse, aux héroïnes inconnues d'un nouveau langage corporel dénué de narration.C'est le serpent qui sert de fil conducteur à cette épopée pharamineuse et pharaonique, colossale :une "histoire de la danse à ma façon"où la danse rituelle côtoie celle de Loie Fuller et jette les ponts jusqu'au caducée des apothicaires.Rien n’échappe à la conteuse-performeuse qui se donne à font et offre son corps au regard du spectateur comme une toile peinte aux cimaises d'un musée extravagant. Retrouver les figures légendaires des pionnières de la danse, les personnages qui défilent en énumérations faites de digressions constantes est un challenge tonique, énergique et sans être jamais à bout de souffle, Hortense Belhôte enchante sur la piste des trouvailles dans une recherche savante, érudite, fouillée, vivante.L'histoire de la Danse échappe ainsi à toute forme figée dans des mouvements que la comédienne maitrise et fabrique de toute pièce.


On se régale de toutes ces figures de rhétoriques menées à mal, tordues et reconstruites: l'empathie avec l' interprète s'installe et opère un va et vient, un aller et retour décapant. Pas de coquille pour cette démonstration dansée-parlée, sprechgesang chorégraphique d'un nouveau genre à découvrir absolument. Marcela Santander Corvalan, modeste et partenaire effacée pour la création globale, discrète insertion dans ce manifeste féminin: Echo, la muse de la voix désincarnée sourit en douce dans les coulisses de l'exploit! 
 

Une performance comme un paysage déconstruit qu'elle dessine sauvagement, entre rituel évoqué et expériences personnelles dont elle conte discrètement l'évolution. Elle ne vient pas de nulle part cette complice des temps présents qui en ferait une pédagogue d'exception, une conférencière décalée, désarticulée comme ses propos enchanteurs sur Terpsichore au pays de la folie, de la psychanalyse. En décryptant savamment les héros du tableau de Botticelli, de Vénus à Cupidon, de Zéphir aux trois grâces, Hortense faite office de guide déglingué, simulant : une conférence spectaculaire, un cours "magistral" où chacun est témoin, acteur de sa propre mémoire ou histoire au regard de la Danse. Avec si peu d'accessoires, des images truculentes d'archives choisies, et au final un cercle fabriqué de toutes pièces avec fleurs et short et autres indices de ce rituel chamanique digne de Martha Graham, de Charles Weidman ou Erick Hawkins...Sortez du cadre et de vos réserves, muses de la Danse: voici venir Hortense toute nue et crue , plus vraie que nature, concurrente des modèles de la Danse de Carpeaux du Musée d'Orsay....Affaire à suivre, une nuit au musée.


lire "danser sa vie" centre pompidou

"feminine-futures" presse du réel de adrien sina

A la Pokop dans le cadre du festival l"année commence avec elles organisé par Pôle Sud