Une étonnante osmose lie depuis vingt ans María Muñoz au Clavier bien tempéré de Johann Sebastian Bach. La chorégraphe fait plus qu’interpréter la musique, elle EST musique, sublimant préludes et fugues, dans la vivacité et la profondeur de son geste calligraphique. Sa danse ciselée révèle au fil du temps l’évolution de son corps et la sensibilité de sa trajectoire artistique. Au moment où l’âge allait la contraindre d’abandonner ce solo devenu un compagnon de vie, le Théâtre de la Ville lui propose d’imaginer un BACH en famille, en compagnie de Pep Ramis, son conjoint, lui-même artiste et chorégraphe, et leurs trois enfants Martí, Paula et Sam, tous devenus artistes professionnels. Pour couronner un parcours impressionnant, une oeuvre qui se confond avec la vie. Thomas Hahn
Carré blanc sur fond noir.Le plateau nu offre sobriété et concentration.Les pièces d' un jeu vont sillonner cet espace plastique qui s'anime du son des touches du piano vécu par Glenn Gould.C'est la folle épopée de "Un clavier bien tempéré" pièce qui touche comme des notes sur la partition virtuose.Si chacun de ces cinq interprètes joue sa propre partition chorégraphique comme une composition pour soliste,le quintette fonctionne en choeur et symbiose rapidement.Un solo de Maria Munoz en prélude captive et intrigue,plonge dans son univers étrange de corps à la fois dans un flux tonique et une déstructuration des mouvements en segments fugaces.Fascination de ces instants magiques où la danse est présente comme jamais.Il en va de même pour chacun des quatre autres membres de cette main magnétique qui frapperait ou caresserait les touches d' un piano.Sam ce gentleman en frac noir qui oscille et bouge comme Chaplin,le geste vague ou précis, la fausse nonchalance,le regard perdu dans le vague.Un interprète inégalable par son jeu infime,discret,noble et sophistiqué. Pep,le papa de cette Sagrada Familia,extrêmement mobile agile dans des espaces corporels inouïs qu'il se taille sur mesure.Diabolique personnage.Nul n'a son pareil et il se glisse,s'immisce dans ce portrait de famille comme mentor et Monsieur Loyal,officiant au même titre que Maria.Sans parler de Paula stylée, présente et bien ancrée dans ses évolutions spatiales étirées,volatiles, éphémères. Marti,lui,excelle dans la fluidité, le maniérisme baroque suggéré, l'affectation d'une rare facilité de gestes.Un dévoreur d'espace,longue silhouette tourbillonnante à la Richard Longo...
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| richard longo |
Dé superbes films video bordent l'espace réalisés par Nuria Font,complice de la danse et de l'image depuis si longtemps.Revoir sa vidéo danse"Chambre 305"....Des pattes de chevaux au galop,au ralenti,en noir et blanc scintillant.Une fresque ombrée des gestes de Maria comme une illustration crayonnée, vibrante, mouvante aux contours illuminés. Le noir et blanc omniprésent dans cet opus entre costume,images,lumières.Un jeu de traque dans un rayon blanc poursuit l'un d'entre eux,piège de lumière à la Janine Charrat .Insecte épinglé aux cimaises de la portée musicale.Points et contrepoints comme Klee ou Kandinsky,les peintres de la musique et de la composition radicale ou fantaisiste.
Danser la musique de façon si aboutie est rare et sidérante.Cette famille en osmose,complice sur la scène,auteurs et acteurs d'une partition d'un spectacle unique,empathique et fascinant.Des instants de grâce, perles rares,baroques, distingués et recherchés au plus profond de l'univers sacré de Bach.En fugues,préludes et autres glissades et audaces propres à la danse non interchangeable de Maria Munoz..Un chef d'œuvre à inscrire au patrimoine de Terpsichore...
Au Théâtre des Abbesses jusqu'au 24 Février








