vendredi 24 mars 2023

"Horizons nouveaux"': pas de deux, trio , délicatesse, rafinement de l'interprétation de trois chefs d'oeuvre à l'élan juvénil.

 


Emmené par Renaud Capuçon, ce concert a permis à de jeunes instrumentistes d’interpréter des oeuvres faites de profondeur et de légèreté.

 

Faire briller les solistes

Wolfgang AMADEUS MOZART
Rondo en do majeur pour violon et orchestre
Symphonie concertante pour violon et alto

Le Rondo pour violon et orchestre est l’œuvre d’un Mozart de vingt-cinq ans et suit de quelques mois la poignante Symphonie concertante. Celle-ci marque une date car le compositeur, qui lui-même jouait de l’alto, permet pour la première fois à cet instrument de chanter à parts égales avec le violon, et de faire entendre son incomparable sonorité. Face à un orchestre, le violon n'est pas toujours soliste, loin de là! Les modalités de sa présence sont très diverses, comme en témoignent ces deux oeuvres, "classiques" dans leur tonalité. Certes, le violon peut briller seul comme dans le "Rondo", une pièce courte et convaincante. Mais il peut également jouer avec d'autres cordes de tessiture différente, ce qui intègre la dimension du timbre : ce choix de Mozart dans sa "symphonie concertante pour violon et alto" en est une belle illustration: il faut voir Renaud Capuçon jouer, bouger et faire vibrer tout son corps et son instrument si intimement reliés avec Paul Zientara, longue silhouette longiligne et interprétation sans faute d'une oeuvre complexe. Un duo, un adage digne d'un morceau de bravoure d'un ballet classique, un pas de deux en connivence et chorégraphie spontanée d'aller et retour, question-réponse, sidérant.Et Renaud Capuçon de surcroit de diriger simultanément l'orchestre en ne lâchant jamais son instrument, seconde baguette magnétique et magique du moment.

Ludwig VAN BEETHOVEN
Triple concerto

Après la Conférence d'avant-concert de ce Jeudi 23 mars 19h "La fraternité en acte" animée par Elisabeth Brisson, voici l'oeuvre tant attendue:

Conçu par Beethoven pour trois instrumentistes virtuoses, ce concerto repose sur une dimension avant tout « concertante » : présenté comme « Konzertant Konzert », genre à ne pas confondre avec celui de la symphonie pour orchestre, il confère la même importance à chacun des trois.
Pourquoi et comment Beethoven a-t-il relevé ce défi compositionnel ? Quant au Triple Concerto de Beethoven, il s’agit également, d’une certaine manière, d’une symphonie concertante pleine de bonne humeur, qui porte idéalement l’élan juvénile des musiciens qui s’en emparent.Et l'oeuvre d'être portée par l'orchestre et les soliste, comme un monument de contrastes, de subtilité, de doigté virtuose pour bâtir des sonorités douces ou tumultueuses. Cadences et structure amplifiées pour prolonger ces trois mouvements où s'intègrent les solistes: piano avec Nathalie Milstein, violon avec Raphaelle Moreau et violoncelle avec Stéphanie Huang. Des solistes déjà aguerris et doués d'une sensibilité, une écoute hors pair pour leurs jeunes années de pratique orchestrale.L'oeuvre est ample et se déploie à l'envi sous la direction efficace et sensible de Renaud Capuçon, présent, à l'affut de ses pairs relevant le défi de bien intégrer chacun dans le flux et reflux de cette musique savante.

Un concert "charmeur", distingué, raffiné aux accents "classiques" débordés par une petite révolution de palais: des solistes immergés dans l'orchestre et sous les feux de la rampe de la musique toujours en mutation de composition et d'écriture. Le Philharmonique toujours au plus haut de ses capacités.

 

Distribution Renaud CAPUÇON direction et violon, Raphaëlle MOREAU violon, Paul ZIENTARA alto, Stéphanie HUANG violoncelle, Nathalia MILSTEIN piano

Palais de la Musique et des Congrès le jeudi 23 Mars

 

mercredi 22 mars 2023

"The Passion of Andréa 2" : petits meurtres et arrangements entre amis....Le chant-contrechant de Simone Mousset

 


Simone Mousset Luxembourg trio création 2019

The Passion of Andrea 2

Que faisons-nous de la passion, quelle est-elle aujourd’hui ? Simone Mousset a retenu celle, incertaine, d’Andrea. La jeune artiste luxembourgeoise voit en cette quête existentielle, une métaphore de notre monde, de ses difficultés. Curieux chemin de croix laïque parcouru par un extravagant trio masculin.

 


Pour sa seconde création, Simone Mousset se veut détonante, voire même décapante. Sur scène, ils sont trois, comme la Trinité. Un chiffre qui, dédoublé, rejoint l’âge de la mort du Christ. Mais peu importe d’improbables références, dans La passion d’Andrea 2 nul besoin de distinguer entre fiction et réalité. Cette malicieuse épopée s’intéresse au malaise de nos civilisations. Climat d’urgence perpétuel, informations continues et contradictoires, pertes de repères sont ici prétexte à renouer avec l’imaginaire, avec ses mondes ludiques, parfois délirants ou surréalistes, ses accents drôles teintés d’humour british.
Dans cette performance inédite oscillant entre théâtre dansé et comédie de mœurs, mêlant chant et voix à la chute des corps et au burlesque des situations, Simone Mousset joue les fauteuses de trouble. Elle aiguille ses trois personnages en mal de définition vers l’improbable récit d’une série de science-fiction dont le premier épisode nous aurait échappé. Espiègle protocole qui embarque le public dans ses déroutes et suscite la réflexion autour de l’obscur malaise existentiel de nos sociétés.

 S'il fallait décerner une palme à la pièce comique dans la programmation de Pole Sud ce serait sans aucun doute à celle ci: un condensé léger, efficace, sensible de retenue, de drôlerie, de frôlement des genres avec des touches impressionnistes savoureuses de couleurs locales. Trois anti-héros s'emparent discrètement du plateau, le temps de convoquer des Andréas multiples façonnées par l’ingéniosité de la dramaturgie.Exemplaire jeu et présence des interprètes, escogriffes bienveillants dans un monde absurde, décalé.En "anglais" souvent pour une touche distinguée en plus, tout bascule pour ces trois lustigs désopilants, face à leur destin bouleversé. Leur identité c'est Andréa, convoquée comme Arlésienne, spectre hantant la scène, icône inconnue au bataillon mais toujours convoquée pour l'action!Nos trois Andrea rivalisent de malice, se traquent, se tuent, disparaissent et meurent pour l'une avec une grâce irremplaçable.Un art de la chute en vrille magnifique, des pauses désopilantes, des grands jetés incongrus à la Cunningham.....Un trio décapant, insolite, surprenant avec des ballons de baudruche suspendus au dessus de leurs têtes comma autant d'épées de Damoclès pas si menaçantes que cela.Le chant est performant, quasi évangélique ou grégorien, aux accents liturgiques à capella sans se la jouer avec des voix ambrées, de tête, de gorge ou de poitrine à l'envi.Jolie cérémonie entre amis ennemis qui se cherchent et se trouvent. Un cour de récré désinvolte et raffinée pleine de charme et de taquineries.Quels talents ainsi réunis que ces pantins plein de maladresse, de malaises qui se frappent, s'offusquent, se chamaillent, larrons en foire; gamins ou gavroches indisciplinés.Une petite comédie musicale aux accents chantés de West Side Story en diable!Petits arrangements entre amis et meurtres dans des jardins luxembourgeois en primesauterie!

Et on refait la scène originelle: "the begining" en révérence désuète, baroque et coquine. Le public, en empathie totale avec ce trio infernal et tendre, burlesque en perruques, shorts et pieds nus, dégingandés, désarticulés et maladroits à l'envi.Les stalagmites ou cocons qui les menacent, qui sont "méchants",  s'effondrent un à un devant ces démonstrations de savoir danser et chanter sur fond de musique ambiante qui croule comme eux dans des univers absurdes et fantastiques....

A Pole Sud jusqu'au 22 MARS



lundi 20 mars 2023

Quatuor Diotima : Ligeti et Janacek en majesté. Accords à corps. Quatre quatuors pour un Quatuor de charme.


 Le quatuor à cordes Diotima a donné un concert lundi 20 mars à 19h en l’Auditorium de la Cité de la Musique et de la Danse de Strasbourg.Concert introduit judicieusement avec quelques pistes de lecture édifiantes par l'un des quatre interprètes.

Au programme : des œuvres de Ligeti et Janáček, oeuvres qui se croisent, se rejoignent malgré l'écart des époques, des origines géographiques des deux compositeurs, pourtant pas si éloignés l'un de l'autre..

Leoš Janáček
 
"Quatuor n°1, La Sonate à Kreutzer" 1917: un petit anti-opéra, concentré de surprises, de bribes de mélodies à peine naissantes, de reprises, toujours avec beaucoup de finesse dans la composition, de grâce, de délicatesse et de fougue dans l'interprétation. Des mélodies interrompues, des contrastes saisissants dans ces quatre mouvements encore inspirés par la littérature et l'ambiance de cette "Sonate à Kreutzer"si singulière. De l'électricité dans l'air tant la fusion des tonalités est éclatante, hérissante et acérée. Avec une "vélocité" surprenante et pleine de dextérité, de maitrise très pointue pour interpréter cet opus rayonnant.

"Quatuor n°2, Lettres intimes": des mélodies très dansantes, légères, vivaces envahissent l'atmosphère, l'univers "épistolaire" de ce morceau de bravoure, des balancements, oscillations vastes, larges et bascules même des corps des musiciens. La musique en est survoltée, saccadée, alerte, comme aiguisée sur les archets tendus. Des sautes d'humeur, de mesures, de tonalités, de hauteur: tout surprend, déroute, déphase et l'écoute de ce quatuor, entre accalmie et voracité, se fait délice et attention très concentrée.Des couches de sons comme autant de strates nuageuses, des danses de salon distinguées qui dérapent...Du Janacek, séduisant, décapant à l'envi, servi par quatre artistes au diapason, en complicité et osmose totale pour restituer l'âme de l'oeuvre en toute sincérité. Un "opéra" latent, autobiographique, enflammé, éruptif en diable.

György Ligeti
 
"Quatuor n°1, Métamorphoses nocturnes": une musique plus "abstraite", emplie de sons pincés, glissés, percutants.Le son tournoie, sourd des instruments, violent, rapide comme une volière loquasse. La tension est tenue, les sonorités s'échappent, filtrées, striées comme un insecte fragile se frottant les élytres. Froissements aigus singuliers, cordes pincése à répétition...Oeuvre de jeunesse, grotesque;, fantastique aux tonalités sacrées.
"Quatuor n°2": comme un feu d'artifice de toutes les possibilités imaginables par le maitre des instruments à corde se délectant de toutes les audaces, péripéties et "gymnastiques acrobatiques" d'un genre nouveau et décapant. La dramaturgie naissant de tous ces aspects versatiles, changeants, désorientent l'écoute. Pas de monotonie, d'assise dans ce monde musical riche et fluctuant que ce soit l'un ou l'autre des compositeurs se côtoyant cette soirée là, le temps d'apprécier leur proximité autant que leurs lointaines affinités pour la danse, le folklore, les contrastes de tons, de volume.
Une soirée exceptionnelle, généreuse, menée de main de maitre par des interprètes virtuoses, captifs et jouissant de talent et de sensibilité rares et poignants.Passeurs de musicalité et d'émotion, le Quatuor Diotima touche, émeut, ravit et se joue des chalenges: porter au zénith la musique, ses auteurs et leurs partitions de corps et de sonorités inouïes.
 
Yun-Peng Zhao, Léo Marillier, Franck Chevalier, Pierre Morlet          

samedi 18 mars 2023

"Mineur non accompagné" : les lois de l'hospitalité....Surface de réparation où les "ni-ni" se reconstruisent...


 Sous l’égide des départements, il existe en France des centres d’accueil spécialisés de mineur·es non accompagné·es ayant fui leur pays. Sonia Chiambretto et Yoann Thommerel, poètes pour la scène, fondateur·rices du g.i.g (groupe d’informations sur les ghettos), se sont immergé·es dans l’un d’entre eux, situé dans un ancien centre de colonie de vacances au milieu d’une forêt normande. Comprendre la vie de ces mineur·es en errance, saisir les dimensions de ce qu’on appelle en sociologie « l’occupationnel », échanger, écouter : telle est l’amorce de ce projet théâtral dont la démarche documentaire est de mettre en récit la parole de jeunes personnes vouées au déracinement, à l’isolement et à la précarité, et aussi de celles et ceux qui travaillent dans le centre. Restituer poétiquement cette forme de vie collective dessine un geste politique : interroger l’acte d’hospitalité censé animer cette institution et donner la parole à celles et ceux dont l’existence est placée sous le signe de l’invisibilité.



Un petit stade de foot sera l'unité de lieu, en vert et blanc, couleurs inversées. Deux personnages en tenue de sport, training noir, arpentent cette superficie en jouant à faire tournoyer une balle sur son axe rotatif. du bout des doigts. Et au sol, de vieux ballons, usés, cabossés mais fort esthétiques dans cette scénographie déjà bien évocatrice: surface de réparation, buts et autres repères au sol pour se "reconstruire", se cadrer et épouser une autre forme de "seconde vie"..Car il s'agit bien de se réinventer, de se forger une identité dans ce foyer, chambre des merveilles pour plus d'un MNA, migrant ici "accompagné" par la bienveillance de tous les "encadreurs". C'est à une sorte de lecture à deux voix que nous sommes invités, conviés, convoqués. Sur des sortes d'ardoises, leur texte est inscrit qui se déroule à travers leurs lèvres, leur jeu en dialogue. Les deux protagonistes, auteurs de ce "documentaire" singulier, acte posé comme une récollection de témoignages semblent très à l'aise. Témoins et acteurs de leur processus de création sur ce sujet sensible et brûlant, méconnu encore du "grand public". Faute d'information et d'engagement juridique, social de la part des "autorités". A nous de découvrir en sons, en images l'univers bousculés mais battant de ces "mineurs" naviguant à vau l'eau dans cette société qui les "supporte" plus qu'elle ne les "porte". Ni mineur, ni majeur, ces "ni-ni" se confient aux auteurs, artistes en "résidence" dans des foyers d'accueil. Et le texte qui se construit est pudique, humoristique, jamais fataliste ou déprimé. Pas de destinée pré-établie, mais un combat singulier, un match de foot où l'on défend son territoire, son équipe avec sincérité et non violence.La surface de réparation prend tout son sens et les filets de but, tout leur cachet de protecteur, de panier pour mieux contenir et renvoyer la balle. C'est touchant et une heure durant, le rythme va bon train sans sifflet ni pénalty. Suite à ce dialogue enjoué mais grave, une discussion s'ensuit avec le public rassemblé à l'occasion de cette "petite cérémonie" en l'honneur des enfants migrants. Sensible et responsable, le terrain se déblaye de ses préjugés et l'on en vient à se "poser des questions" entre autres à travers un questionnaire qui engage notre réflexion, le sens de nos actes ou de notre ignorance de tous ces faits. Une pièce originale et décapante, où les deux poètes metteurs en scène et acteurs jouent à franchir les embuches, marquer des buts et avancer pour une prise de conscience collective d'un "phénomène" social et politique hors norme. Ce qui nous re-lie au monde d'aujourd'hui en toute conscience artistique. Sur mode mineur sans bémol ni dièse, en état majeur sans anicroche pointée. Nié parfois en bécarre pour déni d'ignorance étouffant la réalité.

Au TNS jusqu'au 25 MARS

 

Sonia Chiambretto est écrivaine et metteure en scène. Son œuvre pour la scène, attachée à la démarche documentaire et influencée par l’objectivisme poétique américain, est notamment publiée chez Actes Sud-Papiers (CHTO, 12 Soeurs slovaques, Mon Képi blanc), Nous (État civil) et L’Arche éditeur (Supervision, Polices !, Gratte-ciel). Yoann Thommerel est poète et metteur en scène. Ses textes, lorsqu’il ne les porte pas lui-même (poésie-action, performances) sont régulièrement mis en scène au théâtre. Il codirige avec Sonia Chiambretto la compagnie Le Premier épisode.

jeudi 16 mars 2023

"Gli Anni": limonade chorégraphique pétillante, romancée, relevée. Déplier le corps leporello. A livre ouvert.

 


Marco d’Agostin Italie solo création 2022

Gli Anni (les années)

Chorégraphier à partir des secrets du corps. Celui d’une danseuse en particulier, Marta Ciappina. C’est à quoi s’attache Marco D’Agostin. En créant Gli anni (Les années), pour et avec elle, l’artiste italien tente une nouvelle approche : danser comme à l’ombre d’un roman, avec les imprévus et les décalages que suscite le montage musical, une playlist de chansons pop et rock des années 80 à 2000.


 

Tout comme en littérature – que l’on pense au titre éponyme des romans de Virginia Woolf ou d’Annie Ernaux croisant mémoires intimes et collectives – Les années (Gli anni), ces récits de vie qui vont de la saga familiale à l’autobiographie, se consacrent au temps. Et c’est bien ce que convoque Marco D’Agostin à travers l’écriture de cette nouvelle pièce. Déjà dans son solo Best Regards présenté la saison dernière à POLE-SUD, lettres et correspondances tenaient un rôle prépondérant dans cet hommage rendu au danseur et chorégraphe britannique disparu Nigel Charnock.
Dans Gli anni qu’il crée en tandem avec Marta Ciappina, danseuse et pédagogue qui en est l’interprète en solo, le chorégraphe italien poursuit la traque des signes dont il fait la matière de ses créations. À partir du corps même de l’interprète, de ses gestes singuliers et vibrants, de sa mobilité fluide ou disloquée, Marco D’Agostin fait de ces mouvements les messagers d’un récit sans faux semblants, à la fois cru et délicat. Sans pour autant recourir aux mots, Gli anni fait son office et met à jour d’indicibles émotions à travers une forme abstraite qui s’adresse à tous. Une danse énigmatique des souvenirs émane du corps désarmé de l’interprète.

Limoncello...

Compte, décompte comme lors de l'apprentissage, à l'école, en famille: compter des citrons en rythme, en dansant, en errant sur le plateau, chemise blanche brodée et pantalon seyant: elle, une jeune femme au visage lisse, ouvert, à l'écoute, à l'affut. De l'envergure dans les geste, bras ouverts, des mouvements acérés et directs entre l'air et le sol, dans des directions divergentes. Fluidité et efficacité des décisions de chemin, de parcours: en avant, à rebours comme happée par le passé-présent, un sac à dos pour seul bagage. Elle en extirpe un chien, statue de porcelaine, immobile objet, sujet de mémoire. Une carte magique, des lettres en petits cubes carrés...Des objets souvenirs qui tiennent ç corps. Alors que sur un petit écran suspendu, quelques préceptes kinésiologiques s'affrontent à ses gestes et en soulignent la source.


Mouvance dictée par la verticalité de la colonne vertébrale, par ce qui soustent chaque geste: l'énergie, le fluide.Émouvante figure incarnant les strates des mots qui nous forgent, la danseuse se meut et s'émeut devant nous en grande empathie. Regard attachant, séduisante personne irradiant autant de la malice que du détachement. Marta Ciappina en modelage constant incarnant à sa guise les propos et intentions du chorégraphe Marco D'Agostini. Mutine et distancée, présente et forte d'imprégnation du sujet. Elle se libère alors sur un patchwork de musique pop, rock, souriante, épanouie, séduisante.C'est comme un roman, une histoire à construire le temps de la représentation, avec un lettrage de scrabble, une missive lue par un spectateur. Danse revolver qui fait "bang" avec humour désopilant et dérisoire meurtre d'un polar nanar. 


Et des images de films familiaux en super 8 de défiler au lointain: on y aperçoit des fillettes qui comptent des citrons! Et la boucle est bouclée...A rebrousse poil.Rembobinez! Limonade pour trinquer...Faites vos jeux, l'histoire peut recommencer ou continuer. Comme il vous plaira de feuilleter ce livre à corps ouvert, d'en faire un exercice d'Oulipo littérature potentielle ou de leporello...Le leporello, également appelé livre accordéon, ou encore livre frise, est un livre qui se déplie comme un accordéon grâce à une technique particulière de pliage et de collage de ses pages. Danse qui se plie et se déplie à l'envi, se lit, se relie à toutes les fantaisies sur la perception du désordre, de l'incongru, de l'absurde.Un téléphone jaune relié de la main à l'épaule par l'omoplate pour anatomie de l'énergie du geste...Belle image du flux qui relie. Sans raccrocher surtout, la communication n'est pas interrompue...


A Pole Sud jusqu'au 16 Mars..

 


"Candide" de Léonard Bernstein: Pangloss, Cunégonde, Candide et les autres....Bernstein s'amuse....

 


Strasbourg Palais universitaire de Strasbourg Dates 15 17 19 mars 2023


En partenariat avec La Filature – Scène nationale de Mulhouse et avec le Service de l’action culturelle de l’Université de Strasbourg, dans le cadre de la programmation anniversaire de son dispositif Carte culture.

Direction musicale Samy Rachid Opéra Studio de l'Opéra national du Rhin, Chœur de l'Opéra national du Rhin, Orchestre symphonique de Mulhouse

Pangloss et Martin Lambert Wilson Candide Damian Arnold Cunégonde Floriane Derthe La Vieille Dame Liying Yang Maximilien Oleg Volkov Paquette Brenda Poupard Le Capitaine Andrei Maksimov Le Gouverneur Glen Cunningham Vanderdendur Iannis Gaussin

Comédie musicale en deux actes.
Livret de Lillian Hellman et Richard Wilbur, avec Hugh Wheeler, John Treville Latouche, Dorothy Parker et Stephen Sondheim. Créée le 1er décembre 1956 au Martin Beck Theatre à New York. Version de concert.

« Tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles. » Ainsi parle Pangloss à son disciple Candide pour l'encourager sur les chemins de l'optimisme. Il faut dire que la vie est plutôt douce à la cour du baron de Thunder-ten-tronckh. Mais voilà Candide bientôt arraché de ce coin de paradis après avoir échangé un baiser innocent avec la belle Cunégonde. Mis à la porte du château, il découvre la guerre et entame un périple autour du monde, de Lisbonne à Buenos Aires, en passant par Paris, Venise et l'Eldorado. De déconvenues en mésaventures, le malheureux voit les grands principes de Pangloss se fissurer à l'épreuve de l'expérience. Il en viendrait presque à délaisser les sirènes de la métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie pour cultiver son jardin...
Avec Candide (1759), Voltaire raille joyeusement l'optimisme aveugle et les travers de la société occidentale avec un sens de l'ironie et un comique de situation qui annoncent déjà le théâtre de l'absurde. Mis en musique par Bernstein un an avant West Side Story, ce conte philosophique devient progressivement un classique de la comédie musicale américaine, porté par son ouverture et l'air des bijoux de Cunégonde, le pyrotechnique « Glitter and Be Gay ». Lambert Wilson prête sa voix au philosophe Pangloss et emporte avec lui la troupe des jeunes chanteurs de l'Opéra Studio dans un réjouissant voyage en absurdie.

En tout démarre par une belle introduction du Président de l'UDS Unistra Michel Deneken l'occasion de cette "fête" pour célébrer avec les étudiants, les 30 ans de la carte culture, dispositif qui fédère les institutions pour fidéliser les jeunes à l'art et ses monstrations diverses! Hommage à la "jeunesse", à l'enthousiasme, ce qui nous porte et transporte en commun dans des mondes parallèles tout à fait fréquentables.

Alors en avant pour le chantre de l'optimisme pour une écoute exceptionnelle au Palais Universitaire, transformé pour l'occasion en salle de spectacle impériale...Le directeur de l'Opéra du Rhin, Alain Perroux,complice de ce challenge technique et artistique comme partenaire idéal !

Un opéra comique, opérette idéale bordée de références à des univers musicaux proches du "genre": ainsi  se promènent à travers la partition des chants, du choeur et de l'orchestre, des bribes mozartiennes, un peu de Lenhart,un peu de Bernstein style West side Story dans les introductions à suspense, les silences percutants, les pauses parlées. 


Lambert Wilson en maitre de cérémonie, un conteur-lecteur idéal doté d'une diction, d'une élocution hors pair: incarnant un Pangloss, comédien et personnage versatile de toute beauté. Il chante bien sur, aisé, performeur de charme en compagnie des "jeunes voix" de l'Opéra Studio, solidaire et laissant la place à ces chanteurs-comédiens, engagés, séduisants, convaincants. A la façon d'un Pygmalion bienveillant...Notons l'interprétation maline, coquine de Floriane Derthe, en Cunégonde à la technique vocale irréprochable, ne contournant aucune difficulté, enracinée et débordante d'authenticité. Moulée dans une robe scintillante, elle donne à entendre et voir ce personnage clef de l'intrigue, des rebondissements et coups de théâtre multiples de cette fable fondatrice. Elle se comporte face aux événements rocambolesques qui ponctuent la narration et la musique, avec aisance et abordant les contre-Mi bémol avec décontraction, désinvolture et sans filet. Les autres se partagent le devant de scène frontal, Candide, Damian Arnold,adorable "jeune homme" éperdu et transi, la vieille Dame, Liying Yang, drôle et solide, pleine d'humour et de détachement: bref, des interprètes aguerris, lyriques à la solide formation qui prennent la scène pour cette version concertante avec un jeu pertinent, sobre et fort éloquent. L'Orchestre portant cette légende de littérature philosophique comme un berceau musical où les références parfois à la Carmina Burana du choeur font basculer dans tous les espaces de navigation géographique de cet opus incongru."Candide" comme une ode à la fantaisie, à la voix, au récit et aux aventures inénarrables d'un microcosme qui prend des proportions de résonances gigantesques. Le chef Samy Rachid à la baguette, souple, rebondissant, le corps engagé dans cette musicalité fantasque de haute volée, défiant les embuscades et embuches d'une partition versatile, d'une composition sonore complexe et ravissante !

Une fête à partager avec la jeunesse estudiantine et les officiels réunis à cette occasion pour que la sacro sainte culture descende de son socle, de son piédestal pour être abordée sur les marches du Palais sans dérouler le tapis rouge.

mercredi 15 mars 2023

"Actuelles" : "Une rose au milieu des ruines" : le tour du monde de la voix de Warda...Des "dé-orientés" avec boussole , cap et repères de navigation- cabotage.

 


CINQ SOIRÉES DE LECTURES A ECOUTER, VOIR, SAVOURER

Actuelles est un temps fort proposé par le TAPS autour de l’écriture du théâtre d’aujourd’hui.

Cinq textes de théâtre actuel sont sélectionnées par les artistes associé·s au TAPS, Pauline Leurent et Logan Person, et le comité de lecture du TAPS. Ces textes sont ensuite lus et mis en musique par des artistes de la région (comédien.nes, musicien.nes, directeur.trices de lecture) lors de cinq soirées uniques.
Chaque soir, le public prend place au sein d’une scénographie qui privilégie la proximité avec les artistes, inventée par des étudiant·es de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR).
La créatrice culinaire Johanna Kaufmann concocte des mises en bouches inspirées par les textes et dégustées à la fin du spectacle lors d’un échange entre le public, les auteur.trices et l’équipe artistique.

Du 14 au 18 mars 2023, 20h30, au TAPS Laiterie
Tarif unique 8 € – Pass 5 soirées 25 €


Dans ce long poème dramatique, empreint de mélancolie, l'idole transgénérationnelle représente la femme aimée perdue, la mère patrie, celle qui contient dans sa voix, la promesse de jours meilleurs.

Amar, jeune égyptien, réfugié politique, essaie de retrouver l’amour et l’espoir dans les bras de son amante, Elsa, dans une chambre d’hôtel en écoutant de la musique arabe.Nejma, une jeune palestinienne venue en France pour faire des études de médecine, rêve de participer à un télécrochet et chanter les chants patriotiques de son idole.Saci, un chibani algérien, tue le temps et l’amertume depuis la mort de son épouse, en repassant en boucle la chanson de leur amour.Issam, jeune exilé syrien, parcourt la ville à la recherche d’un lecteur CD pour écouter la chanson préférée de sa fiancée, Sana.

Quatre personnages arabes, tous éprouvés par l’exil et la douleur de voir le monde arabe s’effondrer, se raccrochent à un univers culturel intime qu’ils convoquent en écoutant la musique de la diva Warda-al-Jazaïria.

La scène de la salle des TAPS Laiterie est transformée à l'occasion: huit laies de voile ou toile blanche sont suspendus, comme des fantômes ou personnages qui vont parfois masquer, occulter la présence de cinq comédiens-ennes-. Assis où campés sur un amas de ruines, briques ébréchées et confettis de cendre noire, comme autant de vestiges d'un passé-présent-et avenir de ces populations d'exilés, de migrants qui peuplent le monde arabe et les pays environnants du moyen orient. Dé-s-orientés, ces personnes là qui pourtant prônent "l'amour arabe", l'amour de la culture arabe..Peu à peu se profilent des caractères, inquiets, amoureux, généreux, rêveurs. Un père, incarné brillamment par Frédéric Solunto à la voix qui porte et très nuancée, contrastée, chérit sa fille qui ne songe qu'à chanter pour vivre, se libérer, exister à la façon de Warda, la diva emblématique du chant d'espoir, de vie, de chaleur. C'est touchant, émouvant et la musique live de Sarah Jamali, s'ouvre délicatement dans une attente jouissive comme les préambules amoureux, les préliminaires de la musique même de la grande chanteuse. Petit à petit se révèlent toutes les thématiques abordées sans militantisme dans la discrétion, la suggestion de toutes les facettes de la douleur, de la mélancolie sans nostalgie de valeurs perdues. La perte comme un gain, un regain de joie, de réalisme pour bâtir à nouveau sur des bases nouvelles à inventer. Le texte est sobre, la langue efficace et sans fioritures, et avec empathie on croise chacun d'eux avec intérêt, curiosité et découverte de singulières destinées. Aux consoles la musicienne semble orchestrer, unir et fédérer ces hommes et femmes vouées au "déplacement" au "soulèvement" à la Didi Huberman..(qui fut une exposition transdisciplinaire sur le thème des émotions collectives, des événements ...) Les corps se soulèvent et ne se "révoltent" pas sans raison organique et émotionnelle....Comme une danse libre et volontaire, un aveu de chorus unissant les énergies pour construire et s'identifier sans haine ni regrets.

On rejoint les questions politiques par le biais de la poésie et de la gourmandise: à cet effet l'autrice cuisinière Johanna Kaufmann  ne fait qu'une "bouchée" de cet univers craquant plein de fragrances, de saveurs miellées, douces et quelque peu "Madeleine de Proust"; sur sa petite lunch-box confectionnée "maison" est écrit: "mange mon enfant, mange, tant qu'il en est encore temps"! Tout y serait résumé tant ce partage d'émotions collectives lors de cette lecture incarnée, écoutée et déroulée avec passion, nous fait adhérer à un inconscient collectif fort et authentique..."Keine Rose ohne Dornen".....

 

Directrice de lecture : Houaria Kaidari

Musicienne : Sarah Jamali

Scénographie (HEAR) : Alwena Le-Bouill, Gildas Chambard, Noa Jacquin, Hinda Rezgui

Comédien.nes : Kadir Ersoy, Sarah Ouazana, Marie Paillat, Frédéric Solunto, Najim Ziani