mercredi 15 avril 2015

"Samedi Détente" : une heure d’Antenne !


Avis de tempête, de coup de machette, de pluie de salves et autres horreurs indescriptibles, inavouables......
Les infos ne sont pas bonnes sur "Samedi Détente": le poste radio est pourtant ce qui fait jaillir souvenirs, résurgence d'un passé plus que violent: barbare, atroce: le génocide du Rwanda !
"On n'oublie rien de rien, on s'habitue, c'est tout"!
Le spectacle de Dorothée Munyaneza évite tout pathos pour trouver une forte émotion, sobre simple, jamais feinte ni forcée. Elle conte son expérience, celle de sa famille épargnée par miracle, protégée du génocide, avec sa complice performeuse qui se débat sur scène, alors que perchée sur une table, micro en main, elle parle simplement des mésaventures de la guerre fratricide!


Tout de bleu vêtue, dans une robe très seyante, avec des tulles roses effervescents, fluorescents, tel un oiseau rescapé de l'air, elle est bouleversante, troublante, à nue.
Un compagnon, musicien, percussionniste joue du couteau ou de la machette, taille du bois, invente de drôles de sons menaçants.Elles deux, dialoguent, dansent comme des "zoulous" pour exorciser le drame et communiquer la situation dramatique au monde entier qui semble bien indifférent.
Un dispositif judicieux de poulies, une tenture qui évoque les campements, architecture tendue de l'urgence, et nous voilà transportés sur un autre continent en 1994. Que faisions-nous alors?
Si à l'époque, on fermait les yeux et les oreilles, le spectacle nous invite à nous réveiller avec ce témoignage poignant d'une danseuse dont le corps et l'âme meurtris à jamais, chante chaleureusement la beauté et l'espoir de sa vie de miraculée.Dans un grand linceul, le corps de sa compagne, mis à nu, torturé, violé ou simplement humilié, s'enroule et se fait objet de mépris et de honte.
Quand sa complice se revêt d'oripeaux baroques et danse une valse de sorcière habitée par les démons ancestraux, elle ne fait qu'exorciser de cruels et brûlants souvenirs absurdes d'une réalité irrévocable.
Beau spectacle où face à nous-mêmes, on est en empathie avec des destins insoupçonnés, remis au grand jour.A Pôle Sud, ce soir là pour le festival "Extradanse", ce n'est pas "silence radio" mais un moment de recueillement, de mémoire des corps faits pour restituer, non pas la mort, mais l'espoir et la vie!




"D’albums en spectacles, Dorothée Munyaneza poursuit son périple. Avec détermination, elle s’est engagée dans sa première création, Samedi détente, sensible témoignage sur la mémoire et l’indicible. En trio avec la performeuse ivoirienne Nadia Beugré et le compositeur Alain Mahé, elle mêle danse, chant et mots issus de sa propre histoire, de la tragédie d’un pays, il y a vingt ans déjà.
En avril 1994, la jeune artiste trentenaire a douze ans et vit au Rwanda, où débute un génocide : 800 000 morts – en majorité tutsis – en une centaine de jours. 
Samedi détente est le titre d’une émission radiophonique de l’époque. ”Nous l’écoutions avec mes amis, la famille, les voisins… j’en ai gardé de joyeux souvenirs, des moments d’insouciance. La plupart de ces gens là, sont morts. Tout un pays a sombré dans l’abîme tandis que le monde tergiversait.” Samedi détente où le parti pris acide et lucide de la vie. A travers les corps, les sons et les mots, ce qui se révèle et ce qui ne peut._IF"

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