samedi 4 février 2017

Gustave Malher "Symphonie n° 9 en ré majeur" : un monument...fragile !



La direction de Marc Albrecht pour cette oeuvre majeure de Malher est plus qu'attendue ce soir là au PMC de Strasbourg: voici " l'endroit" où il faut être en compagnie du prestigieux Orchestre Philarmonique de Strasbourg: salle comble; en introduction par son directeur général, une ode au silence, celui qui selon Debussy est de la musique, ce silence qui caractérise l'oeuvre, de ses nombreuses ponctuations, comme autant de soupirs, de respirations.
Alors débute le voyage, mélancolique au pays du romantisme mais aussi de la souffrance, celle du compositeur qui disparaîtra en 19012, quelques années après sa création en 1909
Gigantesque fresque aux quatre mouvements qui nous conduit jusqu'aux entrailles de la terre, au tréfonds de l'expression de la douleur et de l'amour, proche de la nature toujours dans le frissonnement, le bruissement des cordes.
Paix, calme puis tempête et menace de mort, de disparition prochaine: comme un auto portrait, une biographie du compositeur qui met en scène, en sons, en musique, les palpitations, frissons de son corps et son âme meurtris par un destin tragique
Biopic? Sans doute si l'on voulait emprunter ce vocabulaire cinématographique pour le calquer sur l'oeuvre: prémisse de mort, dernier souffle , respirations échevelées, silences prometteurs de rebonds de survie pour mieux émerger d'un chaos qui prend vIte le relais sur les temps d'apaisement, de calme retrouvé. Sursauts salvateurs, mais accent prémonitoire à l'invitation à la mort.
Chant dissimulé, voix étouffées en référence au "Chant de la terre", qui jamais ne seront interprétées, mais sous jacentes dans cette symphonie, condensé de toute une oeuvre!
Du spirituel, au terrestre, tout oscille et vacille pour créer des atmosphères contrastées, modulant intensité et fragilité, silences et envolées puissantes, envahissantes, submergentes.
Une oeuvre qui transporte, méduse et séduit au delà de toute attente, ici, interprétée par un orchestre galvanisé par autant d'intonations complexes à restituer, autant de délicatesse que de dureté:
Une soirée inoubliable où la danse de Malher est bien présente cependant (rondo, valses, suggérés dans les tempis et les rythmes de référence)

Un musicien qui inspira Béjart ("Ce que la mort me dit", "Chant du compagnon errant"),Neumeier  (Troisième Symphonie), Jérôme Bel ou Anna Teresa de Keersmaeker pour "Le chant de la terre...Une musique comme le souffle et l'expiration de la vie, de la mort, universelle, éternelle.

POUR LECTURE !!!

Mahler et la danse de mort

Sous l’égide du Festival d’Automne, les chorégraphes Anne Teresa De Keersmaeker et Jérôme Bel mettent en scène et interprètent Abschied ( adieux en allemand) [1]. On a du mal à imaginer ces deux fortes têtes de la scène faire œuvre commune. Elle, toute de rigueur mathématique au service de la sensibilité, pétrie de philosophie orientale ; lui, de son propre aveu, « adepte de la pensée occidentale poststructuraliste ». La rencontre a été provoquée par elle, qui rêve depuis longtemps de danser Der Abschied, dernière partie de Das Lied von der Erde 
(le Chant de la terre), d’après la transcription de Gustav Mahler, qu’elle écouta pour la première fois dans la sublime version chantée par Kathleen Ferrier. Cette partition sur le thème de l’acquiescement à la mort est d’autant plus déchirante que la diva, alors âgée de quarante et un ans, était atteinte d’un cancer incurable du sein. Sur scène est requis l’ensemble Ictus, composé de treize instrumentistes, avec la chanteuse Sara Fulgoni pour la version abrégée de l’œuvre due à Arnold Schoenberg. Comment danser la mort ? Keersmaeker se meut au milieu des musiciens et, plus tard, ceux-ci font mine de s’éteindre… Ces tentatives semblent mener à une impasse. Du coup, la danseuse et chorégraphe nous raconte, d’une voix neutre d’intellectuelle sensible et cultivée, comment elle a connu cette musique, les difficultés rencontrées, son travail avec Jérôme Bel. Elle rallume les lumières dans la salle, nous invite à relire la traduction de l’Abschied distribuée à l’entrée. Jerôme Bel lui aussi vient sur scène pour dire que tout ça a été compliqué. On le croit volontiers tant la gravité du sujet et son traitement inachevé, c’est-à-dire ouvert, tranchent avec ce que nous savons de l’art des deux virtuoses si différents, qui ont tout de même pu effectuer un bout du chemin ensemble, même si ce n’est que sous forme d’interrogation.

vendredi 3 février 2017

Pinochio !



jeudi 2 février 2017

"Moeder" :Mama mia ! ou Madre mia! Tout sur ma mère....

duane hanson sculpture


Alors quand le collectif désormais bien connu sur la place, Peeping Tom, revient à la charge, c'est pour s'emparer de "la mère" après avoir tuer "le père": dans la famille Peeping Tom, j'appelle la mère!
Et c'est la mort qui est conviée dans un premier tableau: cercueil habité par un corps sans vie, immobile, entouré de ses proches: mais quelque chose "cloche", comme toujours dans les univers absurdes qui se dessinent devant nos yeux. Un décor qui pourrait être intime, ou public, une salle de musée, des tableaux suspendus, une machine à café: autant d'éléments qui serviront une dramaturgie faite de glissements, de rebondissements, de vire voltes imprévues. C'est ce qui fait le charme et la désuétude de ce spectacle où la mère qu'on voit danser sous toutes ses facettes, fait mouche et "opère". très clinique, anatomiques, ces saynètes qui évoquent, l'accouchement sur fond de Janis Joplin, où la mère éructe chanson  rock et autre cri de guerre, "cry baby". Babil de l'enfant, bruits et sons aquatiques pour planter les mouvements dans le flot de glissades et reptations: on se noie en direct, sous les yeux d'une technicienne de surface, pétrifiée comme les sculptures Duane Hanson .
le musée de duane hanson

Des tableaux vivants d'où sortent les visages, un trio infernal où la dérobade s'avère le rapt d'une toile qui donne prétexte à une filature en règle, une danse de folie collective comme une danse de Saint Guy, stroboscopique, autant de saynètes qui s’enchaînent, absurdes ou surréalistes, on ne sait plus! La vie, la mort, le fœtus dans la couveuse qui a désormais 7 ans et dont les parents bercent encore leurs illusions...Et toujours notre technicienne de surface qui caresse pour l'épousseter, une sculpture sortant d'un cercueil...Le musée est ouvert, bien gardé par deux ostrogothes qui animent de drôles de visites guidées! "Musée hauts, musée bas" comme ceux de Jean Michel Ribes, espaces dédiés à la parodie, sans caricature mais pleine de vérités insolites. Une femme en noir qui virevolte, virtuose de la chute, son bébé dans les bras, un homme dont les "jobs de merde" enchantent notre curiosité: merveilleux danseurs qui nous entraînent dans des atmosphères à la "Dernier train pour Busan", tellement le fantastique surgit aussi de scènes truculentes, danses et gestuelles zombies,films d'horreur (Dodescaden de Kurosawa) ou corps photographiques semblables aux monstres de Joel Peter Vitkin!
joel peter vitkin
Danse buto pour un solo de chirurgien, les bras prolongés par un artifice clinique, tableau d'un cœur qui pulse et ruisselle de sang: tout devient normal et naturel, coule de source ici bas.Quand la machine à café est elle même matrice, utérus , le cordon ombilical n'est pas coupé. On assistera alors aux funérailles de l'engin: on a tué la mère mais elle va resurgir toujours de la mémoire : obsédante, omniprésente,  Alors amusez vous aussi de toute cette galerie de portraits de famille, fenêtres ouvertes, petit théâtre de la camarde ou de la vie, espace de tous les possibles.


Débordante d'imagination, Gabriela Carrizo touche et ébranle nos inconscients collectifs, met à mal nos tracas, nos liens et autres cordons cliniques pour créer un univers unique et singulier où le son est matière à incarner icônes et atmosphères inouïes de la plus belle facture. Plastique et pictural à souhait ce musée ravit et ouvre les portes de la mémoire affective avec passion, engagement dans la déroute et le détournement. On y croise à la maternité, des infirmières enceintes, on y ensevelit sous bâche, des morts vivants.
Matrice de tout fantasme, voici une pièce à conviction, une salle d'attente, un salon de curiosité, cabinet de toutes les surprises. Moeder ou Morder ? Moerder, peut être! La mère morte ne manque pas de sel !"Parle avec elle et vous saurez tout sur les mères !

Au Maillon Wacken avec Pôle Sud jusqu'au 3 Février