dimanche 6 octobre 2019

"Composer l'image": projection commentée par François Sarhan : le "net plus ultra" de la musique faite écran !


Curateur François SARHAN. (et ses situations dans l'espace public)

Un petit grain de "perma-culture" dans la programmation "intensive" du festival, entre deux concerts, on réfléchit un peu, on se "pose" pour mieux rebondir des pieds à la tête, de la tête aux pieds en bons kinésiologues!
"kIiné", mouvement, kiné matographe et phonographe au menu pour cette rencontre à l'auditorium de la BNU
Depuis une dizaine d’années, l’utilisation de l’image animée par les compositeurs et compositrices s’est généralisée :longs métrages, films courts, expérimentaux, documentaires, films fictionnels, etc. François SARHAN, qui s’est lui-même tourné vers la réalisation et le montage, propose une sélection de quelques tendances à l’œuvre.
L'artiste, animateur de la rencontre pose le paysage des années 2005- 2015 des oeuvres filmiques de réalisateurs-compositeurs, les liens qui les unissent, conscients ou non déclarés
 Comme une "zoologie amateure", pensée cinématographique des compositeurs, ou séparation des tâches: touche à tout de l'art, de la création, notion en jeu, périlleuse ou pas! A l'inverse d'un "plein engagement" romantique dans une discipline, à l'inverse d'un éclectisme amateur disperçé C'est internet qui fait se mélanger les genres, suport universel, sans séparation ni frontières fonctionnelles. La micro informatique, autant responsable de cet éclatement indisciplinaire, indiscipliné! On y intègre les matériaux qu'on mélange et retravaille à l'envi: tout est question de "médium" multiples, aujourd'hui !
Et pour preuve, un dinosaure du genre, Thierry de Mey et son premier film, "Floréal" 1983: musicien, réalisateur, compositeur et chorégraphe de l'image, compagnon de route de Michèle Anne de Mey et Anne Teresa de Keersmaeker pour lesquelles il réalisa les plus convaincants "films de danse", où rythme, montage, découpage et espaces se partagent les écrans entre autre de "Counter Phrases", chef d'oeuvre du genre!!!
"Point et  ligne sur plan" pour cette rythmique architecturée d'images, cadres, fenêtres, tectoniques des plans verticaux-horizontaux, comme des leitmotiv qui reviennent ponctuer un arsenal d'images mouvantes, familiales, poses longues de scènes quotidiennes... Le carré, le carreau, de petites séquences rythmées égrènent la narration, scénario-image pour une fiction chorégraphique, sans danse, sans "musique" apparente. Hormis le rythme, le découpage et montage ! Quadrillage et structures géométrique en majestés !

Au tour de Jessie Marino  (¨Pamplemousse) d'être décortiqué, comme un bon fruit pour un flm cadencé, scandé d'images sur fond d'inspirations, exagération, multiplication d'une ventilation d'images, créant de l'air et une dramaturgie narrative de l'hyper ventilation: on s'y asphyxierait !

Joanna Beilie succède avec un départ percutant de brouillage de sons et d'images, comme un zapping radiophonique sur les ondes ou à la télécommande d'un moniteur vidéo. Temps, mémoire, photos et sons y sont maltraités, se percutant, comme un film diapo avec photos de famille, chaine du manque de mémoire, chocs des images, retour d'un leitmotiv comme en composition musicale ou "la jetée" de Chris Marker....Ou "si j'avais quatre dromadaires"...

On file chez Simon Steen-Andersen pour un plan séquence vertigineux où tous les éléments de ce spectacle sculptural de Fischli Weiss déroule ses sons incongrus, un preneur de son, poursuivant les mouvements de caméra pour une course folle halletante! C'est prodigieux! L'oeil de la caméra opérant pour une fiction de la construction musicale, en prise directe avec la performance de ces deux plasticiens de l'espace sonore inégalés!

Au tour de Stefan Prins de fare preuve avec une captation vidéo en temps réel, superposée, d'un interprète musicien, d'audace spatiale et musicale

Johannes Kreidler, à nouveau pour  qui avec ses petits fragments agglomérés, néo6conceptuel, minimaliste, nous entraîne dans un "art auriculaire qui n'a pas d'importance"!
Musicaliser un mot avec un oscilloscope, en faire un portrait sonore, de mots, arsenal d'idées au poing, dans un refus stratégique de dramaturgie...

Avec Nico Sauer, c'est à un jeu tv, de commande en ligne que l'on accède à ce grand magasin universel télévisuel, jeux en lignes pour une séquence de pub pour une brosse à dents, objet guitare, fétiche du réalisateur musicien!
Charlatan d'un carnaval o^les valeurs s'inversent, se vendre comme tout artiste le fait constamment avec des images à la "Pierre et Gilles" ou "Pierre et Georges digne d'une performance burlesque!
Ou d'une mise en scène mercantile ! Un clip de pub détourné fort séduisant, commenté en direct par l'artiste, présent lors de la projection!

On accélère le rythme  avec une oeuvre de Natacha Diels, autoportrait singulier rempli d'images recollectées dans sa jeunesse, engrangées et livrée aux regards, mémoire inconsciente de sa vie, superpositions d'images, jeu de mains, montage rythmé....
Comme une collection qui s'ouvre, se délivre en musicalité visuelle fort convaincante.

Brigitta Muntendorf fait question avec ses images stroboscopiques de visage, respiration en phase, dont la créativité est liée à la fréquentation assidue de musique sur you tube, surtout les vidéos d'amateurs musiciens qui se filment à l'oeuvre et dont les images se répandent sur la toile à la vitesse grand V sans contrôle d'esthétique!
De quoi sommes nous spectateurs, en déplaçant ainsi nos fauteuils confortables pour arpenter les écrans fertiles du net plus ultra!
Encore un short pour la route avec le film de Trond Reinholdsten , évoquant "le grand oeuvre", opéra norvégien, plan séquence dans des décors wagnériens, kitsch et drôles, animés de personnages manipulés, carnavalesques, parlant on ne sait quel langage: on y renverse les valeurs comme au temps carnavalesque de mi carême, endossant costumes et oripeaux bigarrés: une tentative d'oeuvre "totale" wagnérienne, irrespectueuse en diable, grotesque, grand guignolesque à souhait!

On songe ensuite et ébranlé par cette réunion fertile en échanges, aux pionniers du genre: Robert Cahen, musicien de l'image avec "Hong Kong Song" ou "Tombe avec les chaises", à Philippe Decouflé et son "Abracadabra", et bien d'autres N + N Corsino, chorégraphes de l'image, friands de musicalité précurseurs, arpenteurs de nouveaux territoires de l"image..L'Art-vidéo Danse était resurgissait après Mélies et bien d'autres réalisateurs d'images-mouvements.
C'était en 1984...La musique suit la danse qui la précède dans une concurrence loyale et salvatrice..

François Sarhan, lui-même, créateur, brouilleur de pistes, sans balises apparentes avec ses "Situations" entre autres créations musico-chorégraphiques insolites !

A la BNU samedi 5 Octobre dans le cadre du festival Musica










Pièces et vidéos de Joanna BAILIE, Thierry DE MEY, Natacha DIELS, Johannes KREIDLER, Jessie MARINO, Brigitta MUNTENDORF, Stefan PRINS, Nico SAUER, Trond REINHOLDSTEN, Simon STEEN-ANDERSEN.
Outre la projection commentée du samedi 5 octobre, l’ensemble des vidéos seront consultables sur festivalmusica.fr pendant le festival.




"Le grand degenrement" : "ne pas déranger" ! On chamboule tout au "grand chambardement" ! !!!


Le Grand Dégenrement rassemble trois générations de musiciennes, danseuses et circassiennes brisant les clichés avec humour et impertinence.
Jongleries diverses et variées, voguing et travestissement, musique sérieuse – et néanmoins tirée par les cheveux –, improvisation dans le plus pur style de l’anthropocène tardif : c’est la réunion sur une même scène de pratiques que les usages de la société séparent. Car la musique n’a pas échappé à la grande entreprise de l’assignation. De quoi mettre à mal nos petites habitudes mélomaniaques et considérer enfin la musique comme une vaste ressource à préserver et à partager entre tou·te·s. Noémi Boutin, Élise Caron, Joëlle Léandre, Leïla Martial, Julia Robert et Marlène Rostaing, sans oublier les Capilotractées, sont les géniales sorcières de cette célébration aux émanations de jazz hilarant et au prosélyrisme assumé, où le jongleur Jörg Müller, le clown-acrobate androgyne Camille Boitel et son double astrophysicien Aurélien Barrau, affranchis de toute frontière physique et métaphysique, font valser (en l’air) les codes, les préjugés et les bibliothèques des musiques de chambre plus ou moins bien rangées… ou genrées.

coproduction L’Onde & Cybèle, Musica
On démarre avec un discours, solo d'un physicien, intello et quasi incompréhensible tant le vocabulaire emprunté est savant, grandiloquent et agaçant....Vous saurez tout sur le "multivers", univers multiple aux entrées multiples...Deux clowns, femmes costumées, bigarrées, colorées prennent le relais, improvisant à merveille-surtout quand les "tousseurs" de concert s'adonent en salle à un récital percutant d’éruption de gorge chaude !!! Ta toux est tatouée, ôtant la toux......Hommage aux racleurs de colonne d'air, de diaphragme et autre organes du souffle...Un violoniste et une danseuse à roulettes comme un déambulateur pour paralysé, suspendue à une machinerie de cordes animée par une cascadeuse multi risques...Une sirène des airs s'y métamorphose comme un papillon de sa larve de nymphe et vient planer dans l'éther, la queue battante! Des bulles de savon pour nuages transbordeurs... Le violoncelle accompagne un sonneur de tubes résonants, dans un manège incessant, musical quand les bâtons ne sont plus directement animés: corps absents, spectres officiants!
La musicienne se voit inviter à escalader un procénium flottant dans l'air, balançoire animée par les esquives et poussées d'un danseur, buvant les obstacles, absorbant les difficultés..C'est beau et périlleux comme au cirque
Clou du spectacle, Camille Boitel qui se bat avec des balles rondes blanches à profusion, simulant la maladresse avec virtuosité, la submersion d'objets, avec raison et détermination,renoncement: en un joyeux combat, les balles envahissent la scène, rebondissent avec fracas comme les salves d'un feu d'artifice!
Humour, désenchantement d'un virtuose en proie à la folie du surnombre, de l'entassement, de la démence de cette profusion de sollicitations: où donner de la tête, du coude, du bras pour chasser cette invasion de boules, sans " avoir les boules" comme le diront celles qui lui succèdent dans ce champ de bataille, très "plastique" esthétique en diable! La longue table monastère-cathédrale, dressée auparavant pour lui, pleine d'empilements de boules blanches, est une sculpture scénographiée fort belle: à déconstruire avec allégresse!
Encore un long discours lénifiant de notre faux monsieur Loyal, présentateur trop sérieux de pacotille et nous voilà en bonne compagnie: voix et contrebasse se fraient un chemin pour accéder au devant de scène où Joelle Léandre improvisera à l'envi pour ce grand dégenrement, en osmose avec l'esprit iconoclaste de cette bande à part, et son "manifeste" de l'anticonformisme !
Beaucoup d'humour et de distanciation pour ce show multi média de bon aloi pour un festival innovant, décapant, déroutant, sur les chemins de l'âne plutôt que sur les autoroutes uniformes....à péage !

 Astrophysicien  Aurélien Barrau Jongleur, clown et acrobate  Camille Boitel violoncelle, chant  Noémi Boutin Acrobates  Les Capilotractées Chant, flûte, jeu  Élise Caron Chant, contrebasse  Joëlle Léandre Chant, danse  Leïla Martial Marlène Rostaing Jongleur  Jörg Müller Alto, chant  Julia Robert Conception, dramaturgie  Blaise Merlin


"Pamplemousse" : une cure de détox acidulée !


L’ensemble Pamplemousse réunit six jeunes compositrices et compositeurs venus des quatre coins des États-Unis. Situés à mi-chemin entre la musique contemporaine et le fab lab itinérant, ils ont pour particularité d’interpréter eux-mêmes leurs créations, mêlant virtuosité et pop culture, performances et vidéos délirantes, robots et autres bizarreries électromagnétiques. Esprit DIY et « basse fidélité » de rigueur. Avertissement : ce concert contient des scènes susceptibles de heurter la sensibilité des contempteurs du bricolage musical !

Un concert qui promet d'être peps et acidulé en compagnie de Natacha Diels, pour la troisième fois à Musica!
programme
  David Broome Nouvelle œuvre (2019) création mondiale  
Alors  "à table" avec cet opus, futeur festin de musique, autour d'une table dressée pour émettre bruits et sons poly-sons, polissons, pleins d'astuces, de surprise, de verve. Les cinq "musiciens" bien dans leur "assiette": instruments miniatures de dinette pour grand bazar, grand magasin Samaritaine où l'on trouve tout! C'est comique, drôle, bien relevé et rythmé, en petite fanfare, avec un "maitre queu" de service pour ce banquet musical à la bonne franquette!: un barrissement d'éléphant, une joyeuse cacophonie, machinerie électroacoustique infernale...

 Natacha Diels Nouvelle œuvre (2019) création mondiale   
En voiture, pour ce long voyage, toujours "à table", aux "pianos", en cuisine ces "toqués" étoilés sont des chefs d'orchestre multifonctions, pour trois claviers, une mélodie interrompue, notes détachées, lumineuses...

Bryan Jacobs Nouvelle œuvre (2019) création mondiale   
Lumières et sons stroboscopiques, crachins, crissements, dérapages contrôlés, font de ces musiciens les vecteurs, conducteurs qui retiennent les sons de bâtonnets suspendus, enferment leurs résonances pour mieux les relâcher, les délivrer de ce vacarme ambiant. Contre les sons enregistrés, le combat est périlleux: qui gagnera dans ce conflit singulier où les sauveurs des sons naturels luttent contre l'artifice, les artefacts...Ca arrache sur fond de projections d'images vidéo, paysages sonores urbains, clochettes de temple en sus, em mains, en direct comme pour une petite procession, balade dans le public.Alors que la bourrasque gronde, dans le vent, tranquilles sur le son des klaxons, les musiciens baignent dans la musique , le sourire et la bonne humeur au coin des lèvres...

Jessie Marino Nouvelle œuvre (2019) création mondiale 
Un voyage kitsch dans les nuages et le ciel bleu azur, en avion, pour nous conter une histoire: "you are so beautyfull" !! On danse en couple, en silhouettes noires sur fond bleu et dans la mer de nuages, on vogue! Musique spatiale illustrée à gros traits..Et l'on repart avec....

 Weston Olencki Nouvelle œuvre (2019) création mondiale
Tout s'enchaine avec comme "lian" sauce exquise, clochettes et percussions diverses. Quatre voix, attablées, en écho, en langue anglaise, murmurent des onomatopées de carton, en bulles de BD qui éclatent !
Mugissements d'animaux, jeux de voyelles, de consonnes, en yodels, trio de sons très aigus aux claviers.Le tout ponctué d'une musique sidérale, de tintinnabulements animée. Fable musicale pour petits et grands, musique de berceuse dans les étoiles, féerie des sons perçus...
Au coeur d'un petit monde de fils, de câbles, de branchements inextri-cables...les musiciens s'amusent comme dans une armoire électrique où tout serait à inventer, découvrir en expérimentant, toujours de façon ludique, son, bruits et mimiques; 

Pour preuve au final, seuls, défaits de leur harnachement électroacoustique, les cinq musiciens s'adonent à une "musique de corps", assis avec leur simple caisse de résonance organique et acoustique: corps, peau, visages et autres segments physiques à l'oeuvre pour un théâtre guignol ou jeu de massacre, de foire: on se lève, on se rassoit comme à la messe, en se frappant la coulpe, pantin sans fil, sans dieu ni maitre, chantant à cappella, en décalage pour ces vêpres de cérémonie partagée sur l'autel du sacrifice du bien séant!

Encore un petit jus de "Pamplemousse" pressé pour aciduler votre écoute et faire une bonne cure de détox avec ses "pépins" de fruits, agrumes bien décapants, déterre -gens de première nécessité !

Au TJP Petite scène le samedi 5 Octobre dans le cadre du festival Musica