dimanche 7 avril 2024

"Cosmos": des femmes poussières d'étoiles sur orbite. L'Odysée de l'Espace à la conquête des astrophysiciennes


En 1960, aux USA, des jeunes femmes pilotes participent au programme clandestin Mercury 13, mesurant leurs aptitudes à devenir cosmonautes. La metteure en scène Maëlle Poésy a co-écrit Cosmos avec l’auteur Kevin Keiss. Elle réunit cinq femmes de diverses origines, trois actrices et deux artistes issues des arts du cirque qui interprètent tour à tour les Mercury 13, la parole intime d’astrophysiciennes et questionnent aussi leur propre rapport à la passion de leur métier.


Qui sont ces rêveuses d’hier et d’aujourd’hui, éprises de liberté ? Comment leur désir d’espace a-t-il éclairé leur relation à la Terre et aux humain·es ?


C'est une femme conteuse de bonne aventure spatiale qui entame joyeusement cette odyssée de l'espace: l'espace, ce cycle des étoiles où les pistes sont encore a déchiffrer, défricher pour les femmes, les américaines comme les autres, mais ce sont elles qui vont intéresser le récit. Une épopée pleine d'obstacles, d'embuche à propos de l’accessibilité des carrières d'astronautes, de filles des airs aux simples "femmes". Pourtant habiles et compétentes et plus que cela en matière de fréquentation de l'univers spatial. Alors tout va bon train pour nos heroines, le temps de rêver aux "stars" , de se remémorer l'observation d'un ciel étoilé avec sa grand-mère, jusqu'à venir prêcher la bonne cause au niveau gouvernemental.Un périple accidenté, difficile où ces trois femmes pilotes vont se confronter à la réalité politique et sociale d'un univers gouverné par le patriarcat. Les hommes y sont rois et faudrait-il se transformer en guenon pour avoir le privilège de "s'envoyer en l'air" pour tester les capacités des femmes à se propulser dans l'espace? ...Questions aux réponses évasives mais qui ne conditionnent pas ces pugnaces protagonistes pionnières à ne pas baisser les bras: question d'apesanteur et de densité. De danse aussi et de reptations à quatre pattes, d'ascension céleste, de gravitation à l'horizontale le long des parois des décors de cette pièce à conviction. La mise en scène du récit colle au sujet et la chorégraphie de Leila Ka tombe juste. Épouse les corps en symbiose avec le sujet évoqué. Un quintet pour souder les comédiennes, qui savent même être acrobates et "monte en l'air" pour hisser leurs convictions hors sol. Un petit foxtrot pour mettre de la fantaisie, des solos pour convaincre les patrons entrevus entre deux portes pour s’immiscer dans cette société machiste et fermée aux initiatives inventives et incongrues. Du bel ouvrage de dames pour damer les pions du pouvoir et sortir "vainqueur" de cette lutte pour trouver sa place, son endroit parmi les étoiles et le temps .Des "stars" comme on les aime, américaines ou "soviétiques" dans l'arène du monde masculin. Gravitant comme des électrons libres sous orbite.Vidéo en direct pour larguer les amarres du sol et faire planer les images au plafond. Mise en "espace" et en scène par Maelle Poesy sur un texte de Kevin Keiss pour "poésie" de circonstance. Graviter dans les étoiles au firmament du verbe et des corps en suspension dans cette atmosphère spatio-temporelle de toute éternité. Le jeu des comédiennes, enjoué ou grave, ironique ou caustique, bordé de performances physiques acrobatiques qui mettent en danger ces figures de proue de la navigation en suspension très attachantes.

 

Maëlle Poésy est autrice, metteure en scène, réalisatrice, actrice et dirige depuis 2021 le théâtre Dijon-Bourgogne, Centre dramatique national. De 2007 à 2010, elle a fait partie du Groupe 38 de l’École du TNS (Section Jeu) et y a rencontré Kevin Keiss, auteur, dramaturge et traducteur, qui était dans le Groupe 39 (section Dramaturgie). Ils travaillent ensemble depuis, ont réalisé plusieurs réécritures/adaptations (Voltaire, Tchekhov, Virgile).


Générique

Texte Kevin Keiss en collaboration avec Maëlle Poésy
Conception et mise en scène Maëlle Poésy 
Avec
Caroline Arrouas - Jane
Dominique Joannon - Domi, astrophysicienne
Elphège Kongombé Yamalé - Elphège, astobiologiste
Liza Lapert - Wally
Mathilde-Édith Mennetrier - Jerrie
et la participation de
Kourou et Kevin Keiss

Chorégraphie
Leïla Ka

Au TNS jusqu'au 7 Avril

samedi 6 avril 2024

"Nom" de non...Fureur et grandeur, Constance et victoire de la rage Debré ou de force

 


Pour la première fois un texte de Constance Debré est adapté au théâtre.
De son roman Nom, Hugues Jourdain et Victoria Quesnel livrent une création captivante. Dans ce troisième ouvrage, l’autrice poursuit sa quête obstinée de liberté, ouvrant une nouvelle voie dans son combat : comment aimer mieux? Elle se débarrasse des « cadavres » qui peuplent sa vie et abandonne presque tout – famille, mariage, travail – envisageant jusqu’à l’abolition de la filiation et du nom de famille. Sur un plateau nu où seule résonne la puissance des mots, Victoria Quesnel, que l’on a admirée dans les spectacles de Julien Gosselin, s’approprie cette parole crue. Elle nous plonge sans filtre dans cette pensée abrasive et brillante.


Elle est seule, forte, ancrée d'emblée et prend le public à parti; une femme déterminée conte ses déboires et aventures rocambolesques, aux prises avec une fonction d'avocate trop en empathie avec ses victimes à défendre, ses accusés, meurtrier ou assassin. Le dernier en date porte des Nike-requin qu'elle va devoir porter aussi pour s'incarner ou se libérer. Tout bascule pour elle quand elle décide de tout lâcher pour trouver les vraies valeurs: le vrai amour, les vraies relations non conventionnelle...Et pour ce faire Victoria Quesnal incarne cette battante audacieuse et vindicative qui hurle et scande sa rage, sa fureur de vivre dans un "numéro" de jeu hors norme. Insupportable par sa rigueur, sa franchise, son audace de tonalité et décibels à vous arracher les tympans. Ceci dans une diction, une vélocité une intelligibilité de toute beauté. On s'accroche au récit grâce à son engagement physique, vocal de toute énergie et inflexibilité. Un roc qui déverse sa hargne envers la famille, ses travers, son hypocrisie, sa lourdeur de chape envahissante et handicapante. Vers un nihilisme, un individualisme chevronné. Son père comme une effigie à soigner sans émotion ni empathie pour plutôt le regarder bruler sur une chaise comme un trophée de chasse bien mérité. Le texte en corps, en bouche en gestes démesurés ou chastes selon les intonations, les signes envoyés au public bousculé, médusé par une telle agressivité de bon ton. Une performance à saluer, un texte à méditer; celui d'une femme autrice Constance Debré, sujet-objet de cette autoportrait autobiographique saignant.

Distribution

Adapté du roman de : Constance Debré
Mise en scène : Hugues Jourdain
Avec : Victoria Quesnel
Création lumière : Coralie Pacreau
Création sonore : Hippolyte Leblanc
Création musicale : Samuel Hecker
 
Au Theâtre du Rond Point jusqu'au 7 Avril

Crystal Pite, Jonathon Young, KIDD PIVOT "Assembly Hall" : l'Agora de Terpsichore pour croisés du bocal.Sacré Graal...

 


Avec leurs succès mondiaux Betroffenheit et Revisor, Crystal Pite et Jonathon Young ont redéfini les codes de la danse-théâtre. Dans Assembly Hall, le binôme canadien peaufine encore son langage incisif, où le geste et la parole se défient, s’attirent et valsent ensemble dans une schizophrénie joyeuse. Nous voilà dans une salle des fêtes, de sport et de réunions qui dit le désir d’être ensemble. Mais aussi, par son apparence désuète, la perte progressive du lien social. D’où les déchirements d’une assemblée, pourtant réunie dans un but partagé : Incarner, chaque année, des héros médiévaux. Petit à petit chacun trahit le réel, s’adonnant à des fantaisies mythiques. Et dans la beauté claire-obscure des peintres anciens s’engage une passionnante réflexion sur notre besoin de faire communauté, en salle municipale comme au théâtre.

Une réunion de corps très éloquents, une agora de la danse, du geste, du verbe, c'est à tout cela que nous convient Crystal Pite et Jonathon Young. Dans un décor désuet de salle des fêtes: deux portes battantes à hublot, une estrade et des chaises alignées pour recevoir les ébats de ces porteurs de paroles, de ces harangueurs de communauté qui croient détenir les secrets et la vérité dans des interventions multiples, parlées et doublées d'une gestuelle fort pertinente. Ici pas de mime ni de démonstration futile cernant et doublant les mots. On en vient vite à quitter les surtitres pour ne regarder que la rythmique des déplacements, va et vient et jeu de chaises musicales et chorégraphiques.Belle démonstration d'un savoir être ensemble à l'écoute des autres partenaires de plateau. Puis viennent les scènes plus patibulaires d'un univers grandiloquent et grotesque, évocation de la gente guerrière médiévale. Une sorte de version des "Monty Pyton" revisitée par la danse et le langage du corps."Sacré Graal" en diable ou Don Quichotte de pacotille version plurielle. Ou Kaamelott de fantaisie remise au gout du jour et pour le plateau!On ne s'y prend pas au sérieux et ça fait du bien d'entendre ce chevalier se fracasser de toute sa carcasse au sol, armure et costume dérisoire et caricatural. Quant à la narration, à vous de vous inventer le fil d'Ariane de cette débauche enjouée de corps, de mots, de chant: comme il vous plaira, à loisir...Le "quest fest" dont il sera question comme sujet de débat, discussions et interventions est prétexte à un exercice de style quasi karaoké ou playback: les danseurs doublant les voix préenregistrées de leurs gestes guerriers. Ces "croisés" anti-héros et marionnettes-pantins, fantômes errant dans les vestiges d'une mémoire caduque et erronée. Des tableaux dignes d’Odyssées, de croisades frénétiques et désuètes de plain pied avec moult pieds de nez aux conventions de la "danse théâtre" ici revisitée comme une conférence ou un spectacle haut en couleurs de vaudeville chorégraphique.Une ambiance de pub, de bistrot genré, stylé, associatif, participatif de bon aloi.Ou d'assemblée générale extraordinaire de copropriétaires.

Au Théâtre de la Ville jusqu'au 17 Avril