samedi 14 mars 2026

"La semaine Sainte" de Mathieu Flamens Actuelles 28 ème édition: pas très "catholique" la Sainte Trinité!

 


CINQ SOIRÉES DE LECTURES À ÉCOUTER, VOIR, SAVOURER

Actuelles est un temps fort proposé par le TAPS autour de l’écriture du théâtre d’aujourd’hui.

Cinq textes de théâtre actuel sont sélectionnés par les artistes associé·es au TAPS, Houaria Kaidari et Logan Person, et le comité de lecture du TAPS. Ces textes sont ensuite lus et mis en musique par des artistes de la région (comédien·nes, musicien·nes, directeur·trices de lecture) lors de cinq soirées uniques.Chaque soir, le public prend place au sein d’une scénographie qui privilégie la proximité avec les artistes, inventée par des étudiant·es de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR).La cuisinière Léonie Durr concocte des mises en bouche inspirées par la pièce.

À l’approche de Pâques, une école primaire privée catholique plonge dans la tourmente : deux enfants ont décidé de se venger. Plus on avance dans l’histoire, moins il y a de personnages. Les enfants gagnent. Il y a aussi une tourterelle, qui a du mal à mourir.Tout est vrai, ou presque, dans cette histoire. On était deux, à dix ans, à fuguer, à préparer des empoisonnements, à cacher la viande mal cuite dans nos slips, à nous servir de notre sang pour écœurer les garçons. Mais quelque chose de plus grave se passait entre un surveillant et une enfant. Ce texte, c’est une vengeance, pour dire qu’on a grandi mais que ça n’est pas passé.

On rentre dans la salle des TAPS Laiterie toujours avec curiosité à l'occasion des Actuelles. Ce dernier soir là c'est le texte de Mathieu Flamens qui sera lu et interprété par cinq comédiens qui arrivent sur l'estrade, sacs d'écoliers dans le dos, soquettes et nattes comme des enfants intégrant l'école, la cour de récréation. Le dispositif scénique comme une salle de classe, des bancs alignés bien droit et une sorte d'estrade mais sans le bureau de la maitresse! Des pupitres pour la lecture devant trois personnages féminins. Un air de nef de chapelle va rapidement se distinguer: on est dans une école privée et les règles seront les règles, celles aussi révélées dans le texte , sanguinolentes et stoppées par la découverte des tampons à réaction. Car ici, le verbe est fort, l'humour est noir, le ton à la révolte, la colère, le soulèvement. Mais sans agressivité ni rancœur: c'est l'heure de la vengeance qui sera le plat qui se mange à chaud, au creux des dialogues, du récit qui se superposent sans cesse. Les enfants sont chacun bien identifié, chacun son humeur, son culot, sa verve ou sa timidité. La narration avance à grand pas et les rebondissements de ces anecdotes vont tonifier le jeu, bouster l'énergie des comédiennes récitantes, lectrices, actrices de grand talent. La directrice de l'école se révèle bien toxique avec ses médicaments sédatifs qui seront le poison que les enfants vont administrer en douce au "petit Nicolas"...Eulalie sera la star de la lecture, celle qui se plait à être soit poète, amoureuse de sa tourterelle sanguinolente et repoussante, soit fer de lance d'une révolution d'institution catholique démembrée par tout ce qui s'y passe de tragique ou de désuet. Le texte de Mathieu Flamens est culotté, virulent autant que tendre à l'égard de ces gamins plein d'imagination pour tendre des pièges aux adultes qui ne valent pas mieux que leur petit jeu décapant, détonant. C'est un plaisir de partager cette lecture menée de main de maitre par Morgane Ederlin. Trois comédiennes s'emparent des rôles qui semblent taillés sur mesure et font flamber la chapelle, Sainte Trinité oeuvrant dans La Nef des Fous avec brio, malice, espièglerie . Humour tambour battant dans l'interprétation audacieuse, nonchalante ou furieusement osée. C'est jubilatoire et l'on rit non sous cape, mais ouvertement devant une réalité triviale, des propos mordant pétris d'ingéniosité bien à propos, de tonus dans le ton, le rythme ou les silences ou interrogations. Pour doubler cette démesure verbale et physique une accordéoniste Lourdes Marzialetti borde cette atmosphère en chansons de son répertoire d'origine d'Amérique Latine. Ses percussions comme des contrepoints à un suspens ou des moments tenus en apnée dramaturgique. Une gueule, crane osseux d'animal comme caisse de résonance dans un souffle harmonique! Et le récit de battre son plein de mots choisis pour leur vertu décapante, leur association désopilante bien acérée. Que voici une pièce de théâtre épicée, vraiment "pas catholique" sur l'enfance et les déboires d'une éducation dépassée, obsolète, hypocrite en diable bien dessinée, esquissée avec justesse et parfois excès comme le sont ces révoltés pas tendres d'une embarcation singulière. On songe aux albums de "Martine" qui seraient détournés par l'insolence, le toupet et la vraie curiosité enfantine. L'auteur et toute l'équipe d'accord pour avoir rencontré ici une occasion unique d'échafauder un projet drôle et décapant. En bonne compagnie des scénographes de la HEAR, tous fédérés par l'amour du spectacle vivant, de la comédie, de l'art scénique dont on ne saurait se priver.Chapeau au projet des "Actuelles", des artistes associés, du directeur des TAPS et de la cuisinière à la "cantine"de cette école traversée par les pires aventures humaines de l'enfance qui n'a pas froid aux yeux!

 Texte de Mathieu Flamens

Directrice de lecture : Morgane Enderlin
Musicienne : Lourdes Marzialetti

Comédien·nes : Cassandre Dusquenel, Camille Falbriard, Antoine Kany, Valentine Von Horde
Scénographes (HEAR) : Emma Vincens, Adèle Main

 

Au TPS Laiterie le 14 Mars 

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