La magnifique cité d’Ys, perle de la Bretagne, s’élève fière et sans pareille dans la baie de Douarnenez. Construite sous le niveau de la mer, elle est préservée des flots destructeurs par une puissante digue, percée d’écluses dont le mécanisme est protégé par la famille royale. Pour sceller la paix avec le belliqueux prince Karnac, le roi d’Ys lui accorde la main de sa fille aînée, Margared. Mais le retour de Mylio, longtemps porté disparu, sème le trouble dans l’esprit de la future mariée, qui brise ses vœux devant l’autel, causant le début d’une nouvelle guerre. Margared est mortifiée en apprenant que sa sœur Rozenn épousera Mylio si celui-ci triomphe des armées de Karnac. Blessée dans son amour, l’ombrageuse beauté s’apprête à livrer les secrets de la cité d’Ys à l’ennemi de son peuple.
Le livret du Roi d’Ys s’inspire librement des légendes armoricaines entourant le roi Gradlon, la princesse Dahut et la mythique cité d’Ys dont le destin funeste rappelle celui de l’Atlantide. L’intérêt d’Édouard Lalo pour ce folklore mystique et merveilleux provient des origines bretonnes de sa seconde épouse pour laquelle il écrit le rôle de Margared. Longtemps refusée par toutes les maisons parisiennes, l’œuvre finalement créée en 1888 à l’Opéra-Comique apporte à Lalo un triomphe aussi tardif que retentissant, en s’inscrivant dans la filiation wagnérienne de l’opéra français. Le chef Samy Rachid, installé à Boston depuis son passage par l’Opéra Studio, dirige cette partition des plus puissantes et chatoyantes dans une nouvelle mise en scène d’Olivier Py qui signe son grand retour à l’OnR.
Quand Olivier Py et Pierre André Weitz rencontrent la partition d' Edouard Lalo c'est à un paysage plastique et musical de toute beauté que le spectateur est invité. D'emblée la mer est présente sous sa forme calme et sereine, en lignes horizontales fabuleusement éclairées, scintillantes, bruissantes, frémissantes. Un phare en surgit aux lucarnes tournoyantes, des personnages déambulent sur le plateau comme un prologue bordé d'une musique douce, évoquant la plénitude d'un pays fantasmé, marin, éclaboussant de reflets,d'effets de miroirs sur une toile gonflée, noire, outre-noire. Le noir et le blanc déclinés durant tout l'opéra, des costumes, parures, accessoires, aux décors, architectures industrielles volontairement contrastant avec les éléments marins. Les personnages entament le chant et les voix se font puissantes autant que réservées dans cet opus où le choeur joue un rôle prépondérant et libère, délivre toute une qualité vocale hors norme, insoupçonnée tant la présence des chanteurs est animée. On suit les péripéties dès le départ sulfureuses de mort sur ce territoire étrange, industriel, sombre, menaçant. Aux mécaniques gigantesques impressionnantes: elles mèneront les héros jusque dans leur rouage sur la scène tournante judicieusement exploitée.Le noir et le blanc toujours ourlant les arcades d'un décor monumental, rythmé de pans, de mises en abimes tectoniques visuelles sidérantes. Les lumières signées Bertrand Killy auréolant cette atmosphère, cet univers, cette ambiance autant mystique que réelle.Le jeu de Margared, Anaik Morel et de Rozenn, Lauranne Olivia se font dans des solos, duo et trio éprouvant la musique avec brio et sensibilité. Armées de sentiments forts et distincts, elles incarnent la densité de la partition auprès de leurs interlocuteurs masculins, le Roi d'Ys, Mylio et Karnac avec bonheur et une technique vocale en phase avec la splendeur de cette musique quasi impressionniste. La mer y est présente au second acte dans une dramaturgie emprunte de tension, vibration, ondes et vagues musicales évocatrices et pertinentes. Les décors toujours accompagnant le jeu, tissant le drame de leur mouvements de machinerie implacable, irrévocable. La scène du mariage donne lieu à un ballet d'hommes, mouvementé, tournoyant poussant l'intrigue à révéler les états d'âme et de corps des personnages. Le choeur enveloppant le tout, masse sonore et physique très présente rehausse cette atmosphère de puissance générale, habitée par une mise en scène étonnante, surprenante. La musique de Lalo servie par des artistes aguéris à une pratique de l'incarnation charnelle et sensuelle des airs chantés autant que des déplacements minutieusement calculés dans ces espaces rêvés par le tandem Olivier Py-Pierre André Weitz. Un conte d'effets scéniques puissant, magistral, monumental, architecturé comme une cité perdue dans nos mémoires, renfloué ou submergé par un flot, un flux judicieux de musicalité, de spectacle total.
Direction musicale Samy Rachid Mise en scène Olivier Py Décors, costumes Pierre-André Weitz Lumières Bertrand Killy Chœur de l’Opéra national du Rhin, Orchestre National de Mulhouse Le Roi d’Ys Patrick Bolleire Margared Anaïk Morel Rozenn Lauranne Oliva Mylio Julien Henric Karnac Jean-Kristof Bouton
Nouvelle production.
Livret d’Édouard Blau.
Créé le 7 mai 1888 à l’Opéra-Comique (Théâtre des Nations) à Paris.
A l'Opéra du Rhin jusqu'au 29 Mars



Pierre André Weit
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