dimanche 22 septembre 2024

"Rewire #2": Orphax & ensemble | Thomas Ankersmit | Grand River & Abul : le cosmos musical , planète terre et ciel.

 


CARTE BLANCHE


durée 3h

Le second volet de la carte blanche au festival Rewire est une échappée dans le ciel des électroniques introspectives d’aujourd’hui.


Orphax & ensemble, En de stilstaande tijd (live)

Orphax alias Sietse van Erve déploie sa fabuleuse machine à ressentir le temps en compagnie d’un trio acoustique.Et c'est l'envol plané d'un moment magnétique, cosmique au coeur de l'Eglise ST Paul, dorénavant le "lieu", l' "endroit" où la musique électroacoustique prend ses marques durant le festival MUSICA. Un écrin acoustique, une accessibilité au sol pour poser, étendre son corps, le temps de la vibration des ondes et palpitations de l'oeuvre. Les instruments acoustiques comme des révélateurs de l'ambiance, la doublure en cousu main des sons émis par l'électronique savante. Du charnel et de l'artificiel pour jouer du leurre et des métamorphoses polyphoniques.

Avec
musique et électronique | Orphax
violoncelle | Marie Schmit
flûtes | Anne Gillot
clarinette basse | Gareth Davis

 Thomas Ankersmit, Een aantal locaties (2024 - création mondiale) (live)

En maître ès modulaire, Thomas Ankersmit nous réunit autour du mythique synthétiseur Serge avec un projet inédit, dévoilé à Musica : « une sorte de musique concrète, mais entièrement faite de signaux électriques analogiques »

.C'est la guerre atomique, les salves, les bombardements qui font irruption dans ce chaos sonore troublant, émouvant, déboussolant de vérité Certes, nous sommes bien à l'abri des bombes et de leurs tourments, des mines et autres instruments de guerre. Mais si nos corps allongés étaient ceux des victimes de ces trombes de balles et de tonnerre furieux? C'est un moment crucial et hallucinant de tonus, de grésillements, frottements et autres sons de déflagration inquiétants...


Succède en contre point spatial l'opus de Grand River & Abul Mogard, In uno spazio immenso (live) 

A commencer par la sensation ambient de la rentrée 2024, la collaboration entre Grand River et Abul Mogard — aka Aimée Portioli et Guido Zen — tout juste paru sur le label light-years de Caterina Barbieri. Une ambiance planétaire, cosmique aux couches linéaires planantes pour clore cette nuit

 A ST Paul le 21 Septembre dans le cadre du festival MUSICA

 

 

"La Persévérance" Ensemble Klang & Asko|Schönberg: Alarmes citoyens!

 


Quand une fanfare à grand renfort d’instruments à vent croise le chemin de la musique contemporaine.

Fondée par Louis Andriessen et le saxophoniste Willem Breuker en 1971 pour jouer dans la rue et sur le terrain des luttes sociales, De Volharding (La Persévérance) est une formation iconique aux Pays-Bas dont les ensembles Klang et Asko|Schönberg animent aujourd’hui l’esprit et le répertoire. Pour Musica, les musicien·nes néerlandais·es interprètent des pièces emblématiques issues d’un répertoire de plus de 300 œuvres et couronnent leur programme d’un ciné-concert, M is for Man, Music, Mozart, né de la collaboration entre Andriessen et le réalisateur britannique Peter Greenaway.


 Démarrage de la soirée au Maillon, en fanfare avec l'oeuvre de Steve Martland, Danceworks 1 & 2 (1993) . Le chef danse déjà, le corps animé de mouvements chaloupées, ondoyants, tête et cou vrillés. C'est déjà de la danse minimale et fort belle à regarder, lui de dos bien entendu! Opus jovial, très entrainant, chaloupé, articulé,, membré de ses instruments à vent qui ont le souffle en poupe.  Dix en tout, toniques, face à un piano, une guitare. La puissance du basson, les répliques des trombones, tout concourt à un joyeux stunami sonore très vivant, balayant les feuilles mortes du concensuel. Un second mouvement introduit une sorte de mélodie entre jazz et ragtime, très remuante, rytlmé, éclatante. Une oeuvre de bon augure pour ce concert.


La seconde, de Julia Wolfe, Arsenal of Democracy (1993) est une alarte virulente, une alarme contre des menaces. Sur le qui vive toujours des déflagrations annoncent danger, et appellent à la riposte pas au consentement. Des sirènes, des secousses tectoniques de musique, des salves parcourent l'espace, la guitare sursaute et semble échapper aux mains de l'interprète. Le piano s'échine, entêté à briser ou renforcer ce chaos, cette débandade notoire. Les niveaux sonores, très contrastés en font tout un discours d'assemblée mouvante sur la "démocratie" gouvernementale. D'actualité brûlante...Prises de paroles des vents dans cette Agora fertile qui semble ne pas se laisser submerger. Forum aux ébats et débats houleux, plate-forme populaire et poétique du droit à la Musique pour tous.

 Succède l'oeuvre deAnna Meredith, Nautilus (2011) Sans naufrage ni débâcle, ce Nautilus navigue en eaux profondes sans heurt à grands coups de répétitions: sonneries d'alarmes de surveillance en délire incessant et obsessionnel, en fond sonore euphorisant, enivrant et hypnotique. Cacophonie joyeuse et prolixe, organisée, savante, multidirectionnelle à souhait. Telle une chevauchée de Western, où les klaxons seraient cris et bruits divers. Le chef prend la batterie en mains à contretemps, en frappes régulières, métronomiques. Fatras, bienvenu et décoiffant!


Au final, un "ciné concert" pour les nostalgiques du cinéma de Peter Grenaway et de son "Ventre de l'architecte" au fond "des jardins anglais"...Peter Greenaway & Louis Andriessen, M is for Man, Music, Mozart (1991)

Un petit bijou du genre où l'on retrouve avec bonheur la matière sépia mordorée des images de grimoire magique du réalisateur. Organiques, sensuelles, ces icônes parcourent le film et la musique se fond, langoureuse dans cet univers aux M magnétiques. Le M du mouvement l'emportant sur le reste. La danse de deux déesses nues, d'un faune également nu et poudré fait le reste.C'est comme au cabaret, au hammam, les enluminures exotiques et cachées, énigmatiques et secrètes se révèlent à l'oreille. A l'affut de cette virée fantasque dans le monde du luxe, du calme et de la volupté. Ballet érotique de nymphes gracieuses aux postures classiques, solo du gentil démon acrobate et virtuose, séducteur dégenré. Les agapes, la déca-danse au menu. Un coté expressionnisme allemand, ou pictural pour cette "leçon d'anatomie", ce laboratoire esthétique aux accents de musée. Sur une table de dissection simulée, un corps se love et jouit de sa beauté. Danse macabre, danse d'écorché dans un cabinet de curiosité. Momie organique, rituel du sang, du liquide: la musique épouse cet univers sensuel, de chair et de bruissements. Kurt Weill en filigrane ou autre un intrus comme références et citations. Douceur suave de la formation musicale après extinction du film pour repartir sous le charme peu discret de Greenaway. Nostalgie, j'écoute ton nom.


direction | Joey Marijs
voix | Michaela Riener


Ensemble Klang / Asko|Schönberg
flûte | Marieke Franssen
cor | Elisabeth Otra
trompette | Bianca Egberts, Maarten Elzinga, Arthur Kerklaan
trombone | Anton van Houten, Koen Kaptijn, Marijn Migchielsen
saxophone | Michiel van Dijk, Daan van Koppen, Erik-Jan de With
basse électrique | Jordi Carrasco Hjelm
piano | Saskia Lankhoorn


dans le cadre de Nord Sonore, musiques aventureuses des Pays-Bas - projet initié par et avec le soutien du Performing Arts Fund NL

Au Maillon le 21 SEPTEMBRE dans le cadre du festival MUSICA


"Les Murs meurent aussi "François Sarhan et United Instruments of Lucilin: et les statues du pouvoir musical sont déboulonnées...

 


Quel impact les murs et les frontières — leur mouvement, leur érection, leur destruction et leur franchissement — ont-ils sur les personnes ?

Les terrains de conflits contemporains, en Ukraine, en Palestine et ailleurs, sont le point de départ de la dernière création de François Sarhan, une enquête théâtrale, musicale et documentaire menée à partir de témoignages et de matériaux d’actualité, au contact d’identités façonnées par la violence. On y découvre la gamme de produits anti-missiles MUSIC de la société israélienne Elbit Systems ou le sort tragique réservé au chamane iakoute Alexandre Gabychev, puni d’internement psychiatrique à perpétuité, après avoir tenté d’exorciser Vladimir Poutine.

Et si les images projetées sur grand écran, telles des témoins passeurs d'Histoire et de récits particuliers venaient ébranler nos conscience? Nos oreilles et nos yeux, assurément. Les cinq musiciens-conteurs vont performer sur le sujet brulant et d'actualité: la guerre, le pouvoir et l'insurrection, la résistance. Cordes-violons-batterie et piano vont servir ce récit bigarré entrecoupé de prises de paroles, de témoignages sur le vécu de chacun. Performance vocale et musicale sans filet. Des avions, un aéroport et une animatrice en chair et en os décryptent les situations géo-politiques et mercantiles de l'exercice du pouvoir. Et la musique de border, doubler, précéder les contes qui ne sont pas de fées mais de faits et gestes souvent criminels et prémédités. Les barrières de protection, les barbelés, les frontières et surtout les murs seront à l'honneur pour stigmatiser les prés carrés, la propriété et le pouvoir en général, mon Général! Car François Sarhan y va droit au but sans fioritures ni falbalas. Les murs ont des oreilles comme nous, une mémoire, une fonction d'obstacles infranchissables. Diviser, entraver, bloquer, réduire rencontres et échanges au néant au profit de la Haine. Un ballet de sorcières maléfiques à la solde du pouvoir en est une belle et fameuse séquence. En images, les sorcières voilées en incrustation y vont de leur balai, lac des signes des temps de soumission. Danse du mur de Berlin, également, petites danses russes esquissées à plusieurs reprise. La danse comme otage du pouvoir malin qui hante cette pièce et en fait un manifeste socio-politique de grand intérêt. La musique ici convoquée comme le geste et le théâtre pour une oeuvre totale et pas totalitaire. Deux sirènes à la coiffure de Gretchen, nattes folkloriques font leur show moqueur de pies voleuses. 


Seconde section de musique plus glamour pour semer "les grains de balles biodégradables". Il y a du génie dans l'invention de ces armes féroces, transformées en fertilisant de sol! Une graine déguisée se balade sur scène et dans la salle, désopilante figure d'un instrument de guerre et paix masqué. Il fallait l'inventer, Sarhan l'a fait!Incarnée en pénis, prépuce et gland, l'arme devient glamour et perfide. Le mur de l'Nfer resurgit, haineux et métaphorique, murmure en musique percutante encore quelques récits poignants, celle de la femme allemande persécutée et emprisonnée à tort et de travers.Pour les quatre comédiens qui rejoignent le plateau, la tâche est ardue de faire corps et concurrence aux sons de l'Ensemble instrumental. Le jeu est décapant, drôle et pertinent dans une mise en scène loufoque et fouilli, désordonnée et indisciplinaire. Un dressing de sapes pour loge, pour changer de peaux, retourner sa veste ou comme vêtement de combat et mascarade. 


La protection en poupe: contre qui? L'inconnu ou le politicien, le poli petit chien de surface. Et revient cette toile imprimée d'un mur de briques cuivrées traditionnelles; linge qui flotte, oripeau ou drapeau fer de lance, voile d'une Loie Fuller libérée. Plein feu peu à peu sur le rangement de la scène, histoire d'évacuer les personnages, les accessoires , le récit et le public, à coup d'aspirateur et de balai. On quitte la salle conquis et jamais désabusé. On a déboulonné les statues du pouvoir musical académique, des harmonies et autres recettes de composition magistrales. Pour le meilleur d'une fable emplie d'images hallucinantes des anti héros du contre-pouvoir. Debout les fils rouges d'Ariane qui jonchent le sol comme une carte géographique, courbes de niveaux et enchevêtrements à délier de toute urgence.Et de trouver cette nécessité de quitter sa tribu musicale pour réinventer la musique!Et l'art brut de devenir musique originelle, théâtrale et accessible.Et ainsi faire partie d'une nouvelle tribu...Des "situations" autant cocasses que tragiques...

Au TAPS Scala le 21 Septembre dans le cadre du festival MUSICA

 


en anglais, allemand, arabe, français, russe et ukrainien
composition | François Sarhan  
dramaturgie, traduction et sous-titrage | Maria Buzhor 
costumes | Lea Søvsø  
son | Camille Lézer 
direction technique et lumières | Eric Slunecko 

performance | Daniel Agi, Janina Ahh, Marie Buzhor, Julia Lwowski


United Instruments of Lucilin
violon | Winnie Cheng
alto | Danielle Hennicot
guitare électrique | Srđan Berdović
clavier | Pascal Meyer
percussions | Guy Frisch


commande Musica, United Instruments of Lucilin
production United Instruments of Lucilin
coproduction Musica, La Muse en Circuit - CNCM, TVL
avec le soutien de la Ernst von Siemens Musikstiftung
crédit photo United instruments of Lucilin © Alfonso Salgueiro