samedi 19 septembre 2026

"The Alonetimes" Jennifer Walshe | Philip Venables : O Solitude! my sweetes choice...

 


madrigal contemporain

The Alonetimes

Jennifer Walshe | Philip Venables

Théâtre musical, comédie pop, confession chorale : The Alonetimes explore nos solitudes amoureuses avec humour, tendresse et cruauté douce. Six voix composent le portrait d’une époque hyperconnectée, saturée de récits, de désirs et de malentendus.

Écrite, composée et mise en scène conjointement par Jennifer Walshe et Philip Venables, The Alonetimes prend la forme d’une archéologie fragmentée d’histoires personnelles, à la lisière de la fiction et de l’autobiographie. Conçue pour six interprètes — deux voix, violon, clarinette, accordéon et percussions —, l’œuvre s’apparente à un madrigal contemporain. Les récits circulent, se relaient, se dédoublent, dessinant une constellation de souvenirs, d’aveux et de projections. Des premières fois aux ruptures, des rencontres en discothèque aux usages du dating en ligne, la pièce observe les formes changeantes de la relation amoureuse et les fragilités du lien dans un monde traversé par les mutations numériques et sociales.

Créée à la Fondation Cartier pour l’art contemporain en avril 2026, la pièce a été saluée pour la précision de son écriture et la puissance dégagée par ses interprètes. Cette production de Musica est reprise à Strasbourg avant une tournée internationale.

Une femme assise vêtue, drapée de blanc, nous invite à l'accueillir sur le plateau: elle possède déjà de par sa forte et puissante présente une aura qu'elle ne quittera pas. Clef de voute de ce petit théâtre musical, elle hypnotise et enchante et semble surveiller ses compagnons  en proximité. Seule ou avec d'autres? C'est la question fondamentale de ce madrigal, chanson de gestes contemporaine qui égrène toute une panoplie de "solitudes" possibles. Celles en particulier générées par l'usage des smartphones. La quête de l'âme soeur via les nouvelles technologies tarabuse les deux auteurs qui se sont attelés a ce sujet d'actualité. Et le comble serait qu'entre les deux protagonistes artistes, les contacts et relations de création sont essentiellement passés par ces réseaux de communication! Ironie du sort car les artistes interprètes au plateau se succèdent dans leur doutes et attitudes d'isolement, leur recherche de leur moitié complice pour exister.Ils sont chacun munis de leur instrument, de leur corps, de leur voix et sans faire unisson jamais forment malgré tout une oeuvre dense et compacte, lisible dont la clarté des propos allume nos lanternes et enchantent la vision très frontale de leurs évolution. Une violoniste fameuse et maline en justaucorps qui l'emporte malgré sa petite taille fluette au vu de son compère grand gaillard affublé d'un accordéon entre autre personnage emblématique de la pièce ...C'est drôle et plein de charme et d'humour. Le clarinettiste basse, Adam Starkie campe un curieux lutin addicte à la non communication avec un splendide monologue parlé, hurlé qui invoque la colère et la rébellion face à l'isolement. Un autre danseur de toute sa peau chante et évolue sur le plateau, c'est Oskar Mc Carthy, souple, volubile traçant des esquisses dansées au sol ou en sautillés alertes, allègres. Toute une chorégraphie au plateau se dessine alors que la musique en fragments et bribes de tonalités composées à l'envi emplit l'espace et détermine cette théâtralité du son et du verbe qui emporte vers un suspens et une forte empathie.La maline violoniste Diamanda La Berge Dramm, sorte d'ombre calquée et portée sous les silhouettes hautes des autres protagonistes, se dissimule ou jaillit comme un diable hors de sa boite. Loré Lixenberg, elle, chante et ponctue cette chasse à l'amour virtuel impossible.Andréas Borregaard fait le beau et borde cette petite communauté, tribu d'occasion en quête de liens et de sens. Aux percussions la sensible et discrète  Vanessa Porter finit par se déchainer et offrir une place enfin méritée dans cette formation de chambre bien chambrée. Jennifer Walshe et Philip Venables fidèles à leur inventivité tissent ici un patchwork fertile et chatoyant, coloré, visuellement très travaillé, à l'écoute de ces lignes qui défilent en traduction des textes pour mieux éclairer le propos. La solitude en fait serait pour cette joyeuse compagnie, le plaisir de tenter de partager le pain, cum panis quotidien d'un univers étrange qui peu à peu sort de ses gonds pour nourrir une réflexion imagée et sonore de notre monde dématérialisé.

 The Alonetimes (2026)

texte, musique, mise en scène Jennifer Walshe, Philip Venables
lumière, costumes Aedín Cosgrove
dramaturgie du mouvement Bryan Burroughs, Crispin Lord
son Romain Muller
vidéo Ragnar Árni Ólafsson
regard extérieur Tom Creed

Distribution

voix Loré Lixenberg, Oskar McCarthy
clarinette basse Adam Starkie
violon Diamanda La Berge Dramm
accordéon Andreas Borregaard
percussions Vanessa Porter

Au Maillon le 18 Septembre en coproduction avec le festival MUSICA

jeudi 17 septembre 2026

– "Violent Delights" d’Andrea Givanovitch & Luisa Heilbron et "Un spectacle que la loi considérera comme mien" d’Olga Dukhovna en cadeau d'ouverture de la Saison à Pôle Sud

 


En ouverture de la saison de Pole Sud piloté à présent par Yvann Alexandre et son équipe sur vitaminée
 
Andrea Givanovitch & Luisa Heilbron – Violent Delights: un duo en contact et réconciliation

Andrea Givanovitch est un danseur et chorégraphe français basé à Paris. Luisa Heilbron est une danseuse et chorégraphe brésilienne basée en Autriche. Violent Delights est un duo de danse inspiré de l’entrelacement complexe du temps, des relations humaines et de l’intensité des passions fugaces. La pièce explore, en 17 minutes intenses, comment l’amour et le conflit, tout comme le temps, sont à la fois inévitables et inéluctables. Dans ce dialogue corporel subtil, la chorégraphie tisse des moments d’unité et de discorde, de tension et de désir. Le public est invité à observer ardemment ce dialogue immergé dans la complexité des relations humaines porté par de jeunes artistes pour qui la nécessité et la pression d’explorer et de développer le mouvement ressemblent souvent à une course contre la montre.
France / duo / création 2022 / 17’ 

Il n' y a pas qu'en politique que l'on parle de "réconciliation" après la bataille, le combat ou la confrontation: ce serait le maitre mot concernant ce duo emblématique des deux interprètes sur ce plateau nu en extérieur dans le jardin de Pole Sud: le public y est réuni pour fêter une passation de direction artistique, un contact chaleureux avec l'équipe au service des besoins et désirs de l'art chorégraphique et de ses publics. Une entrée en matière apéritive de choix pour cette soirée conviviale. Un duo fait de deux entités, féminine et masculine, résolument genrée et ainsi assumée sur le thème du couple complice ou ennemi.Dotés de costumes aux parties dessinées, esquissées de traces noircies par un tachiste dissimulé, voici une suite très rythmée d'entrelacs, de noeuds de membres entrelacés, de danse contact effleurant les corps partagés entre fougue et discrétion, sobriété et exubérance. On ne les quitte pas du regard alors qu'ils semblent lointains, les yeux fixés sur des lignes de perspectives éloignées. Elle est fine et souple figure de la femme aimante et aimée, dévoreuse d'énergie autant que de tendresse et d'attention à l'autre. Chacun se considère et épouse les volontés de l'autre ou bien les stoppe ou les envoie aux calendes grecques dans le plus simple appareil: la musicalité, l'effleurement ou tous les appuis susceptibles d'insuffler rebonds, ricochets et autres variations de contact. Il est rêveur, le visage transfiguré par la poésie de l'attente ou du discernement. Leurs corps se rejettent ou s’enlacent, sans jamais se lasser,tissent des étoffes denses et fertiles de gestes et de portés miraculeux. On respire avec eux autant dans la lenteur que la rapidité, accessoires indistincts dans la composition chorégraphique en poupée gigogne. Les costumes fonctionnent comme pour un livre en méli-mélo qui forme soit une figure complète, un tout iconographique, ou un désordre de formes qui ne collent pas ensemble. Un régal de contrastes, de surprises, de tendresse et de douceur. Réconciliés au final dans un charme fou de lignes continues, de gestes calmes et reposés après la tornade de soubresauts vif argent, toniques, énergiques à souhait. L'accalmie est de bon ton alors que la musique qui soutient et sou tend cette ode au dialogue et à l'écoute, ne cesse de résonner et de se propager dans les corps offerts au regard et à la méditation.

 

On passe à la boite noire pour un film tonique, résumant et récapitulant la saison des spectacles présentés en 2026/2027

Puis place à un duo: celui d'Olga Dukhovna et Pauline Léger– Un spectacle que la loi considérera comme mien

Danseuse et chorégraphe, Olga Dukhovna recycle la danse comme d’autres recyclent les objets : elle récupère, transforme, détourne. Née en Ukraine, formée à Bruxelles et Angers, elle fusionne folklore oublié et danse contemporaine avec un goût assumé pour les collisions improbables. Pour cette pièce, elle invite au plateau la juriste Pauline Léger, spécialiste en droits d’auteurs, pour une réflexion dansée sur le réemploi des gestes en danse.  Où finit l’hommage ? Où commence le plagiat ? Peut-on reproduire une chorégraphie célèbre en la ralentissant ? En l’accélérant ? Quelle est la vitesse limite pour que ce soit autorisé ? Avec brio et humour les deux interprètes produisent un spectacle en direct qui tente de faire le point sur les possibles et les interdits, ce que l’on peut faire et ce que l’on ne doit pas faire. Comment créer – à partir d’une base qui ne m’appartient pas – un spectacle que la loi considérera comme sien ? 
France / duo / création 2025 / 30’

Vide grenier ou octroi à péage du langage chorégraphique?

Que sait-on des droits d'auteur des chorégraphes initiés par Serge Lifar au coeur de la SACD, berceau professionnel des auteurs en général? Pas grand chose. Alors au travail et à l'écoute d'une juriste spécialisée sur le sujet et d'une chorégraphe désireuse de partir de chorégraphies pré-existantes pour créer à partir de ce potentiel de mémoire collective. On ne part pas de rien ni ne fait "le vide" de ce que l'on a épousé, digéré, incorporé et fantasmé de la danse. Olga se pose des questions devant nous et relate son expérience de partir d'une chorégraphie culte de Yvonne Rainer "Trio A " de 1965 et cherche comment prolonger ses gestes, les reproduire sans "plagier" ni copier dans le jus la gestuelle, l'énergie, les formes engendrées par la signature unique de Rainer. Pari tenu et réussi que cette interrogation illustrée par les gestes originels autant que par toute l'inventivité, la malice et l'intelligence d'Olga Dukhovna. Posture politique autant qu'artistique de la part d'une autrice fidèle à ses héritages, son patrimoine, ses archives corporelles de danse innée, façonnées par son expérience avec Boris Charmatz autant qu'avec Anne Teresa De Keersmaeker...Un cocktail détonnant de gestes de références, du Sacre du Printemps de Nijinsky, à la démarche savante de Yvonne Rainer. Beaucoup d'humour, de distanciation dans cette "conférence" inédite où tout se dit et se regarde.Les gestes accumulés en ordre ou désordre, les danses méconnaissables de leur origine naissent et transparaissent à l'envi. Tout ceci dans la joie, la gravité du sujet mené de main de maitre par ce duo, d'une table de juriste au plateau de démonstration. On les quitte éclairés, nourris de propos vifs et pertinents et d'une porte ouverte pour la compréhension des oeuvres chorégraphiques. Pas de répression des fraudes ni de plagiat, pas de copié-collé ni de collages incongrus pour ces tableaux dansés avec la fougue et la précision écrite que l'on connait du caractère entier et débordant d'Olga Dukhovna.On jubile devant ce projet issu de la "série" le sujet à vif SACD pour Avignon et l'on songe à une grande tournée de ce bijou qui mérite un cadre et un écrin urgentiste pour la profession de chorégraphes autant que de spectateur!La ligne de franchissement d'une douane chorégraphique à péage ou de dime, impôt sur les matières premières de la composition seraient à initier...Boutade sur la liberté d'interprétation et de passation des oeuvres: pas de pillage ni de spoliation douteuses dans le marché de la Danse...  

 ouverture de saison pole sud le 15 Septembre 

relire: https://genevieve-charras.blogspot.com/2023/05/swan-lake-solo-du-cote-de-chez.html

 

 

 

mercredi 9 septembre 2026

"Que de poissons!": un récital qui fait mouche! Ca mord et ça fait une touche!

"La sardine" desnos/wiener

Un récital de bon thon
 Des poissons et des hommes, des sirènes bercées par Honegger, des grenouilles qui coassent au fond du jardin avec Satie...Et la maman des poissons n'a pas froid aux ouïes selon Boby Lapointe!

Des vrais poissons , carpe de Poulenc, brochet, sardines variées de Jean Wiener et Robert Desnos.Des crustacés sur la plage abandonnée , homard, crabes et autre écrevisses. Pour une bonne bouillabaisse de Fernandel pêchée par deux martins pêcheurs, l'un de Ravel, l'autre de Wiener. Après tout ceci, c'est un petit oiseau, un petit poisson de Juliette Gréco qui aura la bonne pêche ainsi qu'un pélican, une baleine et un dauphin pour prendre le relais dans la passe à poissons..Un bestiaire aquatique fabuleux vous attend.A vos cannes à pêche et hameçon pour que ça morde énormément. Venez comme "le poisson sans soucis" de Kosma en toute modestie sans faire la queue de poisson d'Avril..Comme des poissons dans l'eau..

A vos écoutilles : on chantera sans filet ni appât, sans arrête pour cette pêche miraculeuse.

christiane Jaeg

Chant Geneviève Charras  Piano Christian Vidal

Salle St Laurent Munsterhof 9 rue des Juifs Strasbourg 

Dimanche 18 Octobte 11H 

Entrée libre chapeau réservation: 06 51 77 85 95