vendredi 6 mars 2015

Les photogrammes de Joseph Nadj à la galerie Hus : une révélation trompeuse !



Les photogrammes de Joseph Nadj exposés actuellement à Montmartre à la galerie Hus sont une révélation de son univers onirique, couché sur le papier photo : on le savait danseur, chorégraphe, plasticien, le voici désormais magicien de l'image à présent!
D'après la technique du rayogramme, le voici faisant voler et planer les figures , les architectures et les objets en autant de matières et matériaux impalpables, mystérieux, inomables et fantomatiques.
En noir et blanc, voici formes de bouteilles, de mouches et de bien d'autres hybrides en vol!
Magnifique travail de traces, d'empreintes, joyaux de nos rêves en apesanteur dans un joyeux délire d'équilibre et de déséquilibres.Surréaliste à souhait dans la lignée et le sillage  des Man Ray et Moholy Nagy, Nadj surprend et enchante, plonge l'oeil et le regard dans des univers inconnus, improbables! Encore des contes à rendre !


A la galerie Hus jusqu'au 3 Mai 2015
www;husgallery.com

La danse des bottes de Viallat


La danse selon Rineke Dijkstra



Rose et blonde une petite ballerine danse dans une salle, guidée par sa professeur: grâce, agilité, détermination mais aussi fragilité et puissance esthétique L'artiste en empathie avec l'enfance et l'adolescence au travail, dans l'énergie, ses failles et sa beauté

A la Galerie Goodman à Paris



La danse de Denis Pondruel

"Danse ma danseuse"
de Denis Pondruel à la galerie Lahumière à Paris
Dans le béton, ces danses, spirales mémoire évoquent le mouvement, jamais figé, toujours en équilibre, volant dans l'espace, se déployant merveilleusement comme une volte qui éffeuille un texte ajouré ou telle une partition d'orgue de barbarie, perforée pour laisser passer les rêves!

Vincent Pérez fait son cinéma et sa danse à la Galerie "Cinéma".

  • Vincent Perez est un acteur, un réalisateur mais aussi un photographe. Il a étudié la photograhie au Centre Doret en Suisse avant de se consacrer pleinement au septième art.

    Il présente ici des portraits d'amis : Johnny Hallyday, Gérard Depardieu, Valéria Bruni-Tedeschi... L'exposition présente également une série d'autoportraits réalisée durant le tournage de "Ceux qui m'aiment prendront le train" dans lequel Vincent Perez jouait une transexuelle. Cette série permet ainsi d'explorer le travail effectué par l'acteur pour entrer dans son personnage et devenir femme.
  • Autoportrait en danseuse classique, vidéos quasi immobiles de deux danseurs de l'Opéra de Paris : c'est jubilatoire, ces petits bougés infimes filmés en temps réel, plein cadre et caméra fixe!
Avant d’être comédien, Vincent Perez a étudié la photographie. On peut affirmer qu’il s’en sort plutôt très bien lorsque (pour son propre plaisir) il tire le portrait de ses amis anonymes, de Johnny Hallyday ou de Michel Bouquet dans le costume du Roi se meurt. De même quand il réalise des images délicates en noir et blanc, cadrées serrées, sur les corps des danseurs étoiles de l’Opéra de Paris. Cet ensemble avait été présenté l’an dernier à Arles, c’est un plaisir de le découvrir, aujourd’hui, dans la capitale. 

Maurice Lemaitre "La danse et le mime ciselants" : réflexions pour danseurs et mimes "illettrés", lettristes, pas tristes!


" La Danse et le Mime ciselants" de Maurice Lemaître.
Lettristes et hypergraphiques suivi de "Manifeste pour une pantomime à anecdote surréaliste" et précédé de "La danse et la pantomime de l'antiquité aux lettristes" par Isidore Isou
Chez Grassin lettrisme 2, 1960

 Après avoir retrouvé ce petit fascicule oublié, j’ai eu envie de m’aventurer plus loin dans l’exploration de ce qui s’est révélé être une véritable mine d’écrits théoriques, d’œuvres « à achever ou à inventer ». Et tout d’abord dans le domaine de la danse, qu’ils abordent avec le sérieux des vrais amateurs. Ce Manifeste de la danse ciselante m’est apparu comme une sorte de catalogue prémonitoire des enjeux qui animent la danse contemporaine et le mime. Quels sont les fondements de ce mouvement ? C’est d’abord son créateur, Isidore Isou, qui est le “messie” de son propre mouvement et qui l’incarne totalement. Son parcours d’artiste, dans son obsession compulsive à inventer des dispositifs créatifs sans jamais les exploiter, est l’aboutissement même de ses principes. Il suffit de s’en référer au Manifeste lettriste dont je vous livre ici un extrait :« Il ne s’agit pas de : Détruire des mots pour d’autres mots Ni de forger des notions pour préciser leurs nuances Ni de mélanger des termes pour leur faire tenir plus de signification Il s’agit de … ressusciter le confus dans un ordre plus dense Rendre compréhensible et palpable l’incompréhensible et le vague ; concrétiser le silence ; écrire les riens Ce n’est pas une école poétique, mais une attitude solitaire À ce moment : le Lettrisme = Isou » Pourquoi vouloir le donner à entendre aujourd’hui ? Peut-on parler d’une actualité du lettrisme ? Danse de l’amorphe et de l’arythmie, de la lenteur et de l’immobilité, danse de la disparition : comment ne pas faire le lien entre ces propositions lettristes et certaines des œuvres les plus radicales de ces dernières années ! De même en ce qui concerne l’idée qui fonde leur rapport à la danse, à savoir diviser le corps en sections mobiles et sections inertes afin de dénombrer toutes les particules possibles de l’anatomie humaine, jusque dans ses éléments muqueux ou liquides ! Si l’on peut se questionner sur le caractère « scientifique » de la proposition (le lettrisme se voulait une science !), elle n’est pourtant pas sans rappeler les pratiques somatiques en vogue dans le monde chorégraphique actuel. Comme la plupart des mouvements d’avant-garde, ce sont des œuvres avant tout théoriques, des dispositifs créatifs. À ce titre, chacun est libre de les revisiter ? De plus, le lettrisme, qualifié d’« ultime avant-garde » par Bernard Girard, dans sa théorisation de la mort systématique et cyclique des formes, en confirme la nécessité, tout en réhabilitant la question de la beauté, mais une beauté élargie, sans cesse à réinventer. Quant aux textes plus spécifiquement chorégraphiques, ils sont carrément visionnaires pour certains, tout en étant extrêmement datés : c’est ce contraste qui en fait justement tout le sel. Par ailleurs, le lettrisme est un mouvement toujours actif puisqu’un groupe d’artistes s’en réclame, ce qui le rend unique en son genre.C’est avec Maurice Lemaître et ses deux spectacles: Fugue Mimique No. 1 et Sonnet Gesticulaire, que le mouvement lettriste a fait son entrée dans les arts du geste, et après son passage, ni les mimes, ni les chorégraphes ou danseurs ne peuvent ignorer que le bouleversement qu'il a apporté à leur art est aussi profond et contraignant qu'en leur temps, ceux de Noverre ou Petipa.

En plus des partitions exactement notées de son mime et de son ballet, Maurice Lemaitre nous offre les réflexions d'un chorégraphe qui se pose des problèmes constamment neufs.
Au passage, il comble une lacune de l'histoire du mime, et dans son Manifeste pour une pantomime à anecdote surréaliste, accompagné de Trois Arguments, nous démontre qu'un inventeur peut non seulement ouvrir les voies de l'avenir, mais aussi revivifier les étapes négligées d'un passé proche. 
Une important préface d'Isidore Isou situe exactement le volume dans la perspective d'une refonte totale des formes artistiques de notre temps.

Rappel
Le lettrisme se veut un processus de création permanent régit par un système d’écriture intégrale que son créateur, Isidore Isou, baptise « hypergraphie » ou « créatique ». Il applique ce système à quasiment tous les domaines du savoir.
En 1953, il publie dans la revue Musicale «Manifeste pour une danse ciselante » proposant de rénover entièrement l’art chorégraphique. « Contre le nombre ou le rythme » il préconise « l’amorphe et l’arythmie, contre l’essor et la saltation, la progressive immobilité ».
Quelques années plus tard, Maurice Lemaître, compagnon de la première heure, présentera au Théâtre Récamier ses propres chorégraphies dont il publie les partitions dans La Danse et le Mime ciselants.
Au delà de l’intérêt de faire découvrir ces textes, les théories qu’ils déploient témoignent d’une formidable inventivité visionnaire, en même temps qu’elles dessinent une sorte d’empreinte historique de la danse en France au tournant des années 1950.
En s’attaquant aux fondements du Ballet, Isidore Isou et Maurice Lemaître pulvérisent littéralement l’art chorégraphique de leur temps et posent avec un humour ravageur les bases d’une réflexion qui continue d’agiter la danse contemporaine d’aujourd’hui.
Durant ce stage, le travail va s’élaborer à partir de textes lettristes, historiquement situés mais en résonance avec les questions qui animent aujourd’hui le champ de l’art contemporain. Textes dont les intitulés sont à eux seuls tout un programme : Le quasi anti-balletEsquisse pour réactions chorégraphiquesDéclaration sur la personne humaine…

Suggestions
Une lecture et écoute des textes dans leur dimension musicale, théâtrale et théorique s'impose ainsi qu'un débat sur ce qu’ils recèlent de novateur et d’obsolète, ce qu’ils questionnent de nos pratiques actuelles ; apprentissage de certaines partitions gestuelles dont (Premier Sonnet gesticulaire et de La Fugue mimique de Maurice Lemaître ; exploration chorégraphique des propositions ciselantes d’Isou ; constitution de groupes de travail, afin de choisir un sujet à s’approprier et à développer ; déchiffrage de poésies lettristes et écoute des compositions musicales lettristes ; mise en jeu publique permettant d’aborder une dimension importante du système lettriste : le public considéré comme acteur et catalyseur de l’énergie provocatrice indispensable à la mise en oeuvre de certaines propositions ; projection de films tels que Traité de bave et d’éternité (Isidore Isou), Le Film a déjà commencé(Maurice Lemaître), Tambours du jugement premier (François Dufrêne)…


"Empty moves" (parts I, II, III): Angelin Preljocaj en Cage dorée !


L'amour en cage est une fleur, l'amour de la danse d'Angelin Preljocaj (cage) est à son comble pour cette "partition" inédite de John Cage qu'il revisite comme un hommage, une rétrospective, un regard dans le rétroviseur sur son oeuvre de 2004 pour la partie I, 2007 pour la partie II et enfin 2014 pour un bouquet final avec la partie III
Assembler les trois œuvres, en faire une entité, un bloc opératoire où se dissèque sa danse est une entreprise lumineuse, bénéfique
On porte ainsi un regard sur l'ampleur du processus chorégraphique à l'oeuvre au noir, qui se distille comme un élixir à boire lentement afin de connaitre l'ivresse.
La performance enregistrée de John Cage en 1977 sur la "Désobéissance civile" est transformée en phonèmes et en sons voisins de ceux d'un match de foot: les réactions d'un public non formé à l'écoute des sons brutes et vivants du quotidien, de la vie, du frisson.
Deux heures durant, Cage lit et récite, imperturbable lecteur alors que gronde et enfle la vindicte du public, outré par tant d'audaces et de culot!
Les danseurs, deux hommes, deux femmes simplement vêtus, arpentent le plateau nu, sobre, dépouillé à souhait.

C'est jubilatoire et enivrant, hypnotique et déroutant."Empty Words" devient "Empty moves" et les gestes combinatoires et combinés des quatre danseurs, tantôt couples, tantôt électrons libres, se multiplient à l'envie dans une grâce époustouflante: contenue, retenue ou éclatante selon que la pression de la partition se met au diapason du flux des cris, boutades, invectives du public italien, milanais, sans pudeur ni retenue! Corps enchâssés,enchevêtrés, en mailles, déclinés comme des formes encastrées, mouvements au sol, dans l'atmosphère, tout bouge !
Il n'y a que la danse, médium multiple à partager et l'on repère ou songe au grand Merce Cunningham qui veille au grain dans l'ombre et sourit à tant d'audaces!
Fascination sur l'endurance et la performance des danseurs qui ne délaissent pas une seconde le plateau et vont crescendo vers un épilogue , épuisé, tendus puis relâchés par l'épuisement: la perte, la dépense au zhénit et le rapt-ravissement    font de cette oeuvre, une phase majeure de l'oeuvre du chorégraphe en pleine forme intellectuelle, physique et spirituelle.


Oser l'impossible, signer innommable, l’inouï est une gageure à la hauteur des ambitions de cet homme qui vient lui aussi saluer pour éprouver l'adhésion du public: car ce soir là au Théâtre de la Ville de Paris, personne ne bronche, ni ne s'enfuit ou ne manifeste une quelconque impatience ou incompréhension face au phénomène sonore et visuel qui se joue devant nous
En empathie totale, sans concession, le public ne se rend pas, ne plie pas mais penche et vibre comme les danseurs dans une e motion chère à la danse pulsatile d'Angelin.


Raffinement, sobriété, pulsations, pulsions, on ne sait comme écrire ou décrire l'abécédaire de cette danse sans fin et dont la finalité ne saurait être que l'existence éphémère du mouvement qui se tricote comme un vêtement porté par des corps à l'unisson de la performance vécue de par et d'autre du plateau.