lundi 11 février 2019

"Montagne dorée" de Louis Barreau : Bach et Terpsichore en baskets !


L'échapée belle !
Avec Félix Dalban-Moreynas (piano), Marion David et Thomas Regnier

"Deux danseurs tentent d’entrer en harmonie profonde avec les Variations Goldberg de J.S. Bach.
Peu à peu, les corps à l’unisson s’allègent, s’émancipent de leurs affects, tentent de n’être plus que mouvements, formes et sensations.
Propulsés en position d’observateurs de leurs propres émotions, les danseurs et le pianiste atteignent une qualité de lien qui les fait entrer dans une autre temporalité, celle d’un instant présent constamment renouvelé.
Assis devant un paysage de gestes qui se fond dans l’architecture de la musique, chaque spectateur est invité à vivre par procuration cette expérience sensible, comme une ascension en trente variations."

Que le jeu demeure !
C'est avec nonchalance et décontraction que démarre le duo homme-femme tout de blanc vêtus, baskets blanches aux pieds Virevoltes, roulades au sol, petits sauts piqués, relâchés, l'envolée commence, légère, futile, aérienne. Les directions bien engagées, versatiles, le haut et le bas inversé, quelques accélérés, bras tendus...C'est radieux et très "cunningham", droit ou les axes en péril, bras en arceau...Le duo progresse en intensité, déploie sa danse en spirale, enroulés, ralentis et contacts au sol, comme une balade, sautillante, joviale, lumineuse. Les éclairages varient d'une intime combine à de beaux pleins feux, maniés de main de maître par Françoise Michèle aux consoles!
Des variantes ludique égrènent les déplacements, très écrits et calculés, ramassés ou éclatés comme des atomes ou électrons libres. La musique live délire toutes ses savantes avancées, très maîtrisées, basse danse , précieuse et quasi baroque, perle rare et "racée", sophistiquée à l'envi. Moults phases diversifiées nourrissent le propos chorégraphique qui avance, jubilatoire: parfois de l'imperceptible, de petit bougé dans l'immobilité feinte ravivent l'écriture, syntaxe acrobatique sur les notes voltigeantes de Bach. Danser Bach est chose noble et fertile , savante et périlleuse, mais ici la performance des dansers, plus d'une heure durant ne lasse pas et les contrepoints, croches et virtuosité musicale ne font qu'un !
 Vivace et relevée, la danse s'empare de la musique pianistique en proximité salvatrice pour épouser la musicalité des corps dansant, franchissant les rives et dérives de Bach dans toute clarté et allégresse.
La danse transporte les sons, les dépose ou les emmène loin, très loin
Le temps d'une pause, à l'écoute, allongés au sol les danseurs cessent de vibrer, puis reprennent avec allant, les transports amoureux de ses notes célestes.
 Des échanges plus dynamiques se propagent entre les deux danseurs, souriants, généreux, haletants, respirant d'un souffle commun ces variations audacieuses.En miroir, en décalé ou à l'unisson, complices, ils se relèvent, gestes tranchés, en petits tours rapides, pieds flexs...Tout un vocabulaire ou abécédaire connu mais recomposé avec astuce et pertinence. Etirements, glissés, alors que les éclairages variables et sensibles magnifient et sculptent les corps mouvants
Une partition chorégraphique, composition musicale stricte et volage à la fois, illumine tracés et déplacements. Des axes oscillants pour démarquer une certaine rigidité axiale . Le plexus solaire irradiant le tout, offert au regard et au rythme de la danse!
 Penchés, renversés, tordus ou gracieusement projetés dans l'espace, les mouvements jaillissent comme la musique et Bach de se réjouir d'avoir trouvé complices à sa mesure sans fausse note ni fugue !

Au Théâtre de la Cité Internationale jusqu'au 8 Février dans le cadre de ""Faits d'hiver"



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