vendredi 13 juin 2014

Philippe Paret: guetteur, veilleur de la création chez Clément Cogitore

Il est acteur dans le film de Clément Cogitore, "La Caverne" de, 2013
Il est aussi sur la photo, mis en scène au bord de la caverne, ce passage défendu par les humains ou pénétrer n'est pas toujours de bon présage...Ou de bon aloi.
On a perdu notre Euridice qui est passé de l'autre côté pour s'être une fois de trop retourné, souriant vers nous tous.Orphée....Orfèvre de l'argentique.
Jamais "Cerbère", mais toujours vigilant, Philippe,accueillant: au seuil de l'inconnu....Ne pénétrons jamais trop tôt les cavernes, sirènes de la camarde...
Au MAMCS, l’exposition de Clément Cogitore s’ouvre sur une image énigmatique qui donne le ton de ce projet : on y voit un groupe d’hommes au travail postés à l’entrée d’une grotte d’où s’échappe une fumée blanche. Ce qui occupe ces individus anonymes est difficile à cerner (attente d’un événement particulier ? relevés techniques ? sécurisation d’un périmètre ?), le lieu ne renvoie à rien de précisément localisable,l’origine de la fumée est inconnue (naturelle, artificielle, surnaturelle ?). En un seul « tableau » -l’analogie picturale n’étant pas excessive tant l’image est effectivement composée – ClémentCogitore réunit tous les thèmes qui lui sont chers: la communauté, la communication entre les individus (les regards ne se croisent pas, le silence semble de mise pourtant ces hommes sont réunis pour quelque chose), la rencontre du tangible (les instruments de mesure, le « poids » de la technologie) et de l’impalpable (les aériennes volutes de fumée blanche).
Cette « Caverne », entre rapport à l’origine et mythe platonicien, est chargée d’une symbolique forte qui contraste avec la mise en avant d’un certain positivisme, celui des instruments de mesure.
 Sans titre
, 2013
Vidéo, 25 min
Ils sont quelques hommes à délimiter un périmètre d’étude dans la forêt, puis à explorer une grotte
aux murs couverts de fresques paléochrétiennes qui se révèle aussi le refuge inattendu d’un animal
aux propriétés extraordinaires sinon magiques. Ils sont quelques autres à manipuler des écrans de
contrôle en plein brouillard, à permettre à un hélicoptère de se poser près de ruines romaines pour
emporter au loin le dit animal. En quelques séquences, Cogitore développe plusieurs récits
autonomes qui finissent par se rencontrer et ouvre en grand le champ des possibles interprétations
de ce conte fantastique chargé de symboles qui peut aussi se lire comme une métaphore de l’acte
création.

jeudi 12 juin 2014

Daniel Buren au MAMCS de Strasbourg:rue du jeu des enfants!

La rue du Jeu des Enfants s'est subtilisée et transportée, comme dans un conte de fées, le  temps d'une exposition au MAMCS...Magie, prestidigitation? C'est du "Buren", tout simplement: un déménagement dans "la rue" du MAMCS qui en était une à l'origine d'après l'architecte Adrien Fainsilber, esprit des lieux!
L'esprit des lieux, Buren l'a très bien ressenti dans son travail "in situ": il fait de la nef, une véritable nef de cathédrale, où au sol, s'imprègnent les lumières et leur réverbération, posées "in situ" par les rayons du soleil, traversant les "carreaux du temple" à travers les immenses verrières!Dance floor vivant par l'interactivité du soleil!
C'est magique et spirituel en même temps!Enivrant!
De la balustrade du premier étage, la cursive invite à la méditation, à travers ses "vitraux" d'où l'on devine le paysage strasbourgeois, transformé, coloré comme au travers de papiers de bonbons, ces gélatines aussi des projecteurs de spectacle.
Au pied de la nef, s'ouvre un petit village, de maisons, de rues, de venelles. C'est ludique à souhait et invite à la déambulation, la divagation, dans ce petit bourg très construit, au cordeau!
Couleurs vives, fondamentales, cubes, courbes, lignes, tout y est du vocabulaire de l'artiste qui ajoute au glossaire des formes géométriques, empilées, aux angles vifs et découpés.
Cabanes de bain, village tout blanc, puis tout en couleurs: cheminées, toits, place publique!
Perspective vertigineuse, entre les maisons, au travers d'un trou, trouée bordée des bandes noires et blanches, bien connues et que l'on se plait à retrouver d'une exposition à l'autre!
Signalétique de ce jeu de piste pour petit poucet en quête d'aventures contrôlées! Dépistez les pièges, alignez-vous, n'en perdez pas une miette: ce parcours au bled de Buren.
Ne barrez pas , ne "rayez" pas ce rendez-vous sur votre carnet de bal: rue du "jeu d'enfant" pour petits et grands, de 7 à 76 ans (âge de l'artiste)!
Dansez aussi sur ce parterre où se reflète et se diffracte la lumière du soleil à travers les carreaux de couleur: de 8H à 12H...Sautez d'une case à l'autre comme dans un jeu de marelle: et comme un caméléon, changez de couleurs au gré de vos déplacements!
Ce qu'on n'oserait pas faire sur les reflets au sol des vitraux dans les nefs des cathédrales, venez le faire au rdv culturel et non cultuel du MAMCS.
A l'heure du culte , le dimanche à 11H....
Un univers qui ravit, fait dériver notre imaginaire, additionne nos envies d'escapade, d'école buissonnière sur les sentiers de la création: légo rigolo, tendre et labyrinthique pour indisciplinés, indisciplinaires:dans la rigueur toujours, le calcul, la perfection requise par l'exigence de l'artiste, toujours "jeune" qui s'amuse des contraintes et réjouit nos facultés à basculer dans l'enfance de l'art!
Jamais sur le carreau, toujours à la ligne,"bande à part", fidèle à une mathématique joyeuse, sereine et touchante.Rayures, je vous aime!
Allez vous promener dans la rue: c'est un jeu d'enfant!

Daniel Buren au MAMCS:dans ses petits carreaux!

Le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg accueille pour six mois une exposition de l’artiste Daniel Buren.
Considéré comme l’un des artistes les plus importants de la scène contemporaine, Daniel Buren (né en 1938) est l’auteur d’une œuvre plastique et théorique considérable dont l’apport le plus emblématique pourrait, très sommairement, se résumer à sa compréhension et son usage de la notion d’in situ. Après une rapide formation à l’Ecole des métiers d’art, Daniel Buren questionne, tôt dans les années 1960, les limites de la peinture. Usant d’une grammaire réduite à l’essentiel, basée, dès 1967, sur l’utilisation de bandes invariablement espacées de 8,7 cm qu’il définit comme son outil visuel, Buren développe, depuis lors, une œuvre d’une rigueur et d’une cohérence exceptionnelles, qui peut se lire comme une approche plurielle du contexte d’apparition des œuvres.
L’exposition "Comme un jeu d’enfant, travaux in situ", présente deux nouvelles œuvres conçues par Daniel Buren pour le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg (MAMCS). Celles-ci se déploient respectivement sur les 1500 m2de la façade vitrée du MAMCS ainsi que sur les 600 m2 de la salle d’exposition temporaire. Le projet est constitué en deux parties, très complémentaires l’une de l’autre, offrant dans les deux cas, la possibilité au visiteur de redécouvrir l’architecture et les espaces d’exposition temporaire du musée sous un nouveau jour.
Daniel Buren réalise, avec cette double exposition, un travail in situ qui allie compréhension de l’existant et affirmation d’une proposition sculpturale. Ce faisant, il offre au MAMCS, après ses interventions récentes à Istres et Guadalajara, l’une des œuvres les plus ludiques de sa carrière.

L’exposition s’accompagne d’un catalogue qui présente une sélection d’oeuvres, de 1971 à nos jours, engagées dans un dialogue étroit avec l’architecture, incluant un texte de Marie-Ange Brayer ainsi qu’un entretien inédit de Daniel Buren avec Patrick Bouchain, Joëlle Pijaudier-Cabot et Estelle Pietrzyk.

Commissariat : Joëlle Pijaudier-Cabot, directrice des Musées de Strasbourg et Estelle Pietrzyk, conservatrice du MAMCS