samedi 21 janvier 2017

"La Fonction Ravel": Claude Duparfait entre dans la danse !


A Laon dans l'Aisne' en Picardie, la voie de garage semblait fatidique pour ce jeune adolescent en classe de transition...Quand la rencontre avec l'oeuvre de Maurice Ravel lincite à sortir d'un déterminisme et destin fatidique! Claude sera artiste, comédien, et de plus dans ce spectacle qu'il met en scène, danseur et chanteur. En-chanteur des planches ce soir là au TNS dans le cadre de "L'autre saison".En compagnie du pianiste François Dumont, le voici évoquant sa jeunesse, malin, nostalgique mais aussi révolté de tant de maladresse dans sa vie antérieure. Antérieure à la découverte de la musique de Ravel, de ses danses, valses, pavane et autres mélodies, Boléro , celui chorégraphié par Odile Duboc, pas Béjart !Alors il danse lui aussi, sous l’œil bienveillant de Thierry Thieu Niang, virevolte, fait le derviche tourneur en jupe longue et noire qui prolonge les mouvements de son corps, fait de petits gestes tétaniques sur les morceaux de musique égrenés savamment par le pianiste galvanisé par les tonalités hispanisantes ou les airs de valse lente.


C'est beau et sobre, habité subtilement par touches impressionnistes dans ce jeu d'acteur, auteur de sa propre biographie, autoportrait sensible et inspiré, joué avec dévotion, sensibilité et une touche de distanciation salutaire. Ce Boléro qui se transforme en air de jazz, joué par des transistors à l'unisson, c'est magique, tendre et poétique à souhait!
Ravel en fonction salvatrice, sauveur d'une âme, berger et ange libérateur, vaut bien une pièce de théâtre, un hommage intime et juste, vrai, vécu et transcrit dans une langue sobre et communicante
On est avec lui en empathie, le temps de cette évocation singulière et charmante , séduit par les interprétations virtuose du pianiste, complice et partenaire, parfait !
Au TNS à Strasbourg les 19 et 21 Janvier

"Atem Lied" de Keiko Murakami: à vous couper le souffle !



http://www.academie-ensemble-linea.com/keiko-murakami


"Je voudrais dédier ce premier disque solo à Mario Caroli, le professeur à qui je dois d'être la flûtiste que je suis devenue, l'artiste qui ne cesse jamais de m'inspirer et de m'impressionner, l'ami cher qui possède le cœur le plus sensible que je connaisse"
Keiko Murakami

Une compilation originale de la flûtiste Keiko Murakami, formée par Mario Caroli, c'est un événement, un acte d'audace posé sur l'édition de musique contemporaine magnifiée par l'interprète et l'ingénieur du son Julien Rigaud! Ce projet soutenu et accompagné par Le Salon de Musique de Strasbourg, le "Lieu", l' "Endroit" incontournable des instruments à vent, notre "flûte de Pan", référence incontournable du "souffle" qui n'en manque pas! Compagnons de Mario Caroli pour l'édition musicale de son répertoire!

"Chant de souffle"
Cinq morceaux enregistrés sur ce CD en hommage à l'instrumentiste virtuose et talentueuse, bien connue du public strasbourgeois, Keiko Murakami.

"Japanes Garden" pour flûte basse et bande magnétique de 2006 signée Doina Rotaru dévoile cet esprit du souffle autour duquel toutes ces œuvres sont dédiées.
Bande pas à part qui joue avec le son de l'instrument soliste pour une atmosphère , une ambiance étrange La flûtiste y respire, l'instrument lié au corps comme son prolongement, poumon et trachée sinueuse au cœur du processus de création. Une "traversée" physique, "pneumatique", un esprit du vent qui ne manque pas d'air. Respirée, inspirée par le thème du jardin zen, de la nature mystérieuse et sauvage, prière et méditation percussives.

"Salmo 138" une oeuvre créée en 2012 pour Saint Pierre Le Jeune par Andrea Sarto, temple de Strasbourg à la résonance singulière et magistrale, peuplée d'anges et de spiritualité. Espace réverbérant en contrepoint de la flûte pour créer un univers inouï, recueilli, fascinant.

"Atem Lied" de Toshio Hosokawa de 1997 libère toute l'énergie fulgurante de l'interprète, limites de la performance fulgurante ou silencieuse de celle qui respire et inspire, en apnée, en retenue, apaisée, linéaire et intemporelle! Du premier cri au dernier souffle c'est la vie qui est ici convoquée, évoquée et ressentie. La flûte, seule se donne, se rend, ploie sans faillir, s'abandonne et laisse parcourir ses frissons à la perfection Suspens, suspension du son, silences....L'écriture est fragile et forte, subtile tenant à un fil: celui du son qui vibre et tisse de la matière spatiale impalpable, sculptant l'air et le temps.
"Mnemosyne" de Brian Ferneyhough de 1986 additionnée d'une bande magnétique pré enregistrée est l'occasion d'évoquer la déesse de la mémoire, créatrice du langage, oeuvre présentée ici dans sa version intégrale Langoureuse, étirée, fugace et vibratile sonorité, frémissante, impulsive. La flûte résonne comme des ondes circulaires qui se répandent et s'évanouissent dans l'ombre!

"Karos" 2 de Paolo Aralla de 2014 clôt l'écoute ; basée sur le geste chorégraphique et musical, la "danse" semble y prévaloir par les infimes percussions de la flûte, les frappements, tapotements du souffle Sensibilité organique née de l'instrument qui donne sa matière au son. Charnel en diable, vivant, présent, futile et vibratoire comme l'immobilité mobile d'un corps qui tremble. En vagues, volutes, spirales ou ondulations, ascension ou dégringolades virtuoses, brèves ou fragmentées.
Souffles lents ou maintenus, impulsions tracées dans l'espace sonore, lancés ou tranchées d'épée fendues en tierce, sabrées!
Répétitions étincelantes, jaillissements des crescendos, on est à bout de souffle ou le souffle coupé, haletant, essoufflé, époumoné par ces performances virtuoses ou tout semble simple et accessible: la beauté naît, l'air de rien,  de cet acte de création de l'interprète.
Non, ce n'est pas "du vent" mais de l'esprit de la danse, des respirations vivantes et existentielles, naturelles et pourtant si construites, mesurées, démiurges aussi ! Alors on peur expirer dans un dernier soupir! Le souffle en poupe et figure de proue !

Une édition à se procurer au Salon de Musique à Strasbourg
https://www.lesalondemusique.fr/



jeudi 19 janvier 2017

"El Perro (De) Andaluz++++ Accroche Note: portrait croisé: Georges Aperghis, Helmut Oehring


Après un premier concert à Strasbourg en novembre 2013 de l'Ensemble El Perro Andaluz, et une invitation d'Accroche Note à Dresde dans le cadre du festival Impulse der Musique Spectrale en janvier 2014, ces deux Ensembles décident de se fédérer dans un projet commun consacré à la musique de Georges Aperghis (France), et Helmut Oehring (Allemagne), avec la participation des étudiants de la HEAR. 

Georges Aperghis Il Gigante golia pour soprano, clarinette, piano, percussions (1975) 
Georges Aperghis Les lauriers sont coupés pour soprano, mezzo, flûte, hautbois/cor anglais, basson, trombone, alto (1975)
Helmut Oehring Wrong pour chanteuse sourde, hautbois, clarinette basse, alto, guitare électrique, percussions, électronique (1993-1995)
Helmut Oehring Angelus Novus I pour flûte basse, trompette, clarinette basse, quintette à cordes, guitare électrique, piano préparé, percussions (2014)

Accroche Note
Françoise Kubler, soprano / Donatienne Michel-Dansac, mezzo / Ruth Pereira, flûte / Armand Angster, clarinette / Aurélien Laizé, hautbois-cor anglais / Luca Di Lazzaro, basson / Sébastien Curutchet, trombone / Amélie Valdes, alto / Sylvie Reynaert, percussions / Nina Maghsoodloo, piano

El Perro Andaluz
Christina Schönfeld, chanteuse sourde / Arnfried Falk, hautbois / Albrecht Scharnweber, clarinette basse / Marie-Florentine Schilling, trompette / Robin Soudière et Alexandre Cottin, violons / Emily Yabe, alto / Iida Hirvola, violoncelle / François Iltis, contrebasse /Johannes Oellinger, guitare électrique / Sabrina Ma, percussions / Martin Baumgärtel, électronique / Lennart Dohms, direction

De l'audace, toujours de l'audace!

Un concert hors pair qui allie deux écritures singulières pour deux ensembles que l'audace n'effraie pas: celle de surprendre et de livrer au public des oeuvres inédites, d'offrir des territoires de découverte infinie.
Aperghis avec son "Il Gigante golia" donne l'occasion aux artistes d'exprimer à travers son écriture, les facettes de leurs talents d'interprètes : Françoise Kubler, étonnante, toujours par la pertinence de ses intonations, la justesse de son jeu, délicat et discret, la précision de sa voix, alliée à la complicité des autres interprètes, Armand Angster, chantonnant, percutant aussi lors de la prestation. 
Avec "Les lauriers sont coupés", inspiré de la chanson polyphonique de la Renaissance française, les dissonances inondent l'espace musical, les voix des deux chanteuses, complices et complémentaires, s'allient, se marient pour mieux se confondre; Donatienne Michel-Dansac, remplaçant "au pied levé" le rôle de duetiste, étonnante par sa façon de ponctuer, respirer et prendre des appuis pour défier toutes les difficultés de la partition. Atmosphère ludique, légère, empreinte de soleil et de couleurs chatoyantes.....

Helmut Oehring, en contrepoint, parait sérieux et grave avec "Wrong", une oeuvre servie par l'ensemble "El Perro Andaluz et son chef Lennart Dohms: singulière présence d'une chanteuse "sourde" qui chorégraphie littéralement la musique par son langage des signes et la portée très précise dans l'espace de notes visibles, comme dessinées et calligraphiées. Belle gestuelle, pesée, mesurée, précise et fort gracieuse à regarder se répandre dans l'espace.Christina Schonfeld s'y adonne avec passion, mesure et compose des images fortes et retentissantes, malgré l'absence de sonorités audibles! 
"Angelus Novus" pour clore le concert, en hommage au titre éponyme d'une oeuvre de Paul Klee, surprend par son acoustique amplifiée, sa guitare électrique et l'ensemble des musiciens, renforcé par la présence d'étudiants de la HEAR;
Que de rencontres et d'échanges fertiles entre ces artistes et compositeurs qui n'hésitent pas à confronter leurs univers, leurs pratiques et les confier à des interprètes à l’affût du risque, du danger et aussi du plaisir d’interpréter! Des qualités qui caractérisent fort bien la nature de l'engagement artistique de l'Accroche note!

Au conservatoire de Strasbourg le 19 Janvier 2017