mercredi 27 juin 2018

"Rencontres d'été" : "concert de musique hongroise": on croise la félicité !

Pour cette seconde soirée , place au pianiste Wilhem Latchoumia pour un concert de musique hongroise. 
Mercredi 27 Juin

György Ligeti Etudes n°8 et 1 pour piano : Fem et Désordre (1985-2001)

Une danse répétitive, enjouée, pleine de sursauts allègres, de rebonds, sur les appuis, de lancées dans l'espace. On songe aux chorégraphies très inspirées de A.T. De Keersmaeker ! Puis en contraste reposant, retour au calme, tendre ambiance, à pas feutré, sur la pointe des pieds. Des doigts du pianiste ! Reprise des virevoltes, insistantes, plus affirmées, invasives, redondantes à l'envi. Dans les graves avec plus de force et de détermination obsessionnelle. De plus, sonorités plus aiguës en gouttelettes et en enfilade pour border un crescendo final saisissant, médusant, pétrifiant d'efficacité tonale.

György Kurtag Three old Inscriptions opus 25 pour soprano et piano (1986)
Dans sa longue robe bleu nuit, à fourreau, bordée sur les épaules de volutes ondulantes, Françoise Kubler prend le plateau. Sprechgesang en allemand, ourlé de petites notes de piano détachées, discrètes en prologue.
Secousses et langueurs, contre-piqués du piano, le ton est suave, étiré, la voix mugit, en longueurs tenues.Puis la voix et le piano vont crescendo: elle raconte, il joue en grande complicité. Elle crie, s'esclaffe, rugit avec élégance, grâce et fermeté convaincante. En colère, en rébellion.Les frappés vindicatifs du piano lui tiennent tête.Elle répond en roucoulements lascifs d'une voix très prononcée, ânonnée, articulée, litanie harmonieuse, dite comme un secret sur le mode confidentiel, à demi-ton, en demie-teinte.


György Ligeti Etudes n° 3 et 2 pour piano : Touches bloquées et Cordes à vide(1985-2001)
A nouveau des touches légères, sautées, sempiternelle course, entêtée contre le vent. Musique versatile, aérienne, et terrestre à la fois.Tel un feu follet débridé, qui se répète, revient, hésite, repart, s'arrête, se tait.
Un lâché de corps dansant sous les doigts du pianiste. Puis dans une lente avancée, sobre évoluant dans l'espace, le calme, les ondulations se déploient en marée timide de sons. Bain de jouvence, malmenée, et interrompu parfois, sur la défensive, la résistance, puis l'abandon, le relâchement s'imposent.

Béla Bartok Contrastes pour clarinette, violon et piano (1938)
Tout commence par l'intrusion du violon, gratté, pincé, puis la clarinette, insistante qui prend ses marques A trois, en avancées régulières, une marche nuptiale et solennelle se profile. La clarinette est claire et joyeuse, en cascade. Le son tourne et remue, enfle, se gonfle, se tord, se meut en vibrations, éclats vifs, éclaboussures puis nappage enrobant. Une recette d'une cuisine musicale inspirée, retentissante,narrative à sa façon d'inspirer des images, des ambiances, inédites.Chacun se singularise en personnage, en solo virtuose et acrobatique, en sorte de vocalise fulgurante pour la clarinette.
Une ambiance mystérieuse s'installe, suspens, douceur à l'appui, en osmose et symbiose, en accords quasi mélodiques des instruments. Beau trio perturbé par instant par une clarinette aux accents folkloriques; des reprises très dansantes, des farandoles vives, redoute et sarabande du diable pour mieux s'emballer, tricoter dans un train d'enfer. Course folle, éperdue des trois instruments, en compétition légitime, sauts, piqués, petits effleurements de clarinette, plainte du violon....La virée est joyeuse en échappée belle, emportée, retentissante, rapide, en cavalcade surexcitée !Course folle, éperdue des trois instruments.
Des paysages défilent, le violon s'impose en majesté dans un superbe solo virtuose. Les deux autres le rattrapent et rivalisent de présence sonore. Lutte et combat légitime, envol survolté, vif, irrévocable, ascension déferlante comme grammaire et phrasé syntaxique ! .Ça crève l'espace en une fin radicale.

György Ligeti Etudes n° 5 et 6 pour piano : Arc-en-ciel et Automne à Varsovie (1985-2001)
Appliqué, studieux, le pianiste s'adonne à l'étude, à l'exercice, simple en apparence, de plus en plus puissant en résonance de sonorités en couche. Contrastes et modulations subtiles se répondent pour créer une ambiance radieuse et sereine. Notes semées, éparpillées, disséminées dans l'éther, discrètes, à peine perceptibles.
L'atmosphère devient plus inquiétante et menaçante. Affirmée dans le ton, le timbre et l'intensité du touché: délié, finesses du doigté du pianiste qui courre sur les touches. Du détaché, versatile, vibratile dans des ascensions assurées de la musique, fertile en variations, phrasés et syntaxe galopante. Les graves y sont puissants, veloutés à la belle amplitude de sons, forte,, envahissants.L'interprétation athlétique de Wilhem Latchoumia est impressionnante: il habite ce répertoire avec sobriété, discrétion, mais aussi panache distingué d'une aisance remarquable.

György Kurtag Hommage à R. Sch. pour clarinette, alto et piano (1990)
Un trio où chacun fait irruption pour mieux trouver sa place: la clarinette d'Armand Angster semble mener et ouvrir le jeu, invite à la réplique, donne le ton.
Fêlure, rupture, brisure de rythmes et de volume sonore qui s'amplifie. Des blancs et silences en interludes ou entremets en font un menu dégustation pour mélomane, à petite dose, diversifié, gastronomique! Déclinaisons de saveurs, de fragrances sonores, courtes, brèves , dans des successions d'apparitions sonores, fines, longues tenues de chacun, portée et soutenues par le piano qui maintient la ligne. Discordances dans la mêlée, aussi qui se termine par un plongeon du clarinettiste dans la béance des entrailles du piano, préparé.


Peter Eötvös Natascha Trio pour soprano, clarinette, violon et piano (2006)
"Cocorico", cris de la chanteuse, très animale, sensuelle, en onomatopées virtuoses, en chuintantes, en piquées, poussés, voix hachée, en particule sur un ton dédaigneux, prétentieux, avec allure et détermination, ambition. Le récit, enveloppé par les autres compères qui s’immiscent dans cette joyeuse cacophonie savante de poulailler en folie, séduit et frappe juste. C'est drôle et sérieux, réjouissant et jouissif: volière fantasque, jet de voix qui fuse et dépote, éclabousse, insistante , maline et perspicace !L'humour sourd des contrastes grave-aigu, du ton solennel ou familier de cette basse cour stylée.
Un "bis" de la pièce après ovation du public, nombreux et chaleureux, permet une lecture encore plus riche où Françoise Kubler se livre et délivre son talent de comédienne, de danseuse des appuis qui la maintiennent en solidité fragile.
 Ses fréquences, ses virevoltes de girouette affolée, ces réponses à des questions sonores évidentes, sont un régal, à voir, estimer et écouter. L'évidence absurde de la narration singulière touche au but: folie timbrée, volubile, saugrenue, versatile, percussion vocala au poing, virtuose, elle ose et brûle les planches du Temple du Bouclier avec fougue et respect: se tend, se plie se courbe sans céder pour notre plus grand plaisir

Un concert "hongrois" riche séduisant, dansant, rebondissant !
Françoise Kubler, soprano / Armand Angster, clarinette / Thomas Gautier, violon / Laurent Camatte, alto  Wilhem Latchoumia, piano

mardi 26 juin 2018

" Rencontres d' Été" : l'Accroche Note en mode estival !


L’idée de proposer des programmes mixtes (XVIII, XIX et XXème siècle) n’est pas si courante et permet de confronter les grandes œuvres du répertoire avec des musiques plus récentes souvent réservées à des festivals spécialisés.
Depuis 2001, Accroche Note permet au public de découvrir ou redécouvrir de grandes œuvres baroques, classiques ou romantiques. Cette année seront jouées des oeuvres de Johannes Brahms ou encore Sergueï Rachmaninov.
Les Rencontres d’Eté de Musique de Chambre sont aussi l’occasion de présenter des œuvres contemporaines du répertoire ou des créations. Ainsi en 2018 sont programmés Philippe Hersant, György Kurtag, François-Bernard Mâche, Jean-François Charles (création)… Lors de cette dix-huitième édition, l’Ensemble Accroche Note accueille le premier soir les musiciens de Plage musicale en Bangor 
Mardi 26 Juin

Philippe Hersant Im fremden Land pour clarinette, quatuor à cordes et piano (2003)
Une oeuvre magnifiant l'impact de la clarinette, déjà présence dès l'introduction, personnage à part entière, multiple et principale: les cordes la bordent, lancinantes, le piano intrusif s'en mêle et tous créent une ambiance discordante confondante. Un piano forte, et le leitmotiv récurent est lancé, balançant, doux et nostalgique, enveloppant.Deuxième mouvement, plus acrobatique, éclatant, en marche. La clarinette en exergue, petites touches dans le frémissement et foisonnement général. Comme au cirque, elle semble mener la danse, vive, colorée, virevoltante. Une ambiance enivrante , entraîne dans une danse ensorcelante et contagieuse.
Le piano retourne au calme, plus cérémonial, plus solennel. Le duo avec la clarinette s'amorce, sobre, laissant la place aux cordes en alternance. Les six instruments se retrouvent pour une belle veillée tranquille, la clarinette enjouée, rieuse, toujours très présente. Après cette belle accalmie, ces bercements, la cavalcade reprend, course vive, accélérations à l'appui, chevauchée légère dans de vastes paysages. Piano et clarinette en osmose, alternances de cris, d'appels, de plaintes, de ralliements répétitifs La reprise des cordes, gracieuses et discrètes, au final, recouvrent le tout. Une belle performance d'Armand Angster, laissant deviner la présence très forte de l'instrument, magnifié par une trame narrative dramaturgique étonnante !

Sergueï Rachmaninov Trois Romances pour soprano et piano (1894-1912)
Je l’ai aimé pour mon malheur / Ne sois pas triste ! / VocaliseJohannes Brahms Quintette en fa mineur opus 34 pour quatuor à cordes et piano (1864)
Françoise Kubler nous fait redécouvrir une oeuvre qui résonne dans nos mémoires, par une maitrise saisissante de la célèbre vocalise, toute en nuances, bordant le piano: douceur et vindicte dans de beaux graves: sensible et inspirée, la chanteuse avec délicatesse et douceur entame la mélodie dans de merveilleux aigus: on voyage sur la corde de sa voix qui s'élève dans le temple qui résonne: de multiples variations acrobatiques pour une voix avec de si beaux forte, languissants et retenus.

Suit l'oeuvre de  Johannes Brahms Quintette en fa mineur opus 34 pour quatuor à cordes et piano (1864) où l'on se délecte dans une écoute recueillie et pleine de mouvements entraînants, de contrastes et modulations qui mènent à la rêverie nostalgique d'un monde plutôt lumineux !

Une soirée sereine et estivale dans ce très bel espace du Bouclier, temple et cour intérieure vibrants de spiritualité naturelle.
Françoise Kubler, soprano / Armand Angster, clarinette / Nathanaëlle Marie et Saskia Lethiec, violons
Laurent Camatte, alto / Christophe Beau, violoncelle / Alexandre Gasparov, piano

Dance' foot !