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Francesco Dillon et son complice Emanuele Torquati font partie de ces interprètes éclectiques qui font leur miel du répertoire romantique comme de la création contemporaine.
Rencontre matinale, ce dimanche à la salle de la Bourse pour le concert traditionnel dominical!
Quatre décennies de musique italienne au programme.
Avec Scelsi et son "To the master" de 1974, les instruments, piano et violoncelle font chambre à part, comme indépendant l'un de l'autre. Côte à côte, ils cheminent avec des accents orientaux, lente déambulation rêveuse. On déguste l'atmosphère reposée qui s'installe avec bonheur: indépendants, libres, chacun avec grâce et emplie de timbres et de sons, l'espace s'ouvre devant eux.
Suit un solo de piano "Mambo" de Luca Francesconi de 1987
Des notes séparées, appuyées, qui se balancent petit à petit.Des couches se superposent, des gammes flottent et disturbent la rigidité pondérale de l'exécution. De beaux gestes du pianiste, bras levé en vainqueur ou conquérant face aux difficultés de l'oeuvre. Le tempo, pugnace, refait surface pour mieux mourir....
"Animus II b" du même compositeur prend la succession du concert.Le violoncelle, solo, dialogue avec l'électronique superposée de Tom Mays.
A vivre pour les vibrations, les salves de sons lancées en direct qui créent des univers de science fiction, d'espaces architecturaux, grâce aux tissus sonores évocateurs.
Effervescence de musique, affolement de l'archet sur les cordes, rehaussé.amplifié en direct Comme un membre fantôme, en rémanence dans les oreilles!Les sons se rapprochent ou s'éloignent, l'apesanteur est reine, cosmique, des chutes s'enroulent, s'effondre. On perd pied, et ses repères avec!
Marco Momi sera la révélation de ce programme avec "Unstill" de 2016
Harmonie des deux instruments, sursauts, silences en répercutions, relient les deux émetteurs de sons.
Pièce incroyable, inventive, tirant partie d'ingéniosité sonore, d'une syntaxe débridée, surprenante!
Le piano préparé, deux harmonicas en plus, siffleurs, intrus bienvenus.
"Melencolia II" de 1980 de Salvatore Sciarrino fait suite à cette découverte inédite, joyaux du concert.
Comme un" remède à la mélancolie", les sons alternés, langoureux du violoncelle répondent au piano, lent ou animé, progressant dans une seule et même direction.
Le violoncelle, volage, oscille et tremble, le piano, hiératique confirme sa position et persiste dans sa démarche irrévocable, malgré quelques écarts.
Plaintif, alangui, capricieux, hasardeux, indécis, futile, l'instrument à cordes s'affirme, tandis que le piano en reprises, et répétitions confirme sa position!
Pour "Furher In", de 2014, Silvia Borzelli, propose une cuisine fusionnelle entre les deux émetteurs de sons, maisons privilégiées abritant des merveilles de sonorités.
Émulsions de sons, cadences communes sur leur établi de fabrication, "piano" de chef, maitre-queux de recettes introuvables et non reproductibles!
Façonnage, élaboré, savant, inspiré, moléculaire!
Hydre à deux têtes, bicéphale couple d'artistes, siamois indissociables, liés, complices et partenaires, les deux interprètes se confondent avec leurs instruments qui entrelacent leurs sonorités à leur insu!
Et toujours avec de nobles gestes, ouverts, étirés, jaillissants de leur énergie pour créer du son inédit sur le corps de chaque instrument, être vivants sous leurs doigts virtuoses!
A la salle de la Bourse ce dimanche 30 Septembre
Trois compositeurs italiens rassemblés au sein de ce programme pour leur propension commune à se référer à la musique de leurs prédécesseurs. Pas par nostalgie, mais pour la profondeur de champ qu’ouvrent dans le discours musical les greffes d’éléments exogènes. Pour Francesco Filidei l’atavisme de l’orgue, instrument avec lequel il a grandi musicalement, aura probablement orienté cette référence. Luca Francesconi rend quant à lui la citation indétectable, tandis que Berio tisse un réseau intertextuel.
L'amour de la Musique vivante devant nos yeux
L'événement à ne pas manquer, soirée parrainée par les édiles et institutions, fidèles partenaire de Musica!
Grand orchestre magistral, phénomène musical dirigé par Pascal Rophé, fidèle compagnon du festival, venu 18 fois de ses aveux pour célébrer la vivacité et l'ancrage de la musique d'aujourd'hui, à Strasbourg!
Trois oeuvre monumentales se succèdent pour ce concert hors pair: salle comble et attentive
La première oeuvre démarre sur des audaces sonores déroutantes: moulinets à vent, archets cinglant l'air de leur baguette comme des éoliennes défiant l'énergie et leurs sources singulières, sonores "venteuses" en diable!
C'est "Fiori di fiori" gigantesque fresque sonore, riche en brise, bourrasque et autre bise, vents salvateurs et non destructeurs;les cordes mugissent en sons de girouettes: tout s'anime en sarabande folle et le célesta fait bonne figure dans ses masses sonores compactes, puissantes, émouvantes.De beaux contrastes d'ensembles, des citations de musique ancienne réactivent les mémoires sensorielles, auditives. Comme dans une galerie des glaces où les miroirs à l'infini recomposent l'espace, le creusent, le reproduisent à l'envi.
Succède à cet opus de taille, au souffle puissant, é"Dentro non ha tempo" de Luca Francesconi: un ensemble compacte, illuminé, irradié de timbres multiples en immersion totale dans le son brassé.Masses sonores inventées, impressionnantes aux tintinabulements surprenants dans les moments d'acalmie, comme un trop plein qui se vide lentement...
Au final de la soirée, c'est Bério qui est convoqué avec "Sinfonia" de 1968?, inspiré de Beckett avec "'L’innommable" et de Lévi Stauss pour "Le Cru et le Cuit"
Un feu d'artifice sonore, riche, dense, tissant les matière pour parvenir à une atmosphère pertinente et impertinente de force, de gravité, de densité musicale
L'Orchestre et l'ensemble vocal au diapason de ce foisonnement
La soirée, dédiée de la part du chef d'orchestre à "Jean Do", le Marco et son mètre d'une manifestation unique en son genre: passion et découvertes au menu depuis 29 éditions rares, variées tissées de fidélité, de compagnonnages et d'amour de la musique!
Au PMC ce samedi 29 Septembre
Pour célébrer le centenaire de la disparition de Claude Debussy, Hugues Leclère a demandé à dix compositeurs d’écrire une pièce qui s’intercalerait entre les Études pour piano, l’une des partitions les plus expérimentales de sa dernière manière. Ce projet, dont Musica a la primeur, s’inscrit dans la continuité de Debussy, poète de la modernité (2012) qui entrelaçait les Préludes avec des morceaux composés là aussi pour l’occasion.
A l""étude" Debussy devait déjà composer avec toutes les facultés en main, université de son savoir faire musical en poche !
Les douze stations de Debussy
Le concert démarre donc avec ces "douze études" aux titres évocateur dans la montée en puissance des pièces à exécuter: " pour cinq doigts", "pour les tierces", pour les degrés chromatiques"....Mais loin d'être un glossaire ou une compilation , style catalogue raisonné des difficultés à éprouver, voilà une oeuvre qui évolue du début à la fin, étape par étape, comme un chemin de croix à douze stations, mais celui là, chemin de traverse, ode au bonheur -et à la douleur- de composer et d’interprète.
Entre chaque courte étude, un bivouac qui s’enchaîne et s’enlace à l'étude précédente, sans arrêt, ni transition.
La première est confiée à Laurent Durupt, c'est "pour le majeur" en écho à "pour les cinq doigt"!
Des gammes en résonance, ascendantes, en spirale, aspirant vers le haut toute l'imagination de l'auteur, en complicité avec le maître de référence, convoqué ici en dialogue fertile.
Maura Lanza succède à cette distribution, casting de haut vol pour un scénario musical riche de rebondissements, de coupures, de montage, de gros plans ou travelling!
De belles citations, mélodiques et calmes, en miroir, comme pour traverser sereinement les deux univers musicaux et tisser des lien, derrière le miroir ou en passe muraille.
Frank Bedrossian prend le relais, le flambeau de cette folle aventure éditoriale avec "Pour les corps électriques", il fabrique des sons percussifs à partir du piano, ici préparé à grand renfort de papier aluminium!
Affublé de mitaines noires, le pianiste, virtuose, debout, triture la caisse de résonance et émet, de ses entrailles, des sons inouïs. Bruissement de papier, percussions sur les marteaux du piano, bruits de cailloux, de métal comme dans une petite usine,fabrique à produire du son. Scie, déchaînements et déflagrations éruptives: révolution de piano, artisan, manipulateur, fabricant l'oeuvre avec ses outils de fortune, Leclère excelle dans cette dissection, opération à cœur ouvert de l'instrument, fait objet d'expérimentations.
Avec "Pour les septièmes", le voyage croisé entre les univers de chacun, va bon train.Stephen Hough, aux commandes pour une fantaisie légère, fluide, harmonieuse, balade si proche de Debussy, que la liaison se perd et tisse les liens évidents de l'un à l'autre!
"Eclipse" de Philippe Schoeller joue les fermetés des sonorités, l'envergure des sons ou la discrétion et la sobriété des combinaisons musicales, tonales et de timbres. Hauteur et durée des notes, à la bonne fortune de l'inspiration d'un maître à son disciple!En touches impressionnistes, tachetées, pigmentées comme sur une toile. Les pédales du piano n'en reviennent pas!
Fin de la première partie, pause pour l'interprète, démiurge discret et généreux, travailleur de fond pour cette oeuvre magistrale, ouvrage de perfection, d'étude aussi, histoire d'être toujours meilleur!
Sébastian Rivas relève le défi à son tour avec "Etude de brouillard", un déferlement de notes, en suspension, calme à l'horizon, contrasté en volumes sonores changeants. Oeuvre fragmentée, tonique,pointée, sauvage, abrupte, engagée comme le jeu de l'interprète qui se donne entier à sa tache, studieux, obéissant, policé, respectueux.discipliné, docile face à cette gageure musicale!
Suit la variation de Philippe Leroux", Repeter...Opposer" qui prend le relais du "Pour les notes répétées" de Debussy: des notes piquées, frappées, répétées, en alternance, des graves résonants, des aigus pointus pour une petite danse interrompue.
Un échantillon de notes pour glossaire, inventaire, accumulation en pluie battante de sons superposés. La vigueur, la rudesse et dureté de ses descentes brutales, decrescendo en cascades sur les touches, est sidérante de virtuosité: les prouesses de l'interprète ne sont plus à louer pour ce marathon musical.
Dufourt succède au casting avec son "Tombeau de Debussy", allusion à la mort et au souvenir, tel un long déroulé pondéral, pondéré qui démarre, sobre et solennel. Lente marche de cortège, grave, recueillie,, hommage respectueux au maître, dédiée à son génie, dévolue à son souvenir: dédicace paisible, reposée, cérémonie, mémorial, mausolée discret pour un "monument" de la musique "moderne"!
Durieux au final pour clore avec "Passage" cette page historique qui met en balance musicien d'hier et d'aujourd'hui: la transition avec Debussy est si fine et infime que le lien fait cordon ombilical et les ressemblances, clins d’œil et combinaisons, font se succéder comme dans un leurre, une pièce à l'autre, une signature commune à tous: l'excellence, l'imagination, l'audace et la créativité.
Martèlement des notes, crescendo et decrescendo véloces, sons affolés, indisciplinés s'échappent des doigts du pianiste, rivé à l'instrument, dans une expression de bonheur et de félicité absolus.
Tout rentre dans les rangs après cette oeuvre pugnace, incisive, insistante. Magistral final signé Debussy, en accord-raccord vertigineux, sans faille, comme l'ensemble de ce concert qui fera date dans l'histoire de la musique!
Hugues Leclère aux commandes de cet partition singulière en pièces attachées, montées comme un rouage éternel, "Pour des sonorités opposées" cependant, la pièce la plus remarquable de Debussy dans ses Douze Etudes de modernité
Douze étapes, ourlées de neuf créations qui tissent et métissent la frange, le tissu, la trame et la chaîne des impressions sur étoffe musicale!
A la Salle de la Bourse ce samedi 29 Septembre