jeudi 4 octobre 2018

Decoder Ensemble : "portrait Alexander Schubert": Alexander Platz pour symphonie achevante !


Alexander Schubert mêle volontiers pop, électronique, techno ou free jazz –autant de musiques qu’il a pratiquées sur scène– à une approche écrite de la composition. Une démarche qui va comme un gant au Decoder Ensemble, dont Schubert figure justement parmi les fondateurs.
Et le spectacle est touffu, dense et inattendu, ludique, cérébral, expérimental

Un voyage initiatique en vidéo, une histoire de chemin de croix, galère d'une femme en haute montage près d'un lac.
Prologue en création mondiale "Acceptance": pas une seule note de musique, mais l'énoncé en images d'un processus de création: quête du ratage, de l'expérience.

Suit "Point Ones" pour "chef augmenté: une véritable chorégraphie, solo de hip-hop de dos, le chef animé de soubresauts, de mouvements mécaniques déclenchant sons et salves en direct. Orchestrant les six musiciens à l'écoute de ce robot, pantin à ficelles, sorti tout droit d'un muée des automates. La musique fera les reste: un feu d'artifice de sons, plein d'humour et de décalages! comme un déséquilibré, agité de gestes furtifs et automatiques: de la magie!

"f 1" fait suite, mélange savant d'images, de musique et d'un acteur lapin, "Bunny", vedette d'un crash landing pour six animaux musiciens masqués. Mascotte, sympathique peluche grandeur humaine, à l'écran, il crève la toile et tue: le cadavre d'une jeune femme sera l'objet de visions cauchemardesques d'un insomniaque!
Déjanté en diable, on s'y amuse dans cette symphonie achevée pour une Alexander Platz musicale joyeuse et tonique!
Au final "Sensate Focus" se révèle, lumières, vidéo et montage cut, dynamique, à l'appui, le tout laissant sur les pupitres, quatre cadavres achevés!
A "decoder" sans modération!

A la Cité de la Musique et de la Danse ce jeudi 5 Octobre

"Luzifers Abschied": Stockhausen au "Balcon" , le Diable aux tisons ! Sabotage iconoclaste pour un rituel où il faut laisser Lucifer !

C’est ce que nous découvrons dans Luzifers Abschied (Les Adieux de Lucifer), dernière partie de Samstag aus Licht (Samedi de Lumière) : écrite en 1982 pour célébrer les 800 ans de la naissance de Saint François d’Assise, l’œuvre est fondée sur ses Lodi delle virtù (traduction italienne du Salutatio Virtutum), hymne dédiée aux Vertus. Un chœur d’hommes formé de moines vêtus de leurs traditionnelles robes de bure (noires, blanches et marrons, à parité) et chaussés de sabots de bois, des cloches, un sac de noix de coco, un oiseau en cage…
Voilà les ingrédients d’une étrange cérémonie d’exorcisme soutenue par le son de l’orgue et de sept trombones. Entre psalmodie déambulatoire lancinante et sonorités bachiques et extatiques formant une flamboyante transe sonore, ce cérémonial oscille entre inspiration extrême-orientale (avec des références au chant shōmyō de la liturgie bouddhique) et obsession mathématique autour de la symbolique du nombre treize. Remués et fascinés, nous prenons congé de l’ange déchu qu’est Lucifer.

Dans l'église St Paul, éclairée de rouge chatoyant, apparaissent les capucins chanteurs, cagoule ou capuche masquant leurs visages, de blanc et noir vêtus. De la tribune résonne l'orgue magistral, impressionnant Une cage occupée par un corbeau est brandie, signe de maléfice ou de mauvais auspices? Malheurs ou menaces pour ces moines chaussés de sabots, murmurants, se signant pour conjurer le sort en de micro gestes très précis, chacun le sien pour devenir statue, personnage dans une mise en scène d'arc en fer à cheval, parmi les spectateurs, les entourant et créant une proximité troublante! Comme un rituel d'une secte Klu-Klux Klan, redoutable ; les sabots martèlent le sol sur leur estrade de défilé et font partie intégrante des sources des percussions: trouvaille insolite pour cette galerie de portraits, devant nous, biblique, christique qui psalmodie et susurre à l'unisson: des hommes essentiellement éructent des sons rauques d'agonisants, des râles languissants , oppressants. Des clochettes bordent de leur sonorité bien timbrée, cette procession intrigante, énigmatique. Des chants de messe, sorte d’hallali pour cette "messe noire" où le ton monte, menaçant, en puissant crescendo, ponctué par les résonances des sabots pétulants.Les sabots du diable omniprésents brûlent les pieds des moines qui s'agitent comme pour les ôter! Les "cris du monastère", messe terrifiante intimidante envoûtent, sorte d'iconographie voisine des danses macabres, des crécelles de bois insolites claquent dans l'espace comme des coups de fouet. Instruments de la passion? Des soupirs de satisfaction, de jouissance érotique, languissante sourdent des lèvres des officiants: extase, nirvana ou paradis perdu: le son des voix se plie, enfle, se courbe, chute évanouissement , malaise comme en pâmoison. Orgasme interdit pour ce clergé en ébullition!
 Le bois résonne, matériau fondamental pour cet opus; un cor de chasse fait irruption pour la curée de cette chasse à courre pécheresse. Une sorte de prêche japonisante de sumo pour cette cérémonie de sacrifice, culte diabolique, en transe et possession.
Puis c'est le défilé des chanteurs, procession dans une ronde folle, hystérique, une course, fugue dans le chaos des sabots. L'enfer dans ces égarements de moines perdus, ces divagations endiablées, sataniques, ces plaintes de douleur ou de défi vocal à Satan. Prostration aussi des corps immobiles, médusés, fascinés par le diable, ce Lucifer qui plane sur l'oeuvre et la rend fascinante.
Joutes dans l'espace, prières grimaçantes, la charge des péchés, ici symbolisée par l'apparition d'un sac chargé des maux du monde...qui tombe des cieux agacés, coléreux.C'est pasolinien en diable et teinté d'humour et de distanciation! Menaces de l'orgue qui plane et couvre cette parodie de culte païen. On "satan" au tournant dans cette volière, cet ensorcellement, cette déraison envoûtante, cette foule en délire qui hurle et manifeste, possédée. C'est aussi la fraternité dans cet ordre ecclésiastique, ces embrassades dans cette nef des fous qui s'ignore!
Sabbat de sorcières, blasphème initiatique, chœur d'hommes voués au paganisme dans un rituel maléfique à la fois joyeux et féroce!
Les moines nous entraîne hors les murs, in situ sur le parvis de l'église, où, en cercle, le rituel redémarre de plus belle. Tour à tour sur une estrade, le sacrifice de noix de coco lancées qui se brisent au contact du sol,devient communion et l'on reçoit l'hostie des mains des chanteurs avec respect et dévotion. Des cris de corbeaux en rafale inquiètent, menacent, les fous dansants s'agitent comme manipulés par des forces extérieures, démoniaques.Sur le seuil de l'église, devant le porche, la porte de l'enfer,demeure seul le sonneur de cloche, annonçant l'apocalypse et la descente aux enfers.
Du Stockhausen ébouriffant, iconoclaste en diable, magistral, comme une fresque de danse macabre où l'on perd ses repères. La direction artistique de Maxime Pascal opérant au quart de tour pour cette mise en espace unique et originale. L'ensemble "Le Balcon" épousant au plus juste cette performance hallucinante qui laisse pantois, médusé, tétanisé de peur et d'émotions multiples!
Un théâtre liturgique pour ce "samedi" d'un cycle d'opéra pas comme les autres!


N° 34, le 3 octobre à 20h30 en l’église Saint-Paul, à Strasbourg

mercredi 3 octobre 2018

"Chaillot, Palais de la Danse" : hommage aux anciens et aux modernes !

 

Chaillot, aujourd’hui Théâtre national de la Danse, s’affirme depuis ses origines comme un acteur majeur du monde culturel. Lieu de spectacle emblématique né lors de l’Exposition universelle de 1878, emblème du style Art déco suite à sa reconstruction en 1937, Chaillot a accueilli la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948 par les Nations unies, avant de se réinventer à l’aube du XXIe siècle.
Rassemblés sous la conduite des historiens Pascal Ory et Pascal Blanchard, une quarantaine d’auteurs et de grands témoins nous font découvrir cette institution du spectacle vivant : ses œuvres, son théâtre populaire, et surtout les femmes et les hommes qui ont fait, et font encore aujourd’hui, toute sa renommée, toute sa singularité. Une immersion inédite dans ce qui est devenu le Palais de la Danse. Une iconographie exceptionnelle, au service d’un jeu permanent entre art et histoire, créativité et destin.