vendredi 4 octobre 2019

"The sea within" de Voetvolk ,Lisbeth Gruwez :Zombie Land. Lesbos ou Vénus.."mères" qu'on voit danser....


Belgique / 10 interprètes / 70' Ce spectacle fait partie de l'Abonnement Parcours Danse  

 Paysage, corps féminins, rythmes et méditation. Lisbeth Gruwez relâche la tension émanant de ses précédentes créations. Au tempérament éruptif de sa danse, elle propose un autre chemin. Tout aussi vive et intense, cette nouvelle pièce chorale et magnétique invite à relier chaque geste en un mouvement libérateur. Après trois pièces consacrées au corps extatique, Lisbeth Gruwez change de cap et s’absente du plateau. Son nouveau défi : chorégraphier pour un groupe d’interprètes féminines. Selon l’artiste flamande – déjà accueillie à POLE-SUD avec plusieurs créations : It’s going to get worse and worse and worse, my friendLisbeth Gruwez danse DylanWe’re pretty fuckin’ far from okay – The Sea Within est un nouveau rituel conduit par une communauté de femmes, « aussi sensuelles et fortes que la fleur de lotus qui symbolise l’union ». Ainsi la danse opère un retour vers les dimensions multiples de la nature avec ses cycles, ses éléments, ses mondes organiques et leurs mouvements. Synthétiseurs minimalistes et jeu musical pimenté contribuent à la création de cet univers qui touche les sens et fascine. Souffle, méditation, peut-on aussi danser l’instant ? C’est ce que proposent Lisbeth Gruwez et ses complices, invitant le public à flotter avec eux, entre puissance et vulnérabilité, au gré de nouvelles émotions.

Danses carnivores

Sur le plateau nu, sol moquetté rosé, chacune apparaît animée de mouvement reptilien, éloge de la lenteur rivée aux corps Sur fond sonore de musique "sylvestre" remplie d'oiseaux, les corps offerts, ouverts, tee shirt de couleur pastel et slip boxer noir....Une langueur mélancolique, nostalgique, une sensualité sourdent de leurs gestes répétés,
De solides et plantureuses créatures, androgynes ou faisant basculer le genre, côté féminin, côté masculin, selon les humeurs. Terrestres, architecturées comme des êtres nés au monde, jambes écartées, colonne vertébrale déroulée. Sculpturales, animales, avec des en dedans simulant folie, enfermement, replis, cheveux défaits, muscles saillants d'athlète Ce gynécée de fortune, communauté femelle respire, ondoie, groupe frontal respirant sur fond de musique évoquant démons et marées, en vagues contagieuses. A la Laban, ou évoquant les danses solitaires de Isadora Duncan.
Elles semblent souffrir ou accoucher, chacune matrice, utérine au son du vent, bourrasque qui se lève, les fait osciller dans une communion étrange
La meute est solidaire, celle qui s’effondre est retenue, rattrapée par ses sœurs de chair: comme des zombies solitaires aussi qui errent dans l'espace et se retrouvent pour mieux agir, dévorer.
La propagation des mouvement s'installe ou fuit en jets d'énergie contagieuse. Des petits groupes se font et se défont à l'envie, mêlée, mélange, maelstrom de corps charnus, érotisés dans la tempête ambiante. Cataclysme où tout s'accélère, battements de coeur au poing
 Bourrasques et murmures aux lèvres dans une disgrâce, introversion schizophrénie feinte et mimétisée pas toujours de bon aloi
Ca dérange, déstabilise, agace parfois tant on est proche de la vulgarité, de la "laideur" ou de la pornographie.
Qui sont-elles ces femmes possédées dans le désordre de la folie ...?
 Une splendide diagonale de "fou" se profile, alignée comme une "cène" à la David Lachapelle
Danse matriarcale, utérus et matrice comme caverne et secret de cabinet de curiosité humaine.
Reine des termites qui grouillent, bavent, déversent une mollesse certaine, fluide , l'une surgit en figure de proue sur le radeau de la Méduse en perdition: qui gagnera sa place hors de ce magma compact qui bruisse et d'où sortent des créatures à la Jérôme Bosch..? Mollusques épris de ralentis , d'ennui ....
Des confrontations en ligne de combat, panique architecturée, danse de folles, allumées, sorcières possédées, portées par une musique poussée à fond, terrifiante, en proie à la peur..
 Spasmes, cris démence pour une cérémonie expiatoire, libératrice.
Danses de pin-gouines, Lesbos veille au grain, Vénus se protège, menacée...Apollon exclu, définitivement de ce gynécée étrange
 Épidémie de danse en transe vaudou, film fantastique ou d'épouvante, d'horreur tant les mimiques, les langues pendantes ou les corps écartelés sont sur joués en plaintes et gémissements sourds.
Indécence et provocation au corps, les femmes se tâtent le corps en simulant la douleur, cruelles, se disputant la place au soleil ou plutôt à l'ombre de leurs visions démoniaques .
Vers une rédemption incertaine, un cercle mouvant se forme, animé par ces corps consentants, épris de lenteur, de mouvements langoureux qui collent et adhèrent au sol en ronde, amas mouvant qui se tord, se love.
Comme des sauvages elles jaillissent du groupe compacté, les regards halluciné, hagards
La plastique des corps dansants, brute, non canonique, muscles saillants, fesses rebondies, slip baillant sur les peaux dénudées.
Elles errent en perdition, les mains et doigts crochus, comme des plantes carnivores gavées de suc, mouvements désordonnés de personnes déséquilibrées, entravées, "empêchées", introverties, autistes...
Cour des miracles, , butoh esquissé, détourné danse ravagée, déjantée, ironie et sarcasmes non dits.
Impudique chair triste , vaudou marabouté, en chorale christique, on ne sait où aller sinon dans la fosse aux lionnes..
Mais le sacrifice en vaut-il la chandelle.

A Pôle Sud les 2 et 3 Octobre


jeudi 3 octobre 2019

"Les automates de Descartes" : courts circuits, prises de risque et magie des mécanismes !


Omniprésent dans notre quotidien sous des formes diverses, mécaniques ou numériques, l’automate suscite au moins depuis Descartes de vives inquiétudes : par quelle obscure magie est-il habité ? Saurons-nous le reconnaître lorsqu’il se sera imposé à l’humanité ? Finira-t-il par nous remplacer ? Un concert de musique de chambre mis en scène, entre illusion et réalité, observation et expérimentation, où les quatre corps de musiciennes-machines du quatuor Impact se glissent dans les habits de bien étranges créatures musicales…
en coréalisation avec Le Point d’Eau, Ostwald le 2 Octobre dans le cadre du festival Musica

Une femme au violoncelle, immobile attend que le oublic se rassemble en salle, seule, cheveux blonds platine, frange, et visage impassible. Elle semble seule à faire résonner son instrument... De sons répétitifs, comme enregistrés et reproduits, diffusés en boucles, en différé. Leurre puisque ce sont ses trois acolytes dissimulées derrière un rideau qui reprennent le ton! L'oeuvre de Alessandro Perini Les Automates de Descartes (2015)   se borde d'un très bel éclairage orangé qui isole l'instrument; les crissements des cordes invisibles autour d'elle sont autant de murmures, de coups de téléphones mobiles, comme des langues sonores qui font soudain irruption dans le décor!
Les visages sont pétrifiés, immobiles, un dialogue question-réponse s'installe entre les quatre interprètes sur fond lancinant de musique.Des mouvements brefs et saccadés de leurs têtes, nuques rythment le tout; les cheveux s'animent, perruques platine ou bleutée: le tout mis en mouvance par Johanne Saunier, chorégraphe et ex danseuse de Anne Teresa De Keersmaeker..Le rythme dans le geste! La musicalité au corps-raccord.

Alexandros Markéas et ses "Obsessions "(2005)   succède à ce quatuor de femmes pour une poétique de l'illusion, de la mécanique répétitive ou du jeu de soliste.

Simon Steen-Andersen avec "Study for string instrument #1" (2007)  prend le relais, partition graphique par excellence où la virtuosité s'allie à la distance de l'humour, la chorégraphie des mouvements renforçant l'idée de mouvements mécaniques, tétaniques, robotiques.

Natacha Diels avec " Nightmare for JACK" (2013)   revient vers nous avec une oeuvre très plastique: les archets des violons prolongés et doublés par des leds lumineux dans un nuage de brume qui fait apparaitre les visages, bordent les mimiques, prolongent les sourcils..Vision féerique d'un tableau musical, en apesanteur, visages médusaux de femmes de l'air, légères et sans corps!


Enfin c'est en compagnie de Simon Løffler avec "b" (2012)  que se clot ce concert des quatre femmes dans le temps, comédiennes, danseuses et musiciennes hors pair
Les visages masqués par les partitions suspendues, les trois femmes, assises jouent avec l'électricité, ses sons étranges: jeu d'interrupteurs, in et out, bruits blancs et néons tranchants: le courant passe, électrisant les corps qui se débattent avec les transmissions de courant! C'est drôle et étonnant: les gestes, comme au club de gym ou de fitness, mécaniques et tressaillants, animés d'une énergie électrisante à souhait! On craint le court circuit, les plombs qui disjonctent avec nous.

En bleu de travail dans un univers de boite à musique ou d'usine laborieuse, les quatre interprètes s'adonnent avec bonheur à un jeu de dupe musical, mécanique perpétuelle, brouillant les pistes.



Les Automates de Descartes est un projet de Julia Robert, porté par la Compagnie Leidesis.
Coproductions et résidences Théâtre de Vanves, La Muse en Circuit, Fondation Royaumont, Föreningen Svenska Tönsattare.
Ce projet a reçu le soutien de la DRAC Île-de-France, de l’ARCADI Île-de-France, de l’ADAMI et de la Spedidam.

Quatuor Impact
Violons  Wu Szuhwa Irène Lecoq Alto  Julia Robert Violoncelle  Anaïs Moreau Direction artistique  Julia Robert Regard extérieur  Johanne Saunier Lumières  Baptiste Joxe Son  Clément Lemêtre  

 

"Barbarie" Quatuor Bela et Wilhem Latchoumia : Les mécanos de la Générale !


Sur scène, un véritable cabinet de curiosités musicales : orgue de barbarie, piano pneumatique, vielle à roue, nyckelharpa, stroviol, gramophone, etc. Pour leur première apparition à Musica, les Béla dépassent clairement les bornes du quatuor à cordes ! À travers ce florilège d’instruments mécaniques, interprètes et compositeurs d’un concert hors du commun interrogent notre relation contradictoire, entre fascination et répulsion, avec les machines. Le combat est-il perdu d’avance contre ces rivaux invulnérables ou assistera-t-on à une rencontre féconde qui transcende le geste instrumental ?

Sur scène, un "mobilier" musical très "classique", piano, vielle à roue,orgue de foire géant de dancing, gramophone -phonographe à vaste pavillon.. C'est beau et comme un décor de théâtre Guignol...Des marionnettes aux automates il n'y a qu'un pas: à franchir en compagnie de cette "mécanisation" de la musique, opérée par ces machines terrifiantes, "esclaves vides et blafards", lutherie présentée de façon anti-chronologique: pour une épopée en quatre parties, pour éprouver malgré tout "sensations" , émotions et tensions!

"Du bonheur des machines" sera la première partie avec les oeuvres de Marcoeur, Noncarrow et Antheil
On découvre en création mondiale "Leopold et les automates, danse pour instruments acoustiques et mécaniques divers: tout est dit de ces sons de boite à musique, de remontoir de moteur, environnement sonore ludique, humoristique à souhait La machinerie opère au doigt et à l'oeil, mécanique qui pourrait s'emballer si les cinq interprètes ne savaient maitriser les mécanismes et rythmes qui les animent. Les musiciens devant une console-piano veillent sur le berceau sonore, comme autant de bonnes fées, le piano très mélodique, le phonographe y mettent de leur pour cette fête foraine endiablée, joyeuse, nostalgique de quelque foire du Trône et femme bilboquet!Un duo violon et piano en contrepoint pour calmer les esprits!
"Membres fantômes", seconde partie, avec des oeuvres de Baba, Svendy, Noncarrow et Ligeti distille les citations classiques avec talent, ça dérape, ça piétine avec des va et vient sur les cordes en dérapage contrôlé sans cesse alimenté par une présence scénique, des éclairages spectaculaires pour des pièces qui s’enchaînent de façon naturelle.

"Ce soir je serai la plus belle pour aller danser", troisième partie de ce concert inédit, mûri de longue date, déploie les oeuvres de Noncarrow, Cendo, Saeger,Stroppa: piano mécanique en folie, reprenant des leitmotiv et citations connues,endiablé comme un boogie woogie pour dance floor fluorescent. En fond de scène, des lumières cubiques s'allument et s'éteignent en rythme sous les doigts magiciens du pianiste Latchoumia, démiurge de la vélocité magnétique des morceaux, des instruments dont il s'empare simultanément!Clavier traditionnel, clavier électrique et autres sources de sons mécaniques!
Accéléré démoniaque des cordes pour ces "mécanos" de la musique, horloger de la métrique, du temps, métronomes de la vitesse et des pauses, sans cesse animés de "mouvements" de déplacements, soigneusement mis en lumière et en scène.
 La musique en habit de lumière et ceinture dorée pour un bal distingué mais déjanté comme une locomotive lâchée dans le paysage, proche du déraillement, mais jamais ne perdant le cap!
On songe au "Mécano de la Générale" de Buster Keaton, à "La bête humaine" ou à un court métrage de Charlot "Les temps modernes",tant mécanisme des gestes et tempi, rejoignent l'écriture du septième art: vitesse, lumière, mouvement!Et le corps immergé dans les rouages infernaux du rythme et des machines.
Et la danse de s'y glisser, ajoutant l'espace, les circulations et divagations des sons parSsemés.
Au bal de "La guinguette de l'armée du chahut" il fait bon vivre! Puis une ambiance plus cosy s'installe, charmante, feutrée, dans ce cabinet de curiosités musicales, boutique à Ben, fantasque et lumineuse!
Des sons saturés absorbent l'espace et se déversent irrésistibles notes de joie et de bonheur: les grands magasins, y feraient sens, "au bonheur des messieurs" de jouer aux marchands, colporteurs de sons, facteurs de messages résonant aux yeux et aux oreilles, comme un théâtre de bienfaits, bien-faits!

"Que reste-t-il de nos amours" pour clore ce recueil de bonnes nouvelles, de "courts métrage" musicaux délicieux avec l'oeuvre de Aurier "Barbarie et coda": on y retrouve l'intitulé du concert: la barbarie consiste à prendre la place de l'autre, à conquérir le territoire et s'installer par des moyens pas toujours très "orthodoxes"
Alors, place à la machine, au piano mécanique à l'orgue, ogre de foire qui mord l'espace et joue tout seul, animé par moteur et dynamo!La "voiture" n'est pas loin avec sa mécanique d’antan, rouages et moteur au poing
Et toujours ce soin de la scénographie à dynamiter le spectacle de lumières, personnage à part entière, fée électricité à la Dufy, trop belle et cinétique à souhait.

Un spectacle total, enchanteur pour forain, bateleurs et autres manipulateurs d'images et de son, orgue de "barbare" en ligne de mire, cartons de musique et mécanique de l'aurore comme pour un "déus ex machina" populaire et enchanteur!

Au Point d'Eau dans le cadre du festival Musica le 2 Octobre

programme
Piano, synthétiseurs, orgue de barbarie  Wilhem Latchoumia Violon, nyckelharpa  Frédéric Aurier Violon  Julien Dieuregard Alto, vielle à roue  Julian Boutin Violoncelle  Luc Dedreuil RIM & ingénieur du son  Max Bruckert Scénographie et lumière  Hervé Frichet   

Marco Stroppa Nouvelle œuvre (2019) création mondiale  

 Noriko Baba Nouvelle œuvre (2019) création mondiale   

Raphaël Cendo Nouvelle œuvre (2019) création mondiale 
  
Frédéric Aurier Nouvelle œuvre (2019) création mondiale   

Albert Marcoeur Nouvelle œuvre (2019) création mondiale