mardi 8 octobre 2019

"Banquet Capital" : des reliefs du festin de Platon ! Treize à table...


Les révolutionnaires Raspail, Blanqui, Jeanne (inspirée de Jeanne Duval), Louis Blanc, Barbès, l’ouvrier Albert reviennent de la manifestation du 13 mai 1848. Ils sont à la fois en colère − il n’y avait pas assez de monde − et contents − ça ne s’est pas si mal passé. La discussion politique est âpre et passionnée. Ce n’est pas la manifestation qui déborde, c’est le débordement qui manifeste... Ils s’empoignent sur la stratégie à appliquer contre la nouvelle Assemblée nationale. Le metteur en scène Sylvain Creuzevault propose une expérience scénique à la fois vive et joyeuse.

Non, ce ne sont pas que des noms de station de métro...Barbès, Louis Blanc, Auguste Blanqui...
Ils sont treize à table pour cette mise "en cène" où chacun des protagonistes, hommes politiques, militants, poètes ou trublions vont s'entretenir sur la notion de "travail" de valeur marchande, de pétition...Ces "poli-petit-chien"de pacotille  vont pourtant énoncer des valeurs fondamentales de la démocratie naissante: 1848 et ses idéaux, ses rêves, ses mutations: l'Assemblée Nationale, ce "râtelier national", ce suffrage universel "masculin" pour un "grand soir et petit matin" !
Une assemblée volubile, agitée, excitée, au milieu du public, des "sans culottes" déculottés, un Karl Marx masqué de rouge, style "hostile"... On forge ici "les fers de lance", des hallebardes de révolte, le club des "Dieu mangeur, art de vivre goulûment de sa propre mort".Et le droit au travail, cet "Etat", seul employeur, contre les industriels, économie qui prend un tournant déjà dans le flot de l'histoire ouvrière...Cet "ouvrier", celui qui se "transforme en chaise pour se faire écraser par un cul"; ils sont tous truculents, Raspail hurlant en joueur de foot, Baudelaire, se débattant auprès de sa Jeanne, en public, le beau Daniel, dandy et sensuel trublion qui s'exclame en langue châtiée et provocante dans une gestuelle langoureuse et aguichante...Nous rêvons avec eux, d'un Ministère du Travail, du Progrès.Ou d'un Ministère du bonheur!
Paris et ses portes, ses enceintes, ses péages devrait flamber et craquer de toute part sur la carte, entre Bastille et Madeleine, mais ce coup ci jusqu'à l'Assemblée Nationale!
Géographie politique de la cité, ici agora de la parole.
Un solo truculent sur la table cathédrale-monastère de débat du tribunal, où comme une danse flamenco, le procureur vocifère et parade, claquettes au bout des pieds pour mieux rythmer encore ce spectacle, tonique, effervescent, dynamique!
Pour nous faire se lever, se révolter, avancer comme eux, se soulever contre l'aliénation
En tentant de manger des oranges, menottes au poing alors qu'ils sont arrêtés, lors d'un procès bidon...
La toile d'araignée comme métaphore de la liberté: celle qui travaille d’instinct à construire son logis, à le terminer quand est venu le temps de s'y installer et d'y danser la tarentelle! Hystérique, en colère contagieuse.
Foire d'empoigne de la mise en scène tonitruante à partir de trois tables alignées, de costumes résumant chacun des héros, treize à table pour ce banquet pas vraiment platonicien, festin d'une Babette cuisinière chefe émancipée (deux femmes seulement sur le plateau), grande bouffe délirante mais pleine d'enseignement sur nos personnages de "station de métro": les transports en commun comme métaphore du être ensemble contemporain!

Au TNS jusqu'au 12 Octobre
Après Baal de Brecht en 2006, Sylvain Creuzevault compose plusieurs spectacles : Le Père tralalère, Notre terreuret Le Capital et son Singe qui inspira ce Banquet Capital. En 2016, il crée Angelus Novus AntiFaust − au TNS − et, dernièrement, Les Démons de Dostoïevski, ainsi que Les Tourmentes, cycle de trois pièces, au Festival d’Automne. Depuis 2017, il est installé à Eymoutiers, en Haute-Vienne, où il transforme d’anciens abattoirs en lieu de théâtre avec le groupe Ajedtes Erod.

dimanche 6 octobre 2019

"Composer l'image": projection commentée par François Sarhan : le "net plus ultra" de la musique faite écran !


Curateur François SARHAN. (et ses situations dans l'espace public)

Un petit grain de "perma-culture" dans la programmation "intensive" du festival, entre deux concerts, on réfléchit un peu, on se "pose" pour mieux rebondir des pieds à la tête, de la tête aux pieds en bons kinésiologues!
"kIiné", mouvement, kiné matographe et phonographe au menu pour cette rencontre à l'auditorium de la BNU
Depuis une dizaine d’années, l’utilisation de l’image animée par les compositeurs et compositrices s’est généralisée :longs métrages, films courts, expérimentaux, documentaires, films fictionnels, etc. François SARHAN, qui s’est lui-même tourné vers la réalisation et le montage, propose une sélection de quelques tendances à l’œuvre.
L'artiste, animateur de la rencontre pose le paysage des années 2005- 2015 des oeuvres filmiques de réalisateurs-compositeurs, les liens qui les unissent, conscients ou non déclarés
 Comme une "zoologie amateure", pensée cinématographique des compositeurs, ou séparation des tâches: touche à tout de l'art, de la création, notion en jeu, périlleuse ou pas! A l'inverse d'un "plein engagement" romantique dans une discipline, à l'inverse d'un éclectisme amateur disperçé C'est internet qui fait se mélanger les genres, suport universel, sans séparation ni frontières fonctionnelles. La micro informatique, autant responsable de cet éclatement indisciplinaire, indiscipliné! On y intègre les matériaux qu'on mélange et retravaille à l'envi: tout est question de "médium" multiples, aujourd'hui !
Et pour preuve, un dinosaure du genre, Thierry de Mey et son premier film, "Floréal" 1983: musicien, réalisateur, compositeur et chorégraphe de l'image, compagnon de route de Michèle Anne de Mey et Anne Teresa de Keersmaeker pour lesquelles il réalisa les plus convaincants "films de danse", où rythme, montage, découpage et espaces se partagent les écrans entre autre de "Counter Phrases", chef d'oeuvre du genre!!!
"Point et  ligne sur plan" pour cette rythmique architecturée d'images, cadres, fenêtres, tectoniques des plans verticaux-horizontaux, comme des leitmotiv qui reviennent ponctuer un arsenal d'images mouvantes, familiales, poses longues de scènes quotidiennes... Le carré, le carreau, de petites séquences rythmées égrènent la narration, scénario-image pour une fiction chorégraphique, sans danse, sans "musique" apparente. Hormis le rythme, le découpage et montage ! Quadrillage et structures géométrique en majestés !

Au tour de Jessie Marino  (¨Pamplemousse) d'être décortiqué, comme un bon fruit pour un flm cadencé, scandé d'images sur fond d'inspirations, exagération, multiplication d'une ventilation d'images, créant de l'air et une dramaturgie narrative de l'hyper ventilation: on s'y asphyxierait !

Joanna Beilie succède avec un départ percutant de brouillage de sons et d'images, comme un zapping radiophonique sur les ondes ou à la télécommande d'un moniteur vidéo. Temps, mémoire, photos et sons y sont maltraités, se percutant, comme un film diapo avec photos de famille, chaine du manque de mémoire, chocs des images, retour d'un leitmotiv comme en composition musicale ou "la jetée" de Chris Marker....Ou "si j'avais quatre dromadaires"...

On file chez Simon Steen-Andersen pour un plan séquence vertigineux où tous les éléments de ce spectacle sculptural de Fischli Weiss déroule ses sons incongrus, un preneur de son, poursuivant les mouvements de caméra pour une course folle halletante! C'est prodigieux! L'oeil de la caméra opérant pour une fiction de la construction musicale, en prise directe avec la performance de ces deux plasticiens de l'espace sonore inégalés!

Au tour de Stefan Prins de fare preuve avec une captation vidéo en temps réel, superposée, d'un interprète musicien, d'audace spatiale et musicale

Johannes Kreidler, à nouveau pour  qui avec ses petits fragments agglomérés, néo6conceptuel, minimaliste, nous entraîne dans un "art auriculaire qui n'a pas d'importance"!
Musicaliser un mot avec un oscilloscope, en faire un portrait sonore, de mots, arsenal d'idées au poing, dans un refus stratégique de dramaturgie...

Avec Nico Sauer, c'est à un jeu tv, de commande en ligne que l'on accède à ce grand magasin universel télévisuel, jeux en lignes pour une séquence de pub pour une brosse à dents, objet guitare, fétiche du réalisateur musicien!
Charlatan d'un carnaval o^les valeurs s'inversent, se vendre comme tout artiste le fait constamment avec des images à la "Pierre et Gilles" ou "Pierre et Georges digne d'une performance burlesque!
Ou d'une mise en scène mercantile ! Un clip de pub détourné fort séduisant, commenté en direct par l'artiste, présent lors de la projection!

On accélère le rythme  avec une oeuvre de Natacha Diels, autoportrait singulier rempli d'images recollectées dans sa jeunesse, engrangées et livrée aux regards, mémoire inconsciente de sa vie, superpositions d'images, jeu de mains, montage rythmé....
Comme une collection qui s'ouvre, se délivre en musicalité visuelle fort convaincante.

Brigitta Muntendorf fait question avec ses images stroboscopiques de visage, respiration en phase, dont la créativité est liée à la fréquentation assidue de musique sur you tube, surtout les vidéos d'amateurs musiciens qui se filment à l'oeuvre et dont les images se répandent sur la toile à la vitesse grand V sans contrôle d'esthétique!
De quoi sommes nous spectateurs, en déplaçant ainsi nos fauteuils confortables pour arpenter les écrans fertiles du net plus ultra!
Encore un short pour la route avec le film de Trond Reinholdsten , évoquant "le grand oeuvre", opéra norvégien, plan séquence dans des décors wagnériens, kitsch et drôles, animés de personnages manipulés, carnavalesques, parlant on ne sait quel langage: on y renverse les valeurs comme au temps carnavalesque de mi carême, endossant costumes et oripeaux bigarrés: une tentative d'oeuvre "totale" wagnérienne, irrespectueuse en diable, grotesque, grand guignolesque à souhait!

On songe ensuite et ébranlé par cette réunion fertile en échanges, aux pionniers du genre: Robert Cahen, musicien de l'image avec "Hong Kong Song" ou "Tombe avec les chaises", à Philippe Decouflé et son "Abracadabra", et bien d'autres N + N Corsino, chorégraphes de l'image, friands de musicalité précurseurs, arpenteurs de nouveaux territoires de l"image..L'Art-vidéo Danse était resurgissait après Mélies et bien d'autres réalisateurs d'images-mouvements.
C'était en 1984...La musique suit la danse qui la précède dans une concurrence loyale et salvatrice..

François Sarhan, lui-même, créateur, brouilleur de pistes, sans balises apparentes avec ses "Situations" entre autres créations musico-chorégraphiques insolites !

A la BNU samedi 5 Octobre dans le cadre du festival Musica










Pièces et vidéos de Joanna BAILIE, Thierry DE MEY, Natacha DIELS, Johannes KREIDLER, Jessie MARINO, Brigitta MUNTENDORF, Stefan PRINS, Nico SAUER, Trond REINHOLDSTEN, Simon STEEN-ANDERSEN.
Outre la projection commentée du samedi 5 octobre, l’ensemble des vidéos seront consultables sur festivalmusica.fr pendant le festival.




"Le grand degenrement" : "ne pas déranger" ! On chamboule tout au "grand chambardement" ! !!!


Le Grand Dégenrement rassemble trois générations de musiciennes, danseuses et circassiennes brisant les clichés avec humour et impertinence.
Jongleries diverses et variées, voguing et travestissement, musique sérieuse – et néanmoins tirée par les cheveux –, improvisation dans le plus pur style de l’anthropocène tardif : c’est la réunion sur une même scène de pratiques que les usages de la société séparent. Car la musique n’a pas échappé à la grande entreprise de l’assignation. De quoi mettre à mal nos petites habitudes mélomaniaques et considérer enfin la musique comme une vaste ressource à préserver et à partager entre tou·te·s. Noémi Boutin, Élise Caron, Joëlle Léandre, Leïla Martial, Julia Robert et Marlène Rostaing, sans oublier les Capilotractées, sont les géniales sorcières de cette célébration aux émanations de jazz hilarant et au prosélyrisme assumé, où le jongleur Jörg Müller, le clown-acrobate androgyne Camille Boitel et son double astrophysicien Aurélien Barrau, affranchis de toute frontière physique et métaphysique, font valser (en l’air) les codes, les préjugés et les bibliothèques des musiques de chambre plus ou moins bien rangées… ou genrées.

coproduction L’Onde & Cybèle, Musica
On démarre avec un discours, solo d'un physicien, intello et quasi incompréhensible tant le vocabulaire emprunté est savant, grandiloquent et agaçant....Vous saurez tout sur le "multivers", univers multiple aux entrées multiples...Deux clowns, femmes costumées, bigarrées, colorées prennent le relais, improvisant à merveille-surtout quand les "tousseurs" de concert s'adonent en salle à un récital percutant d’éruption de gorge chaude !!! Ta toux est tatouée, ôtant la toux......Hommage aux racleurs de colonne d'air, de diaphragme et autre organes du souffle...Un violoniste et une danseuse à roulettes comme un déambulateur pour paralysé, suspendue à une machinerie de cordes animée par une cascadeuse multi risques...Une sirène des airs s'y métamorphose comme un papillon de sa larve de nymphe et vient planer dans l'éther, la queue battante! Des bulles de savon pour nuages transbordeurs... Le violoncelle accompagne un sonneur de tubes résonants, dans un manège incessant, musical quand les bâtons ne sont plus directement animés: corps absents, spectres officiants!
La musicienne se voit inviter à escalader un procénium flottant dans l'air, balançoire animée par les esquives et poussées d'un danseur, buvant les obstacles, absorbant les difficultés..C'est beau et périlleux comme au cirque
Clou du spectacle, Camille Boitel qui se bat avec des balles rondes blanches à profusion, simulant la maladresse avec virtuosité, la submersion d'objets, avec raison et détermination,renoncement: en un joyeux combat, les balles envahissent la scène, rebondissent avec fracas comme les salves d'un feu d'artifice!
Humour, désenchantement d'un virtuose en proie à la folie du surnombre, de l'entassement, de la démence de cette profusion de sollicitations: où donner de la tête, du coude, du bras pour chasser cette invasion de boules, sans " avoir les boules" comme le diront celles qui lui succèdent dans ce champ de bataille, très "plastique" esthétique en diable! La longue table monastère-cathédrale, dressée auparavant pour lui, pleine d'empilements de boules blanches, est une sculpture scénographiée fort belle: à déconstruire avec allégresse!
Encore un long discours lénifiant de notre faux monsieur Loyal, présentateur trop sérieux de pacotille et nous voilà en bonne compagnie: voix et contrebasse se fraient un chemin pour accéder au devant de scène où Joelle Léandre improvisera à l'envi pour ce grand dégenrement, en osmose avec l'esprit iconoclaste de cette bande à part, et son "manifeste" de l'anticonformisme !
Beaucoup d'humour et de distanciation pour ce show multi média de bon aloi pour un festival innovant, décapant, déroutant, sur les chemins de l'âne plutôt que sur les autoroutes uniformes....à péage !

 Astrophysicien  Aurélien Barrau Jongleur, clown et acrobate  Camille Boitel violoncelle, chant  Noémi Boutin Acrobates  Les Capilotractées Chant, flûte, jeu  Élise Caron Chant, contrebasse  Joëlle Léandre Chant, danse  Leïla Martial Marlène Rostaing Jongleur  Jörg Müller Alto, chant  Julia Robert Conception, dramaturgie  Blaise Merlin