dimanche 10 novembre 2019

"Rains": il pleut des Percussions à Strasbourg ! Avis de tempête de force six !



Les passagers de la pluie !

A l’occasion de la sortie de l’album et du vinyle « RAINS », les Percussions de Strasbourg organisent une release party à domicile !
Assister à un récital envoûtant et tribal dans une soirée placée sous le thème du Japon...Voici le programme!

Après une rencontre avec Malika Kishino / 岸野 末利加, compositrice, animée par Pierre Durr, journaliste musical , le concert démarre par:
"Volcano Mouth", de Joe Kondo, en partenariat avec la HEAR - Académie supérieure de musique de Strasbourg
Trois musiciens, trois xylophones pour une oeuvre intime, douce et légère, frôlée du bouts des mailloches, comme autant d'impacts légers sur les touches de ses instruments magnétiques. De beaux éclairages en douche de pluie pour magnifier la présence très concentrée des trois interprètes.

Place à la danse avec "Regentanz" (2018), de Toshio Hosokawa
Des sons comme des gouttes de pluie qui tombent dans des réceptacles, récolecteur d'eau distillée; les précipitations s'accélèrent , venteuses , puis en trombes d'eau déferlent après quelques ondées éparses et des perturbations météorologiques voisines d'avis de tempête! Dans un verre d'eau, même d'où sont issus des sonorités fluides et aqueuses. Averses et giboulées se succèdent, vers une accalmie où chacun donne doigté, précision et allégresse. Un opus saisissant où l'évocation des fluides est conséquente et pertinente. Une scénographie originale illumine les six établis des artisans du son, à l'oeuvre: on les observe, travailleurs assidus et pugnaces, sur ses accessoires et instruments générants tonnerre, éclairs , grêle et autre événements liés à la présence de matériaux aquatiques. Il pleut des hallebardes pour cet orage tectonique en diable !

"Sange" (2016), de Malika Kishino succède, toujours dans les plates bandes d'une musique percusive, pleine de tonus, interprétée par des musiciens hors pair, aguerris à la pratique de la frappe dans tous ses états.Triangles, frottements des peaux tendues, tapotements, claquettes, la pluie est là bordée de sirènes, de vrombissements, de sons qui tournent et prennent leur envol, rebondissant sur les appuis des frappes des artistes. Investis comme des danseurs par des corps conducteurs de rythmes, habités par tempi et cadences d'enfer!Mugissements caverneux, ténébreux sourdent , explosions de sons à l'appui. Les vibraphones explosent d'autres accessoires conduisent à des implosions inquiétantes. C'est un régal de regarder se fabriquer la musique en live, les corps se ployer, se plier aux exigences de l'accouchement de tous ses sons incongrus, inédits.

"Hierophonie" V (1975), de Yoshihisa Taïra: avec des cris de sumos démarre cet opus étrange qui séduit, intrigue et nous fait voyager au pays du kong- fu et des arts martiaux. Force, puissance des voix et des percussions, qui comme dans un jeu de ping pong se renvoient la balle.Combat, lutte acharnée, rivalité, se rencontrent et toniques et envahissantes s'imposent. Submergeant les espaces, envahissant les volumes sonores comme autant des cris de ralliement guerrier, frondeur, efficaces. Puis dans une atmosphère douce et calme, tout s'arrange et rentre dans l'ordre, planant, reposant après ce tsunami tonique et éruptif.

"Rain Tree" (1981), de Toru takemitsu . c'est comme dans le théâtre No, une avalanche de sons, un moteur régulier qui frappe et régule les rythmes avoisinants. On songe ici à des avalanches, des éboulements, une géologie métamorphique, phénomène minéral débordant les frontières des cadres convenus. Déferlante, la musique conquit le public, ovationnant nos "percussions de strasbourg" pour leur jeunesse, leur talent et leur volonté de faite trembler, secouer le monde musical!

Pour ces raisons, le directeur artistique Minh-Täm Nguyen, reçoit des mains de son président Jean Yves Bainier et du DRAC Grand Est, la médaille des chevaliers des arts et lettres! La valeur n'attend pas le nombre des années et tout cet investissement donne aussi lieu à un partage convivial post concert officiel:
Un after musical dans le hall du Théâtre - en collaboration avec La Laiterie Artefact
Echo d’une complicité qui se tisse au long cours, Les Percussions des Strasbourg invitent la Laiterie pour partager un moment d’improvisation musicale. Pour cette première collaboration, Les Chapeaux Noirs, groupe résident de la Plateforme Artefact, se livre à cette séance de décloisonnement des genres et de partage d’influences entre les musiques d'aujourd'hui.

Au Théâtre de Hautepierre le 14 Novembre

"L'oeil musique" de Patrick Lambin: reflets dans un oeil d'or ! "Imagine" Jazzd'or ....argentique !


"Le regard de Patrick Lambin creuse le quotidien familier, révèle l’âme des choses et des êtres.Il capte les petits riens, la saveur du banal. Il décrit la vie des humains dans leur fragile passage. À Cuba, dans un déclic, la musique se révèle à lui, témoin de l’alchimie du concert qui distille l’émotion. Ses images témoignent de l’intense communion entre les interprètes, la musique, les instruments, le public, ces instants fugaces. Depuis 3 ans, au rythme des concerts et des festivals de Jazzdor, il capture l’intériorité de ces moments inoubliables et incongrus avec lesquels il fait corps." 
Robert Becker

Il est discret, modeste mais culotté et inquisiteur...Talentueux chercheur, démineur de situations insolites, de scènes croquantes, craquantes où les gens s'éclatent, témoin et perturbateur de logique de points de vue, de positionnements anti-conformistes. Photo-graphe des instants à révéler, des clichés à gommer, des instants à immortaliser sur le papier photo. Reporter, chasseur d'images, glaneur de cadrages. Sourcier de la prise de vue, alchimiste des instants volés au présent immédiat, dans l'instant dérobé au temps et à l'intimité de ses proches sujets qui vibrent et vivent encore sous nos yeux: du petit au grand format, les photographies se lisent, se regardent, s'interrogent: qui est qui ? Peu importe. On surprend un artisan au travail, facteur de corde ou de trombone. On sourit en voyant le directeur du festival, rêveur ou inquisiteur. On se plait à parcourir un bon bout de chemin et d'histoire du festival Jazzdor. On bivouaque avec Archie Shepp, Daniel Humair et bien d'autres, surpris dans des poses, attitudes de travail ou de scène. Les coulisses inspirent notre artiste, capteur, d'images, virtuose de l'anti cliché, passionné de rencontres insolites avec un monde bruissant, généreux, radical ou enjoué, partageux et solidaire...Le "Degas" du jazz, photographe et graphiste des lumières et des ombres révèle une scène musicale riche en corporalités diverses, jeux d'instruments beaux et plastiquement remarquables, faisant corps avec ce métier de musiciens parallèles, amoureux du son, de la vie et du rythme.

Lambin ne lambine pas et opère ici sur un paysage sonore singulier où l'oeil musique s'entrouvre pour filtrer et capturer, révéler l'insolite d'une planète jazz bigarrée. Orfèvre, orpailleur de l'image baignant dans une atmosphère argentique toute dorée, ceinturée par une pointure pour aller au bal faire danser les nuances sonores et colorées d'un univers paré de sons et de matières sonores surprenantes
Les petits formats de poche  à emporter comme pour constituer rébus ou jeu de cartes sur table: un bon atout pour notre artiste encore trop méconnu mais magnifié ici dans le cadre d'une manifestation prestigieuse, scène de la culture jazz dans tous ses états!
Dans le cadre du festival jazzdor
Du samedi 9 novembre au dimanche 17 novembre (samedi-dimanche de 14h à 18h ; mardi-mercredi-jeudi-vendredi de 17h à 19h) ENTRÉE LIBRE
 ceaac 7 rue de l'Abreuvoir 67000 Strasbourg, France

Jazzdor : Aki Takase ,Daniel Erdmann et Unbroken: "félin pour l'autre" et chambre électro acoustique !



AKI TAKASE – DANIEL ERDMANN
PREMIÈRE FRANÇAISE
Allemagne | France – Aki Takase, piano / Daniel Erdmann, saxophones
C’est une première et pas des moindres. Si nous accompagnons le travail de Daniel Erdmann depuis quelques années et accueillons régulièrement Aki Takase, cette rencontre inédite sonne comme inespérée à nos oreilles. L’un était l’élève de l’autre à une époque et c’est désormais ensemble qu’ils se retrouvent suivant le fil rouge du grand standard « Isn’t it Romantic » qui alimentera un répertoire mêlant chansons populaires, standards de jazz et compositions. Ce sera romantique et accidenté, c’est sûr !

La voir arriver sur scène, c'est déjà deviner la fantaisie, l'élégance et les pieds de nez fait aux convenances: petite femme japonaise, longue robe noire faussement stricte et petit chapeau sur la tête avec une huppe qui dodeline et un collier blanc de grosses perles...plates!....C'est Aki Takase qui entame un des morceaux composé par son acolyte, Daniel Erdmann: deux "berlinois" : pour les 30 ans de la chute du mur, voici une belle avancée!
Cheveux en épis, saxophone teinté de patine dorée, cuivrée, le voici qui chemine avec la pianiste, ensemble dans une balade romantique, mélodique qui conduit à le reverie mélancolique. Fluide et savoureuse composition que ce "Voodoo girl".
Un hommage à Frida Kalo, la battante, écrit par Aki, "Foster Magdalena", belle composition qui révèle le doigté, la vélocité, la fulgurance du jeu et l'élégance de l'interprète, rivée à son piano, concentrée, recueillie. Une lente introduction, fluide, harmonieuse, relevée par le saxophone, relayée par des sonorités cristallines, denses et chaleureuses envolées du saxo. En alternance, mouvements vifs, ou tendres, délectables sons comme pour un appel commun, une invitation à l'écoute, au respect .
On poursuit cette invitation avec un jazz un peu "cabaret", signé de Daniel Erdmann,"The Cat",léger, primesautier, comique , gai et malin, alerte et loufoque: de la belle époque pour dandy égaré dans ce climat nonchalant et nostalgique. Ils font la paire, félin pour l'autre dans cet hommage au chat du saxophoniste, un animal bizarre, chat miroir du monde. Un caf'conc virtuose en diable changements de mesures, de tons et de durée à foison pour une exécution hors pair!
Et vient le temps des cerises avec "Cherry", une composition de Aki, pour honorer le printemps japonais et ses fleurs mythiques du cerisier, l'arbre vénéré! Un beau solo de saxo en prélude, prologue d'un opus, court et pertinent, efficace climat où chacun s'écoute, se répond, se respecte: elle s'emballe, chavire, les doigts droits sur le piano, change de cap et se dirige vers son territoire natal avec envie, passion, détermination: bout de femme affranchie, volontaire, une Kusama de la musique qui fait son chemin à la force des doigts!
 D'autres morceaux s’enchaînent, courtes bonnes nouvelles, brèves de comptoir musical où s'expriment douceur, beauté, ivresse et mesures... Quelles précipitations dantesques dans le jeu, vif et relevé, des deux complices, en cavalcade, dans l'urgence du temps qui passe et s'écoule, trop vite à notre gré!
C'était "Théma prima" une composition de Aki, taillée sur mesure dans l'étoffe de ses deux héros de la scène singulière d'un jazz très classe, posé et révolutionnaire en même temps. "Elévation" célèbre cet accord-désaccord entre les deux interprètes, puis succède un morceau plutôt à la Bojan Z , hispanisant, arabisant où le saxophone est brillant, étincelant de notes mineures et rêveuses. Pour finir, on prendra le "Berlin Express" pour accoster au port, sur le quai de la gare qui ne sera pas ni voie de garage, ni bivouac salvateur, mais détonateur de vie et d'espoir: une musique d'aujourd'hui, conduite par deux locomotives pertinentes: au centre de tri, à la plaque tournante, on choisit sa direction et son conducteur!

UNBROKEN
PREMIÈRE FRANÇAISE
France | Italie | Norvège – Régis Huby, violon / Guillaume Roy, violon alto / Vincent Courtois, violoncelle / Jan Bang, électronique / Eivind Aarset, guitare / Michele Rabbia, percussions & électronique
"C’est l’histoire d’un trio à cordes qui compose dans l’instant avec une érudition et une musicalité inouïe. L’autre trio -ils sont six- participe, capte, restitue en direct, organise en temps réel lui aussi une musique décidément d’aujourd’hui et l’ensemble sonne comme un. Jan Bang fascine par son remix-live, Eivindt Aarset travaille comme Un sous-marin scrutateur d’espèces inconnues et Michele Rabbia déroule sa science de la percussion aussi bien acoustique qu’électronique. Sans blague : c’est dingue !"

Alors en route pour un voyage au long cours, entre acoustique, musique de chambre de cordes et électronique: aux consoles trois opérateurs, guitariste et percussionniste de surcroît, pour border les sons en direct émis par violons et violoncelle: une fabrique devant nous qui se trame et se déchaîne une heure durant sans interruption. "Ininterrompues" divagations de musique fleuve pour aspirer les sons, les distiller comme dans un alambic électro acoustique qui filtrerait ou magnifierait les sons et les couleurs musicales. Insérer dans l''improvisation, le matériel musical: sons en doublure, pour border ou transformer la matière sonore, dans une atmosphère spatio- temporelle singulière, entre monde fantastique, cosmique ou de science fiction, frictions de sons étranges, bruitages en direct, mixage virtuose de l'instantané !
Du bel ouvrage virtuel, unique et source d'hypnose garantie: Bon voyage sans arrêt ni gare où l'on fraie son parcours sans halte, ni pause dans un infernal et déchirant rythme in interrompu !

A la Cité de la Musique et de la danse samedi 9 Novembre dans le cadre du festival Jazzdor