L’Ensemble Accroche Note organise ses traditionnelles Rencontres de Musique de Chambre pour la 20ème année consécutive. Le concept de ces concerts de programmes mixtes (XVIII, XIX et XXème siècle) n’est pas si courante et permet de confronter les grandes œuvres du répertoire avec des musiques plus récentes souvent réservées à des festivals spécialisés.
Depuis 2001, Accroche Note permet au public de découvrir ou redécouvrir de grandes œuvres baroques, classiques ou romantiques. Cette année seront jouées des œuvres Debussy, Mahler ou encore Prokofiev.
Les Rencontres d'Été de Musique de Chambre sont aussi l’occasion de présenter des œuvres contemporaines du répertoire et des créations. Ainsi en 2020 sont programmés notamment Kryštof Mařatka, Magnus Lindberg, Pascal Dusapin, Blaise Ubaldini (création). Lors de cette vingtième édition, l'Ensemble Accroche Note sera le premier soir en quatuor avec Krystof Mařatka et Karine Lethiec puis accueillera Thill Mantero et Françoise Kubler interprétant les célèbres Lieder « Des Knaben Wunderhorn ». Lors du dernier concert, l’ensemble proposera un programme de créations et de répertoires avec notamment une pièce de Pascal Dusapin, dansée par Lena Angster.
MARDI 30 JUIN
"Krystof Maratka et la musique tchèque.
Un concert "fabuleux" !
C'est à l'Eglise Sainte Aurélie que s'est tenu le premier "set" des Rencontres, âgées de 20 ans: une jeunesse fougueuse en matière de programmation, métissant contemporain et "classique" au bonheur des rencontres, des chocs des générations.
Une rencontre avec un compositeur tchèque, toute fraiche, donne lieu à une soirée consacrée aux liens entre musique "populaire" et musique "savante", portée par un quatuor, trèfle à quatre feuilles salvatrices pour ce premier concert "hors confinement"
Une bouffée de fantaisie, de retrouvailles entre interprètes et public qui fait chaud au coeur, au corps écoutant! Parsemées au cœur de l'édifice, sobre et dénudé, plus de 50 personnes au rendez-vous, assises près de leur pictogramme: un petit "smile" accueillant, souriant, tout "vert" !
Une entrée en matière apéritive, mise en jambes et en bouche que ce "Csardas IV" pour clarinette, alto et piano signé Krystof Maratka et Milena Dolinova (1972)
Une musique sensuelle et enveloppante, sensible de premier abord qui vire subitement à l'allégresse de rythmes endiablés, danses populaire tsiganes, folklore non dissimulé inspiré par les racines populaires: un violon langoureux, une fière clarinette quasi yiddish, une joyeuse ribambelle, sarabande en rouge, noir et blanc: cavalcade modulée, contrastée, bondissante vers des contrées lointaines mais si proches, interprétée par trois artistes se donnant à cœur joie.
Un petit "brief" du compositeur pour introduire la soirée "patrimoniale" dédiée à la musique tchèque où il s'inscrit avec fierté et détermination. Et le tour est joué!
L'héritage en poupe et le respect des anciens en figure de proue. Et le voici, tel un "Joel Robuchon" au piano !
Peter Eben, le "Messiaen" tchèque se découvre avec "Sechs Minnelieder" pour voix et piano
Six mélodies dans des langues différentes -tchèque, allemand, anglais, italien et français- inspirent la chanteuse Françoise Kubler, gainée de noir. Incarnant la femme du compositeur, elle passe d'un registre linguistique à un autre avec bonheur et intelligibilité des textes, comme à son habitude.Poésie du moyen âge comme source de recherche, la voix affutée dans ce répertoire quasi votif et religieux dans cette belle résonance acoustique spirituelle du lieu. Esprit des lieux habités alors par la chaleur de sa voix, émission ronde et enveloppante dans une sérénité , une évidence limpide, bordée par la discrétion des interventions pianistiques.
Agilité du pianiste, doigté et jeu de bras larges et félins, en suspension et avec grâce pour couronner la présence vocale qui se fait plus ferme, imposante au fur et à mesure.
Amplitude et douceur, envergure du son à l'appui, en alternance pour une évocation tendre et passionnée du destin.
Ferveur de l'engagement vocal de cette artiste singulière au registre large: plaintes et récit mouvementé d'une partition inédite, livrée pour nous aux oreilles délicates d'un auditoire séduit et attentif
Dans une harangue syncopée, dansante Françoise Kubler clôt le morceau avec bravoure et générosité.
Suit, "Dans les brumes" une composition de Léos Janacek, compositeur alors "maudit" et méconnu, qui pour s'imposer, compose en 1912 cette œuvre pour piano avec verve et "furiosité". Fureur.
Une confession intime d'un sentiment de rejet le fait rebondir et créer une pièce en quatre mouvements, inspirée de Debussy à peine perceptible, tant l'écriture lui est propre et déjà identifiable.
Un solo de piano, intime, doux et contrasté avec de très beaux mouvements de bras, flottants au dessus de l'instrument: de la virulence en cascade de dégradées, déferlante, des reprises qui réapparaissent , reviennent en ressac, virulentes, en vagues successives. Ambiance feutrée également, l'interprète inspiré, le geste aérien, suspendu aux cimaises musicales. Krystof Maratka s'y révèle à l'écoute, au diapason de l'auteur pour une interprétation lumineuse, timbrée, sonore...
C'est avec "Le chaudron du diable" que tout bascule dans la narration pure: une histoire légendaire de sorcière, de diable, anime les propos d'un conte musical, un "mélodrame" signé Maratka lui-même: une histoire, une "vraie" racontée par la chanteuse qui se révèle conteuse et comédienne, à travers un jeu subtil, modulé et une diction rêvée !
Musique et théâtre de concert, de converse pour une œuvre maline à souhait, tendue et pleine de rebonds narratifs.Inspirée d'une légende corse, très "gourmande" sur le mythique fromage de brebis, le "brociiu", nous voici immergés dans l'effroi, la tentation, la cupidité et tous nos péchés capitaux de gourmandise. La peur et le suspens en sus, une histoire pour petits et grands qui fait l'unanimité, l'empathie du public En osmose avec le récit parlé, le piano s’immisce, complice, discret partenaire, intrusif et farceur, préparé à toutes notes incongrues, ponctuant cette histoire incendiaire et malicieuse....Le diable au corps, nos deux interprètes incarnent une récit vif et soutenu, aux allures de contes et légendes populaires du sud !Frémissante, tendue, habitée, Françoise Kubler irradie, hurle et se déploie, haletante interprétant différents personnages à l'envi, la voix changeante et modulée comme jamais. Un talent de plus à son actif !
Pour clore le concert qui s'étire à la tombée de la nuit, " Bachorky, Fables pastorales" de Maratka, se révèle le "clou" de la soirée, mêlant patrimoine et actualité par le biais d'instruments traditionnels tchèques, issus de la collection particulière du compositeur: un cadeau au public, digne de cette attention singulière!Un univers très bigarré, coloré aux origines populaires bien trempées et campées, un régal de fantaisie débridée autant que savantes. Devant son établi d'artisan musicien, le compositeur se révèle magicien du son, hétéroclite boite musicale à surprises sonores, pantin hirsute du son étrange et inédit.
Des histoires invraisemblables lui inspirent ces fables acrobatiques où le jeu oscille du savant piano à l'attirail vernaculaire d'objets rituels de bois et de broc, de bric et de mystère.
Ici, on fait se "cogner" les univers sonores à ses dires, s'entrechoquer des générations de pratiques et d'instrument dans le plus bel écrin d'une composition rigoureuse: ludique certes, enjouée et versatile, de grande qualité sonore.
Savant et parfait côtoient le "banal" et fonctionnel, dans une belle osmose. Les interprètes font sourire la musique et sourdre des sons inédits de légende. C'est dire si le récit se fait corporel et imaginatif pour celui qui regarde et écoute! Un monde de jouets et accessoires ludiques, petit bijou drolatique, malin, qui contamine l'ambiance, de ruses et malices.
Un flutiau léger, comme un petit manège enchanté qui tourne et nous enivre. Vif, sautillant moineau des villes en goguette dans cette église sobre et accueillante. Un petit "Pierre et le loup", façon Maratka ou Profofief et Ravel: conte et légende des siècles, d'antan, fertile en sonorités incongrues, inouïes. Une boutique fantasque à la Ben, des instruments, personnages d'un récit que l'on se fabrique à l'envi. Cor de chasse, clarinette , piano et alto, au diapason de cette ingénieuse inventivité.
Sons divers et variés, riches en source d'imaginaire, portés par des "objets" en résonance avec les "savants" instruments d'aujourd'hui.
Eux aussi déboussolés par l'intrusion de tant de singularité! Et de proximité dans les appartenances catégorielles.
Une soiré inédite, surprenante, rehaussée par la scénographie signée Bettina Muller, qui au fil du temps, se révèle à la nuit tombante sur les parois intérieurs de l'église: traces et signes, marques et griffures du temps dans la caverne des sons où l'écriture des ombres de Platon, se font danse et musique, gravées dans l'éphémère de l'espace musical.L'écho et l'amplification des écritures s’emmêlent.
Philippe Darnis aux commandes des éclairages changeants, Frédéric Apffel au son pour une unisson commune et partagée.Ils font tous bon ménage dans cette ménagerie de verre, mélodique et bigarrée
Quand les rencontres génèrent de l'innovation, on est séduits, ravis et on revient le lendemain !
L'esprit des lieux s'évapore au final avec des regard suspendus au vol du temps qui passe et disparait à l'horizon!
mercredi 1 juillet 2020
dimanche 21 juin 2020
Faites de la Musique avec les Percussions de Strasbourg !
Les Percussions de Strasbourg ont eu le plaisir de nous inviter à leur premier concert live depuis mars 2020, à l’occasion de la fête de la musique de Strasbourg, le dimanche 21 juin.
Trois concerts se sont tenus au Théâtre de Hautepierre à 16h, 17h et 18h.
Exceptionnellement, le public se repartit sur la scène, les musiciens, dans les gradins. On aura tout vu ! Au programme : percussions corporelles, électroniques et spatialisées pour un tour d’horizon du répertoire des Percussions de Strasbourg.
Ils seront les premiers à se "ré-inventer", inventer un nouvel espace , dispositif scénique où le spectateur a le privilège d'être sur scène, et les musiciens dans les rangées de fauteuils, bien alignés pour un premier morceau "apéritif", un morceau très original, une pièce de Filidei, "Les funérailles de l'anarchiste Sérantini", musique, partition pour percussions corporelles, jeux et mimiques des corps et des visages...."masqués" !
Six personnages en quête d'écoute, assis, hommes "troncs" à jouer de leurs mains, de leurs coudes, des rythmes savants, tantôt zapatéados hispanisants, tantôt rythmes à la Thierry de Mey et ses célèbres "musiques de table" ! Au final, de beaux éternuements de circonstance, gestes barrière au poing pour quitter "le plateau" escarpé !Les visages à demi-masqués à l'inverse de la commedia dell' arte ne délivrent que de belles expressions étonnées des yeux, des sourcils....
Du bonheur renforcé par la joie de jouer à nouveau pour le public, confie l'"animateur" des percussions Minh Tâm Nguyen avec une belle modestie et beaucoup d'humilité.
Place à "Idem', de Arturo Corrales, une pièce où xylophones, vibraphones et morceaux de bois se jouent des sons, des résonances, dispersés aux quatre coins de l'espace, le public donc au milieu, bien réparti dans son carré "magique" . "Sqare Music" pour une "Unsquare dance" imaginaire!
Ce "square", carré où chacun trouve sa place, assis, à l'écoute et parmi les musiciens.
"Promenons-nous dans le bois" avec cette œuvre toute de résonance de "xylo" phones, de bois percussifs, ondes chaleureuses, boisées, réverbération feutrée d'une amplification subtile de chaque son émis dans des rythmes variés...Œuvre enrobante, énigmatique promenade dans une clairière d'instruments, taillis et futs sylvestres résonnants.
Place à trois ouvres de John Cage, "Living room music"où les dix musiciens s'amusent dans l'espace des gradins à concilier les sons de multiples instruments: vent, guitare miniature et autres curiosités...Cage comme on l'apprécie: étonnant, bizarre, atypique, en dehors de toute norme d'écriture, hormis la sienne: ouvrir la Cage aux sons du quotidien !
Pour terminer cette belle et généreuse prestation, de la musique du Vénézuéla, traditionnelle, remise en adaptation "contemporaine" par Diego Guedes, pleine de punch et de percussions variées: cuillères et autres objets sonnants et jamais trébuchants sur le sentier sonore de l'"âne" ! Carnaval débridé, joyeux charivari de sonorités bigarrées qui donnent envie de défiler, de danser!
Belle initiative que celle d'un ensemble à géométrie variable qui annonce en fin de concert des perspectives d'échanges et de partage pour un répertoire à la démesure de ces fameuses et fabuleuses "percussions" qui ne cesseront de nous étonner!
Bonne route aux percussions de Strasbourg, au carrefour de tant de nouveautés, de curiosité et d'adaptabilité à de nouvelles conditions de mise en espace et d'accueil du répertoire multiple dédié à des instruments et techniques nouvelles.
Trois concerts se sont tenus au Théâtre de Hautepierre à 16h, 17h et 18h.
Exceptionnellement, le public se repartit sur la scène, les musiciens, dans les gradins. On aura tout vu ! Au programme : percussions corporelles, électroniques et spatialisées pour un tour d’horizon du répertoire des Percussions de Strasbourg.
Ils seront les premiers à se "ré-inventer", inventer un nouvel espace , dispositif scénique où le spectateur a le privilège d'être sur scène, et les musiciens dans les rangées de fauteuils, bien alignés pour un premier morceau "apéritif", un morceau très original, une pièce de Filidei, "Les funérailles de l'anarchiste Sérantini", musique, partition pour percussions corporelles, jeux et mimiques des corps et des visages...."masqués" !
Six personnages en quête d'écoute, assis, hommes "troncs" à jouer de leurs mains, de leurs coudes, des rythmes savants, tantôt zapatéados hispanisants, tantôt rythmes à la Thierry de Mey et ses célèbres "musiques de table" ! Au final, de beaux éternuements de circonstance, gestes barrière au poing pour quitter "le plateau" escarpé !Les visages à demi-masqués à l'inverse de la commedia dell' arte ne délivrent que de belles expressions étonnées des yeux, des sourcils....
Du bonheur renforcé par la joie de jouer à nouveau pour le public, confie l'"animateur" des percussions Minh Tâm Nguyen avec une belle modestie et beaucoup d'humilité.
Place à "Idem', de Arturo Corrales, une pièce où xylophones, vibraphones et morceaux de bois se jouent des sons, des résonances, dispersés aux quatre coins de l'espace, le public donc au milieu, bien réparti dans son carré "magique" . "Sqare Music" pour une "Unsquare dance" imaginaire!
Ce "square", carré où chacun trouve sa place, assis, à l'écoute et parmi les musiciens.
"Promenons-nous dans le bois" avec cette œuvre toute de résonance de "xylo" phones, de bois percussifs, ondes chaleureuses, boisées, réverbération feutrée d'une amplification subtile de chaque son émis dans des rythmes variés...Œuvre enrobante, énigmatique promenade dans une clairière d'instruments, taillis et futs sylvestres résonnants.
Place à trois ouvres de John Cage, "Living room music"où les dix musiciens s'amusent dans l'espace des gradins à concilier les sons de multiples instruments: vent, guitare miniature et autres curiosités...Cage comme on l'apprécie: étonnant, bizarre, atypique, en dehors de toute norme d'écriture, hormis la sienne: ouvrir la Cage aux sons du quotidien !
Pour terminer cette belle et généreuse prestation, de la musique du Vénézuéla, traditionnelle, remise en adaptation "contemporaine" par Diego Guedes, pleine de punch et de percussions variées: cuillères et autres objets sonnants et jamais trébuchants sur le sentier sonore de l'"âne" ! Carnaval débridé, joyeux charivari de sonorités bigarrées qui donnent envie de défiler, de danser!
Belle initiative que celle d'un ensemble à géométrie variable qui annonce en fin de concert des perspectives d'échanges et de partage pour un répertoire à la démesure de ces fameuses et fabuleuses "percussions" qui ne cesseront de nous étonner!
Bonne route aux percussions de Strasbourg, au carrefour de tant de nouveautés, de curiosité et d'adaptabilité à de nouvelles conditions de mise en espace et d'accueil du répertoire multiple dédié à des instruments et techniques nouvelles.
mardi 16 juin 2020
"Basse-danse" , haut le cor !
![]() |
| liliane goldsztaub photo lsm |
De bric et de broc en stock. Claudique et sautille de joie.
Des souliers de bois pour une silhouette en pied de poule!
Un corps bas pour une basse danse qui saurait tenir le haut du pavé!
Un pavillon pour émettre des sons de cloches.
Une gaine de ferraille blanche pour cintrer une hanche qui se soulève et tangue.
Des jambes qui articulent comme un pantin, les voyelles de Rimbaud
Et des ligatures pour lier le tout, sans queue ni tête pour l'amour du jeu.
Clarinette en pièces, exo-squelette de musique de chambre noire ou claire, comme il vous plaira;
Et en sus, pour clouer le bec qu'elle n'a plu, Dame Clarine tient haut le corps, svelte et radieuse dans ses sabots de bois dormants
Automate sans remontoir pour hausser le ton, elle danse, boite et s'emboite de musique, comme décoiffée de tout ornement baroque
Les bras lui en tombent, elle les a perdus au combat de Terpsichore contre Euterpe...dans la basse-cour.
Elle prit la clef des champs à toutes jambes et son armure se brisa: la "réparation" fut inventive: elle se retrouva sous cloche, en vitrine au "salon de musique", l'endroit très fréquenté des clarinettistes de talent ! "Récup'art" ou art singulier fut sa destinée !
Les cabossés, les invisibles ont bon dos !
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| copélia de roland petit |
Liliane Goldsztaub
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