mercredi 24 mai 2023

"Le cabaret de la rose blanche": le chant de l'intime....Radhouane el Meddeb blanc comme un ange...qui traverse toutes les danses du "bassin" du danseur méditerranéen....

 


Travaux Publics Radhouane El Meddeb – Le cabaret de la Rose Blanche

Radhouane El Meddeb, d’origine tunisienne, entre en création avec le désir de créer Le cabaret de la Rose Blanche. « Forme fictive, féérique, festive, généreuse et parfois tragique, mais libérée de toute contrainte, elle donnera à voir un peuple qui a toujours aimé la vie et la liberté. Ce cabaret traversera chant, poésie, théâtre et danse pour mieux dire qui nous sommes aujourd’hui, avec sincérité et émotion. Ce sera nos rêves, nos fantasmes, nos frustrations, nos contradictions, nos fêlures, Tunis… »
Il interrogera, avec les artistes invités, passé et présent à travers l’intime et le collectif.

Un travail en devenir, une expérience à partager en toute simplicité, sobriété, c'est ainsi que le chorégraphe souhaite présenter le travail de son équipe, réduite lors de ce chantier ouvert sur le monde de la création, de sa création: cela va "De Soi" !Hormis la chanteuse, le contrebassiste et une comédienne, ce seront quatre protagonistes du projet de création qui nous ferons le plaisir d'assister à la gestation, la genèse d'un projet murement conçu autour de l'exil, du déplacement, de la "tradition perdue" des cultures, arabes, et bien d'autres de la Méditerranée...L’Égypte, Néfertiti, les idoles de la chanson dans la langue arabe, en espagnol, en italien. Un tour du monde vivant qui démarre au son du piano et des doigts de Sélim Arjoun, jeune compositeur découvert par Radhouane. Evocaton sonore de tons, de sons et de chansons du pays du chorégraphe qu'il va lui même oser chanter seul face à nous dans un très beau et tendre moment d'intimité. Comme on chantait "autrefois" avec et pour ses proches. Quatre interprètes d'une même famille dont deux danseurs Philippe Lebhar et Guillaume Marie, chacun dans une gestuelle propre développée en improvisation et en devenir d'écriture. Ils signent ici évolutions sensuelles et ondoyantes pour Philippe Lebhar, souriant, jouissant d'un plaisir non dissimulé de danser en solo, prologue de cette "démonstration" publique. Danse du bassin -méditerranéen- en diable, bras en couronne déstructurée, les doigts en éventail, cambré au sol dans une offrande lascive à qui voudra. Alors que le piano distille une mélopée ascendante, gamme colorée de perles sonores en boucle, puissante interprétation live d'un épopée musicale inédite, sur mesure. Plus appuyée quand les danseurs apparaissent. Malice et séduction pour l'un, appel et regard provocateur pour l'autre, Guillaume, sur demies pointes ou tressaillant de tout son corps fait corps avec les sonorités complices du musicien très inspiré. Attirance, fierté, sobriété de ses évolutions très personnelles, chevelure bouclée foisonnante comme parure de parade invitant à l'échange. "Venez" semblent nous dire ses mains...Un bref slow entre les deux hommes qui se séparent à nouveau dans l'extase de leur gestuelle implorante ou très pragmatique. Satisfaction, délices, jouissance de la danse dans tout le corps en émoi. Quand Radhouane les rejoint, c'est pour souligner leurs esquisses de tournoiements, qu'il reprend en derviche tourneur et brouille les pistes des références orientalistes. Comme un tableau vivant de ces hommes qui dansent dans des cultures où le tour est enivrant, source de transe, de voyage. Et telle une fin de soirée au cabaret, tout se calme. Les rêves de Philippe qu'il nous conte secrètement, se font cadre, perspectives d'un tableau onirique à la Magritte.. Mise en abime des icônes suggérées dans son texte lu pour support  de divagations salutaires. Au final les quatre hommes se retrouvent en communion fraternelle et musicale...

 Radhouane prend alors la parole pour éclairer ce propos chorégraphique en gestation. Passer de la chanson, de la danse à la musique en faisant corps commun, les écrire ensemble pour mieux impacter l'espace. Pas de numéro de cabaret classique ici qui s'enchaineraient mais une osmose, un glissement sensuel de tous les médias ici convoqués. La danse, territoire de mémoire également pour vitaliser un patrimoine qui perd pied. Ou reste ignoré des jeunes générations. Ludique expérimentation collective , traversée, comme un appel à la dignité: l'exil comme toile de fond, déracinement, peurs et fuites, migrations volontaire ou non. Loin de "chez soi", du coté de chez Radhouane, il fait bond réagir, partager l'aspect humain de la danse, mémoire, patrimoine vivant à porter ensemble. Travailler au delà des frontières, comme un va et vient entre deux mondes révolu et actuel. Vivifier notre regard, notre écoute, serait son credo pour se ressaisir, communiquer humblement mais surement une position, une attitude posturale et intellectuelle de bon aloi. Et de circonstances contre les barricades. De "l'arabo-oriental" d'ailleurs, inspirant et transformé par les écriture musicales et contemporaines . La transmission en figure de proue, gardant les signes et traces du passé comme boussole et indicateur de métamorphose. Un héritage direct et façonné par la culture des multiplicités."La rose blanche" ce film emblématique, source de son inspiration comme référence très discrète. Sublime film, dansé, chanté à foison pour un récit très corporel et visuel. Dramaturgie en sourdine pour ce "quatuor" futur septuor de charme au seuil de sa création...

On songe en filigrane aux tableaux de Djamel Tatah où les corps se meuvent ou interrogent nos attitudes quotidiennes dans une vacuité émotionnelle, intime, secrète, discrète à l'envi.

 

Résidence : LU 15 > VE 26 MAI à Pole Sud

 travaux public le 23 MAI


Conception et chorégraphie : Radhouane El Meddeb
Création musicale : Selim Arjoun
Interprètes danse, chant et musique : Selim Arjoun,Yasmine Dimassi, Radhouane El Meddeb, Philippe Lebhar, Guillaume Marie, Lobna Noomene, Sofiane Saadaoui
Collaboration artistique : Philippe Lebhar
Création costumes : Celestina Agostino
Création maquillage et coiffure : Denis Vidal
Création lumières : Manuel Desfeux
Production, diffusion : Nicolas Gilles

Production : La Compagnie de SOI
Coproduction : Le Manège Scène nationale de Reims / Pôle Sud, CDCN de Strasbourg
Accueil studio : La Ménagerie de Verre, Paris / La Briqueterie, CDCN du Val-de-Marne / Pavillon Noir, CDCN d’Aix-en-Provence, Ballet Prejlocaj
Avec le Soutien de l’Institut Français de Tunis, DRAC Ile-de-France

 
résonance avec le travail du peintre djamel tatah....




"L'esthétique de la résistance": quand l'art et le politique font débat et merveilles! Soulèvement et engagement, du quotidien à la "représentation".

 


CRÉATION AU TNS

L’écrivain Peter Weiss (1916-1982), qui avait fui le régime nazi dès 1935, a consacré les dix dernières années de sa vie à écrire L’Esthétique de la résistance, œuvre majeure de la littérature du XXe siècle. L’action se déroule de 1937 à 1945. Le narrateur, au début jeune ouvrier de 20 ans, y relate son action et celle du milieu ouvrier contre le fascisme. Dans le même temps, il se forge un regard critique en fréquentant les grandes œuvres artistiques de toutes époques, représentant elles-mêmes les catastrophes traversées par l’humanité. Quelle est la force de l’art comme outil d’appréhension du monde et de résistance à l’ordre établi ? Sylvain Creuzevault met en scène le spectacle d’entrée dans la vie professionnelle du Groupe 47 de l’École du TNS, avec des membres de sa compagnie.


C'est la question de fond de cet opus théâtral atypique que la place de l'Art dans la cité, le politique, l'espace mental et collectif de nos mémoires et de nos actes. Question plus que d'actualité au vu de l'histoire contemporaine et des temps actuels bouleversés..Ce sera la frise de  géants belliqueux  qui sera la première cible de ces digressions, colossal monument de Pergame et qui suscitera  toutes polémiques. S'identifier ou rejeter une oeuvre factice, prégnante représentation des divinités irréelles en rage, icône incontournable et métaphore de l'action, des actes à opérer pour changer le monde. Oeuvre qui sera relayée par d'autres: le" Massacre des innocents"de Brueghel,  les barricades de Goya de "Trois Mai", le "Guernica" de Picasso...Passées à la loupe, décortiquées savamment par un commentaire érudit mais accessible.Comment faire corps avec ces traces et signes quand on est ouvrier, militant, aux antipodes d'une position bourgeoise, une posture intellectuelle, une attitude de recul face à la réalité de l'actualité.

Tout est axé sur cette "esthétique" dérangeante qui hante la résistance, le soulèvement, la révolution. Ce qui tarabuste l'auteur et attise la curiosité et l’intérêt du metteur en scène et de toute cette jeune compagnie en herbe, jeunes pousses du théâtre actuel vivant que ces "apprentis" comédiens déjà aguerris à toutes les disciplines du spectacle vivant.  N'étaient-ils pas eux-mêmes directement engagés physiquement et politiquement dans leur expérience collective et partagée d'occupation de leur lieu de travail, le TNS, durant les opérations de distanciation sociale durant le COVID ? Preuve par six heures de récit haletant incarné par chacun et par le groupe lors de scènes, de séquences fulgurantes sur le sujet. On ne peut tout retenir mais émerge celle de "La librairie" où l'auteur-comédien prodigieux- énumère en cascade des titres d'ouvrages ou de situations, dans un train d'enfer, alors que défilent , frontalement, chacun des protagonistes, dans sa propre gestuelle. Lâchés sur le plateau comme des salves, les silhouettes toutes différentes esquissent leur propre gestuelle, longue envergure baroque pour l'un, tournoiement virtuose pour l'autre, acrobaties ou simple attitude burlesque. Y-a-t-il un chorégraphe dans l'avion à réaction? Pas obligatoirement car chacun semble s'être emparé de son corps et de sa dynamique pour bâtir cette fresque mouvante et tonique. Quelque Rachid Ouramdane ou Loic Touzé pour guide et vecteur d'authenticité. Ou tout simplement un cadre cher à l'école du TNS, ici renforcé par quatre comédiens de la compagnie du Singe, celle du metteur en scène Sylvain Creuzevault. Question d'altérité, de jeu, de "structure" qui architecture et façonne chacun des interprètes à leur dimension. Et vient transcender leur "être ensemble" et être sur scène.Performance saluée par les ovations du public en fin de partie...Autre évocation des Années Folles avec Joséphine Baker, Marlène Dietrich, Arletty incarnées fort judicieusement et chanté dans de justes évocations: un vrai tableau à la Otto Dix ! Quel cadeau, quelle fierté, quelle récompense pour ceux qui œuvrent au quotidien au sein de l'établissement et de l' Ecole du TNS à forger  et former des sensibilités au jeu théâtral d'aujourd'hui !

La scénographie de Loise Beauseigneur et Valentine Lê au diapason : sobriété, efficacité des panneaux convertibles, tantôt barricade, frontières ou écran accueillant les images surdimensionnées des oeuvres d'art citées. Des esthétiques très picturales rappelant des univers inconscients de tableaux expressionnistes, de chorégraphies de Kurt Joos- (la table verte-la grande ville). Les costumes pour éclairer et cerner les multiples personnages dont ce fameux narrateur désopilant, touchant, déterminé qui se plait à surfer sur le hip-hop et slam en compagnie de son compère ouvrier...Gabriel Dahmani .A l'école des cours du soir, du prolétariat...Le récit est haletant, les séquences s'enchainent entre des lever et tirer de rideau transparent.Toutes les évocations temporelles et spatiales déversent du sens et de l'intelligence à propos d'un sujet brûlant qui concerne la profession autant que le public, face à une réalité, artefact en diable. S'engager, se soulever à la Didi Huberman, "ce que nous voyons, ce qui nous regarde", danser  sa vie...Alors qu'autour de soi, le monde gronde et les partis politiques se disputent pouvoir, territoire, espace et encore plein d'autres nuances de gris!

On songe à la dernière oeuvre plastique, étendard de Jean Pierre Raynaud: "Guernica 1937-Ukraine2022" installée dans la cour de la Sorbonne récemment grâce à la complicité de Beaudoin Jannink des éditions Jannink. Un panneau d'interdiction de stationner gigantesque tendu en résonance et correspondante sémantique, face au Guernica de Picasso en reproduction. Signe des temps tumultueux, douloureux que l'art prend en main pour dénoncer et responsabiliser le spectateur.


Ce soir là, à l'Espace Gruber chacun se sent témoin, passeur d'un "message" très fouillé par une grande intelligence(inter-ligere) et une grande empathie avec cette "compagnie" certes éphémère mais soudée comme un puzzle: en "cum-panis" païen, partageant et rompant le pain du labeur poétique et politique de chaque instant; qu'il soit de l'art ou du vécu responsable.

Sylvain Creuzevault est metteur en scène, acteur et directeur artistique de la compagnie Le Singe. Il est artiste associé à L’Odéon-Théâtre de l’Europe et à l’Empreinte, Scène nationale Brive-Tulle. Au TNS, il a créé, en 2016, Angelus Novus AntiFaust et a présenté Banquet Capital en 2019 et Les Frères Karamazov en 2022. Depuis 2017, il est installé à Eymoutiers, en Haute-Vienne, où il a transformé d’anciens abattoirs en lieu de théâtre.

 

Au TNS jusqu'au  28 MAI

lundi 22 mai 2023

"Elisabeth gets her way": la reine en son royaume bien tempéré par un démiurge de l'écriture choré-graphique, Jan Martens: en toute "simplicité...

 


"Elisabeth gets her way" Présenté dans le cadre de la 39e édition du Festival Musique Action

  • Jan Martens- Grip [ Pays-Bas ] Le Théâtre de la Manufacture - Grande Salle, Nancy

  • Elisabeth Chojnacka portrait dansé

Le portrait dansé d’une grande musicienne. Rencontre inattendue et touchante entre un danseur-chorégraphe et le clavecin contemporain.

D’un projet à l’autre, Jan Martens aime changer du tout au tout et se situer là où on ne l’attend pas. Cette fois, il a choisi de se faire presque biographe et de rassembler la matière propre à dessiner une forme de portrait d’une musicienne remarquable. Il s’agit d’Elisabeth Chojnacka, claveciniste hors normes. Elle fut une sorte de muse iconoclaste pour des compositeurs tels que Görecki ou Xenakis. Beaucoup plus qu’une interprète, elle parvint par sa virtuosité et son intelligence à dissocier son instrument du répertoire baroque pour en faire un terrain d’exploration artistique.

Proposant un étonnant tissage d’extraits de documents d’archives et de séquences chorégraphiques, seul en scène, Jan Martens dessine progressivement le portrait d’Elisabeth Chojnacka, celui d’une femme et d’une artiste aussi libre que déterminée. Dans les reflets de l’image de la musicienne et par-delà l’hommage, chacun peut deviner un propos très personnel du chorégraphe concernant son rapport à la musique, au rythme, au mouvement et à la création artistique.


Il semble nous attendre en tenue de training sur le tapis de danse blanc de blanc.Puis d'un petit vestiaire sur la scène, il enfile jaquette-chemise blanche bouffante et legging de camouflage pour esquisser des gestes de danse baroque: ce sera le prologue ou l'introduction à une série de solo, ponctués d'images, d’interviews et d'informations succulentes sur le personnage hors norme de la claveciniste polonaise. Chérie du public et du monde de la musique, égérie de l'instrument trop méconnu, ignoré ou banni de la musique contemporaine. Jan Martens va faire corps et graphie de cette musique cinglante, scintillante et froide, métallique. Des gestes comme des ornements, des frises très raffinées, des postures, attitudes soignées, tirées au cordeau, strictes graphismes dans l'espace habité de toute son énergie. Tétanie, secousses ou petits sur place calculés, griffés par sa signature précise, concise, efficace enluminure de carnets de croquis fulgurants. En slip scintillant sur place ou dans l'obscurité, le voici présent à toutes les musiques, Ferrari,Goreki, Ligeti, Mâche,Bério,Xénakis,Montague et autres compositeurs férus de signatures sonores, de compositions pour le clavecin. C'est nu, allongé qu'il percute de ses pieds comme l'interprète qui se jouait des pédales du clavecin, glissements et caresses des pieds au sol, frôlant le divin.

En équilibre précaire, de profil comme un faune dans un bel après-midi ! De motifs sonores de couleurs chatoyantes répétitifs signés Krauze , il fait sa Lucinda Childs, parcourt l'espace en d'éternels recommencements, bras en volutes tourbillonnantes, au niveau près de chaque port de bras. Le 16 ème siècle anonyme le conduit  sous une douche de lumière à des évolutions  changeantes, en baskets, vêtu de rouge, micro-mouvements collés au corps, distillés, distribués au compte goutte. Élixirs d'une clepsydre magique, fascinante qui distille le temps et déverse à petit flux des gestes d'une rare beauté concise. Marches dans la lumière qui éclaire et élargie l'espace de ses divagations , baroque léger, rapides et brefs ornements des mains, des bras, sauts mesurés dans des flashs lumineux versatiles rehaussant le rythme de la chorégraphie.  Le morceau de bravoure, le Tango de Michael Nyman où sa robe noire moulante, fendue fait corps avec sa danse. Comme les costumes de la claveciniste qui auparavant avoue que l'habit fait le moine... Tours, bras ouverts en autant de manèges classiques enivrants pour dévoiler les secrets de la fascination des évolutions de Childs ou Carlson. Les poings fermés pour seule différence... Courses, petits sauts altiers et précieux, directions décisives et intentions de parcours définis, tracés, écrits de bout en bout. Danse dans un halo de lumière parfaitement rond comme un cercle chamanique. C'est en short, torse nu, vêtu d'un long gang rouge que Jan Martens nous quitte, rampant au sol dans des esquisses de mouvements volubiles de toute beauté. Une performance agile, fulgurante, savante et contenue pour un danseur de toute sa peau, de tous ses regards sur une musique chatoyante, ferme et déterminée comme le jeu averti de l'interprète phare du clavecin bien "tempéré" ! Un hommage vibrant et vivant à une femme soleil irradiant la musique à son zénith, son apogée.

 

Distribution

Chorégraphie et interprétation : Jan Martens
Ingénieur du son documentaire : Yanna Soentjens
Lumière : Elke Verachtert
Costume : Cédric Charlier
Vidéo : liste complète des extraits vidéo (© Archives Ina)
Musique : liste complète des titres à retouver sur www.Grip.House

Montage Vidéo : Sabine Groenewegen
Regards Extérieurs : Marc Vanrunxt, Anne-Lise Brevers et Rudi Meulemans
Direction technique : Michel Spang/Elke Verachtert

 


Pour mémoire

"FUTUR PROCHE" de Jan Martens: dévorer l'espace....


....Et pour les "souvenirs".....Eté 2022

La Cour d'Honneur du Palais des Papes va s'ébranler des variations chorégraphiques signées Jan Martens en compagnie des danseurs survoltés de l'Opera Ballet Vlaanderen...Ils nous attendent assis sur un très long banc, tenue de sport, décontractés, souriants, tranquilles. Et tout démarre en musique: celle de clavecin de Elisabeth Chojnacka qui ne cessera quasi jamais plus d'une heure durant. Accents métalliques, toniques pour accompagner la troupe de danseurs, ivre de mouvement, jetés à corps perdus dans l'immense espace scénique du plateau, vide.Émotion directe, empathie simultanée avec cette horde de corps qui s'anime, se bouscule sans se toucher, se projette à l'envi pour une vision fugitive, fugace, fulgurante.C'est opérationnel et les tours comme des poupées mécaniques qui ne cessent leur manège font office de vocabulaire contemporain hors pair. Car se servir de la technique inouïe de cette discipline pour inonder le plateau d'une telle dynamique  est petit miracle.Ils tournoient sans cesse sous la pression, la tension de la musique magnétisante qui fait naitre une danse rythmique inédite.Percussive, ascensionnelle, directionnelle et parfaitement plaquée aux corps des danseurs galvanisés.Des solo zoomés par le regard,magnifiques en surgissent, s'en détachent sans briser l'esprit de communauté, sauvage, urgente expression des corps.Des images surdimensionnées sur le mur de fond du Palais se glissent aux pieds des danseurs qui ne disparaissent pas pour autant.Une grande vélocité des déplacement, une ivresse du tour, des déboulés, des jetés font de cette architecture mouvante, un manifeste du neuf très audacieux.Le "ballet" des corps magnifiés dans leur singularité sans effacer la technique, l'homogénéité des corps "classiques font de cette oeuvre un manifeste musical et chorégraphique de haute voltige.Le festival d'Avignon décèle à coup sur des talents inédits ou confirmés qui ouvrent des perspectives inédites à l'art chorégraphique de notre temps: la danse comme médium et vecteur de manifestes humains et communautaires de grande importance. Une prise de conscience évidente sur les corps citoyens ou magnifiés pour un bouleversement des comportements à vivre de toute urgence.