lundi 30 septembre 2024

"RuptuR" Caravaggio | Les Percussions de Strasbourg: au point (de rupture), bleu ou saignant?....

 


Depuis bientôt vingt ans, Caravaggio creuse un sillon essentiel entre la musique contemporaine, le jazz expérimental et le post-rock.

Associé aux Percussions de Strasbourg, le groupe présente une création détonante imaginée par Samuel Sighicelli et Benjamin de la Fuente. RuptuR, c’est un flux continu d’énergie, un mouvement d’élévation hypnotique et une tension sensible accumulée jusqu’au point de non-retour. Les virages sont serrés, l’écoute secouée, les collisions toujours contrôlées. À bord de cette machine hybride, la virée est haletante, sinueuse mais surtout libre. Ni dieux, ni maîtres.



Mitrailles de sons, salves...? Voici un ensemble parfait, au point de rupture! Sept interprètes aguerris à la pratique poly-sons prennent le plateau, fumigènes déjà opérationnels, histoire de faire ambiance. Chacun à leur poste, leur pupitre, au "piano" comme des grands chefs, orfèvre en leur matière. Matière à percuter bien sûr mais dans un registre très vaste, bordé par un synthétiseur virtuose et plein d'inventivité de torsions sonores décapantes.l Tonique environnement sonore très riche, en vibrations, bouleversements et fulgurances. 

Des conversations s'installent entre eux, en ricochet, prenant la balle au bon pour des passations sonores très construites, minutieusement cadrées. On se passe le relais à l'envi dans un rythme ébouriffant. La basse fait des miracles d'impressions sonores et rivalise avec le violon. Un petit robot lumineux se tord pour mieux faire le tour de la question scénographique. Lumières virulences au diapason de cette fresque géante. Les percussions plus sèches, acoustiques prennent le relais et créent un univers onirique déstabilisant. Planant, mystérieux, plein de suspens. Alors que tout reprend, foisonnante musique hallucinante, hypnotique, sidérante. En éboulement, avalanches et autres tectoniques géologiques de bon aloi. Au final, le trouble, diffus s'installe et se perd dans une perspective fuyante très étrange." Une virée dans l'espace sonore dont il fait bon revenir au sol pour se poser et vibrer encore des soubresauts et rebonds des notes percutantes.Médusant, pétrifiant d'étrangeté. Le Caravage en tête de gondole....
 

musique | Benjamin de la Fuente et Samuel Sighicelli
création lumière | Christophe Schaeffer
son | Vanessa Court
régie | Laurent Fournaise

Caravaggio
basse électrique | Bruno Chevillon
violon, guitare ténor électrique | Benjamin de la Fuente
batterie, pad électronique | Éric Échampard
synthétiseur et sampler | Samuel Sighicelli

Les Percussions de Strasbourg
Théo His-Mahier
Emil Kuyumcuyan
Lou Renaud-Bailly

Au Théâtre de Hautepierre dans le cadre du festival MUSICA


dimanche 29 septembre 2024

Quatuor Diotima | Axelle Fanyo: "Arnold Schonberg visionnaire" : un quatuor pour trois compositeurs majeurs

 


ARTE et Musica dévoilent en avant-première le documentaire d’Andreas Morell sur Arnold Schönberg réalisé à l’occasion des 150 ans de la naissance du compositeur.

Pour illustrer le caractère visionnaire du maître de la Seconde école de Vienne, le Quatuor Diotima donne son Deuxième Quatuor, œuvre charnière dans le passage de la tonalité à l’atonalisme — en compagnie de la soprano Axelle Fanyo, puisque, fait rare dans l’histoire du genre, deux des mouvements comportent des lieder sur des poèmes de Stefan George. Grido d’Helmut Lachenmann et Bobok de François Sarhan complètent le concert et nous montrent combien l’expressionnisme a irrigué la musique contemporaine jusqu’à nos jours.


François Sarhan, Quatuor n°1 “Bobok” (2002)

Voici de quoi réjouir et étonner le public, "habitué" aux élucubrations dantesques et inventives, drôles et décalées de François Sarhant. Une composition rigoureuse, sorte de conversation entre les instruments, réinterprétation de la nouvelle de Dostoevski "Bobok". Ce mot magique, leitmotiv, récurrent, transformé par analogie en un accord, entendu dès le début, qui lui-même se développe et se renverse au fil de la pièce.Bel ensemble cohérent d'architecture musicale menée de doigts de maitres par les interprètes complices du quatuor Diotima.


Arnold Schönberg, Quatuor à cordes n°2 (1907-1908) 

Une mine de sons, quasi mélodiques et fort flatteurs à l'oreille alors que la cantatrice à la voix de bronze émet une plainte tendue. Comme un prolongement du jeu des cordes qui prennent le relais dans de vastes et longues tenues.


Helmut Lachenmann, Quatuor à cordes n°3 “Grido” (2001) 

Ouevre phare de cette soirée qui débute par des sifflements, effets sonores de sirène portuaire émis par les cordes. Souffle des archets sur les instruments en virevoltes, ornements, grincements, étincelles.Dans une atmosphère sombre et sourde, très contrastée. Les sons y sont organiques, animal, raclements, râles: de gorge, de pharynx, très anatomique, charnels. Puis plus légers au fil de l'oeuvre, diffus, vifs, aériens, sautillants. L'écoute est tendue, acérée. L'exercice musical est virtuose, à l'affut des incidents tectoniques de la partition lumineuse, chaotique. Des sons infimes maintiennent en haleine et concentration. Un concert hommage de toute beauté: le quatuor Diotima au mieux de sa "petite forme" de chambre!


soprano | Axelle Fanyo

Quatuor Diotima
violon | Yun-Peng Zhao
violon | Léo Marillier
alto | Franck Chevalier
violoncelle | Alexis Descharmes


présenté avec Arte

A la Cite de la musique et de la danse le 29 Septembre dans le cadre du festival MUSICA

Arnold Schönberg : L’inlassable visionnaire : un documentaire rare et édifiant


ARTE et Musica dévoilent en avant-première le documentaire d’Andreas Morell sur Arnold Schönberg réalisé à l’occasion des 150 ans de la naissance du compositeur.

Puis pour illustrer le caractère visionnaire du maître de la Seconde école de Vienne, le Quatuor Diotima donne son Deuxième Quatuor, œuvre charnière dans le passage de la tonalité à l’atonalisme — en compagnie de la soprano Axelle Fanyo, puisque, fait rare dans l’histoire du genre, deux des mouvements comportent des Lieder sur des poèmes de Stefan George. Grido d’Helmut Lachenmann et Bobok de François Sarhan complètent le concert et nous montrent combien l’expressionnisme a irrigué la musique contemporaine jusqu’à nos jours.

La vie et l'oeuvre de Schonberg en 90 minutes: une gageure, un chalenge un défi pour la production et le réalisateur. Pari tenu où tout concourt à nous dévoiler le méconnu de ce personnage singulier autant que magistral compositeur. Le contexte socio-économique, familial y est relayé par des témoignages contemporains de ses proches héritiers: conservateurs, bibliothécaire et famille! Bel échantillon de paroles, de souvenirs, de renseignements Ses oeuvres en regard de ce destin singulier, inatendu, méconnu. En bref, un document rare et édifiant Andreas Morell joue et gagne.

A la Cité de la Musique et de la Danse, le 29 Septembre dans le cadre du festival MUSICA